CHAPITRE II
Soins à donner aux enfants^ aux malades^ aux Tieillards*
Soins a donner aux enfants. — Beaucoup d'enfants s'élèvent et deviennent robustes, bien qu'ils ne reçoivent pas les soins que prescrit l'hygiène. C'est qu'ils sont naturellement doués d'une vigueur de tempérament capable de résister à l'absence de ces soins; tous ne lônt point dans ce cas ; c'est de la majorité qu'il faut se préoccuper, non des exceptior s. Chez les peuples civilisés, c'est assurément toujours un très- grand avantage que celui de posséder un corps vigoureux. Néanmoins, la besogne sociale est assez variée pour que celui à qui la nature n'a départi qu'une dose modérée de force corporelle, puisse payer aussi largement que tout autre sa dette d'utilité à ses semblables. Les soins à donner à l'enfance ne doivent donc pas être dirigés, comme ils le sont chez les peuples à demi barbares, vers le but de n'élever que les plus robustes et de laisser périr les autres .,Car c'est à ce résultat que vient aboutir la dureté réellement barbare du traitement infligé aux enfants nouveau-nés, en Russie par exemple, où ceux qui ont la mauvaise chance de naître en hiver, sont exposés, sans aucune pitié, au froid le plus rigoureux. Sur cinq il en meurt quatre; le cinquième, assez fort pour résister au froid, s'élève seul.
et c'est la raison unique qui fait que le peuple russe n'est composé que d'hommes forts; les enfants faibles ont péri pendant le premier âge. Assurément, cette méthode de ne pas soigner les enfants délicats, pour n'élever que les mieux constitués, n'est ni humaine ni chrétienne. Vous entendrez dire qu'il faut de bonne heure habituer les enfants à souffrir pour les endurcir. Dans les premiers mois qui suivent la naissance, le plus impérieux des besoins pour l'enfant c'est d'avoir chaud; le froid ne l'endurcit en aucune façon, il le tue, voilà tout. C'est une vérité qu'on ne peut trop souvent répéter.aux mères et aux nourrices. Ainsi, il est bon, il est salutaire pour les enfants, durant tout le premier âge, de passer la plus grande partie de leur temps au grand air; mais c'est à la condition expresse que la température extérieure sera au moins tolérabl^ Lorsqu*il fait froid, vous pouvez très-bien couvrir le corps du jeune enfant et le préserver des atteintes du froid; il n'est point en votre pouvoir, si bien couvert que soit un enfant, d'empêcher l'air glacé de pénétrer dans ses poumons, qui n'ont pas la force de le supporter; il contracte ce que vous nommez des rhumes, dont on ne s'inquiète guère; les rhumes de cette nature, à cet âge, sont des affections le plus souvent mortelles des organes respiratoires. On vous dira qu'il faut hiverner les enfants ; je le veux bien ; mais, à coup sûr, il ne faut pas les tuer.
Ce que je dis de l'air, je Je dis également de l'eau. Jusqu'après la crise de la première dentition, l'enfant ne doit être lavé qu'à l'eau tiède, et devant un bon feu clair, à moins qu'on ne soit en plein été. Plus tard, on habituera l'enfant à barboter dans de l'eau, non pas froide, mais à, la température du corps, de telle sorte que l'eau ne lui fasse éprouver ni la sensation de la
chaleur ni celle du froid. Ainsi gradués, les bains fréquents ne peuvent que lui être salutaires; il ne doit prendre des bains tout à fait froids qu'après qu'il a fait ses dents de sept ans. Dès qu'il a traversé cette crise, il entre dans une phase nouvelle de son existence ; l'exercice prolongé et la fatigue provenant de la marche, de la course, de la natation même, s'il est jugé assez fort pour la supporter, développeront sa vigueur, sans danger pour son avenir. Mais il est des genres de fatigue qui doivent être sévèrement interdits aux enfants des deux sexes, de l'âge de sept à douze ans. Lorsqu'on leur permet ou qu'on leur ordonne, comme il n'arrive que trop souvent, de soulever et de porter des fardeaux trop au-dessus de leurs forces, les enfants de cet âge, surtout les jeunes filles, sont exposées à des nmladies du cœur^ qui deviennent en peu .de temps îhcurables. Ces maladies, sans mettre immédiatement la vie en danger, rendent les jeunes filles languissantes, par conséquent fort mâSheureuses. Elles les contractent spécialement qu^nd elles portent une charge trop lourde en avant et non sur les épaules. On voit à quel danger on lés expose en les obligeant à porter sur leurs bras, souvent pendant des journées entières, de jeunes enfants déjà lourds, besogne qui kur plaît et qu'elles n'ont même pas la pensée de fefuser. L'inconvénient est moindre pour les garçons pour une bonne raison. Lorsqu'on les charge de pprter un frère ou^une sœur d'un poids déjà considérable, s'ils veulent le porter sur les bras ils éprouvent une telle gêne que l'idée leur vient naturellement de placer leur fardeau vivant à califourchon sur leurs épaules. Si le trajet à parcourir avec ce poids sur le dos est un peu long, ils peuvent çn souffrir cruellement, moins pourtant qu'une jeune fille de moins de douze ans qui porte la même
charge sur le bras, c'est-à-dire en avant des organes de la circulation et de la respiration. Cette loi de l'hygiène est trop généralement ignorée ou méconnue dans la pratique.
De douze à quinze ans, pour les jeunes filles, une gymnastique proportionnée à leurs forces ; pour les jeunes garçons, tous les exercices du corps compatibles avec la position de leurs familles, 'doivent être considérés comme partie obligée de l^ygiène de la jeunesse. Bien des familles ne -peuvent pas faire suivre à leurs enfants de cet âge des cours de gymnastique proprement dits; mais,pour les jeunes gens, un genre de gymnastique toujours à leur portée, c'est l'escrime et l'exercice du fusil. En France, même * quand un jeune homme ne doit pas être militaire, il
est bon qu'il fasse de bonne heure connaissance ayec un fusil ; rien ne développe mieux les forces physiques en donnant à la fois aux jeunes garçons une bonne santé et une bonne tenue. C'est donc à tort que, même dans les familles où l'on a besoin de bonne heure du iravail utile de tous ceux qui en font partie, le temps employé à apprendre l'escrime et Fexercice du fusil *' \ h, est regardé comme du temps perdu. Passé quinze ans,
'"^.i l'enfance et l'adolescence sont terminées, excepté aux
*iS^S' yeux des parents qui, lorsqu'ils parviennent à un âge
:, ': très-avancé, continuent à regarder et à traiter comme
fr des enfants leurs fils et leurs filles parvenus euxmêmes sur les limites de la vieillesse.
Soins a donner -aux malades. — L'art de soigner les malades devrait être enseigné à toutes les jeunes filles : car, dans le cours de leur existence, qu'elles s'établissent ou non, toutes auront inévitablement des malades à soigner, ce qui les mettra souvent dans un
çrand embarras. Des soins intelligents autant qu'affectueux ne contribuent guère moins que les conseils de la médecine au rétablissement d'un malade. Dans les grandes villes, on peut à prix d'argent se procurer des gardes-malades de profession, qui, d'une part, ne savent pas toujours leur métier, de l'autre ne le font pas toujours avec conscience. Dans les campagnes, cette ressource manque d'une manière absolue. Une mère de famille rend un grand service à sa fille, lorsqu'elle lui apprend à bien soigner un malade, à vaincre la répugnance que celle-ci peut éprouver, par exemple pour aider au pansement d'une plaie, pour toucher des sangsues, oiter voir pratiquer une saignée. Il suffit qu'une personne de la famille soit capable de pratiquer toutes ces choses du domaine de la médecine domestique, qui secondent efficacement l'intervention de l'homme de l'art, pour qu'on soit affranchi de la nécessité toujours fâcheuse d'avoir recours aux soins mercenaires d'une garde-malade.
Pour donner une idée juste de l'ensemble des notions comprises dans l'art de soigner les malades, je crois ne pouvoir mieux faire que d'esquisser le programme des écoles de gardes-malades y telles qu'elles existent en Allemâ'gne, spécialement à Manheim. Le cours d'études dans ces écoles dure trois ans, ^u bout desquels, après des ekamens publics, les élèves reçoivent un diplôme qui leur procure en peu de temps une^ clientèle suffisante. Le prix de leurs soins est tarifé à un taux modéré, soit pour le jour, soit pour la nuit ; elles ne peuvent rien exiger au delà. C'est une ressource honorable pour des personnes qui ont tenu un certain rang dans le monde, et qui manquent de moyens d'existence à un âge où il est difficile à une femme de vivre de son travail.
L'élève garde-malade apprend en premier lieu à bien faire un lit, pour qu'un malade ou un blessé, spécialement celui qui a une jambe cassée et ne doit faire aucun mouvement, s'y trotfve le moins mal possible. On lui enseigne en même temps à bien préparer les tisanes par infusion ou par décoction, à faire les cataplasmes et tous les autres remèdes qu*il n'est pas nécessaire de faire faire par le pharmacien. Elle suit aussi pendant la première année deux cours, l'un de bandages, l'autre de pansement. Dans le premier cours, elle apprend à faire toute espèce de bandages et à les tenir prêts pour le moment oii Ig.chirurgien % besoin de les employer; dans le second xours, elle apprend à seconder le chirurgien dans toute espèce de pansements,' depuis les plus simples jusqu'aux plus compliqués, et à faire elle-même ces pansements, quand il n'est pas possible d'avoir immédiatenient les secours de l'homme de l'art.
Les deux années suivantes sont consacrées à la pratique, dans un hôpital, où les élèves ont occasion de voir passer sous leurs yeux la plupart des infirmités dont ^'humanité pçut être atteinte, et d'apprendre à les soulager, dans les limites de leurs attributions. La plus importante des choses de leur ressort, c'est la tenue d'un registre où elles doivent consigner tout œ que le malade éprouve dans l'intervalle entre les ♦visites du médecin. Celui-ci, quand il revient, parcourt les notes tenues par la garde-malade ; il y trouve, sans fatiguer le malade par des questions auxquelles il n'est pas toujours en état de répondre, tous les renseignements nécessaires pour se rendre compte de la niarche de la maladie et des effets du traitement. 0» remet à cet effet à la garde-malade un cahier imprimé, sur lequel elle n'a que des blancs à remplir. Ainsi, elle
marque si et quand le malade a eu la fièvre ; combien l'accès a duré ; s'il y a eu de l'altération, du frisson, ou d'autres accidents ; si le sommeil a été calme ou agité ; enfin jusqu'aux plus légers incidents qui peuvent éclairer le médecin. On comprend qu'il n'est pas possible à une personne qui ne veut pas être gardemalade de profession, de s'astreitidre à remplir en totalité ce programme. Mais el^ peut en accepter ce qui est compatible avec sa position ; elle peut mettre de côté toute timidité exagérée, quand il s'agit de se rendre utile, et éviter de se donner un ridicule en essayant de se trouver mal à la vue d'une goutte de sang. Elle peul*aussi, en l'absence du médecin, écrire ce qui survient* de plus remarquable dans l'état du malade, et se donner ainsi à elle-même la satisfaction de concourir à sa guérison. Ces notions pourraient et devraient faire partie de l'éducation des jeunes personnes de toutes les conditions; celles qui appartiennent à des familles peu aisées auraient*assez d'occasions de les utiliser dans leur intérieur, les autres y trouveraient un moyen de plus de pratiquer la vraie charité à l'égard des malades pauvres.
Soins a donner aux vieillards. — Les vieillards des d«ax sexes ont besoin de soins continuels, même quand ils sont exempts d'infirmités, ce qui malheu-* reusement n'arrive pas toujours. Il faut avant tout les préserver du froid, aussi nuisible à leurs organes respiratoires qu'à ceux de l'enfance, et éloigner d'eux l'humidité, dont l'effet inévitable est de les accabler de rhumatismes. Ceux qui prennent soin des vieillards d'un âge |rès-avancé, doivent les empêcher de se livrer à leur penchant naturel pour les plaisirs de la table. Ung indigestion à tout âge est un empoisonno-
— sèment, qui laisse peu de traces chez les jeunes gens, mais qui peut causer la mort des vieillards. Si Tcst tomac du vieillard est assez robuste pour qu'il digère facilement, et que pour cette raison il croie pouvoir se livrer à toutes les exigences de son appétit, il s'expose inévitablement à- contracter une obésité qui lui rend tout exercice pénible et le prédispose à lapoplexie. Sans manger avec excès, il est menacé du même inconvénient lorsqu'il prolonge son séjour au lit et la durée de son sommeil au delà du besoin. Autant rhomme dans l'âge de l'activité a besoin de réparer ses forces par le sommeil, autant le vieillard a besoin de conserver Tusage des tiennes par un exercice modéré mais fréquemment renouvelé. Si la Boaladie ou une infirmité grave retient le vieillard au lit ou sur son fauteuil, ceux qui l'entourent doivent chercher à lui procurer le plus possible de distractions conformes à sa position et à son âge, afin- qu'il ne donne au sommeil que le temps nécessaire, rien au delà. Six à sept heures de sommeil suffisent Jargement aux vieillards qui ont passé l'âge de 60 ans. S'ils ont l'habitude de dormir au milieu du jour en été, ou bien après leur principal repas en toute saison, on peut les laisser dormir, mais jamais au delà d'une heure de suite. Rien n'est plus funeste aux vieillards que l'inaction prolongée, soit du corps, soit de la pensée. Pendant la jeunesse et l'âge mûr, les préoccupations résultant de la vie active tiennent toujours le cerveau et tout l'appareil nerveux qui en dépend suffisamment surexcités; souvent ils le sont trop, ce qui devient une cause fréquente de maladies graves. Dans la vieillesse, c'est le contraire; l'action du système nerveux se ralentit; elle rend pénibles toutes les fonctions de la vie'ph)rsîque, qui dépendent de l'inner-
vation ; il est donc nécessaire de tenir Faction nerveuse constamment éveillée, et de ne pas permettre que le vieillard cède à sa propension à l'engourdissement et à l'inactivité de corps et d'esprit.
Le régime alimentaire du vieillard doit comprendre des aliments moins substantiels que ceux du jeune homme ou de l'homme fait; il est toujours bon de prendre à cet égard l'avis d'un médecin expérimenté, qui donne à la famille du vieillard des indications précises sur le genre de nourriture qui lui convient le mieux, selon ses habitudes et son tempérament. :■:
Le tabac, lorsqu'ils ont contracté depuis leur jeunesse l'habitude de fumer, ne peut pas être interdit aux vieillards d'une manière absolue; il faut seuleD&ent veiller à ce qu'ils n'en abusent pas, ce qui arrive presque toujours quand ils sont complètement inoccupés. A ce propos, je crois devoir relever une erreur trop accréditée au sujet de l'usage du tabac. Ce poison, car c'en est un et des plus actifs, n'est jamais utile sous aucun rapport, même à ceux qui en usent avec le plus de modération. Il trompe l'ennui des longues heures d'oisiveté du soldat et du marin; il donne une rêverie vague, rappelant en petit les eftets du hatchis chez les Orientaux, et ceux de l'opium chez les Chinois. On a fait cette remarque, dans les écoles du gouvernement, que tous ceux qui fument, parmi les élèves, ne sortent pas fruits secs, mais tous les fruits secs fument. Le vieillard, pour peu qu'il ait de prédispositions à l'asthme ou au catarrhe, peut avoir beaucoup à souffrir de l'abus du tabac à fumer qui provoque une salivation continuelle. Mais, je le répète, c'est Tabus, non l'usage, qui doit être interdit aux vieillards ; il en est beaucoup, entre autres les vieux soldats et les
vieux marins, pour qui vivre sans fumer n'est pas vivre.
A partir de soixante-dix ans, le vieillard, même exempt d'infirmités graves, a besoin d'une grande régularité dans les heures du lever, du coucher et des repas. C'est à cet âge surtout que l'inaction et l'isolement lui sont funestes, et que rien ne doit être négligé pour lui procurer le plus de distractions possible, et la société habituelle de personnes de son âge, surtout de celles dont les antécédents et le caractère s'accordent le mieux avec sa propre manière d'être.
Les bains, à raison de deux au moins par mois, sont très-utiles aux vieillards-; ils doivent les prendre à la température du corps, de manière à n'éprouver en entrant dans Teau, ni la sensation de la chaleur, ni celle du froid. Le bain, pour les vieillards des deux sexes, ne doit pas être prolongé au de là de 25 à 30 minutes. Cette recommandation ne concerne 'que les vieillards bien portants; ceux qui souffrent d'une maladie ou d'une infirmité quelconque ne doivent prendre des bains que sur l'ordonnance de leurs médecins. L'une des manies contre lesquelles ceux qui prenaient soin des veillards doivent le plus se tenir en garde, c'est celle qu'ils ont presque tous de vouloir se traiter eux-mêmes en se droguant à tort et à travers, quand ils sont ou qu'ils croient être malades. La constipation, assez fréquente chez les vieillards du meilleur tempérament, ne doit être combattue que par l'usage des lavements et des boissons rafraîchissantes; le plus sûr moyen d'abréger les jours d'un vieillard, c'est de lui permettre de se purger chaque fois qu'il en a la fantaisie.