CHAPITRE IX
Chaaffa^e. — Cheminées. — Poêles. ^ EtaTes.
Foarneaax*
Chasser le froid par l'emploi judicieux des combustibles à la production de la chaleur artificielle, c'est ime des premières nécessités de la vie sous les climats froids et tempérés ; quoique cette proposition puisse sembler paradoxale, c'est dans les pays les plus chauds de l'Europe qu'on souffre le plus du froid, parce que, quand il survient, il ne trouve rien de préparé pour le combattre. Tous ceux qui ont habité le midi de la France, l'Espagne et l'Italie, savent qu'il n'y fait pas toujours chaud, et que tout manque pour se chauffer quand il fait froid. Dans le Nord, au contraire, le froid est un ennemi contre lequel tout le monde, riche ou pauvre, prend ses précautions, de sorte que personne n'en souffre. En Belgique, on dit proverbialement des* gens qui aiment à faire bon feu : « Ces gens-là se chauffent comme des pauvres ! »
Pour échauffer au degré convenable l'atmosphère des appartements habités, et pour faire cuire les aliments, on emploie des appareils de forme et de construction très-variés, compris sous les dénominations de cheminées, poêles ^ étuves et fourneaux.
Cheminées. — L'antique cheminée, telle qu'on la retrouve encore dan s quelques grands hôtels et dans les châteaux restés debout du siècle précédent destinée à chauffer des appartements vastes, aux plafonds trèsélevés, pouvant admettre en demi-cercle une nombreuse compagnie devant un feu capable d'absorber dans le cours d'un hiver une forêt tout entière, tend à passer à l'état de souvenir. En prenant les choses au point de vue de l'état actuel de la société, on peut dire que les avantages de ces immenses cheminées d'autrefois sont plus que compensés par leurs inconvénients ; elles ne sont plus en rapport avec nos besoins et nos usages. Il y faut brûler une énorme quantité de bois pour obtenir peu de chaleur, et comme, en raison même de leurs trop grandes dimensions, leur tirage, c'est-à-dire leur pouvoir d'aspiration, n'est jamais suffisant, elles fument plus ou moins, et, ce qui est plus grave, elles versent incessamment dans l'atmosphère des appartements des flots invisibles de cendres en poussière impalpable, qui sont excessivement nuisibles aux organes respiratoires, et auxquels il n'est pas possible de se dérober. C'est payer \m peu cher l'agrément de voir le feu et de tisonner, deux plaisirs dont les personnes sédentaires ne se privent pas volontiers, et qu'elles peuvent d'ailleurs goûter à leur aise sans danger pour leur santé, au coin d'ime cheminée bien construite, de dimensions raisonnables. Il n'y a plus que les personnes âgées, assez riches poiu* ne pas s arrêter à des considérations d'économie, qui tiennent aux cheminées à l'ancienne mode. Dans les hôtels modernes, on a soin de donner aux tuyaux de cheminée des dimensions proportionnées au tirage des foyers, et une direction qui empêche la fumée de redescendre ; on y adapte toujours des plaques mobiles de tôle, qu'on
abaisse à volonté pour produire une aspiration trèsvive au moment où le feu doit être allumé ; on diminue Tampleur exagérée des anciens foyers, et Ion concilie ainsi le mieux possible la production de la chaleur artificielle avec les conditions désirables de ventilation et de salubrité des appartements. Dans les maisons de construction récente qui couvrent la plus grande partie de la surface des villes renouvelées par des quartiers tout neufs, les architectes ont soin d'approprier les cheminées aux besoins des ménages de condition moyenne qui doivent les habiter. Les tuyaux, les foyers, sont construits de manière à ce qu'on puisse, sans être obligé d'y rien changer, y brûler du bois, du charbon de terre, du coke, ou ces divers combustibles réunis. Celles des maisons modernes qui doivent loger des ménages moins favorisés de la fortune, ont des cheminées qui peuvent à volonté servir de foyers ouverts, ou recevoir quelqu'un de ces poêles à grille où l'on brûle toute sorte de chauffage, et qui ne dérobent pas l'aspect du feu, en laissant toutes les facilités désirables pour tisonner. Tous ces genres de cheminées adaptées aux besoins de notre temps, ont l'avantage d'admettre toute espèce d ornementation de bon goût, en rapport avec la décoration des appartements, comme les anciens manteaux de cheminée sculptés étaient en harmonie avec les appartements fastueux des demeures opulentes du temps passé. A Paris, lorsqu'on fait choix d'un appartement, il importe de s'assurer que les cheminées ne fument pas, et qu'elles sont appropriées au genre de combustible qu'on se propose d'y brûler.
Poêles. — Aucun appareil de chauffage ne produit autant de chaleur avec une aussi faible dépense en
combustible que le vieux poêle de terre cuite, recouvert d'un émail blanc semblable à celui de la- faïence ; à dépense dgale en combustible, la chaleur utile produite par un bon poêle e*st à celle que donne le foyer d'une cheminée ordinaire, dans la proportion de six à un. Ces avantages du poêle étaient tellement appréciés au commencement de ce siècle, qu'un architecte aurait cru manquer à tous ses devoirs s'il n'avait ménagé dans chaque logement d'une maison neuve une niche pour un poêle, dont l'usage devait être compris dans le prix de la location. Souvent ce poêle était à cheval sur un mur de refend, ce qui permettait de s'en servir pour chauffer deux chambres en même temps. Mais à côté de ces avantages incontestables du vieux poêle surmonté d'une colonne terminée par une gerbe de flammes de faïence, il y a ses inconvénients. Le plus sérieux, au point dfe vue de la salubrité, c'est de ne pas renouveler l'air de l'appartement comme le fait un feu ouvert. En effet, d'où provient le tirage d'une cheminée? *de réchauffement de son tuyau. L'air chaud mêlé de fumée, plus léger que l'air froid, s'élève sans cesse dans le tuyau de cheminée, où il est remplacé incessanmient par de nouvel air qui alimente la combustion. Si le tuyau de cheminée est très-large, et que le feu ne soit pas très-vif, la cheminée s'échauffe lentement, elle ne tire pas, selon l'expression vulgaire : c'est le défaut de toutes les vieilles cheminées. Dans le tuyau de poêle, au contraire réchauffement a lieu à la minute, l'aspiration est si vive que souvent la flamme monte dans le tuyau, ce qui donne lieu fréquemment à des incendies. Mais le volume d'air aspiré par la porte du poêle est faible comparativement à celui qu'attire le foyer d'une bonne cheminée ; donc, dans une chambre chauffée par im poêle, l'air
se renouvelle lentement, circonstance favorable à la production et au maintien de la chaleur, mais défavorable à la salubrité des appartements habités. Le feu du poêle cause souvent des maux de tête attribués à tort à Télévation de la température; la véritable cause en est dans Tair vicié, qui n'est pas renouvelé par un tirage suffisant.
Le poêle a encore un autre inconvénient moins facile à découvrir que ceux qu on vient de signaler. Quand un long tuyau de poêle traverse une chambre spacieuse pour se rendre dans le tuyau de la cheminée, il est en contact sur une grande longueur avec Tatmosphère de Tappartement ; la poussière, toujours sus- . pendue dans Tair, se roussit et brûle en touchant au tuyau dont la température, quand il y a bon feu dans le poêle, est toujours très-élevée. Cette circonstance inaperçue donne à la chaleur du poêle un caractère particulier désigné vulgairement sous le non de cha^ leur sèche. On y remédie en partie en déposant sur le poêle un vase découvert plein d'eau, dont Tëvaporation lente corrige la sécheresse et les propriétés nuisibles de l'air altéré par la combustion inct^osante des parcelles de poussière- en contact avec le tuyau du poêle.
Calorifère, — Un genre de poêle beaucoup plus malsain que l'ancien poêle de terre cuite, a joui longtemps, sous le nom de calorifère^ d'une faveur qui ne s'est pas soutenue; toutefois, il n'a pas complètement cédé aux attaques des médecins, parce qu'il produit encore plus de chaleur que le poêle commun, quoiqueavec un peu plus de dépense en combustible. Le calorifère diffère du poêle en ce que son tuyau d'aspiration est horizontal et adapté au bas de l'appareil, qu'il met en communication avec le foyer de la cheminée. L^in—
térieur de Tappareil renferme un récipient en fonte de fer percé par le bas, qu'on remplit de coke, et qu'on allume avant de le mettre en place. Le coke s'y consume assez rapidement ; sa combustion donne lieu à un va-et-vient continuel d air chaud, qui, par sa légèreté, s'élève vers le plafond. Dans une chambre chauffée par un calorifère, ceux qui travaillent assis, comme des employés de bureau, ont la. tête dans une atmosphère brûlante et les pieds dans un air glacé, sans possibilité de les chauffer, le calorifère n'ayant pas de foyer extérieur. On ne peut rien imaginer, en fait de chauffage, qui soit plus contraire aux lois de l'hygiène ; si l'on trouve encore des calorifères installés dans les bureaux et les ateliers, c'est uniquement parce qu'on ne peut y remettre du combustible comme dans un poêle ordinaire, et que les employés ne peuvent pas se déranger pour aller s'y chauffer les pieds ; mais l'avantage que les patrons croient en retirer est illusoire, et quand il serait réel, en ménageant le combustible, il suffit que les calorifères nuisent à la santé pour qu'ils doivent être proscrits.
Les caractères nuisibles du calorifère disparaissent quand il est établi dans la cave, et qu'il envoie de Tair chaud dans les appartements des étages supérieurs ; c'est alors un très-grand appareil, maçonné à l'intérieur, contenant des tuyaux de fonte d'où l'air chaud s'échappe et monte en vertu de sa légèreté; ce mode de chauffage n'esta sa place que dans les grands ateliers et les grandes maisons où il y a à chauffer des escaliers, des corridors et des locaux très-spacieux.
Etuves. — Les étuves, dans lesquelles on ne peut brûler que du charbon de terre ou du coke, forment une autre série de poêles dont l'usage n'est général
que dans le nord de la France. On en fabrique de la plus grande élégance, qui ne déparent point un salon richement meublé; d'autres excessivement simples^ d'un prix qui les met à la portée des ménages les plus modestes, sont néanmoins établis d'après le même principe. C'est toujours un récipient en fonte de fer, nommé pot, dont le fond est remplacé par une grille, et dans lequel est placé le combustible. Le pot de l'étuve est supporté par un cylindre en tôle, supporté lui-même par trois pieds, ordinairement en cuivre jaune. Le bas est occupé par un cendrier en forme de tiroir. Le pot communique avec la cheminée par un tuyau plat; pour obtenir un meilleur tirage, on introduit dans le bout du tuyau plat horizontal , muni d*une ouverture à cet effet, un second tuyau droit qui monte à la hauteur de deux mètres dans la cheminée. On comprend que, pour construire des étuves de luxe, il suffit 3'enfermer tout cet appareil dans une enveloppe de tôle ornementée à volonté, et dans laquelle est ménagée une porte grillée qui correspond à l'ouverture du pot de l'étuve.
En dehors des départements de notre extrême frontière du Nord, on fait encore usage des étuves à la flamande, mais seulement dans les cuisines. Le pot, le cendrier, le tuyau plat et toutes les parties essentielles qui constituent l'étuve, subsistent dans l'étuve dite, cuisinière; elle a de plus une vaste caisse de tôle percée d'ouvertures faisant fonction de fourneaux. Ces trous placés à proximité du pot qui contient le combustible allumé, reçoivent plusieurs casseroles; les rôtis et une partie des mets sont cuits dans les fours disposés sur les côtés, et un peu plus bas que le pot de l'étuve. La grande caisse de tôle enveloppant le tout contient en outre un réservoir muni d'un robinet, qu'on peut tenir constamment rempli d'eau chaude pour le besoin du mé-
nage. Dans le Nord, les ménages d'ouvriers et même » ceux de la classe moyenne font la cuisine en hiver sur l'étuve qui chauffe la pièce où la famille se tient habituellement; à Paris, une partie de la populalion laborieuse, placée dans mêmes conditions, commence à entrer dans la même voie ; on fabrique à son usage de petites étuves d'un prix modéré, revêtues d'un vernis de fkïènce blanc ou teinté de violet, ce qui en rend le nettoyage facile; (Test le mode de chauffage le moins coûteux qu'il soit possible d'adopter.
Fourneaux. — On ne saurait blâmer trop sévèrement l'usage, encore trop commun à Paris et dans les grandes villes, de ces fourneaux de cuisine placés loin du manteau de la cheminée, de sorte que tout le gaz acide cajlipmque, produit par la combustion du charbon de bois, se dégage, dans la cuisine, sans trouver d'issue. Rarement les cuisiniers ou cuisinières sont complètement asphyxiés par ce gaz; mais il est toujours mêlé à l'atmosphère de la cuisine en forte proportion. Ceux qui passent une partie de la journée dans un pareil milieu finissent par s'y habituer; ils s'aperçoivent à peine du mal qu'ils en éprouvent : ce mal n'en existe pas moins ; il se traduit périodiquement par des maladies graves, attribuées le plus souvent à des causes différentes. Dans toute cuisine bien montée, les fourneaux doivent être, comme le foyer principal, surmontés d'un manteau qui emporte la vapeur du charbon dans le tuyau de la cheminée. Cette disposition, commandée parla salubrité, offre en outre l'avantage important de donner issue à l'odeur des mets, qui sans cela pénétrerait partout, quand l'appartement n'est pas très-spacieux, et que les chambres habitées sont forcément près de la cuisine.
Les fourneaux dits économiques de Harel, après avoir été quelque temps en grande faveur, sont à peu près abandonnés. L'idée fondamentale de ces fourneaux est une capsule posée sur un poêle de tôle ordinaire, et qu'on remplit de sable fin. Le pot-au-feu et deux ou trois casseroles prennent place dans ce bain de sable, chauffé par le feu du poêle, sans autre dépense en combustible. Ce fourneau était à Tusage exclusif des ménages qui n'ont pas de local particulier affecté à la cuisine, et qui font cuire leurs mets dans la chambre habituellement occupée par la famille. Or, dans ces conditions, les petites étuves à la flamande sont évidemment préférables au fourne^.u dit économique de Harel, qui pour cette raison n'est presque plus usité.
Depuis quelques années, les blanchisseuses font usage, pour chauffer leurs fers à repasser, d'un four* neau auquel elles ont donné le nom de mécanique. C'est un fourneau portatif ordinaire en tôle, sur le foyer duquel on pose une sorte de dôme divisé en compartiments plats, sur chacun desquels on applique un fer à repasser, de sorte qu'on peut en chauffer ainsi une demi-douzaine à la fois.
Cet aperçu des avantages et des inconvénients des appareils de chauffage les plus usités, ne serait pas complet si l'on omettait d'y joindre l'extrait suivant de l'instruction publiée à ce sujet par le conseil d'hygiène et de salubrité publique de la Seine :
« Les appareils de chauffage qui ne sont pourvus d'aucun moyen de communication avec l'extérieur, et qui laissent échapper dans les pièces où ils sont placés tous les gaz résultant de la combustion, offrent les plus graves dangers. Les combustibles destinés au chauffage domestique ne doivent être brûlés que dans les cheminées, poêles et fourneaux qui ont une communi-
cation directe avec lair extérieur, même lorsque le combustible ne donne pas de fumée. Le coke, la braise, et les diverses sortes de charbons qui se trouvent dans ce dernier cas, sont considérés à tort par beaucoup de personnes comme pouvant être impunément brûlés à découvert dans une chambre habitée. C'est là un des préjugés les plus fâcheux; il donne lieu tous les jours aux accidents les plus graves, quelquefois même il devient une cause de mort. Aussi, doit-on proscrire Fusage des braseros, des poêles et des calorifères portatifs de tout genre qui n'ont pas de tuyau d'échappement au dehors. Les gaz qui sont produits pendant la combustion de ces moyens de chauffage et qui se répandent dans l'appartement, sont beaucoup plus nuisibles que la fumée. On ne saurait trop blâmer aussi la pratique dangereuse de fermer complètement la clef d'un poêle ou la trappe intérieure d'une cheminée qui contient encore de la braise allumée : c'est là une des causes d'asphyxie les plus communes. On conserve, il est vrai, la chaleur dans la chambre, mais c'est aux dépens de la santé et quelquefois de la vie.