CHAPITRE III
Mes ares à prendre en cas d'aecidento.
Quiconque se trouve à la tête d'un ménage tant soit peu nombreux, dans toutes les positions de la vie sociale, peut s attendre à de fréquents accidents, qu'il est presque toujours possible d'éviter. Ce qui est impossible, ou du moins fort difficile, c'est d'inspirer à chacun des membres de la famille la dose de prudence, d'attention et de réflexion nécessaire pour rendre rares les accidents graves. En présence de cette impossibilité, le chef de famille doit se tenir constamment en mesure- de parer aux accidents les plus fréquents ; ce sont lo les hémorragies t 2» les coupures , 3° les brûlures , 4® les contuêions , 5° les fractures, 6° les empoisonnements , 7<> les asphyxies.
Hémorragies. — Les hémorragies les plus fréquentes sont connues sous le nom vulgaire de saignements de nez; elles sont sans grande importance dans" la jeunesse ; passé quarante ans, chez les deux sexes, un saignement de nez, surtout quand il se prolonge, est toujours un accident sérieux. Le remède le plus usité consiste à passer dans le .dos, sous la chemise, une clef qu'on met en contact avec la colonne vertébrale. L'impression du froid métallique de la clef suffit assez sou-
vent pour arrêter le sang. Mais ce refroidissement subit peut donner lieu à d'autres accidents beaucoup plus graves, dont la cause est oubliée quand ils viennent à se manifester. Le seul moyen d'arrêter un saignement de nez trop prolongé, sansavoir à redouter de conséquences fâcheuses, c'est de faire aspirer par le nez, à trois ou quatre reprises différentes, de Teau la plus fraîche possible. L'impression du froid suffit pour faire cesser à l'instant l'hémorragie, et s'il en résulte un léger rhume de cerveau, c'est une indisposition passagère, sans aucune gravité.
Les applications de sangsues donnent lieu à une hémorragie considérée comme moyen curatif, mais qui devient dangereuse quand elle se prolonge indéfiniment. Très-souvent ceux qui entourent un malade auquel on a appliqué un grand nombre dé sangsues à la fois, sont embarrassés pour arrêter le sang lorsque le malade en a perdu suffisamment. Le procédé le plus simple consiste à appliquer sur les piqiifes ,de sangsues du brûlin, préparé de la manière suivante : sur la plaque de tôléqui ferme l'ouverture d'un fourneau de cuisine, on- allume de vieux chiffons de^'ïinçe blanc, qu'on laisse brûler jusqu'à ce qu'ils né produisent plus de flamme. Alors on pose dessus un fer à repasser qui les éteint en un instant ; c'est une substance noire trèslégère qu'on applique sur les piqûres de sangsues en qiiantité suffisante pour les fermer complétefcent et "OTrêter l'écoulement du sang. Le brûlin a sur l'amadou et les autres substances employées au même u$age l'avantage fort important de ne causer aucune irritation, de sorte que les plaies des sangsues se cicatrisent très-promptement.
Coupures. -^ Les enfants, très-jeunes, dès que ceux
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qui les surveillent ont le dos tourné, n'ont rien de plus pressé que de jouer avec les instruments tranchants, d'abord parce que cela est défendu, ensuite parce que ces instruments les mettentà même d'exercer l'activité destructive qui fait partie essentielle des attributs de leur âge. Quand un enfant se coupe, il est bien rare que ce ne soit pas la faute de ceux qui auraient dû ne pas laisser un couteau à sa portée ; mais quelle est la mère la plus attentive qui peut répondre que cela ne lui arrivera jamais ? Il est absurde, comme le font en pareil cas bien des gens avec la meilleure intention du monde, de mouiller la coupure récente avec de l'eau salée, ce qui fait à celui qui s'est coupé beaucoup de mal, sans aucun profit. Après avoir lavé la coupure avec de Teau fraîche très-propre, [sans sel, on la sèche * en la taitiponnànt avec un linge blanc et l'on applique dessus une compresse trempée dans de l'eau blanche préparée de la manière suivante :
Eau filtrée, un demi-verre.
Baume du commandeur de Fermés, 10 gouttes.
Acétate de plomb liquide, 10 gouttes.
A mesure que la chaleur du corps fait évaporer le liquide et sécher la compresse, au lieu de renouveler le pansement, on fait couler un peu d'eau blanche entre la compreBse et la plaie, sans découvrir celle-ci ; car moins une coupure pfend l'air, plus vite elle est cica- ^ trisée. Comme il y a toujours plus ou moins de temps à perdre poar aller chez le pharmacien au moment où quelqu'un s'est fait une coupure sérieuse, il est utile d'avoir à la iftaison une petite provision de baume du Commandeur et d'acétate de plomb liquide (extrait dô Saturne), deux médicaments dont Tusage extérieur ne
saurait avoir aucun inconvénient; il faut seulement avoir soin de les tenir hors de la portée de ceux qui pourraient vouloir les appliquer hors de propos.
Une coupure faite avec une lame propre dans les chairs d'une personne bien portante, se cicatrise d ellemême sans autre médicament que de Teau fraîche pour laver la plaie et du linge propre pour la mettre hors du contact de l'air. Il en est autrement quand la per- ^ . sonne coupée est d'un mauvais tempérament, et quand la lame qui a fait la coupure n'est pas propre. C'est ainsi qu'un boucher et un cuisinier qui ce coupent avec la lame d'un couteau souillé "de sang peuvent se faire des blessures très-dangereuses. C'est alors surtout qu'après avoir laissé bien saigner la plaie et l'avoir lavée avec soin, il est utile et même nécessaire de faire usage de la recette donnée plus haut, qui rend la cicatrisation rapide et prévient à temps les conséquences fâcheuses que pourrait avoir la coupure.
Brûlures. — Les brûlures les plus fréquentes proviennent soit du contact deg charbons incandescents et du fer chaud,* soit de leau et de divers autres liquides en ébullition. Rien de plus facile, lorsqu'elles sont de peu d'étendue, que de soulager immédiatement les victimes de semblables accidents et d'en prévenir les conséquences; c'est ce guon ne fait pas habituelle-
^ment. On applique sur la partie." brûlée de l'huile d o- * lives ou quelque autre corps graS, qui cause des dou-
.l^lrs très -vives, et retarde la guérison de la plaie. Le moyen de soulagement le plus prompt est en premier lieu Teau fraîche fréquemment renouvelée; puis, le plus tôt possible; de la pulpe de pomiçes de terre râpées; ce traitement, qui suffit pour arrêter le* mal dès sa naissance, pourvu qu'il puisse être appliqué
sans retard, a sur tous les remèdes de bonne femme ou autres le précieux avantage d'éviter toute perte de temps; de l'eau et des pommes de terre crues sont des objets qu'on a toujours sous la main. Si la brûlure est assez étendue pour occasionner des accès de fièvre, c'est à l'eau blanche qu'il faut avoir recours, en attendant le chirurgien; si l'on est éloigné d'une pharmacie, on doit renouveler de cinq en cinq minutes les compresses d'eau très-froide, jusqu'à ce * qu'on puisse les remplacer par des compresses d'eau blanche et suivre ensuife le traitement prescrit par le médecin.
Depuis l'invasion de la mode plus absurde, et pour cette seule raison plus durable que beaucoup d'autres, des jupons de crinoline^ on a fréquemment à déplorer la mort dans le plus affreux des supplices d'un trop grand nombre de dames que l'ampleur exagérée de leurs vêtements inflammables e^ôsé à se trouver subitement enveloppées par les flammes, au simple contact d'une bougie allumée ou d'une forte étincelle, jaillissant hors du foyer. En pareil cas, le malheur peut pîlfesque toujours être évité ; il y a dans toute chambre habitée un lit avec sa courte-pointe , des rideaux de lit, un tapis de table : s'envelopper de l'une de ces étoffes et se rouler sur le plancher, c'est le moyen certain d'en être quitte pour quelques brûlures insignifiantes. Tout le monde le sait, et presque jamais la femme qui se trouve seule ne songe à user de ce moyen de salut toujours à sa portée ; elle perdra tête, s'élance sur les escaliers ou dans la rue pour appeler du secours, et elle est perdue. Presque toujours aussi, les tâhoins d'un semblable malheur manquent de présence d'esprit. Jeter une couverture, un tapis ou un manteau sur une femme dont la robe flambe, la ren-
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verser à terre et éteindre le feu, ou bien, lui lancer sur le corps un seau d'eau, propre ou sale, peu importe, c'est tout ce qu'il y a à faire, et c'est ce qu'on ne fait pas. Le feu étant éteint, le plus pressé, c'est de plonger immédiatement la personne dans un bain froid qui a pour premier effet de calmer passagèrement la souffrance et de retarder le plus possible l'invasion de la fièvre, en attendant que le médecin puisse être appelé à la combattre par une énergique médication interne. Je ne crains pas d'affirmer que sur dix accidents mortels de cette nature, neuf n'auraient'aucune suite funeste si chacun avait conservé son sang-froid et fait usage des moyens de salut qui ne manquent jamais.
Contusions. — Les contusions sans gravité provenant d'un choc ou d'une chute accidentelle, n'ont besoin d'aucun traitement ; quand il peut en résulter des maux de tête pénibles, l'infusion d'espèces vulnéraires prescrite en pareil cas ne peut être que salutaire, bien qu'elle ne possède pas en réalité toute l'ffiecacité que le vulgaire lui attribue. Si dans une chute, la tête a porté, et que les douleurs qui s'en suivent soient accompagnées d'étourdissements et de vertiges, il ne faut pas se fier à l'effet jugé infaillible des vulnéraires ; on doit consulter le chirurgien, qui le plus souvent "prévient les suites de l'accident en pratiquant une saignée. Il en est de même quand les contusions, sans blessure apparente, mettent en danger la vie d'une personne tombée d'une grande hauteur, renversée sous les roues d'une voiture, ou foulée aux pieds d'un cheval. Quand les secours du chirurgien se font attendre, il est toujours utile de faire boire au blessé une ou deux petites tasses d'infusion chaude de fleurs d'arnica. Cette infusion dégage l'estomac, s'il se trbuve chargé d'aliments au
moment deTacddent ; elle réagit, dans le cas contraire, d'une façon favorable sur le système nerveux. On recommande surtout de s'abstenir de donner au blessé de Teau-de-vie, ou toute autre liqueur spiritueuse, qui lie peut que contrarier Teffet du traitement rationnel à appliquer par l'homme de l'art; agir autrement, c'est souvent compromettre l'existence de celui qu'on désire soulager.
FEAtrruRES. — La fracture d'un membre est toujours un accident d'une gravité telle qu'il réclame dans le plus bref délai possible les secours du chirurgien. Tenir le blessé dans la position la moins douloureuse possible et éviter tout mouvement au. membre fracturé, c'est à quoi se bornent les fonctions de la médecine domestique. Les fractures sont quelquefois accompagnées de circonstances particulièrement pénibles; c'est ainsi qu'à la campagne un homme seul passant la nuit par un chemin écarté, tombe, se casse la jambe, et reste là, sans secours, jusqu'à ce que quelqu'un vienne à passer par là le lendemain matin. Ceux qui sont appelés à secourir un blessé en cet état peuvent se trouver fort embarrassés ; voici comment ils doivent s'y prendre. Après l'avoir placé horizontalement à terre, tout de son long, on étend im matelas à côté de lui, et on le fait glisser doucement sur ce matelas, sans craindre d'y mettre le temps pour éviter tout mouvement brusque et fwre souffrir le blessé le moins possible. Une fois qu'il est sur son matelas, toujours dans la même position horizontale, il ne reste qu'à placer l%|natelas sur un brancard, et à Fenlever sans secousses pour le mettre au lit avec les mêmes précautions employées pour le faire glisser sur le matelas. Cela fait, on lui recommande, quoiqu'il doive
siècle, à l*époque du sacre de l'Empereur, le cardinal Caprara, légat du pape Pie VII, se promenant dans le bois de Yincennes, ramassa des champignons qu'il cfoyait excellents ; malgré des avis réitérés, il les remit à son cuisinier, les mangea et les trouva parfaits : le lendemain il était mort. A Paris, il ne devrait jamais être question d'empoisonnement par de mauvais champignons; on n'admet sur les marchés que les champignons de couche sévèrement inspectés ; or, sur les couches, il ne peut croître que de bons champignons. Je fais observer à ce propos que les champignons les meilleurs, lorsqu'ils sont cueillis depuis trop longtemps, peuvent, sans être précisément corrompus et sans cesser d'être mangeables, avoir contracté des propriétés qui en rendent la digestion très-difficile. Ceux qui ont mangé de tons champignons en cet état peuvent en avoir de sévères indigestions offrant beaucoup de rapport avec les symptômes de l'empoisonnemeiit. Si le médecin est appelé en cas pareil, il dissipe les craintes du malade, lui fait prendre quelques tasses de thé, et tout est dit.
Malgré l'active surveillance de l'autorité compétente, il y a encore dans Paris quelques personnes empoisonnées de temps en temps par les mauvais champignons. Ce sont des promeneurs séduits par l'aspect appétissant de la fausse oronge, de l'amanite vénéneuse, et des autres champignons vénéneux qui croissent en abondance, au printemps et en automne, dans les bois des environs de la capitale. Évidemment, l'autorité ne peut rien contre l'imprudence de ceux qui, volontairement, font usage d'aliments empoisonnés. J'insiste €ur la nécessité de s'abstenir d'une manière absolue de tout champignon douteux; un seul, sans plus, parmi les espèces comestibles communes en France, ne
peut être confondu avec aucune espèce suspecte, c'est la morille {phallus esculentus des botanistes), dont les deux variétés, Tune pâle, l'autre foncée, sont également agréables et saines; mais, comme tous leslrfiampignons, la morille tant soit peu avancée est très-indigeste. Un danger très-réel résulte de la confiance d'une partie du public dans divers moyens parfaitement absurdes, indiqués pour reconnaître les propriétés nuisibles des mauvais champignons. Il suffit, vous dira votre concierge, de faire cuire les champignons suspects avec des oignons, et d'y plonger une cuillère d'argent ; elle noircira si les champignons sont mauvais, et vous serez averti. Que l'argenterie noircisse ou ne noircisse pas au contact des champignons fricassés avec ou sans oignons, cela ne signifie absolument rien quant à leurs propriétés ; mangez de mauvais champignons qui n'auront pas fait noircir l'argenterie, vous serez bel et bien empoisonné. Il y a contre les malheurs de ce genre un remède radical, qui finira peut-être par être adopté : c'est de ne livrer à la consommation que des champignons produits, par la culture. Puisqife l'agaric comestible, ou champignon commun, est reproduit à volonté en quantités illimitées par la culture, toutes les espèces comestibles peuvent l'être également; c'est une étude à faire, ave« la certitude d'arriver à un bon résultat. En attendant, ne faites usage que du champignon de couche et de la morille, si vous ne voulez pas risquer d'être empoisonné.
Il y a quelques années, un individu s'est donné comme pouvant manger impunément de tous les champignons réputés les plus dangereux, pourvu qu'ils eussent été préparés avec une dose suffisante de vinaigre; les expériences publiques auxquelles il s'est soumis ont prouvé qu'il disait vrai. Maïs, c'était un
cas tout particulier dUdiosyncrasie, comme-disent les , médecins, un homme doué d'une constitution particulière, peu attaquable par le principe vénéneux des mauvais champignons cuits dans le vinaigre. Il n y a rien a en conclure à l'égard de la masse des consommateurs, et je ne conseille à qui que ce soit de renouveler sur lui la même expérience.
Le danger des mauvais champignons résulte surtout de ce fait que le poison ne manifeste pas immédiatement son activité; on éprouve d'abord un peu de pesanteur d'estomac, sanfj vives souffrances, et l'on n'y fait pas attention ; puis surviennent les nausées et les vomissements; et il est bien tard pour appliquer le remède ! Dès les premiers signes du malaise, il faut faire vomir sans retard, comme je lai recommandé en cas d'empoisonnement par le vert-de-gris. Si Ton s'est trompé et qu'il y ait seulement indigestion, hâter les vomissements , c'est dans tous les cas soulager le malade; si les champignons consommés étaient réellement vénéneux, c'est le sauvicr que d'expulser le poison hors des voies digestives avant qu'il ait commencé à agir. Quand on a trop attendu, les vomissements sont souvent accompagnés de contractions nerveuses qu'on croit maîtriser à l'aide de l'éther ou des gouttes d'Hoffmann ; ces deux médicaments possèdent la propriété de dissoudre le principe vénéneux des mauvais champignons, d'en accroître l'activité funeste, et de hâter la mort de la personne empoisonnée. Il feut donner alternativement de l'eau albumineuse préparée jjl comme on l'a indiqué ci-dessus, et du café noir trèsfort, par petites gorgées, en attendant le médecin. Quand on ne songe à recourir à lui qu'après l'invasion des vomissaments, il arrive presque toujours trop tard.
Asphyxie. — jC'asphyxie résulte fréquemment de rimprudence de ceux qui s'exposent à la vapeur du charbon allumé, ou qui pénètrent sans précaution dans des souterrains depuis longtemps fermés, dans des puits très-profonds, ou dans d'autres lieux où s'est accumulé un air vicié, non respirable. L'asphyxie résulte ^ussi de la strangulation et de l'immersion dans l'eau ; les pendus et les noyés meurent asphyxiés. Les blanchisseuses, les repasseuses et les cuisinières sont souvent atteintes d'un commencement d'asphyxie, d'où résultent des maladies sérieuses attribuées à toute autre cause. Ces accidents ne proviennent pas du charbon, dont on se méfie à raison de l'odeur des gaz acide carbonique et oxyde de carbone, tous deux non respirables, dégagés pendant sa combustion; ils proviennent le plus souvent de la braise qui dégage les mêmes gaz, expose aux mêmes dangers, mais n'inspire pas de défiance parce que les gaz qu'elle produit en moindre quantité à la fois n'ont presque pas d'odeur. Il est constant néanmoins que la braise allumée dans un lieu clos, ou dont les moyens de ventilation sont insuffisants, peut asphyxier tout comme le charbon. Il faut se défier au même degré du poussier de charbon, dont beaucoup d'ouvrières remplissent leurs chaufferettes pour se préserver du froid aux pieds. Dans une chambre étroite et bien close, surtout si cette chambre n'a pas de cheminée, une chaufferette qu'on ne prend pas soin d'éteindre le soir, et dans laquelle on laisse imprudemment du poussier de charbon allumé, dégage pendant la nuit assez de gaz délétère pour causer l'asphyxie mortelle; il y en a de trop fréquents^ exemples.
Quelle que soit la cause de l'asphyxie, les remèdes à appliquer en attendant les secours de la médecine
sont les mêmes. En premier lieu, il faut se préserver du préjugé encore trop généralement répandu parmi les classes peu éclairées de la société, qui consiste à s'abstenir de toucher à un malheureux asphjodé quand on peut le supposer mort, et à croire qu'on s'expose à l'amende en essayant de le rappeler à la vie. On comprend à peine comment une pareille erreur peut subsister. Le sentiment chrétien seul doit suffire pour nous faire voler au secours d'un asphyxié, même quand il y a peu de chances de le sauver ; jamais loi ni règlement de police n'a prescrit ni pu prescrire le contraire. Dans tous les cas qui semblent désespérés, le point capital c'est de ne pas manquer de persévérance. L'asphyxié doit être placé horizontalement, entièrement nu, exposé à l'air libre, soit dehors, soit dans une chambre dont la porte et les fenêtres sont ouvertes ; il importe que la tête ne soit pas plus élevée que le reste du corps ; ■' * cela fait, et en attendant les secours de l'homme de l'art, qu'il n'est pas toujours possible de se procurer, on commence par opérer 46.J%i^s pressions sur le , ^ ventre et sur la poitrine, enîijâtapt ïes mouvements de ces parties du corps chez un homme en santé qui respire librement. Tant qu'il reste tant soit peu de chaleur vitale, il ne faut pas se lasser ; il y a des exemples d'asphyxiés rappelés à la vie après plus de deux heures de cette manœuvre. En même temps, on
* applique sous la plante des pieds des briques chaudes enveloppées de linge, et l'on pratique sur les membres des frictions sèches avec. une brosse douce. Très-souvent, le plaisir de sauver la vie à un malheureux as-.
^hyxié est la récompense de ces soins donnés avec intelligence et persévérance ; ce dernier point est le plus ■* essentiel.