CHAPITRE XII
Combvstiblefl pour Péclairag^e domestique.
Huile a brûler. — Ce n'est pas tout de se procurer les meilleurs appareils d'éclairage domestique, selon les ressources et la position sociale de chaque ménage; il faut encore se pourvoir des meilleurs combustibles pour alimenter ces appareils. Pendant une longue suite de siècles, l'huile seule a été employée pour l'éclairage; elle est encore aujourd'hui pour cette destination le combustible le plus généralement usité. Les motifs qui peuvent faire préférer la lumière d'une lampe alimentée par l'huile à celle d'une chandelle ou d'une bougie, ne sont pas basés uniquement sur le prix de revient de ces deux modes d'éclairage. Quand, dans une chambre de travail, plusieurs personnes oecupées se réunissent pour passer ensemble une soirée d'hiver, il ne s'agit pas seulement de savoir s'il est plus économique ou plus coûteux de donner à chacun sa chandelle ou sa bougie, que d'éclairer toute l'assistance avec la lumière d'une ou deux lampes. Le prix de revient des deux modes d'éclairage n'est qu'une considération secondaire, en présence dé la nécessité de distribuer à chacun la clarté, selon les exigences de son genre de travail. Ainsi, dans les veillées de village, les fileuses au rouet ou à la quenouille peuvent se contenter de la
demi-clarté d'une seule lampe fumeuse, accfochée aux solives d'une grange ; elles n'ont pas besoin d'y voir très-clair. Dans la chambre d'une couturière, la lumière . d'une forte lampe à modérateur est à peine suffisante ; dans l'atelier d'un graveur, cette dernière lumière serait encore trop faible, si elle n'était rendue plus vive par sa concentration au moyen de globes de verre remplis d'eau.
L'huile de colza est la meilleure de toutes celles dont on dispose pour l'éclairage, lorsqu'elle a été convenablement épurée, c est-à-dire dépouillée des principes mucilagineux qu'elle tient en suspension et qui en troublent la transparence. Cette huile est rarement pure ; quand elle est mélangée d'huile de navette et de cameline, elle ti'en est pas beaucoup plus mauvaise ; elle est au contraire sensiblement détériorée par son mélange avec l'huile de chènevis; mais cette falsification n'est pas très-difficile à reconnaître à la couleur : la bonne huile de colza épurée doit être d une transparence parfaite et d'un jaune franc, tant qu'elle est de pure graine de colza ou de diverses graines de plantes oléifères de la famille des crucifères; pour peu qu'elle soit mêlée d'huile de chènevis, elle prend une nuance verdâtre à laquelle un connaisseur ne peut se tromper.
Les procédés de l'épuration des huiles à brûler sont du domaine de la grande industrie et non de celui de l'économie domestique; ils ne donnent un résultat satisfaisant que quand on opère en grand, sur des quantités de beaucoup supérieures à celles qui peuvent entrer dans l'approvisionnement d'une famille.
L'huile de pétrole, d'introduction récente dans l'éclairage domestique, est un bitume liquide minéral, dont la plus grande partie est puisée dans des sources
abondantes découvertes depuis quelques années seulement dans T Amérique du Nord. On en extrait aussi des quantités importantes de schistes bitumineux exploités sur divers points de l'Europe et livrés à la distillation ; l'huile de schiste est exactement de même nature que rhuile de pétrole. Cette huile, comme on l'a dit en parlant de la lampe-phare, diffère essentiellement de rhuile de colza et de toutes les huiles grasses. Ces huiles exposées à une température élevée se décomposent, mais elles ne s'évaporent pas. L'huile de pétrole, au contraire, quand le réservoir qui la contient est porté à une température de 25 à 30 degrés seulement, dégage d'abondantes vapeurs d'une nature très-inflammable* Dans une lampe-phare allumée, ces^ vapeurs montent du réservoir; elles se trouvent en , contact avec la flamme de la mèche, et font explosion. Avec les' lampes-phares bien construites, cela n'arrive que très-rarement; il suffit néanmoins que cela soit possible pour inspirer à une partie du public une juste défiance. La lampe à modérateur ou toute autre lampe alimentée avec une huile grasse, ne peut dan& aucun cas faire explosion; son réservoir ne dégage pas de vapeurs' inflammables. Pour que l'huile de pétrole devienne d'un usage général, il faut que, par la distillation ou par des procédés chimiques, on en isole la partie volatile pour la ramener aux conditions des huiles grasses extraites des graines oléifères. Alors on pourra s'en servir comme de toute autre huile pour alimenter toute espèce de lampes; alors seulement l'huile de pétrole sera employée à l'éclairage domestique avec sécurité et économie.
Chandeli.e. — A Paris et dans les grandes villes où toutes les classes de la population ont à leur disposition
<le la chandelle de bonne qualité, on n'a pas d'iflée des moyens tout à fait primitifs encore en usage dans quelques cantons écartés pour combattre l'obscurité. On ne se doute guère, par exemple, que dans les Landes de Gascogne, les habitants des campagnes font encore usage, comme dans les siècles antérieurs au christianisme, de branches de pin enflammées qu'on suspend dans le foyer et qu'on renouvelle à mesure qu'elles se consument. Dans les campagnes de nos départements de l'Ouest, on en est encore à un mélange de résine et de suif fondus ensemble, dont on prépare de longues chandelles aussi flexibles que les bougies dites rats-de-cave. Ces chandelles sont tortillées autour de l'extrémité d'un grossier flambeau de fer battu ; elles s'y consument en donnant une lueur obscure dont les fileuses de la Bretagne et de l'Anjou se contentent faute de mieux. L'usage des chandelles, soit au moule soit à la baguette, s'est maintenu, presque sans modifications, depuis le quatorzième siècle jusqu'à nos jours. Il est inutile d'en faire ressortir les inconvénients , que tout le monde comprend. Quant à la lumière, rien ne fatigne plus la vue que les alternatives de clarté vive et de demiobscurité. Ces alternatives sont le principal défaut de la lumière de la chandelle ; on ne les évite en partie qu'en faisant continuellement usage des mouchettes, ce qui fait perdre beaucoup de temps et n'est pas -compatible avec une rigoureuse propreté. Au point de vue de la salubrité, quand plusieurs chandelles sont allumées à la fois dans une chambre peu spacieuse, l'atmosphère de la chambre se charge de noir de fumée très-divisé,qui s'introduit dans les voies respiratoires, non sans compromettre sérieusement la santé des personnes d'un tempérament délicat. Ainsi,
sous tous les rapports, l'éciairage à la chandelle est inférieur à la lumière d'une lampe même défectueuse : cela n'est pas douteux. La chandelle se vend au poids; le kilog. et le demi-kilog. de chandelle contiennent un nombre de chandelles déterminé. Les plus usitées sont de 16 au kilog., anciennement chandelles des huit à la livre, et de 12 au kilog. chandelles dés six. On peut obtenir d'un kilog. de chandelle des six de bonne qualité 106 heures d'éclairage; c'est la chandelle la plus fréquemment employée pour l'éclairage domestique. Quant aux travaux du soir qui exigent une clarté vive, celle des meilleures chandelles est toujours insuffisante, parce que leur surface est trop glissante pour qu'il soit possible d'y adapter le support d'un abat-jour. Les lampes de tous les modèles sont munies de cet indispensable accessoire, à la faveur duquel on profite complètement de Téclairage sans avoir les yeux fatigués par le contact direct de la lumière.
Bougies stéariques. — Cinq siècles s'étaient écoulés sans apporter de modifications sensibles à la fabrication- de la chandelle; l'industrie avait seulement régularisé la forme extérieure des chandelles en les coulant dans des moules, au lieu de les faire à la baguette, selon l'antique usage : c'était tout, et nul ne prévoyait un changement radical dans ce mode d'éclairage domestique, lorsque, de nos jours, Paris a vu naître, grandir et prospérer l'industrie aujourd'hui plus florissante que jamais de la fabrication de' là bougie de stéarine. La chimie avait démontré dans le suif l'existence de deux principes gras : l'un liquide, de consistance huileuse, désigné pour cette raison sous le nom d'oléine; Tautre sec, solide, ne graissant par son contact ni les doigts, ni le papier, ni les étoffes, baptisé par les chi-
mistes du nom de stéarine. Les premiers industriels qui tentèrent de baser sur ces données de la science la fabrication en grand des bougies stéariques, échouèrent devant un écueil auquel ils n'avaient même pas songé. La cause principale de la préférence accordée de tout temps par les personnes riches à la bougie de cire sur la chandelle, c'est qu'il faut à tout moment moucher la chandelle, tandis que la bougie se mouche d'elle-même, c'est-à-dire que sa mèche se consume et se réduit en cendres à mesure qu'elle brûle, sans se carboniser comme celle de la chandelle, de sorte que la bougie de cire donne une lumière aussi égale qu'il est possible de le désirer. Il n'en fut pas de même de la bougie stéarique à sa naissance ; elle dtevait être mouchée comme la chandelle, et son prix étant beaucoup plus élevé, personne n'en voulait. Après d'assez longs tâtonnements, on finit par donner aux bougies de stéarine des mèches tressées, qui se courbent d'elles-inêmes à mesure qu'elles se consument, et dont l'extrémité tombe en cendres impalpables. Cet obstacle franchi, la bougie stéarique ne pouvait manquer de faire son cheiSj^. Elle l'a si bien fait que très-probablement, quand l'industrie sera parvenue à faire encore un peu baisser les prix actuels de la bougie de stéarine, la vieille chandelle de suif, sale et malsaine, sera complètement bannie de l'éclairage domestique.
Bougie de cire. — Depuis qu'on peut se procurer à des prix modérés de b^e bougie stéarique, donnant une belle lumière, -se mouchant d'elle-même, peu différente de la bougie.de cire quant à l'égalité de son éclairage, la bougie de cire est à peu près hors d'usage ; les ciriers ne préparent plus que des cierges de diff'érentes grosseurs pour le service des églises,
OÙ la bougie de stéarine ne peut les remplacer. Néanmoins, il y a encore un petit nombre de maisons opulentes où l'usage de la bougie de cire est conservé comme une tradition . Le prix actuel de la bougie de cire comparé à celui de la bougie stéarique, est en ce moment (1864) dans la proportion de 8 à 5.
Gaz d ECLAIRAGE. — Si Ton ne considérait dans le gaz d'éclairage que le bon marché^ il aurait la préférence sur toute espèce d'huile, de chandelle ou de bougie . En effet, aux prix actuels de Paris, la même somme de lumière qui, produite par le gaz, coûte 1 franc, coûte en chandjgUe 5 fr. et en bougie stéarique 7 fr. Mais il y a le revers de la médaille. En premier lieu, il y a les frais et les embarras du premier établissement ; ensuite la cause principale qui empêche l'éclairage au gaz de^franchir le seuil des appartements habités, c'est lacrainte, malheureusement fondée, des accidents auxquels ce mode d'éclairage peut donner lieu. Ces accidents sont de deux sortes; ceuxqu'oa redoute le plus ne sont pas les plus fréquents : ce sont les explosions, et les incendies qui peuvent en être la suite; les autres, donteili sepréoccupe moins et qui surviennent pourtant bien plus souvent, sont les asphy:^es, causées par l'accumulation du gaz d'éclairage dans les lieux habités. Il est certain que ces deux genres d'accidents peuvent presque toujours être prévenus par la prudence humaine. Il suffit cependant d'un robinet mal fergjé, ou*d'une fissure imperceptible dans un tuyau de i^mb, pour que le gaz d'éclairage ^envahisse tout un appartement. Ce gaz, dont la présence ne se trahit pas toujours par son odeur à laquelle on fittit par s'habituer, ne peut pas produire;, d'explosion par lui-même; il brûle avec une flamme tranquiUe, sans détonation, lorsqu'il est pur. C'est le
mélange de gaz et d'air en diverses proportions qui est détonnant, et quand, dans une chambre fermée, il existe une fuite de gaz, celui-ci et l'air atmosphérique ne tardent pas à se trouver mêlés dans les proportions voulues pour produire une détonation au contact de la flamme. Presque toujours les explosions proviennent de rimprudence constamment renouvelée des gens qui, quand un local est envahi par le gaz, s'en vont, tenant une chandelle allumée à la main, rechercher la place de la fuite tout le long des tuyaux. En pareil cas, il faut toujours commencer par ouvrir portes et fenêtres,
- afin de chasser au dehors, par un courant d'air vif^ l'air mêlé de gaz hydrogène. On a soin ensuite, avant de se mettre â rechercher la fuite soupçonnée, de tenir d'une main le flambeau, de l'autre un fort tampon de linge mouillé, moyen le plus efiicace pour éteindre à la minute le gaz, s'il commençait à s'enflammer. JL.es visites, lorsque l'odeur du gaz avertit de l'existenfte d'une fuite, doivent être i'aites le soir, avant de se coucher. Il y a de trop nombreux exemples de gens asphyxies pendant leur sommeil par le gaz accumulé dans Fat* Biosphère d'une chambre à coucher, faute d'une inspection facile en temps utile ; on ne pourrait citer un seul de ces malheurs qu'il n'eût pas été possible de prévenir par la plus vulgaire prudence.
En somme, il n'y a rien- d'ôtpnnant à ce que l'immense majorité des habïtiats de^ -^es répugne, à l'emploi du gaz|)our P&laiîj^'jdofcôsl^ met dans les magasîpis, lès^parj^- et Jfescaîier^dês grandes maisons, piaîé p'oîiït aîllç^^fe. "Ôi> ne j)éut jîas, malgré le prix de revient comparativeihept^très-jribdéçé de l'éclairage au gaz, hlàmer-1^ résemrei'^pS habitants
" des villes qui préfèrent dîpeçser dava^itàge pour être moins bien éclairés, maie wec l)i^di^ltfskd&^i^«rité.