CHAPITRE X
DiTem gpenrefl de combustibles.
Quatre combustibles sont jjsités en France pour le chauffage domestique : l°le bois ; 2° le charbon de bois; 3° la hoville, ou charbon de terre; 4° le coke, Cette dernière substance est, à proprement parler, de la braise de houille, c est-à-dire de la houille éteinte après avoir subi une demi-combustion.
Bois. — Les divers bois de chauffage diffèrent sensiblement entre eux quant à leurs propriétés ; les meilleurs sont ceux qui, pour un poids et un volume déterminés, donnent par la combustion la plus forte somme de chaleur; ce ne sont par les plus usités, parce que ce sont les moins communs. Le bois d orme est celui qui dégage en brûlant le plus de chaleur. Cependant le bois d'orme est très-rarement employé comme bois de chauffage, d'abord parce qu'il n'existe pas en France de forêts d'orme. Cet arbre n'est cultivé qu'en avenues, principalementsurles bords des grandes routes; il croît lentement, et n'est jamais abattu qu'à un âge trèsavancé. Ensuite, le bois d'orme étant le plus solide de tous ceux que produit le climat européeq, est trop recherché pour l'industrie du charronnage, qui n'en a jamais assez à sa disposition. Néanmoins, lorsqu'on peut
trouver à acheter du bois d'orme impropre au charronnage, on ne doit pas négliger les occasions d'en faire provision. Le stère de bois d'orme, non pas d'une sécheresse absolue, mais à demi-sec, tel qu'on le trouve quelquefois dans le comAerce, contenant vingt à vingt-cinq pour cent d'eau, pèse 400 kil.; la chaleur qu'il donne par la combustion est à celle que produit la combustion du bois de chêne, comme six est à dnq.
D'autres arbres dont le bois fournit par la combustion presque autant de chalemr que le bois d'orme, sont encore plus rarement disponibles. Le pommier, le poirier et le prunier ont un grain très-serré ; après avoir fiait bouillir ces bois, on en fait des règles et des équerres à l'usage des géomètres et des dessinateurs ; ce bois ainsi préparé n'éprouve aucune déformation par les alternatives de chaleur sèche et d'humidité. Le bois de ces arbres est trop précieux pour qu'on se permette de le brûler. Néanmoins, dans les départements où il existe de grands vergers de pommiers, poiriers et pruniers, il arrive quelquefois que de vieux arbres intérieurement malades sont trop défectueux pour être utilisés par le menuisier ; dans ce cas, c'est le meilleur bois dont on puisse faire provision pour le chauffage.
Les grandes forêts de France sont peuplées principalement de chênes, comme ccjle d'Orléans, ou de hêtres et de charmes, comme celle de Compiègne. A Paris, la plus grande partie du bois de chauffage employé est du chêne, soit neuj^ soit flotté. Le chêne neiîf çst celui dont le transport se fait en bateaux, soit sur la Seine et ses affluents , soit sur les canaux qui aboutissent à la capitale ; le bois flotté est celui dont on forme des trains qui descendent au fil de l'eau; ce bois, par son séjour prolongé dans l'eau, a perdu une
partie de ses qualités comme combustible. Le bois neuf de chêne, auquel on ne peut refuser, après celui d'orme, le premier rang comme bois de chauffage, est le plus pesant de tous. A sécheresse égale, il l'emporte sur l'orme sous ce rapport; un stère de bois de chêne neuf pèse 550 kilogrammes ; il donne par la combustion un sixième de chaleur de moins qu'un stère de bois d'orme. Le chêne flotté pèse par stère 416 kil.; lorsqu'il est bien sec, la chaleur qu'il développe en brûlant n'est inférieure qtie d'un cinquième environ à celle que dégage le bois neuf.
Le bois de hêtre' et le bois de charme, dont le transport ne s'effectue qu'en bateau, et qui sont par conséquent débités à l'état de bois neuf, pèsent par stère environ 400 kil.; leuï- valeur, quanta la production de la chaleur, est à très-peu de chose près celle du bois de chêne flotté.
Les différences qu'on vient d'indiquer dans les sommes de chaleur produites par les divers bois de chauffage, ne sont exactes que quand ces bois sont à l'état où les livre le commerce, à demi desséchés, contenant encore de l'eau dans la proportion de vingt à vingt-cinq pour cent de leur poids. Quand tous ces bois sont amenés artificiellement à l'état de sécheresse absolue, comme le sont les bois employés dans l'industrie de la fabrication des glaces et des cristaux, ils développent tous, par la combustion, à peu près la même somme de chaleur.
Les bois légers de bouleau et de peuplier, compris sous le nom de bois blancs, ne sont pas employés^pour le chauffage domestique; la faculté que possèdent ces bois de brûler rapidement avec beaucoup de flamme et peu de fumée^les rend éminemment propres à cljauff*êr les fours. A Paris, ces bois de chauffage sontà Tusage
exclusif de la boulangerie et de la pâtisserie ; il en est de même du bois de pin. Dans les départements du centre et du midi de la France, où il existe de grands bois de pins, presque tous de création moderne, et où les hivers généralement doux et peu prqlongés n'exigent pas une température très-élevée dans les appartements habités,' le bois de pin, toujours d'un prix modéré, peut être employé au chauîfage domestique, à la condition d'en enlever soigneusement Técorce. Quand le bois de pin est brûlé avec son^écorce, il lance à chaque instant des éclats enflammés qui peuvent causer les plus graves accidents. Le bois de pin dépouillé de son écorce brûle très- vite, donne peu de chdeur, et répand en brûlant une odeur résineuse peu agréable; mais là où il n^est guère possible de s'en procurer de meilleur, il peut être brûlé dans la cheminée, le poêle et le four. Pour cette dernière destination, il n'est point inférieur aux autres bois blancs. Le bois n'est usité pour lé chauffage des fours que dans les villes; partout à la campagne il^st possible de se procurer pour chauffer le four des broussailles qui produisent le même effet utilç, et qui ne coûtent que la peine de les aller ramasser. On placé ici, au sujet de Tusage de toute espèce de bois, un conseil qui s'adresse principalemen taux maîtresses de maison disposées à dépasser un peu les limites d'une sage économie. Elles croient souvent, dans les petites villes surtout, réaliser une épargne considérable en brûlant du bois vert ; elles sont effrayées de la rapidité avec laquelle se consume le bois sec, tandis que le bois vert brûle lentement quand il brûle ; très-souvent, ii ne brûle pas du tout. On comprend parfaitement que, même pendantla saison froide, on se passe de feu quand on n'a pas le moyen d'en allumer; on souffle dans ses doigts, et l'on tâche d'en prendre son parti.
Mais on ne comprend pas que, pour avoir l'air de se chauffer, on emplisse de bois la cheminée, avec la certitude acquise d'avance que ce bois ne brûlera pas. Remarquez, en outre, que Tancienne méthode d'acheter le bois de chauffage à la mesure commence à tomber en désuétude ; on achète presque partout le bois au poids, ce qui évite toute contestation avec les marchands, qui, quand ils ne vendaient qu'à la mesure, s'arrangeaient pour laisser dans le double stère des vides causés par les boistortus, de sorte que l'acheteur avait rarement son compte. Or, si dans la crainte que le bois ne briile trop vite, vous achetez au poids du bois vert, contenant quarante pour cent de son poids d'eau, il est clair que vous payez par 100 kilogr. 40 kil. d'eau au même prix que le bois : c'est cher. Il en est de même quand, par le même motif d'économie mal entendue, on serre sous le hangar ou dans la cave une provision de bois de chauffage qui n'est pas suffisamment sec; ce bois est détruit eu partie par la pourriture, et quand vient le moment de s'en servir, il ne donne presque plus de chaleur. Donc, en bonne et sage économie, ménagez le chauffage selon les limites de votre budget; mais n'achetez au poids et ne serrez chez vous comme approvisionnement que du bois le plus sec possible.
Charbon de bois. — Il n'est pas toujours facile de se procurer partout de bon charbon de bois, dont cependant on ne peut se passer pour les fourneaux de la cuisine et pour le repassage. Dans le miili de la France où le bois est rare, on est obligé de se contenter du charbon fait avec des souches de bruyères et d'arbousier, ou du charbon de bois de pin, très-léger, brûlant rapidement et donnant peu de chaleur. A Paris et dans tous les départements où les bois ne manquent pas,
— Mail faut choisir le charbon de bois sec, sonore, solide^ exempt de poussier et de débris, fait avec du bois de chêne, de hêtre ou de châtaignier. Quand on dispose d'un local suiBsamment spacieux et exempt d*humidité, pour serrer une bonne provision de charbon de bois, on ne peut mieux faire que de Tacheter au poids, par cent kil. Dans le cas contraire, l'on est forcé d'acheter le charbon en détail, à la mesure, depuis le décalitre, dont le poids moyen doit être de deux kilog. environ, jusqu'à la voie de deux hectolitres, qui ne doit pa& peser moins de quarante kilog. Cette dernière mesure constitue à Paris le sac de charbon tel qu'il se vend habituellement au bateau sur la Seine et dans les chantiers. Mais, généralement, le charbon de bois ne se vend au poids que quand on en achète à la fois cent kilog., et au delà.
Les cendres de charbon de bois, les meilleures de toutes par la lessive, doivent être recueillies séparément ; elles sont de beaucoup préférables pour cette destination aux meilleures cendres de bois.
Dans les villes, il est toujours bon d'avoir à la maison une petite provision de braise, qu'il n'est pas toujours nécessaire d'acheter. Quand on ne néglige pas de faire à propos usage de l'étouffoir pour éteindre et conserver le bois converti en braise, on a rarement besoin de recourir à la braise de boulanger. Cette braise qui provient de la combustion de bois -blanc dans le four, est plus légère et donne moins de chaleur que la braise de ménage produite par la combustion des bois durs. Elle a néanmoins son utilité, soit pour allumer du charbon de bois dans les fourneaux de là cuisine, soit pour produire une chaleur passagère dont on a besoin seulement pour quelques instants. Si dans ce cas on allume un feu de charbon, il y a perte de
temps et de combustible. D*ailleurs, le prix de la braise est toujours très-minime, soit à la ville où on rachète au boulanger, soit à la campagne où la provision de braise est si facilement entretenue par l'étouffoir.
En faisant brûler ensemble à moitié, dans des vases clos, du poussier de charbon et du tan après qu'il a produit son effet utile pour la tamierie, on obtient un produit qui, depuis quelques années est fort apprécié des ménagères sous le nom de charbon de Paris. Ce combustible reçoit par le moulage la forme du charbon de bois de moyenne grosseur ; il brûle lentement, sans mauvaise odeur et sans fumée; il convient surtout pour la cuisson des mets qui, comme le pot-au-feu, le bœuf à la mode et la dinde en daube, exigent une ébullition lente et très-prolongée.
Charbon de terre. — La consommation de la houille ou charbon de terre pour le chauffage domestique augmente tous les ans à Paris et dans les grandes villes, depuis que les bois à brûler deviennent de plus en plus rares et chers. L'emploi de ce combustible est facilité par l'appropriation des cheminées dans les maisons de construction récente, et par le bon marché des poêles et des étuves où la houille peut être brûlée sans répandre trop de mauvaise odeur, et sans produire trop de poussière de cendres : car ces deux inconvénients du charbon de terre font encore préférer le chauffage au bois seul par tous ceux qui ont le moyen d'acheter du bois à brûler.
On distingue deux qualités de charbon de terre suffisamment caractérisées par la manière dort elles se comportent en brûlant; on les désigne sous les noms de houille maigre et de houille grasse, La houille
maigre brûle avec peu 4e flamme ; sa combustion laisse 15 à 20 pour cent de cendres. La chaleur qu'elle dégage n'est pas de beaucoup supérieure à celle de la combustion iiu bois ; elle brûle difficilement seule dans les cheminées ordinaires. Pour qu'elle fasse jm bon feu dans les divers genres de poêles à foyer ouvert, il faut que ces poêles tirent très-bien. Les morceaux de houille maigre n'éprouvent jamais en brûlant de ramollissement ou de demi-fusion ; ils demeurer^ toujours isolés les uns des autres. Enfin, la houille maigre, dans les poêles comme dans la cheminée, ne brûle qu'une fois ; quand elle a fourni ce qu'elle pouvait donner de chaleur et de flamme, tout est dit; il n'y a rien de plus à en tirer. C'est néanmoins la qualité de charbon de terre le plus souvent employée-pour le chauffage domestique, parce qu'elle donne peu de fumée et peu de mauvaise odeur; on peui même dire que dans une bonne cheminée elle n'en donne pas du tout, soit qu'on la brûle seule, soit qu'on Tassocie avec le bois.
La houille grasse brûle avec une flamme très-vive; elle donne une chaleur intense, et lorsqu'elle est complètement brûlée, elle ne doit pas laisse» plus de 9 à 10 pour cent de cendres. Elle brûle bien dans toutes les cheminées et dans tous les poêles ; mais comme elle est très-bitumineuse, pour peu que le tirage de la cheminée soit faible, elle répand dans l'appartement beaucoup de fumée, de poussière de cendres et de mauvaise odeur, ce qui en rend l'usage impossible. Pendant sa combustion, la houille grasse se ramollit; elle subit une sorte de demi-fusion ; ses morceaux se collent les uns aux autres avec une fortç adhérence- : c'est cette particularité qui justifie, à pçopr^ment parler, son nom de houille gras^, particularité qui n'existe pas chez
la houille maigre. La houille grasse possède en outre une propriété précieuse au point de vue économique, et qui manque à la houille maigre : elle brûle deux fois. Quand on a obtenu d*un feu de houille grasse brûlée, soit seule, soit avec quelques morceaux de bois, toute la flamme* et toute la chaleur qu'elle peut donner, si Ton casse les morceaux et qu'on les replace sur la grille du foyer, sans y ajouter de houille neuve, elle donne par une seconde combustion autantde flamme et de chaleur que par la première. Les cendres de houille grasse, après qu'elle a subi sa seconde combustion, contiennent encore dé nombreux fragments de coke;, on les en sépare en tamisant ces cendres à travers une pelle percée de trous, comme le fond d'une poêle à marroôs; ce coke sert à entretenir le feu de houille grasse neuve, quand ce feu est bien allumé. Si toutes les cheminées et tous les poêles tiraient également bien, les inconvénients de la houille grasse disparaîtraient; il ne resterait que ses avantages, et elle serait partout préférée à la houille maigre pour le chauffage dômes* tique.
A Paris, la houille maigre est désignée sous le nom de charbon de Charleroi, et la houille grasse sous celui de charbon de Mons, parce qu'une partie de ces deux charbons brûlés dans la capitale vient en eff'et des mines de houille des provinces belges de Hainaut et de Namur; mais il en est extmit une quantité considérable des mines d'Anzin et des autres mines de charbon de terre du département du Nord.
Coke, — Le mot coke est le nom anglais de la houille qui a subi une demi-combustion, ou qui a été soumise à la distillation pour en extraire le gaz d^édairage; ce terme a été adopté dans tous les pays où l'on
fait usage de^îharbon de terre pour le chauffage (tomestique ou industriel. C'est, à proprement parier, comme on la fait observer, de la braise de houille. Il est facile de se procurer à peu près partout en France du coke à des prix très-modérés dans les villes qui sont presque toutes éclairées au gaz; il n'est pas aussi facile d'utiliser ce combustible. En réalité, il n'a qu'un défaut, il ne brûle pas. Dans les cheminées ordinaires il ne brûle pas du tout; dans les poêles et les étuves il brûle quelquefois. Dans la plupart des poêles ven- . dus comme spécialement appropriés à la combustion du coke, ce combustible s'allume sans trop' de difficulté; mais il s'éteint de lui-même, et, si l'on tient à se chauffer, il faut en revenir au charbon de terre ou au bois. Donc la première chose à faire avant d'acheter une provision de coke, c'est de s'assurer qu'on pourra le brûler. Quand cette condition essentielle peut être réalisée, le coke est un chauffage économique, propre, qui donne une chaleur douce et soutenue, éminemment apte à chauffer convenablement les appartements habités.
Tourbe. — On ne mentionne la tourbe que pour mémoire; c'est de tous les combustibles celui qui donne le moins de chaleur' avec le plus de mauvaise odeur, de fumée et de cendres. Les cendres de tourbe sont tellement divisées que, de quelque manière qu'on brûle de la tourbe, ses cendres pénètrent partout; le linge, les vêtements, le pain même en sont imprégnés; l'odeur de tourbe vous poursuit partout. On a réussi dans ces derniers temps à comprimer la tourbe récemment extraite pour en préparer un charbon capable de dégager une assez forte somme de chaleur. Mais comme cette préparation ne dépouille
pas la tourbe de ses autres défauts, la tourbe carbonisée n'est réellement propre qu au chauffage industriel; elle n'est pas du nombre des combustibles dout on peut recommander l'emploi pour le chauffage domestique.