SECRET TEXTUEL
DE
FËU DÂRDELLË, DE MONTGË.
Vous ferez bien attention, dit le manuscrit signé de Dardelle, et que nous copions religieusement^ vous
ferez bien attention à un clou, à un charbon; le clou sort, le charbon rentre. Aussitôt que vous vous en apercevrez^ vous mettrez un emplâtre d'onguent styrax, gros comme une petite lentille ou un peu plus, suivant la largeur du mal, sans oublier le sublimé que Ton mettra sur l'onguent ; si c'est un érésipèle que Ton croit charbonneux, au bout de deux fois vingt-quatre heures s'il ne s'efface pas, percez la cloque, le charbon est dessous ; alors mettez un emplâtre comme ci-dessus, percez toujours les cloques à mesure, et chaque fois un emplâtre. Si c'est auprès de l'œil, il faut ménager l'emplâtre. Vous frotterez l'enflure avec
de l'huile de lin, de l'huile de lis, de l'huile d'hypéricon, de l'huile de camomille, le tout mêlé ensemble, de chaque une demi-once. Vous frotterez trois fois par jour, et autant la nuit, ensuite y appliquerez chaque fois im cataplasme de farine de lin par-dessus, bien mis sur toute l'enflure. Il faut laisser le premier emplâtre pendant vingt-quatre heures, et changer les autres trois fois par jour.
Si c'est à la gorge, vous lui ferez boire du sirop de mauve, — du sirop d'hysope, — du sirop de pêcher, — du sirop de capillaire ; le tout mêlé ensemble, de chacun une once, au moins ; vous en prendrez une cuillerée chaque fois dans une demi-cuillerée d'eau, toutes les heures ; ensuite faire boire un peu d'eau rougie, un peu d'eau de groseilles et un peu de bouillon.
Dardelle.
Montgé, 1853.
Mode de pansement du Charbon et de la Pustule maligne.
Ces courtes explications, plus claires et plus correctes que la rédaction de feu Dardelle, disent trèsbien la manière d'employer efficacement le remède indiqué ci-dessus.
On taille une rondelle de linge ayant un centimètre de plus dans sa circonférence que le lieu malade ; on étend dessus une légère couche d'onguent styrax, et on répand sur cette surface le deutochlorure de mercure (sublimé corrosif) dans la proportion de un à deux millimètres d'épaisseur. Il faut avoir l'attention de maintenir avec soin cette emplâtre sur le lieu oii il a été placé, c'est-à-dire sur le charbon même, au moyen de compresses et de bandes.
Vingt-quatre heures après son application, on lève cet emplâtre, et on observe alors une escarre d'un aspect peu rassurant, en apparence ; sa couleur est d'un gris noirâtre, sa circonférence laisse voir des vésicules remplies d'une sérosité d'un rouge brun ; ce sont là les apparences qui indiquent l'arrêt de la maladie. A l'entour de cette escarre existe un gonflement inflammatoire qui est toujours de bon augure. Le premier pansement se fait alors avec une rondelle de liftge, sur laquelle on étend une couche légère de styrax ; avant de placer cfette rondelle, on fait des onctions avec les huiles mêlées sur la surface malade et les parties environnantes, puis on étend sur le mal la rondelle trempée dans le mélange des huilés; on recouvre le tout d'un large cataplasme de farine de lin ; ce même pansement sera renouvelé trois fois dans vingt-quatre heures pendant quatre jours. Après quatre jours de ces soins, on cesse l'usage des cataplasmes
et on panse avec la rondelle de linge imbibée d'huile et couverte de styrax : on cesse Temploi des huiles vers le septième ou huitième jour, puis on panse avec le styrax seul étendu sur une rondelle jusqu'à la guérison complète, qui ne se fait pas attendre.
Knseiable du remède de Dardelle.
Ainsi Tensemble du précieux remède de Dardelle se compose de :
Huile de lin. ..... 15 grammes.
Huile de Us 15 grammes.
Huile dliypéricoo. ... 15 grammes.
Huile de camomille ... 15 grammes.
Bien mêlées ensemble.
Farine de lin 500 grammes.
Oeutochlorure de mercure, ou sublimé corrosif, de
quoi couvrir une pièce de cinq francs.
Onguent styrax, un petit pot.
Avec le deutochlorure de mercure et longuent styrax, qu^il est possible d'avoir toujours chez soi, il sera facile à Toccasion de prévenir efficacement les suites funestes d^un charbon ou d'une pustule maligne dont on aurait reconnu le caractère mortel trop tard pour attendre le médecin, qui est trop loin ou tarde trop d'arriver. Une fois la gangrène fixée, ce qui est l'essentiel et le plus pressé, on se procurera aisément le reste des médicaments destinés à réparer le ravage fait dans les chairs par la gangrène (1).
(1) Nous devons prévenir les personnes qui pourraient l'ignorer, que le sublimé corrosif, ou deutochlorure de mercure, est extrêmement vénéneux : quelques centigrammes introduits dans
Tel est dans son exacte et parfaite intégrité le secret de Dardelle, au moyen duquel Dardelle d'abord et aujourd'hui le savant et bienfaisant docteur Missa, de Nanteuil, ont pendant vingt ans traité avec une sorte de succès qui tient du prodige les nombreux malades accourus auprès d'eux chaque année.