CHAPITRE IV
Pharmacie domestique.
Le chef d'une famille nombreuse, à plus forte raison le directeur d'un pensionnat ou d'une usine employant un nombreux personnel d'ouvriers, lorsqu'il n'habite pas la ville et n'a pas, par conséquent , à sa porte une pharmacie à laquelle il puisse, en cas de besoin, recourir sans perte de temps, agit prudemment en tenant toujours sa maison approvisionnée d'une quantité suffisante de n^édicaments usuels choisis parmi ceux dont l'emploi est exempt de tout danger, et qui appartiennent au domaine de ce qu'on peut nommer la pharmacie domestiqire, comprenant quelques plantes médicinales et quelques médicaments simples.
Parmi les plantes médicinales de cette série, les unes doivent être cultivées dans les jardins ou achetées chez le pharmacien ou l'herboriste ; les autres se rencontrent partout à l'état sauvage ; on peut, à mesure qu'elles fleurissent, ai faire provision, sans autre peine que de les récolter dans les lieux incultes et sur la lisière des bois ; en voici la liste par ordre alphabétique :
Armoise.
Bleuet.
Arnica.
Bouillon blanc.
Aurone.
Bourrache,
Camomille. Mélilot.
Centaurée (petite). Menthe.
Chiendent. Patience.
Consoude. * Pavot (têtes de).
Coquelicot . Saponaire .
Douce-amère . Serpolet.
Erysimon. Thym.
Guimauve. Tilleul (fleurs de).
Lavande. Tussilage.
Lichen dislande. Valériane.
Mauve. Violette.
Armoise (Artemisia)* — Famille des flosculeuses.
• — La pharmacie domestique en admet deux espèces : Varmoise commune ou officinale , et Vaurov£ ou
. armoise citronelle, La première se rencontre par- . tout en France à Tétat sauvage dai^ les terrains incultes exempts d'humidité, à l'exposition du midi ; la seconde ne croît spontanément que dans nos départements les plus méridionaux; partout ailleurs, elle est cultivée dans les jardins. JL'armoise commune sert à préparer des bains aromatiques très-utiles aux personnes faibles et aux enfants en convalescence. L'aurone est employée en infusion légère contre les maux d'estomac ; elle sert aussi comme vermifuge contre les vers des enfants de cinq à sept ans. Les propriétés médicinales de ces deux plantes réâident moins dans la fleur que dans la tige et les feuilles ; le moment le plus favorable pour les cueillir et les faire sécher en les suspendant à l'ombre, dans un local bien aéré, est celui où elles commencent à fleurir, sans être en pleine fleur.
Ahnica (Arnica moniana), — Famille des floscu-
leuses. — Les habitants de nos départements traversés par les Alpes et le Jura peuvent de bonne heure au printemps aller cueillir les fleursr d'arnica sur les pentes des montagnes; l'action de cette fleur prise en infusion chaude sucrée, est très-prononcée sur le système nerveux ; c'est à l'efficacité de la fleur d'arnica que les vulnéraires suisses doivent leur réputation méritée. Les propriétés médicinales de cette plante résident dans la fleur seule.
AuRONE. — Voyez Armoise,
Bleuet [Ceniaurea cyanus), — Famille des flosculeuses. j— Cette plante, commune en Europe dans tous les champs de céréales, donne tout l'été une profusion de fleurs bleues. L'infusion froide de ces fleurs éclaircit la vue ; c'est pourquoi^nos pères lui avaient donné le surnom expressif de casse-lunettes. Lorsqu'on a les yeux fatigués après avoir beaucoup lu, écrit ou travaillé la nuit à la lumière d'une lampe, on prépare avec les fleurs de bleuet, soit fraîches soit sèches, selon la saison, une forte infusion qu'on laisse refroidir sur le bord d'une fenêtre à l'exposition du nord, afin qu'elle soit aussi froide que possible. Le matin en se levant, et plusieurs fois dans la matinée, on en lave les yeux fatigués, et la vue s'éclaircit instantanément. Les fleurs du bleuet perdent en partie leur vive couleur bleue par la dessiccation à l'air libre ; leur action sur l'organe de la vue n est pas moins salutaire.
Bouillon blanc. (Verbascum). — Famille des scrofularinées.— Les fleurs du bouillon- blanc s'ouvrent successivement pendant six semaines environ ; on en récolte les coïolles d'un beau jaune, à odeur mielleuse agréable à4nesure qu'elles s'ouvrent, sans interrompre
la floraison. L'infusion de ces fleurs est fort utile contre les rhumes et les irritations de poitrine ; elles font partie des fleuri pectorales.
Bourrache [Borrago]. — Famille des borraginées. — La. bourrache n'existe pour ainsi dire nulle part en France à Tétat sauvage ; dans les jardins où on la cultive, elle se perpétue par semifi naturel ; ses graines très-abondantes sont toutes fécondes et germent pour ainsi dire dès qu'elles touchent le sol. L'infusion des tiges et des feuilles cueillies quand la plante commence à fleurir, est éminemment sudorifique ; aussi est-elle très-employée contre les maux de gorge et la rougeole des enfants. Les fleurs d'un beau bleu foncé, récoltées à part, n'ont pas les propriétés sudorifiques de la plante entière ; on ne peut les employer qu'en infusion rafraîchissante.
Camomille (Anthémis nobilis], — Famille des composées. — La camomille romaine, à fleur très-double, à floraison très-prolongée , est admise comme plante d'ornement dans tous les parterres. L'infusion de ses fleurs sèches est un des meilleurs anti-spasmodiques à l'usage de la médecine domestique; elle est aussi trèsusitée contre les indigestions.
Centaurée (petite) [Gentiana centaurium). — Famille des gentianées. — La petite centaurée est commune en France dans tous les terrains humides, incultes ou boisés. La décoction des sommités fleuries est légèrement amcre, très-usitée contre les fièvres interinittentes qu'elle prévient souvent et qu'elle soidage toujours. La même décoction est. également emplo;^é« avec succès contre les faiblesses d'estomac.
Chiendent (Triticum repens). — Famille des graminées. — Les tiges traçantes du chiendent, improprement nommées racines, ne sont que trop communes dans les champs cultivés, d'où il est difficile de les déloger une fois qu'elles s*en sont emparées. Le chiendent lavé et séché sert à préparer une tisane rafraîchissante très-usitée ; il n'y en a pas de meilleure à prendre pour favoriser l'effet d'une purgation, sans provoquer les coliques et sans fatiguer les voies digestives.
CoNsouDE (Symphytum). — Famille des borraginées. — La racine de consoude, récoltée au moment où la plante prend toutes ses feuilles au printemps, et un peu avant la floraison, doit être lavée, grattée, coupée par tronçons et séchée à l'ombre. On en prépare une décoction qui est à la fois pectorale et légèrement astringente. Cette décoction calme la toux opiniâtre, arrête les crachements de saug et fait cesser la diarrhée.
Coquelicot [Papaver Rheas] — Famille des papavéracées. — Rien de plus commun que le coquelicot en été dans tous les champs cultivés en céréales. On peut, pendant toute la durée de la floraison, récolter jour par jour les pétales, seule partie utile de la plante, et les faire sécher à l'ombre, à l'air libre. L'infusion de ces pétales est pectorale et calmante. En faisant fondre dans cette infusion du sucre blanc, dans la proportion de 500 grammes de sucre pour un demi-litre d'infusion, on prépare un sirop qu'on peut donner par cuillerées à café aux jeunes enfants atteints de la coqueluche; ce sirop leur procure un soulagement im« médiat..
DoLCE-AMÈRE (Solanum dulcamara). — Famille des solanées. — Les tiges de la douce-amère fendues et desséchées sont employées en décoction dépurative, particulièrement utile aux personnes attemtes de maladies de la peau. Lorsqu'on récolte ces tiges pour Tusage médical, il faut éliminer soigneusement les feuilles et surtout les baies, qui contiennent un principe vénéneux narcotique.
Erysimon [Erysimum officinale). — Famille des crucifères. — L'infusion des feuilles et des tiges de cette plante associées par parties égales au serpolet, est une des meilleures tisanes qu^on puisse employer pour soulager Tasthme et le catarrhe chronique. La plante doit être récoltée au moment où elle commence à fleurir ; plus tard, quand les siliques renfermant la graine commencent à se remplir, elles communiquent à la plante des propriétés différentes de celles de la plante fleurie ; Térysimon en graine ne peut plus être employé en infusion pectorale ; cette infusion provoquerait la toux au lieu de la calmer.
Guimauve (Althœa), — Famille des malvacées. — La guimauve est cultivée dans les jardins, principalement pour ses racines, dont la décoction mucilagineuse est très-usitée comme médicament externe émollient. La plante doit être arrachée pendant la floraison et avant la formation de la graine, si Ton veut que la racine possède toutes ses propriétés médicinales.
L.AVANDE (Lavandula spica], — Famille des labiées. — Dans nos départements méridionaux, la lavande croît à l'état sauvage sur les pentes des collines incultes ; dans le reste de la France, elle est cultiva
dans les jardins ; il lui faut un terrain sec, à Texposition du midi. Il est bon d'avoir toujours une bonne provision de lavande, ,pour pouvoir l'employer en bains aromatiques, en l'associant à l'armoise, au thym et au serpolet.
Lichen d'islande [Lichen Islandicus], — Famille des lichens. — L'Islande est en possession de fournir au commerce de la droguerie ce lichen, qu'on trouve également en abondance dans les Pyrénées et les Alpes, principalement dans les Alpes Carniques. On en prépare une gelée qui, délayée dans du lait sucré, procure un grand soulagement aux malades atteints de toute espèce d'affections des organes respiratoires.
Mauve [Màlva silvestris). — Famille des malvacées. — La floraison de la mauve sauvage, qu'on rencontre partout en France dans les lieux incultes, se prolonge pendant plusieurs mois; les fleurs, d'un violet clair, deviennent par la dessication d'un bleu très-foncé ; elles sont comprises parmi les fleurs pectorales. Les tiges, les feuilles et les racines de la mauve sauvage sont d'un usage fréquent dans la médecine domestique ; on emploie leur décoction en lavements émoUients, et les feuilles fraîches cuites et chaudes en cataplasmes contre les douleurs de basventré.
Mélilot [Melilotum]. — Famille des légumineuses. — L'infusion très-froide des sommités fleuries du mélilot, préparée ccnnme celle des fleurs de bleuet, est propre aux mêmes usages pour rafraîchir et fortifier les yeux fatigués. (Voyez Bleuet,] -
Menthe (Mentha). — Famille des labiées. — Parmi les plantes aromatiques du domaine de la pharmacie domestique, il n'en est pas de plus utile que la menthe, dont les propriétés médicinales ont été reconnues et préconisées par Hippocrate, le père de la médecine, plusieurs siècles avant Tère chrétienne. On cultive dans les jardins la menthe poivrée et la menthe crépue, et l'on trouve en abondance dans les terrains humides, ou sur le bord des eaux tranquilles, la menthe à feuilles rondes ou menthe aquatique, connue dans les campagnes sous le nom de baume, à cause de son odeur balsamique. La menthe sauvage à feuilles rondes est égale, sinon supérieure, aux espèces cultivées quant à ses propriétés médicinales. L'infusion légère de cette plante guérit à l'instant les migraines et les indigestions. On doit la récolter au moment où elle commence à fleurir, et la conserver sèche dans un local frais sans être humide.
Patience [Rumex patientia]. — Famille des gplygonées. — Laracinede patience a joui longtemps d'une réputation /peu méritée comme médicament apéritif et dépuratif. Elle n'est pas néanmoins dépourvue de propriétés ; la tisane de racine de patience peut être utile aux enfants délicats, atteints d'affections de la peau. On arrache cette racine au printemps, quand les feuilles seules sont développées, et avant la croissance des tiges florales.
Pavot (têtes de) [Papaver somniferum] . — Famille des papavéracées. — Les capsules qui renferment la graine du pavot cultivé pour l'extraction de l'huile d'oeillette, contiennent en petite quantité l'opium, dont on connaît les propriétés comme poison narco-
tique. La décoction de têtes de pavot conservées sèches, après qu'on en a retiré la graine, est un trèsbon calmai\t, qui apaise promptement les douleurs d'entrailles lorsqu'on* l'emploie en lavements, et les douleurs poignantes produites par les panaris lorsqu'on y plonge la main malade. Mais, à l'intérieur, la décoction même faible de têtes de pavot est un médicament perfide qui, chez les enfants et les vieillards, peut donner lieu aux accidents les plus graves, et même donner la mort.
Saponaire (Saponaria officinalis], — Famille des caryophyllinées. — Les tiges et les racines de la saponaire possèdent les mêmes propriétés que les tiges de la douce-amère ; elles s'emploient contre les mêmes affections. La saponaire à fleurs simples, commune en France dans les lieux incultes, et la saponaire à fleurs doubles cultivée dans les jardins comme plante vivace d'ornement, possèdent l'une et l'autre les mêmes propriétés médicinales au même degré.
Serpolet (Serpyllum thymum). — Famille des labiées. — Le serpolet est une des plantes aromatiques les plus parfumées de toute la Flore d'Europe. En l'associant à l'érysimon, on en prépare une infusion et un sirop très-utiles contre l'asthme et le catarrhe. (Voyez Erysimon.] L'infusion chaude et sucrée des sommités fleuries du serpolet peut au besoin remplacer celle de la menthe, dont elle a les propriétés. (Voyez Menthe,] On doit cueillir le serpolet lorsqu'il est en pleine fleur; on le trouve en abondance sur le revers des fossés secs et sur les talus des chemins creux à l'exposition du midi.
Thym. — Le thym ne se rencontre à l'état sauvage que dans quelques cantons du midi de la France ; ailleurs il est cultivé dans les jar4ins, ep bordure, autour des carrés du potager. Il est toujours utile d'en avoir une assez ample provision pour pouvoir au besoin l'employer, sans le ménager, à la préparation des bains aromatiques .
Tilleul (fleurs de) (Tilia levis), — Famille des tillées. — Tout le monde ►conndfit les t)ropriétés antispasmodiques de l'infusion de fleurs de tilleul. Les fleurs les plus odorantes sont celles de la variété connue sous les noms de tilleul à larges feuilles ou tilleul de Hollande. Il faut récolter les fleurs au commencement de la floraison; plus tard elles perdent une grande partie de leurs propriétés médicinales.
Tussilage [Tussilago farfara], — Famille des flosculeuses. — Cette plante est connue dans les campagnes sous les noms vulgaires de pied-de-chat et de pas-d'âne; ce dernier nom est dû à* la .-f orme de la feuille qui ne se montre qu'après la fleur» Quoique la médecine moderne fasse rarement usage du tussijage, dont l'antique répu^tion est fort diminuée de nos jours, cette plante peut être fort utile lorsqu'on associe sa fleura celles du bouilfon-blancde la mauve et du coquelicot, pour composer les espèces pectorales dont l'infusion calme la toux et apaise l'irritation des bronches. On récolte la fleur du tussilage dès les premiers beaux jours du mois de mars, sur les terrains humides argileux, où elle croît en abondance.
Vaijériane [Valeriana officinalis.] — Famille des valérianées. — La rjgicine de deux espèces de valé-
riane [valeriana montana et valeria/na officinalis) possède des propriétés anti-spasmodiques très-prononcées. On en prend la décoction légère le matin à jeun, dans tous les cas dWections nerveuses ; on en obtient un soulagement immédiat. La racine de valériane doit être récoltée un peu avant la floraison de la plante, quand les tiges florales commencent à se montrer.
Violette [Viola officinalis), — Famille des violariées. — On fait provision au printemps de fleurs de violettes qu'on emploie contre la toux en infusion pectorale. La violette sauvage est aussi bonne pour cet usage que la violette des jardins ; il faut seulement éviter de la confondre avec la violette des chiens (viola canina]j qui lui ressemble beaucoup; celle-ci est d'un violet plus pâle et totalement dépourvue d*odeur comme de propriétés médicinales. Partout où l'on peut se procurer aisément en mars et avril des fleurs de violette en quantité suffisante, on peut en préparer du sirop et des pastilles d'une efficacité éprouvée contre toute espèce d'affection chronique ou passagère des organes respiratoires. Lorsqu'on achète .chez un herboriste des fleurs sèches de violettes, il faut y regarder de près, afin de s'assurer qu'elles ne sont pas mêlées de fleurs de mauve, qui ont à peu près le même aspect, et ne possèdent pas les mêmes propriétés.
Outre les plantes médicinales, la pharmacie domestique comprend quelques médicaments qu'il est bon d'avoir toujours sous la main en cas de besoin, afin • d'éviter toute perte de temps pour secourir un malade en danger ou une personne grièvement blessée , lorsqu'il y a urgence et qu'on est loin d'une pharmacie. Ces médicaments sont les uns simples ^ les eiutres composés.
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Médicaments simples. — FaHne de graine de lin^ pour cataplasme émoUient. — Farine de moutarde^ pour sinapismes. — Orge perlée^ pour décoction rafraîchissante. — Gomme arabique en poudre, pour boisson gommeuse improvisée. — Eau distillée de fleurs d'oranger pour tous les cas d'indisposition légère provenant du système nerveux.
Médicaments composés. — Gouttes d'Hoffmann, pour combattre les accès spasmodiques. — Eau-de-vie camphrée^ contre les contusions. — Baume tranquille , contre les douleurs rhumatismales. — Baume du commandeur de Fermes, contre les coupures et les brûlures. — Acétate de plomb liquide (extrait de Saturne), pour pouvoir faire instantanément de Teau blanche. (Voyez Coupures,) — Extrait de gentiane, le meilleur et le plus inofFensif des toniques amers. — Extrait de baies de genièvre, tonique aromatique contre la paresse d'estomac. — Extrait de baies de sureau, laxatif doux pour combattre la constipation. — Sirop de coing, contre la diarrhée. — Conserve de roses et conserve de cynorrhodons , pour le même usage.