RECETTES DIVERSES
Fils et tiiiuB d'amiante.
Udsbeste^ substance minérale d'une nature fort curieuse, n'est pas rare dans Jes pays de hautes montagnes, où le plus souvent on néglige de la rechercher, parce que son emploi est fort limité ; celui qui en aurait des quantités importantes n'en trouverait pas le placement. La contexture de Tasbeste est fibreuse ; on peut sans beaucoup de peine en extraire des fibres d'une grande finesse, d'un blanc pur, tout à fait analogues au lin de la plus belle qualité; ces fibres, quant à leur composition, ne diffèrent point de l'asbeste dont on les extrait; elles sont connues sous le nom à!amiante.
Pour retirer l'amiante de l'asbeste, on commence par laver avec soin les morceaux d'asbeste; puis on les gratte pour en détacher toutes les parties terreuses qui peuvent adhérer à leur surface. Les morceaux sont ensuite divisés dans le sens de leur plus grande longueur. Si l'on étire séparément par les deux bouts en sens contraire chaque paquet d'asbeste, les fils d'amiante s'en détachent et deviennent huit à dix fois plus longs que le morceau dont ils sont sortis; il semble que ces fils existent roulés en spirale dans lasbeste dont ils formentla substance, et qu'ils se d^eloppent par l'étirage. On les passe, comme de lasoie sur un peigne composé de plusieurs rangs d'aiguilles redressées. Le fil d'amiante ainsi sérancé, peut être
filé, tissé et employé, comme du fil d'origine végétale, à toutes sortes d'ouvrages à l'aiguille et au crochet. On lui associe ordinairement une petite quantité de coton, pour le rendre plus facile à travailler. Les déchets qui restent après qu'on a retiré des morceaux d'asbeste tous les fils d'amiante qu'il est possible d'en extraire, ne sont pas perdus; on peut les corder, les filer , et les employer aux mêmes usages que les fibres de l'amiante. Les tissus de fil d'amiante sont incombustibles ; on les blanchit en les exposant à une flamme vive et claire; ils en sortent aussi blancs que dans leur neuf.
De même que toutes les fibres végétales, les fibres minérales de l'amiante peuvent être consrerties en pâte à papier. En 1825, on a présenté à l'Institut un livre imprimé sur du papier d'amiante fabriqué en Italie, par Mme Perpenti; le papier de ce livre est parfaitement incombustible.
Dans nos départements montagneux, les personnes qui s'occuppent de minéralogie peuvent rechercher les gisements d'asbeste, et en extraire les fils d'amiante; les ouvrages préparés avec ces fils, dont on peut faire jusqu'à de la dentelle, peuvent off'rir aux dames qui ont du loisir une source d'agréables délassements .
GraTurei et deising traniportés unv boit.
Mettez sur un feu doux, dans un vase de porcelaine, 60 grammes de vernis blanc à Tesprit-de-vin; dès qu'il commence à s'échauffer, ajoutez-y par portions 120 grammes de térébenthine fine. Quand la térébenthine est dissoute, retirez le vase du feu, laissez refroidir le mélange. Lorsqu'il est entièrement froid,
appliquez-le sur le dessin ou la gravure. Cette opération exige une certaine habileté de main ; il faut que Tenduit soit étendu très-également , en couche aussi mince que possible. Sans lui laisser le temps de sécher, appliquez sur le bois le dessin ou la gravure ainsi préparés, et laissez alors sécher Tenduit penâant 24 heures. L'enduit étant sec, humectez à Taide d'une éponge douce légèrement mouillée Tenvers du papier, afin de pouvoir l'enlever ; choisissez à cet effet le moment où le papier est suffisamment ramolli, en conservant encore assez de consistance pour pouvoir l'enlever sans le déchirer.
Le papier enlevé laisse sur le bois le dessin ou la gravure en sens inverse de sa disposition primitive. Quand l'humidité résultant de l'élément du papier est entièrement dissipée, passez sur l'empreinte quatre couches successives de vernis blanc à l 'esprit-devin. La dernière couche étant sèche, vous obtiendrez sur bois un effet analogue à celui des boîtes de spa qui ne sont pas en couleur.
GraTure sur Terre.
Il n'est pas nécessaire de connaître Tart de la gravure, ni même de posséder à fond l'art du dessin, pour orner un verre, ou tout autre vase de même nature, d'une gravure qui n'en trouble qu'à demi la transparence aux endroits gravés. A cet effet, oiv fait fondre dans 60 grammes d'acide sulfurique, concentré, 20 grammes de fluate de chaux en poudre. Le mélange doit être remué avec le tuyau d'une pipe neuve, ju»^ ^ qu'à ce que la dissolution du fluate de chaux fl<r*' " ^ complète, i
D'autre part, faites fondre ensemble sur un feu trèsdoux 20 grammes de térébenthine fine et 60 grammes de cire jaune. Garnissez de cet enduit toute la surface du verre sur lequel vous voulez opérer. Si vous savez suffisamment dessiner, découpez dans Tenduit, qui se détache facilement du verre, le dessin que vous désirez graver. Si vous ignorez l'art du dessin, collez sur Tenduit un dessin à votre gré, gravé ou dessiné sur papier ; suivez-en les contours avec un canif; enlevez en même temps le papier et Tenduit sur lequel il est collé ; vous aurez le dessin désiré. Ces préparatifs terminés, mettez dans un vase de porcelaine, sur un bain de sable modérément chauffé, la dissolution de fluate de chaux ; il s'en dégagera des vapeurs que vous aurez grand soin de ne pas respirer. Promenez les parties préparées du verre au-dessus de ces vapeurs ; elles attaqueront ces parties découvertes, et seront sans action sur le reste de la surface garnie d'enduit de cire et de térébenthine. L'opération terminée, enlevez la totalité de l'enduit ; les portions dépolies de la surface reproduiront le dessin découpé sur l'enduit.
BaTiTai^e des tiisus de flH>le noire.
Il arrive assez souvent que des vêtements de soie noire, sans être usés, sont réformés parce qu'ils sont devenus d'un noir roux, qui leur donne un aspect de vétusté pfematurée. On peut en raviver la nuance, et par conséquent en prolonger le service, en les lavant dans de l'eau très-claire', à laquelle on ajoute par litre deux ou trois gouttes seulement d'acide sulfurique. L'acide, à cette dose, réagit sur la couleur
noire, et n'altère pas sensiblement les tissus de soie. Il faut que le lavage soit conduit très-rapidement, et que les pièces lavées soient rincées à trois reprises différentes dans de Teau claire, sans acide. Si Ton faisait sécher les pièces sans avoir pris cette précaution indispensable, Tétoffe serait infailliblement brûlée, quand même Tacide n'aurait été employé qu'à très-faible dose. En effet , si Ton expose à îair sec et chaud une pièce de soie sortant d'une eau dans laquelle il est resté tant soit peu d*acide, celui-ci étant beaucoup moins vaporisable que Teau, c'est Teau qui s'évapore en premier lieu; vers la fin de la dessiccation; le peu d'humidité qui subsiste est mêlé de beaucoup d'acide ; il en résulte une multitude de petits trous de place en place, et le vêtement dont on voulait raviver la couleur noire est entièrement perdu.
Bponzag^e du plâtre^ du bols et du carton.
Les objets d'ornement en bois, en carton et en plâtre, ces àerniers surtout, perdent assez promptetement leur aspect neuf et propre, à moins qu'ils ne soient conservés sous des cloches de verre, ce qui n'est pas toujours possible. La poussière s'attache à leur surface, les rend ternes et sales, et leur ôte toute leur valeur pour la décoration des lieux habités. On obvie à cet inconvénient par le bronzage pratiqué de la manière suivante.
Dans une solution faible de colle- forte, on incorporé, par parties égales, du bleu de Prusse, de l'ocre jaune et du noir de fumée, en quantité suffisante pour en former un enduit d'une bonne consistance; on passe d'abord trois couches de cet enduit sur l'objet qui doit
être bronzé. Avant que la dernière couche soit complètement sèche, on applique avec un pinceau, sur toutes les parties saillantes de chaque objet, une petite quantité de poudre d'or musif, ou or d'Allemagne, composition d'un prix peu élevé, qui (dontie aux vives arêtes des objets bronzés un aspect analogue à celui des pièces de vrai bronze, polies par le frottement. Ce mode de bronzage n'est applicable qu'aux objets placés sur l'appui d'une cheminée, sur une étagère ou une console à l'intérieur d'un appartement habité, par conséquent à l'abri de l'humidité.
S'il s'agit de bronzer des objets du même genre plus ou moins exposés au contact de l'air hntnide. on se sert à cet effet de la composition suivante. On passe sur les objets^à bronzer deux couches de rouge d'Angleterre broyé avec de l'huile de lin; sur la seconde couche, lorsqu'elle est sufïisamiBient sèche, on passe une couche de vernis à la gomme laque préparée à l'esprit-de-vin. Avant que ce vernis soit tout à fait sec, on en repasse les vives arêtes avec un pinceau chargé d'or musif. L'humidité prolongée et même la pluie sont sans action sur cet enduit.
Enduit pour rendre leii chaussures imperméables.
Les personnes qui habitent la campagne et qui aiment à chasser au marais, ou dans des prairies plus ou moins humides, savent que les chaussures dites imperméables, dont elles font empiète pour préserver leurs pieds du contact de l'humidité froide, ne remplissent pas toujours parfaitement leur destination. Pour être sûr de son fait, on commande au cordonnier de forts souliers de chasse à double semelle.
Quand la première semelle est posée , on passe dessus ainsi que sur toutes les coutures, trois ou quatre couches de l'enduit suivant. Coupez en petites la- ' nières le plus minces possible, un morceau de gomme élastique, préalablement ramollie en l'exposant à l'action de la vapeur de l'eau bouillante ; d'autre part, faites fondre du goudron dans un vase de terre vernissée, et tandis qu'il est en fusion, jetez-y peu à peu les morceaux de gomme élastique, afin que le goudron en absorbe autant qu*il en peut dissoudre. Appliquez cet enduit encore tiède, et laissez bien sécher une couche avant d'en donner une autre. Rendez au cordonnier la chaussure ainsi préparée, afin qu'il y adapte la double semelle; l'enduit renfermé entre deux cuirs rendra la chaussure aussi imperméable qu'elle peut l'être.
Cire à cacheter.
La bonne cire à cacheter, de toutes couleurs, parfumée ou non, n'est jamais bien chère ; il n'y a pas d'économie réelle à la faire soi-même, au lieu» de l'acheter toute faite. D'ailleurs, la consommation de cet article est devenue beaucoup moins étendue qu'autrefois, depuis que le public a généralement adopté l'usage des enveloppes gommées qui, pour la correspon • danoe courante, n'exigent ni cire ni pains à cacheter. Néanmoins pour les lettres recommandées ou chargées, de même que pour la correspondance d'affaires, la cire à cacheter est indispensable ; en voici la meilleure recette : GJomme laque, 80 granmies ; térébenthine fine, 20 grammes; vermillon en poudre, 60 grammes.
On fait fondre d'abord, dans un vase de porcelaine, la gomme laque à laquelle on ajoute la térébenthine.
Le vermillon est ensuite incorporé au mélange, qu'on coule dans des moules avant qu'il soit refroidi, pour lui donner la forme de bâtons aplatis, plus ou moins ornés. Pour préparer de la cire noire, on remplace le vermillon par du noir de fumée ; les cires de diverses couleurs s'obtiennent en substituant au vermillon diverses matières colorantes en poudre.
La cire dorée qui, lorsqu'elle est faite avec soin-, ressemble à l'aventurine, se fait en incorporant au mélange de gomme laque et de térébenthine, tandis que ce mélange est à l'état de fusion pâteuse, du mica ou poudre d'or usitée pour être répandue sur Técriture.
C!s§ai des pierres à bâtir.
Celui qui fait bâtir et qui n'a pas de connaissances spéciales en ce qui concerne les matériaux, peut facilement être trompé, quant à la qualité des pierres qui lui sont fournies pour ses constructions. Les pierres de qualité inférieure, dites gélives, ont pour défaut de se fendiller, de s'émietter au contact de l'air humide, tandis que les bonnes qualités de pierre à bâtir lésistent parfaitement aux alternatives de chaud et de froid, de sécheresse et d'humidité. L'essai des pierres à bâtir est une opération aussi simple que facile. On fait tailler dans les blocs soumis àl'essai de petits xîubes de 5 centimètres de côté. D'autre part, "on faî^iiondre dans de l'eau bouillante autant de selvde Èflauber (sulfate de soude) que l'eau peut en ^%MiiiÀff% et l'on maintient la solution en ébullition. Les ed^U|e pierre y sont plongés pendant une bonne demî3f€?ure ; après quoi ils en sont retirés, et chacun d'eux est p3^é séparément dans une soucoupe de porcelaine.
Au boutde 24 heures, toutes les surfaces des cubes se couvrent d'efflorescences blanches de sulfate de soude. Bientôt, ces eflBiorescences se détachent et tombent, entraînant avec elles une quantité plus ou moins considérable de débris provenant de la dégradation de la pierre sur laquelle la solution de sulfate de soude réagit, comme le ferait la gelée succédant à Thumidité, mais avec encore plus d'intensité. Sur les bonnes pierres Faction est nulle ou presque nulle; après quelques jours d'exposition à Tair dans un lieu sec, les cubes essuyés ne laissent tomber dans la soucoupe rien autre chose que les efflorescences salines développées à leurs ' surfaces, qui n'ont subi d'ailleurs aucune déformation. Les mauvaises pierres sont comme rongées de tous côtés ; les soucoupes sur lesquelles sont déposés les cubes de pierres gélives, sont remplies de leurs débris. Le poids de ces débris donne une idée assez précise de la qualité des diverses pierres à bâtir soumises à ce mode d'essai.
Imitation d'ayenturine.
On ne fait plus guère usage de l'aven turine; elle est passée de mode en Europe, et on la voit rarement figurer comme autrefois sous forme de parures à l'étalage des joailliers. Mais les personnes qui aiment à occupop leurs loisirs par des peintures à la manière de Spa, dès ^^aiî^Q-g^s d'estampés sur bois et d'autres ouvragpyÈâûêine genre, peuvent imiter très-exactement fjwjjttrine par la recette suivante, et s'en servir pour dëCagrer des ^nécessaires, des boîtes à ouvrage et des ^fïr^ts d'un très-bel effet.
Dans 150 grammes d'alcool rectifié, faites fondre
50 grammes de térébenthine et 20 grammes de sandaraque en poudre. Ce vernis se prépare dans un ballon de verfe qu'on chauffe au biain-marie, en le plongeant dans un vase plein d'eau maintenue en ébullition pendant trois heures. Pour favoriser la dissolution de la poudre de sandaraque disposée à s agglutiner et à résister à l'action de l'alcool, on agite de temps à autre le contenu du ballon à l'aide d'un long tube de verre, du diamètre d'un tuyau de pipe ; le vernis terminé est dé- .canté tandis qu'il est encore chaud. On le laisse refroidir, et l'on en applique successivement deux couches. Dans une petite quantité du même vernis, on fait fondre une pincée de gomme-gutte en poudre, afin de le colorer en beau jaune d'or. On applique une troisième couche de ce vernis, et tandis qu'il est encore mou, on tamise par-dessus de la poudre d'or à répandre sur récriture. Cette opération, si l'objet qu'on décore est un peu grand, doit se faire en plusieurs fois ; si l'on vernissait en une seule fois une grande surface, le vernis sécherait de place en place ; la poudre d'or qui doit produire l'imitation d'aventurine, ne prendrait pas partout également, et le travail serait manqué.
Quand le vernis qui a servi à fixer la poudre d'or est bien sec, on applique par-dessus successivement seize couches de vernis non coloré. Cette épaisseur de vernis est indispensable pour pouvoir polir l'ouvrage et rendre sa surface unie comme une glace. Les objets en imitation d'aventurine conservent longtemps leur premier éclat ; s'ils le perdent à la longue au contact de l'air et de la poussière, on le leur restitue eaappliquant dessus deux ou trois couches de vernis blano, par-dessus lequel on peut donner un nouveau polissage, du même effet que le premier.
Bncre en poudre. l
Rien n*est plus commode que l'encre en poudre ; le marin, le militaire en campagne, le voyageur dans les pays peu civilisés, peuvent toujours avoir en poche un petit paquet d'encre en poudre , dont une pincée délayée dans une cuillerée d'eati, leur donne le nioyen d'écrire sans se mettre à la recherche d'un encrier. Malheureusement il n y a dans le domaine public d'autre recette d'encre ^n poudre que celle donnée par le livre du Secret des arts, édition de 1840 ; voici <^tte recette :
Mélanger exactement ensemble par une longue trituration 10 grammes de bois de campêche, 20 grammes de noix de galle, 30 grammes de gomme arabique, 15 grammes de sulfate de fer, ët2 grammes de sulfate de cuivre. Toutes ces substances doivent être en poudre fine, passée au tamis de soie. On est prévenu que cette encre est fort défectueuse, elle a un ton faux, et en trèspeu de temps elle passe du noir violacé au roux, puis au jaune, puis elle s'efface presque complètement.
Depuis quelques années, on trouve dans le commerce une encre en poudre de qualité supérieure, l'encre Roy, généralement adoptée dans les écoles et les administrations. On ne peut en donner la recette, qui est une propriété particulière assurée par un brevet.
Kncres lympathiques.
On 'désigne sous le nom d'encres sympathiques, diverses préparations qui servent à tracer des caractères invisibles, mais qu'on peut faire reparaître à
volonté. Le plus souvent on écrit avec les encres sympathiques dans les intervalles des lignes tracées à l'encre ordinaire, pour dérouter les curieux.
l'e recette, La plus simple des encres sympathiques est le jus exprimé des gros oignons blancs, jaunes ou violets; le suc des oignons blancs est le meilleur. Ce suc étant parfaitement incolore, il faut écrire en aveugle, sans voir iée qu'on écrit ; il devient légèrement visible qyand le papier est très-sec ; il prend une nuance d'un brun-noir quand on présente le papier au feu. C'est la moins parfaite et la moins fidèle des encres sympg^thiques.
2e recette. Dans 20 grammes d acide azotique (eauforte), faites fondre sur un feu dotix, dans un vase de verre, 10 granmies de rognures d'argent. On peut se servir à cet effet d'une petite pièce de 20 ou de 50 centimes qui n'a plus cours, parce que les deux surfaces usées par le service n'offrent plus d'empreinte visible. Quand la dis^jolution est complète, faites évaporer au moins la moitié du liquide, puis laissez refroidir. Il se formera au fond du vase des cristaux de nitrate ou azotate d'argent (pierre infernale) ; délayez dans une cuillerée d'eau très-pure quelques grammes de ces cristaux ; écrivez avec cette solution. Tarit que le papier qui aura reçu cette écriture sera tenu hors du contact de l'air et de la lumière, les caractères tracés demeureront invisibles ; exposés au soleil, ou présentés devant la flamme d'un feu vif et clair, ces caractères se montreront un peu pâles, mais néanmoins faciles à lire. Cette encre sympathique vaut mieux que la précédente, bien qu'elle ne remplisse pas toujours bien sa destination.
S*' recette. Faites dissoudre dans 80 grammes d'eau T'égale, 30 grammes de mine de cobalt finement pul-
vérisée. Ajoutez à la solution trois ou quatre fois son volume d'eau très-pure.
Quand les éléments de cette encre sympathique sont de première qualité, elle est la meilleure de toutes. Quoiqu'elle ait une légère nuance rose, les caractères écrits avec cette encre ne laissent aucune trace visible sur le papier. Lorsqu'on chauffe celui-ci, l'écriture paraît d'une teinte d'un bleu pâle ; elle disparaît dès que le papier est exposé au contact d'un air frais et légèrement humide. C'est donc celle de toutes les encres sympathiques qui oflFre le plus de sécurité à ceux qui désirent que ce qu'ils écrivent ne puisse être lu par des indiscrets.
L'une des recettes les plus usitées consiste à écrire soit avec une légère infusion de noix de galle, soit avec une solution très-légère de sulfate de fer (vitriol vert). Ces deux liquides étant l'un et l'autre incolores, les i^aractères tracés ne sont pas visibles, ils le deviennent quand on passe par-dessus avec un pinceau un peu de solution de sulfate de fer, si l'on a écrit avec l'infusion de noix de galle, et un peu de décoction de noix de galle, si l'on a écrit avec la solution de sulfate de fer. Dans l'un et l'autre cas, les caractères se montrent en brun clair. Mais, par cela même que cette encre sympathique est l'une des plus connues, c'est aussi celle à laquelle on peut le moins se fier ; si l'écriture sympathique tombe entre des mains infidèles, l'infusion de noix de galle et la solution de sulfate de fer sont les premiers réactifs auxquels les indiscrets songeront à recourir, et ce qu'on voulait tenir secret est lu sans difficulté.
Voici une autre recette, la plus sûre de toutes, parce que pour être employée, elle doit être connue également des deux correspondants. Dans trente
grammes d'eau distillée, faites dissoudre dix grammes deprussiate de potasse. Ecrivez avec cette solution absolument incolore ; laissez bien séchqr l'écriture. Quand elle est parfaitement sèche, écrivez des choses indifférentes sur les lignes écrites à l'encre sympathique. Si l'écrit tombe entre les mains des indiscrets, ils auront beau lui appliquer divers réactifs, ils ne verront rien. La personne prévenue fait dissoudre dans 30 grammes d'eau distillée 5 grammes de sulfate de fer et 10 grammes d'acide oxalique. Trempez dans cette solution l'écriture sympathique masquée par une écriture à l'encre ordinaire. Peu à peu cette encre s'effacera. Quand elle sera tout à fait enlevée, la réaction sera complète, le prussiate de potasse sera devenu du prussiate de fer (blanc de Prusse) ; les caractères à Tencre sympathique seront visibles en bleu clair.
Il est à peu près impossible à celui qui n'est pas prévenu, de deviner qu^il doit faire disparaître l'encre ancienne par la réaction de l'acide oxalique, pour faire reparaître l'écriture sympathique par la réaction du sulfate de fer; c'est donc celle des encres sympathiques dont l'emploi offre le plus de sécurité.
Collasse du papier de tenture.
A Paris et dans la plupart des grandes villes, si l'on colle du papier en se servant seulement de la colle de pâte ordinaire, il arrive presque toujours que des œufs de punaise sont enfermés sous la colle. Bientôt la chaleur fait éclore ces œufs ; les punaises percent le papier et se répandent dans l'appartement. Ce désagrément très-grave peut être prévenu en préparant la colle de la. manière suivante :
Mettez dans une marmite de fonte un kilogramme de colle de pâte ordinaire délayée dans 3 litres d'eau ; ajoutez-y 500granmies de térébenthine. Placez la marmite sur un feu doux et portez le mélange à TébuUition en remuant continuellement. Laissez cuire une bonne demi-heure sans cesser d'agiter, afin que la térébenthine soit parfaitement incorporée à la colle. Tandis que celle-ci est chaude passez-en vivement deux couches sur les murs qui doivent être tapissés; laissez-les bien sécher.
D'autre part, préparez, selon les indications de la recette précédente quant au mode de préparation, un autre mélange de colle et de térébenthine, dans la proportion de 250 grammes seulement de térébenthine par kilogr. de colle de pâte. Si Ton en mettait davantage, l'incorporation des deux substances ne serait pas assez complète, la térébenthine reparaîtrait de place en place par taches grasses sur le papier collé. Avec ce second collage, on pose le papier de tenture à la manière ordinaire. Les deux couches de colle à. la térébenthine étendues sur le mur y forment une croûte qui fait infailliblement périr les punaises logées dans les moindres fentes des murs et des cloisons, et qui s'oppose d'une manière absolue à l'éclosion de leurs œufs. D y a lieu de s'étonner qu'une recette d'un effet aussi certain pour détruire le plus incommode des parasites, soit peu connue et| peu pratiquée, bien qu'elle ne soit ni coûteuse ni d'une application difficile.
Consolidation du Terre.
On sait que les objets fabriqués en verre, déjà trèsfragiles par eux-mêmes, le seraient encore plus , au
point qu'il serait absolument impossible de s'en servir, si, dans les verreries on ne prenait la précaution de les exposer d'abord à la chaleur rouge, puis successif vement à une température un peu moins élevée, de sorte qu'ils mettent plusieurs jours à se refroidir complètement. Si ces objets étaient exposés à un refroidissement brusque, on ne pourrait y toucher sans les briser. Il arrive assez souvent que des vases de verre, en apparence très- solides, se brisent instantanément lorsqu'on y verse des liquides très-chauds, sans prendre le soin de les échauffer préalablement, afin d'éviter réchauffement subit du verre que le passage du froid au chaud ne peut manquer de faire fendre. Il est facile de prévenir les accidents de ce genre par un moyen d'une extrême simplicité.
Plongez un vase quelconque dans Teau froide contenue dans une marmite que vous mettrez sur le feu ; portez cette eau à l'ébullition ; puis retirez la marmite du feu, et laissez le vase de verre dans Teau, jusqu'à ce qu'elle soit entièrement refroidie. Le vase de verre qui a subi cette opération peut désormais, tant qu'il durera, être subitement rempli d'un liquide bouillant ; il ne se fendra pas.
ConserTation de la Tiande fraîche sans sel.
Dans quatre litres d'eau filtrée faites infuser a froid 500 grammes de suie, prise dans une cheminée où l'on ne brûle que du bois. Dans cet intervalle, agitez le liquide de temps à autre. Passez l'infusion qui a retenu seulement un vingt-cinquième du poids de la suie employée. Faites tremper pendant une demi-heure dans l'infusion de suie claire un morceau de bœuf, que vous
suspendrez ensuite pour le bien faire égoutter. La viande ainsi passée à Teau de suie se conserve pendant quarante jours au moins sans subir aucune altération ; on peut durant tout cet intervalle l'employer en tout ou en partie : elle est aussi saine et aussi nourrissante qu'elle l'était à l'état frais. Mais elle a contracté, une saveur particulière qui peut n'être pas du goût de tous les consommateurs, et que le meilleur assaisonnement ne réussit pas toujours à masquer.
Ciruau d'aToine.
Dans les pays de montagnes au sol peu fertile, l'avoine est la céréale la plus cultivée, parce qu'elle arrive à maturité sur des pentes élevées, sous l'influence dune température humide et froide, qui ne permettrait pas aux autres grains de mûrir. Pour employer ce grain à la nourriture de l'homme, on peut le réduire en farine ; mais la farine d'avoine se panifie mal ; elle ne donne qu'un pain très-coloré de mauvais goût, et de difficile digestion. L'avoine convertie en gruau et préparée en potage, soit au gras soit au maigre, est au contraire un aliment aussi sain que nourrissant; le gruau d'avoine est la base de la nourriture journalière des habitants des montagnes d'Ecosse et de ceux du canton de Turgovie en Suisse, deux pays dont les hommes sont renommés pour la vigueur de leur tempérament. On prépare le gruau d'avoine de la manière suivante : Dans un appareil semblable à ceux dont on se sert dans les grandes fermes pour faire cuire à la vapeur les pommes de terre destinées soit à la nourriture des bestiaux soit à la distillation, on soumet l'avoine à l'action de la vapeur d'eau bouillante jusqu'à
ce qu'elle soit à moitié cuite. L'appareil consiste en une cuve de grandeur arbitraire, cerclée en fer, munie d'un couvercle à clôture hermétique. Un tube amène à la partie inférieure de la cuve la vapeur produite par de Teau en ébullition dans une marmite à couvercle de fonte. L'avoine à moitié cuite est retirée de la cuve et portée dans un four dont le pain vient d'être retirée ; elle s'y dessèche rapidement. Elle est ensuite portée au moulin pour être convertie en gruau par les procédés en usage pour la fabrication de la semoule et de l'orge perlé.
On a cherché à réunir dans le cours de cet ouvrage toutes les notions du domaine de l'hygiène et de l'économie domestique; c'est seulement quand elle possède ces notions et qu'elle sait les appliquer avec discernement, que la femme est réellement ce qu'elle est appelée à être par sa nature, expression de la volonté divine elle-même, la reine du foyer.