CHAPITRE XI
Bclairai^e. ~ Appareils pour produire la lumière * artiflcielle*
Il serait extrêmement commode, sans contredit, de se lever tous les jours avec le soleil, de se coucher un quart d'heure après lui, et de ne jamais recourir à la lumière artificielle; mais cela ne serait pas économique. Une grande partie de la besogne indispensable ne se ferait pas, dans tous les pays où, comme en France, les jours sont pendant la moitié de Tannée plus courts que les nuits; de là la nécessité de l'éclairage . Les divers appareils usités en France pour l'éclairage comprennent les lampes, les chandeliers, les lanternes et les appareils au gaz. Les plus économiques sont ceux qui donnent le plus de lumière avec le moins de dépense en combustible. Néanmoins, en fait d'éclairage, le mieux est relatif et non pas absolu; dans un atelier, par exemple, il n'y a pas d'économie à mesurer la lumière avec trop de parcimonie, de manière à diminuer la somme de travail utile produite dans un temps donné, en adoptant un mode d'éclairage qui distribue aux ouvriers tout juste la quantité de lumière dont ils ne peuvent se passer.
Lampes. — L'éclairage par des lampes alimentées avec de T huile est le plus ancien de tous. H est très-digne
de remarque que, pendant une longue suite de siècles, les lampes revêtues par les artistes grecs des ornements du meilleur goût, appropriées au luxe d'ameublement des plus somptueux palais, sont restées basées sur le même principe, sans recevoir la moindre modification. C'était toujours un vase rempli d'huile, et une mèche plongeant dans l'huile et brûlant au niveau du liquide, avec une inévitable odeur de graillon plus ou moins prononcée. La forme des lampes s'était modifia à l'infini; le principe dé leur construction n'avait pas varié. Cç fut seulement vers la fin du siècle dernier qu'on s'avisa de penser qu'il serait possible de faire mieux. La première amélioration radicale fut celle d'Argant, qui inventa la lampe à mèche cylindrique, à double courant d'air; cette lampe fut longtemps la seule en faveur pour l'éclairage domestique, sous le nom de quinquet. Ce nom est celui de l'industriel qui fabriqua en grand cette nouvelle espèce de lampe et en vulgarisa l'usage. L'industrie du lampiste resta assez longtemps stationnaire; sous le règne de Louis XVIII, on admirait encore, dans les jardins alors très-renommés de l'ancien Tivoli, comme l'atteste une chanson populaire du temps ,
Les traits, Les attraits, Les bosquets.
Les quinquets.
: Aujourd'hui, on retrouverait encore des quinquets
uns quelques hôtels de province, ou dans quelques
igasins d'objets de curiosité. Le défaut capital
s quinquets et des lampes astrales qui n'en sont
^u'une application, c'est de donner une lumière né-
€B8aairement inégale. A mesure que le réservoir se
vide par la combustion, le niveau de l'huile baisse, elle
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arrÎTe moins abondiiite snr k iDade, cciDe-d se bonise, et llnlasâté de Im hoùère x^ •exi âuLluuuà. Cest poonjuc-i 1^ qniixjîiâs- j:si^''u iKBDen ci ife ODtcéiélapiaœidfêkmpesphBpeirfei^kDmée?. ont tcwjonis été poiirras de très-ÇTiiïds T^éserrairB €^ decyliiidiBoad^€eiif.p(Kn'reméiËer«3iiKQt gneposâiie à cet inconTénieDt. Ce n^élaîî }à gn'im iDCfrec jaShÊûSS et malpropre, car les r^erroôrs • HiTiDe mdipti^ aux quî^gnets fadssaiect too^oors -éotnikr Tlnnle çnnxie a goutte ; fe cas étah piéra, dfô çniàBts de Terre aecTodiK sous le qninquet rBKTÛe&t cet -^HTiittEaDest. Sc3qrreat les godets se Ternissaient el^ déreirsaSexit Tiasôit sur les objets enTirannants^ a^aat qu'cra schïçbîI à 1» vider. Il s'agissait donc d'une pan d*o}3ftemr des lampes à mèche cylindrique une Inmièfe parfaitement é^ile; et de l'autre d'empêcher récouZemesst de ITurile. Carcd atteignit ce double but par s^ lamp^ a nyraresDezit d'horlogerie, où l'huile est constamiDect maîssteaQXke an même niveau pendant toute la durée de la coxbnsâm. Malheureusement, une lampe Carcd coûte fort dier; cet appareil d'éclairage est par son prix hors de la portée de la plupart de ceux qui en ont besoin. On hd substitue, dans la plupart des ménages, les lampes i modérateur. Ces lampes ne sont pas, comme Itô lampes Carcel, pourvues d'un mouvement d'horlogerie; ^es ont seulement un ressort pour Êiîre remonter llmile vers la mèche. En faisant agir ce ressort une fois vers le milieu de la soirée, on obtient de la lampe à mode* rateur une lumière presque aussi uniforme que celle de la lampe Carcel. D'autres systèmes de lampes proposés et prônés à diverses époques ont obtenu une faveur qui n'a pas duré; telle a été, entre autres, la lampe Locatelli, à mèche carrée, actuellement tombée dans l'oubli. La lampe Carcel pour les familles atôées et
riches, et la larape à modérateur pour le reste du public, sont aujourd'hui les appareils d'éclairage à rhuile les plus usités.
La lampe Carcel du modèle ordinaire, 'donnant la lumière la plus vive et la plus égale possible, brûle par heure 50 grammes d'huile épurée ; dans une période de 24 heures, divisée en quatre soirées de 6 heures, cette lampe absorde environ un kil. d'huile. C'est un éclairage très-beau, mais très-cher. La lampe àmodérajpur,. donnant une lumière moins belle et moins égale, mais très-suffisante pour 5 ou 6 personnes occupées, ne dépense pas plus de 20 à 25 grammes d'huile par heure.
Les lampes portatives ont été d'un usage universel dans l'antiquité et au moyen âge; elles sont encore trèsusitées dans le nord de la Franpe ; elles ont pour support une tige de cuivre munie d'un pied semblable à celui d'un chandelier. Comme il est à peu près impossible de ne pas laisser écouler Thuile d^une lampe avec laquelle on va et vient pour les besoins du service, la lampe portative est pourvue d'une rigole qui reçoit rhuile déversée par le goulot, et la reverse dans le réservoir. Par cette disposition, la lampe portative est d'un usage aussi commode et plus propre que la chandelle.
Un autre genre de lampes tout à fait moderne a. fait son entrée dans le monde depuis que l'huile de pétrole de l'Amérique du Nord a inondé le marché européen. Les meilleures lampes pour brûler l'huile de pétrole portent nom de lampes-phares. Ces lampes ne peuvent être construites comme les autres, parce que l'huile de pétrole contient un principe volatil explosible, qui fait fréquemment voler les verres en éclats, bien que ceux-ci soient renflés à la base, précisément pour empêcher ce genre d'accidents, qu'ils ne préviennent pas toujours.
Quoiqu'elles donnent une très-belle lumière et que leur emploi, en raison du bas prix de l'huile de pétrole, soit réellement économique, les Jampes-phares ne sont pas encore, d'un usage général; elles inspirent une certaine défiance justifiée par les nombreux accidents auxquels elles ont donné lieu, accidents qui ne sauraient se produire dans les lampes alimentées par les huiles de graines.
Chandeliers. — Il n'existe plus de chandeliers, dans le vrai sens du mot, qu^ ceux dont on se sert dans les cuisines, pour brûler de la chandelle. Ce sont des ustensiles peu coûteux, peu élégants, de la plus grande simplicité, pourvus d'un bouton mobile dans une rainure qui fait monter la chandelle, à mesure qu'elle se raccourcit en brûlant. Ces chandeliers, dits de cuisine, sont cependant admis chez beaucoupde ménages pour l'éclairage à la chandelle ou à la bougie stéarique des chambres habitées. Ils sont en cuivre jaune ou laiton, dépourvus de toute espèce d'ornements, sans quoi ils seraient trop difficiles à entretenir dans un état satisfaisant de propreté. L'ancien modèle de ce chandelier était primitivement en fer; on en retrouve encore quelques rares échantillons à Paris ihême ; ils sont à Tusage exclusif des tonneliers et des sommeliers; ils y tiennent par habitude, et les désignent sous le nom de chandeliers de cave.
L'art moderne a pris possession des flambeaux, qui ne sont plus des chandeliers, puisqu'on n'y bmle plus de chandelles ; ils sont employés exclusivement à brûler de la bougie de stéarine, de cire, ou de blanc de baleine. Les plus ornementés, en bronze ou en imitation de bronze, ne sont que des objets d'ameublement et non de service; on n'y brûle rien du tout; on y met des bou-
gie& qui ne sont jamais allumées, principalement dans le but d'éviter la nécessité de les nettoyer trop souvent. Quand les chandeliers sont de vrai bronze, pourvu qu'on y adapte une large bobèche de cristal, qui arrête au passage les débris de la bougie en combustion, ils n'ontrien à perdre à être nettoyés fréquemment; on peut s'en servir habituellement, sans craindre d'en diminuer la valeur. Mais quand ils sont en imitation de bronze, c*est-à-dire en composition de zinc et d'antimoine, on ne s'en sert que dans les grandes occasions, et l'on fait bien. Ces flambeaux, s'ils doivent être souvent nettoyés, deviennent grisâtres comme du plomb, en perdant la patine bronzée qui les recouvre ; ils sont aussi sujets à se déformer complètement, parce que les compositions imitant le bronze manquent de consistance.
Il faut mettre au rang des flambeaux de simple ornement, dont on ne peut pas se servir, les chandeliers de cristal et ceux de porcelaine peinte, incapables d'un service actif auquel, en raison de leur extrême fragilité, ils ne résisteraient pas;. ce sont uniquement des flam-» beaux de parade, ayant pour fonction d'accompagner une pendule sur l'appui d'une cheminée.
Les bougeoirs sont des chandeliers à tige courte, à base large, munis d'un anneau adapté à leur support, beaucoup plus commodes que les chandeliers proprement dits pour aller et venir dans l'intérieur des appartements, sans risquer de couvrir ses vêtements de suif ou de stéarine. Dans les ménages aisés, on a d'élégants bougeoirs en bronze, qui conservent toujours leur aspect après de longs services. Les bougeoirs en imitation de bronze ayant pour base un support, en forme de feuille de vigne, ont été pendant quelques années en -grande faveur; ils sont actuellement à peu
près abandonnés. Le genre de service auquel on les |5destine les amène encore plus vite que les flambeaux ; de faux bronze à l'état d'ustensiles de plomb, d'un aspect sale, terne et désagréable. Les bougeoirs en faïence, en porcelaine blanche et en cristal sont aussi propres que commodes, et ils auraient assurément la préférence sur tous les autres sans leur excessive fragilité; il faut pour cette raison les renouveler à chaque instant, et, quoiqu'ils ne coûtent pas très -cher, leur usage à la longue finit par devenir très-dispendieux. Les bougeoirs à la fois les plus économiques et les meilleurs pour le service sont en cuivre, du même • modèle que le chandelier de cuisine, avec une base plus large et un anneau qui les rend plus portatifs.
Lanternes. — Les désastres causés par les incendies ont des conséquences tellement graves, les imprudences qui peuvent donner lieu à des incendies intéressent à un si haut degré la sécurité publique, qu'il devrait être interdit sous les peines les plus sévères d'entrer avec une chandelle allumée dans un , grenier à foin, ou dans une cave contenant des copeaux, des tonneaux d'esprit-de-vin et d'eau-de-vie, ou de l'huile de pétrole. La plupart des explosions de gaz d'éclairage ont aussi pour cause l'imprudence de ceux qui approchent une chandelle allumée d'un tuyau de conduite de gaz où il existe une fuite inaperçue. Tous les accidents de cette nature peuvent être évités par l'emploi des lanternes ; si l'usage des lanternes n'est pas commandé d'une manière absolue par l'autorité^ il Pest par le simple bon sens, autorité malheureuse- ^ ment trop souvent méconnue en matière d'économiedomestique.
Rien de plus défectueux que la lantemg carrée,
vitrée sur toutes ses faces, la plus usitée néanmoins,.parce qu'elle est la moins coûteuse à acheter. Le centre est occupé par une bobèche qui reçoit un bout de chandelle ou de bougie. Au bout de quelques minutes^ l'intérieur de la lanterne, surtout quand elle n*est pas très-grande, s'échauffe à tel poînt par la flamme de la chandelle que celle-ci fond et laisse bientôt dans l'obscurité celui qui avait compté sur la lumière de sa lanterne. Les meilleures, connues sous le nom de lanternes sourdes, sont formées d'un verre sphérique très-épais, avec une porte en fer-blanc qu'on ferme à volonté quand on n'a pas besoin de la lumière aisément démasquée au moment où son service devient • nécessaire. Dans les grandes fermes, on se sert pour le service des greniers et des écuries d'une lanterne de ce modèle, mais d'un grand diamètre^ où le verre est remplacé par de la corne qui n'en a pas la fragilité.
On rappelle, à propos de la lanterne, Vétrier-laU" terne, qui eut vers 1818 un tel retentissement que l'essai en fut fait aux étriers d'un escadron de cava- ^lerie. C'est une lampe enveloppée d'un verre cylindrique, qui s'adapte sous l'étrier sans gêner en rien le cavalier, et qui éclaire sa route dans tous les sens. Quoique l'étrier-lanterne soit tombé dans un injuste oubli, c'est un appareil peu coûteux, dont on peut recommander l'usage, à la campagne, aux notaires, aux médecins et aux ecclésiastiques, souvent obligés de voyager la nuit par tous les temps sur les chemins les moins praticables.
Appareils au gaz, — On pourrait à la rigueur §e dispenser de mentionner ici les appareils au ^; ixir Wl'emploi de ces appareils n'a pas réellement pénétra dans nos mœurs au delà de la rue^ du magasin et
de Tatelier. La crainte des dérangements et des embarras causés par la pose des tuyaux et leur entretien s'oppose à l'introduction des appareils au gaz dans le domaine de l'économie domestique proprement dite, où ces appareils ne sont point admis, quoiqu'on en fabriqufi^ui, par le luxe et l'élégance, sont en parfaite harmonie avec le mobilier le plus riche, et d'autres qui, par leur extrême simplicité, s^accordent très-bien avec l'ameublement le plus modeste.
. Veilleuses, — On pourrait aussi ne pas comprendre parmi les appareils d'éclairage domestique, la veilleuse, dont l'utilité est sensiblement réduite et dont l'usage devient de plus en plus rare, depuis qu'à l'aide des allumettes dites chimiques on peut se procurer de la lumière sans perte de temps à un moment donné. Il n'en était pas ainsi du temps où, pour obtenir du feu, il fallait battre le briquet, ustensile de ménage dont l'emploi a duré des siècles, et qui est tombé dans un oubli tel que nos enfants qui n'en ont jamais vu, quand on parle devant eux- d'un briquet, ont peine à comprendre le sens de ce terme. Figurez-vous, en effet, Timpatience d'un homnie à moitié endormi, frappant sur un briquet (ou sur ses doigts) pendant un quart d'heure pour parvenir à force de patience à allumer un fragment d amadou. C'est alors que quiconque prévoyait la nécessité d'obtenir du feu et de la lumière au milieu de la nuit, ne pouvait se dispenser d'allumer une veilleuse en se couchant. Dans la plupart des ménages, la veilleuse consistait en un verre à boire à demi rempli d'eau, surnagée par quelques centimètres d'huile à brûler. Une-mèche insérée dans une rondelle mince de liège recouverte d'un morceau de carie à jouer, flottait à la surface de l'huile ; souvent elle s'y noyait, et celui
qui avait cru pouvoir compter sur la lumière de la veilleuse, se trouvait forcé de se remettre à battre patiemment le briquet. Aujourd'hui la veilleuse n'est plus nécessaire que dans la chambre des malades et des enfants en sevrage; elle y est plutôt usitée pour sa chaleur que pour sa lumière. Le meilleur modèle de veilleuse pour cette destination a la forme d'une petit tour en porcelaine surmonté d'une théière dont la capacité ne dépasse pas celle d'un verre à boire ordinaire. La flamme de la veilleuse maintient à la température voulue le lait, le bouillon ou Ig^tisane que contient la théière, sans qu'il soit nécessaire d'alluHier du feu pour faire réchauffer ces liquides.