CHAPITRE XXVII
DES AKAPHRODISIAQUES ET DES APHRODISIA.QCES.
Nous avons vu que, pour opérer leurs fonctions se- X)u les lois physiologiques, les organes génitaux (loi-
(f) Extrait du grand Diclioiiiiairedessciencei méàicalet.
Il posséder une vitalité convenable, et qne la vitaeo trop on eo moins était préjudiciable à ces portâmes fonctions. Loi-sque l'équilibre qui cunsti* l'clat normal est détruit, la lliérapcutiquc pos- ^e deuK sortes de médicaments pour le rétablir : anaphrodisiaqites ou réfrigérants, ayant la pro- Été de calmer, d'éteindre l'orgasme vénérien ; les irodisiaques , ou escitants des organes génitaux, îjanl la propriété de rallumer les feux assoupis de ■mour.
■L'antiquité fît un grand usage de ces médicaments, P les Orienlausi s'en servent encore fréquemment M nos jours; mais nous ferons observer i|ue, parmi les nombreuses substances employées pour iillumer NI éteindre l'amour, la [iluparl n'ont que des vertus diionériqucs; les substances douées de propriétés 'éelics sont très-souvent dangereuses et ne doivent ,re administrées que par des hommes de l'art.
SECTION I
DES Alf APnnODl«IA9VES
DES rnOPRES K DOMPTER LES AHDEDRS DE L AMOUR,
Ati premier rang des moyens anaphrodisiaques
sont placés la saignée et le régime dcliililant En el-
f, un régime exclusivement composé de végi'laux ;
[fruits aqueux, fades, légèrement nurcoti(|ucs et peu
ritifs, teisque les melons, pastèques, potirons, con<
combres, laitues, endives, épinards, pourpier, etc., I des boissons rarraichissantes ou calmantes, tellesqul limonades, émiiisions et décoctions de semences froi-l des, les sucs d'herbes acides, doivent nécessaire^ ment, en débilitant l'économie entière, diminuer l'é<l iicrgie vitale des organes génitaux. Tel est le réginiM auquel on soumellail certains prêtres égyptiens cod-I damnés par leurs supérieurs à un célibat perpétuel Selon Dioscoridc, ce régime, dans lequel entrait UM préparation de ciguë, équivalait à la castration. I
Autrefois, dans les couvents, et ce temps n'est pafl Irès-éloigné de nous, on appliquait le traitement réfrigérant aux jeunes reclus et recluses, pour calmer les tendres ardeurs que l'âge et le tempérament font naître, et ce traitement était rendu plus énei^ique, on pourrait dire meurtrier, par les abondantes saignées dont il s'accompagnait.
Un auteur de ces époques disait : — « Lorsque je considère les efforts que font certains chefs et certaines cbefesscs de maisons, où sont enfermés de jeunes sujets voués au célibat, pour éteindre lesfeai des élèves doués d'un tempérament trop ardent, je crois voir des enfanls jeter des grains de sable dans un torrent rapide pour en arrêter le cours. Les remèdes qu'ils administrent ne peuvent changer le tempérament, mais ils attaquent la vie dans sa source et font de nombreuses victimes. »
Les semences dites froides ont joui de tous (cmpsi d'une grande renommée pour amortir les ardeurs gé* nilales; elles sont au nombre de hait :
i Quatre majeures, fournies par le concombre, le nelon, la citrouille et la couine ; I Quatre mineures, fournies par la laitue, le poorbier, l'endive et la cliicorée sauvage.
I Les quatre premières s'administrent en émulsioa, noch et julep; les quatre mineures se prennent en Bécoction ou tisanes. Pour les rendre plus calmantes, bu peut y ajouter quelques grains de camphre. I Le Nénufar, Nymphxa alba, lutea, a été vanté Eonime un puissant réfrigérant. Un en faisait un fré- Buent usage dans les communautés où le vœu de ■chasteté était exigé. Le nénufar se prenait sous diflercntcs formes, tantôt en poudre ou en infusion mê- Bée aux aliments et aux boissons: tantôt sous forme [de coudit, de conserve, de miel, etc. Nous pensons ■^uc la vertu réfrigérante de celte plante a été beauicoup trop exaltée.
' h'opium et ses succédanés, appliqués en fomentation sur les parties génitales, en amortissaient les ardeurs. Le docteur Larrey, pendant son st^our en Egypte, a eu occasion de cousialor que les fumeurs d'opium éprouvaient d'abord une excitation génitale, puis tombaient, au bout de peu de temps, dans une complète anaphrodisie.
Plusieurs plantes, telles que la laitue, l'endive, la chicorée, l'oseille, etc., et, en général, tous les végétaux aqueux, fades ou acides, sont réfrigérants lorsqu'on s'en nourrit exclusivement. Le savant Boërhaave a donné l'observation d'un homme qui, ayant continué pendant trop longtemps une nourriture vé-
gétale, ob la laitue ell'oscillese présentaient à chaque repas, se trouva dans l'impossibililé de satisraire l« désirs de sa femme; ce ne fut qu'après s'être mis^ un réj^ime stimulant qu'il retrouva ses facultés ilriles.
VAgmts castiis a joui pendant longtemps de lî vertu anaplirodisiaque. Les prêtresses de Cérès couchaient sur des lits jonchés de feuilles de cet arbnsseau, pour écarter de leur sommeil les rêves erotiques. Les prcircsses de Diane portaient des ceinlares du môme rcuillage pour détourner les désirs amonreux cl conserver leur chasteté. Aujourd'hui, on a reconnu la nullité des vertus exagérées de l'agnos castus.
Le nitre, d'après le fait suivant, tiré des anecdotes de médecine, serait un excellent anaphrodisiaque. — Le chancelier Bacon avait conçu une sorte de passion pour ce sel, qu'il considérait comme une panacée; il lit tous ses efforts pour en répandre l'usage cl engagea tous tes médecins d'Angleterre à concourir h son dessein. Le nitre devint h la mode ; sur la parole d'un aussi grand homme, on le prodigua dans toutes les maladies, et même on le prenait en état de santé, comme préservatif. Mais les femmes s'aperçurent bientôt des tristes effets de ce sel sur leurs maris, qui, tombés, dans l'indifTéreuce des plaisirs amoa reux, ne pouvaient plus satisfaire au devoir conjugal. Alors, il arriva qu'elles s'en prirent au chancelierj elles raccusôrent de maléfice, de sorcellerie ; elle* i'aoat/iéflialisèrenl, k maaiviws.v, tt, uouvellcs Wé-
oadcs, peu s'en fallut que le pauvre Uacou n'éprou» vâl le sort du malheureux Orpliée.
Le camphre esl assez généralement emplojé comme calmaul; nous avons déjà dit, d'après les docteurs Tissot et IIolTmaiin, qu'un grain de catiipiue introduit dans la bouche, où un le laisse fondre tenlemcnl, calmait les violentes érections génitales ; lorsqu'un grain ne suffit pas, il faut doubler et tripler la dose.
Le café noir, selon plusieurs médecins, porterait à la longue une fâcheuse influence sur la vitalité génitale. — L'anecdote suivante pourrait servir de preuve a cette opinion.
Une jeune reine de Perse regardait, du balcon doré de son palais, plusieurs écuyers du roi qui s'efforçaient de terrasser un cheval vigoureux, sans pouvoir y parvenir. Ayant demandé ii ses odlciers dans quel but étaient ces manœuvres, ceux-ci, après beaucoup de précautions verbales, lui répondirent que cet animal ne connaissait plus aucun frein, devenait furieux lorsqu'd sentait uue femelle, et qu'il élnit de toute nécessité de le hoiujrer. — « lib, mon Dieu I s'écria la reine en souriant, pourquoi prendre tant de peine? faites-lui donner seulement pendant quelques jours à boire du café, et il deviendra aussi indifl'érent en amour que l'est devenu le roi son mailrc, depuis qu'il fait usage de celte odieuse liqueur. »
La médecine moderne n'accorde qu'une confiance Irès-bornée aux substances réputées anajibrodisiaques; elle pense avec raison que la plupart de ces
substances administrées seules sont impuissanles !i mettre un frein aux fougues du tcmpérameut erotique. Elle regarde, ainsi que nous l'avons dit, b émissions sanguines et le régime dcbirilanl comme plus propre a abattre l'effervescence vitale concentrée dans les organes de la génération ; mais, eii même temps, elle fait observer combien est dangereux pour la sanlé le traitement par les saignées; elle les réserve pour les cas â's^iromanie, et reconiinande bien encore de n'y avoir recours qu'à la dernière extrémité.
Le régime que l'art ,„„rsc\l\e aux sujets trop encUns aux plaisirs sexuels consiste moins à user de remèdes anapbrodisiaques et débilitants, qu'à se nourrir de végétaux aqueux, rafraîcbissants, à se priver complélement d'aliments stimulants et de bois.sons excitantes; à éviter toutes les circonstances qui peuvent réveiller les désirs, surtout à fuir l'oisiveté et à se distraire par un travail pbysique repris plusieurs fois par jour; car l'oisiveté et la bonne clière sont la source de l'émotion du lempérament, a dit un vieil auteur; ôlez l'oisiveté, vous brisez l'arc de l'amour cl vous éteignez son flambeau.
L'homme oisif a, toutes choses égales d'ailleurs, l'imagination plus disposée à l'amour que celui qui exerce son corps aux rudes travaux. Les jeunes geni qui vivent dans l'abondauce et l'oisiveté ont toujours l'esprit dirigé vers les plaisirs sexuels, el cberclienl^ incessamment les moyens de les satisfaire, de lelleV 5orle (jii'on pourrait dite (\tte de L'oyulence et de loi
'sîveté naissent le tempérament lubrique et le relàcheluent des mœurs.
Ainsi, un régime diététique bien entenda, des jxercices physiques sagement choisis et ordonnés, me grande activité d'esprit dirigée vers des objets oui à fait opposés a l'amour, sont les moyens les ilus propres k comhatire les ardeurs sexuelles. !.orsque l'emploi de ces moyens a eu lieu sans succès, il n'y a plus de temps a perdre; le mariage est ï'une nécessité absolue : il faut donner une femme BU jeune homme et un mari à la jeune fille, pour Éviter les conséquences fimestes des désirs comprimés et de la coniinence forcée, dont le salyriasis et ymphomauie sont les derniers termes.
SECTtON II
DES APnnoOISlAQVES
OD SUBSTAHCES QUI EXCITENT A L'AHOtm.
Le nom d'Aphrodisiaque {d'aphrodilis, Vénus), a \lé donné aux diverses substances alimentaires et nédicamenlcuses capables de réveiller ou d'accroître 'appétit vénérien, soit en excitant l'économie enîère, soit en pnrtanl une stimulation directe sui es organes génitaux. Plusieurs de ces substances ont très-dangereuses et quelquefois mortelles. Malfré CCS dangers, les invalides de Cythère ont cherîbé, en tout temps, les moyens d'exciter en eux, de fàviver les feux tie l'amour uhvs>\«\ieàftNVi«wï>\i.v>i'^w