CHAPITRE XXX
InFLDEACE OE L IMAGINATION DES FEMMES EMCEINTES SUU LE FŒTUS.
On a, de tout temps, accordé trop de pouvoir ^ l'imaginalion des femmes sur le fœtus. Les hommes les plus rocommaadables des siècles (fiasses, el ^ar
leur savoir et par leurs travaux scienlifiqiies, jf oui T ajouté foi sans examen, et ont répété, sur le lémoi- l< gnage du grand nombre, des fables plus ou moins 1 ridicules. H
La croyance générale était que l'imagination del^H mère pouvait ajouter, retrancher, modifier, cliaDger,H muliler ou même anéantir les membres ou les formes T du fœtus. j
Platon, cité si souvent et que bien peu de pcrsoo- ] nés ont eu la patience de tire en entier, dit quelque part : M L'imagination nieui et forme les corps. » De Ik on a conclu que l'imaginalion pouvait changer les formes du fœtus. Quoique bien nébuleux et fort pco disert en histoire naturelle, Platon avait trop de bon sens pour avancer une énormité semblable.
Schcnckius, célèbre professeur de l'université d'Iéna, cite une femme qui accoucha d'un enfant ayant beaucoup de ressemblance avec ua génie des enfers, parce qu'un jour de carnaval son mari, travesti en diable, l'avait caressée en lui disant qu'il voulait lui faire un petit diablotin.
Le crédule Deirio, qui a écrit tant d'alroces absurdités, rapporte qu'une pudique dame, enceinte, (ni tellement ePlVayéc par un loir qui s'était réfugié sons ses jupes, qu'elle mit au jour quelque chose ressem*™ blani à cet animaL ■
Passe pour ces petits animaux, ajoute un comraenlatenr: car, si la frayeur provenait d'un rhinocéros ou d'un éléjthant, l'accouchement deviendrait /réfi-Jnquiétanl pouv Va fevraût.
■Tan Swiélen raconte avoir vu au cou d'une jeune et jolie fille, qui vint le consulter pour des vapeurs, une chenille si nalui'(^lle, qu'il avança la main pour la faire tomber; mais la jeune lillc lui dit en souriant que ce signe était dii à une chenille qui était tombée sur le cou de sa mère, enceinte d'elle, et lui avait causé une vive frayeur.
Galiarliep narre longuement le fait d'une princesse enceinte, qui, entendant du hruit sur la place située en face de son palais, se mit à la croisée et fnt saisie d'effroi en voyant alialtie d'un cou|) de sabre la main droite d'im homme qui cherchait à parer les cou|is qu'on lui portait. Elle accoucha d'un enfant à qui la main droite manquait.
Le même cri'diile auteur cherche a expliquer comment une prince.sse turque accoucha d'un enfant noir, à la suite d'un vif saisissement que lui causa la présence inattendue d'un nègre. Un pacha, moins crédule que Gaharlicp, (it, il y a quelque vingt ans, jeter sa femme à la mer, parce qu'elle avait accouché d'un mulâtre. Ce pacha, qui avait plus de bon sens que l'auteur de ce conte, croyait, avec raison, que le pouvoir de l'imagination n'allait pas jusqu'à métamorphoser la race, et que reniant mulâtre était bien une preuve de la cnlpahilité de sa femme de race blanche.
Les tmafjinalionhtes citent un enfant né avec tous les membres rompus , dout Malebranche a donné l'histoire, avec des détails, leudaul'a prouver que ces tractures ne reconnaissaient d'autre cause qu'un horrible frisson éprouvé par la mère, à la vue du su^)-
^^■mplice de la roue qu'on appliquait h un condamné. I ^^^B Akrel a rapporté l'observation d'une Suédoise, 1 ^^^Bqui, pendant tout le temps que dura sa grossesse, cii ] ^^^■la fantaisie de placer une rose entre ses deus seiiiv 1 ^^^B'Mais, l'hiver étant venu, les roses lui manquèrent, cl ^^^H cette disette lui (it éprouver de si viulculs désirs et ou | ^^^■tel chagrin, qu'elle resta dans un état de langaeur ^^^Vjusqu'au municut de l'accoucliement. L'entant à qui ^^^^elle donna le jour portait entre les seins une excruis- ^Ê sance divisée en lamelles ressemblant h des pclales ^1 de rose. De même que cette charmante fleur, l'exil croissance s'épanouissait chaque printeuips. ^^ Des volumes entiers ne suffiraient pas k recueillir
^^^^ l'immense quantité de faits semblables, qui, noas ^^^* n'hésiloris pas a le dire, sont le plus souvent grossis ^■^ ou dénaturés, et resscmbleut beaucoup h des conics. ^^^^' Depuis que la pdiysiologie et l'analomie patholo- ^^^^gique ont soulevé un coin de voile derrière lequel se H eachail la léruloijénès'ie , ou formation des monstres,
le pouvoir de I imagination a été mieux connu, mieux
précisé et beaucoup plus restreint.
11 est aujourd'hui généralement admis que l'imagi-
nalion maternelle, de même que les idées lises el
tous les mouvements passionnés de l'âme, accélè-
krcnt, retardent ou modilicnt les fonctions des organes, et particulièrement celles de l'appareil utérin, qui. pendant la grossesse, est un centre d'activité. On sait que les idées opèrent dans notre économie divers changements : elles accroissent plusieurs sécrétions; elles préà\V\\.w\\.\fes,îiB%>'«î.Vftlou tel or-
lae; elles délcrniinent certains mouvemcnU et font laitre certaines sensations; cela arrive tous Ich jonrs. lais ce qui est loin d'être <iémonlr»', cVsi (juc l'iniapnalion puisse dominer la fiircc |ilasti(|ue an |kmiiI le donner au fœtus les fornirs liiïuirrL-s iju'clle i'r«>o. Jous ne nions pas qu'une iina^^inalion doHonlunntU', ine idée fixe, une passion trisic, aj;issanl sur l'orniinsation de la femme, puisscnl niodiirer lu luruif du
fœtus; mais il fant pour cela (|uu les idécH ou la tcn-
Isiou de l'imaginaliou soient lriVliiii^l<-in|m huuIulues, et produisent un éhrunletneut (iruAmd ditim leit )rganes de la mère; il faut, en outre, que le finluKHoit 'une eslrème susceptitiilité et dans di'H diK[ioHilion<i
'particulières; car l'embryon nrémc rénlHle <irdiiiiiiremenl à l'influence de l'imafjitraiioii, et n'y ct';de que laos des cas rares ou exceptionnels. \Mr*(\iui l'iina-
' gioalion a ébranlé l'organisme cl morhilié le nynlinw utérin, la matrice a(;it directement '4 Hon tour *ur tu fetos ei loi fait éprouver les modilicalioM donl elle est devenue le siège.
Mais, parmi I» cauie» qui agbteol àélsnionU«h mail sur le faetas. oadoil pbeer, eo prewiAre liiM« b oompreâfiioa penoaaeale qt'eMttttol «ntmin» amr k ? catfe et» ftmm» d fM §im le rtgalier de icHe m Idte mwIw éë
Mpé les can 4e raMÎM, iMNMl léMT b p«ii« : et taéMâi — le» eftaiv4e b ÊÊà$tt,
causes assez puissantes pour produire un arrêt de développenienl, des lâches de couiours diverses, des lumeiiis, dos difforiTiilc's, des fraci tires, etc., sans qu'on ail besoin de faire intervenir le préjugé y\\l gaire des envies.
Ainsi les taches de la peau, les tissus érecliles anomaux, les excroissances h pédicules oii à large base qui, à cause de leur forme cl de leur couleur, ont été compares à divers fruits et légumes, comme cerises, fraises, groseilles, abricots, prunes, figues, haricots, clianipigiioas, etc., ou bien à des cbenillt>s, araignées, écrevisses. ]>oissons, etc.. .. les groins de cochon, les becs de lièvre, les poils de cliat, de veau, ks muiilalious des membres et autres nombreuses dillbrmïtés (]ue le vulgaire allrii)ue ani envies de la mère, sont de véritables produits morbides, reconnaissant pour causes des vices intérieurs ou des accidt'iils qui viennenl contrarier le travail utérin. En d'autres termes, toutes les împerfoclioDS et difformités sont slriclemcril engendrées, suit |)ar une irritation locale cl l'afllu-x surabondant des humeurs; soit par l'excès de vie ou de faiblesse d'nii tissu, etc., etc.. — Uuc tache de vin est le résultat pathologique d'une irritation, d'une exsudation sanguine, sur un point de la matrice, qui, se propage;n)t au point correspondant du fœlus, y produit une dilatation variqueuse du lacis artériel ou veineux, — Les taches de café, de chocolat, dépendent d'une altération de l'élément cutané nommé pujmentum, el cette alléraliou esi a\xss\àwft"^xHxV5w».\^.«iorbide,
irrilalion locale développe cgalenieni les polypes et les excroissances de diverses formes qu'offre le noueau-né. Voilk l'explication physiologique la plus exacte qu'on puisse donner.
L'érudit Riirdacli admet qu'il existe une telle harmonie sympathique entre les organes homonymes de la mère et du fruit, que lorsque ceux de la mère éprouvent une lésion, ceux du fruit peuvent subir un cbangomeot analogue dans leur texture et leur conformation. 11 cite, pour appuyer son assertion, plusieurs faits, entre autres ceux-ci : — Le veau d'uue vache qui avait reçu un coup de massue sur le Iront, présentait une contusion au même endroit. — Le même pliénomène de correspondance existait sur le faon d'une hiche qui avait reçu un coup de feu sur le coté droit de la tête.
, — Une chatte avait eu la queue écrasée dans les premiers mois de sa portée: elle mit bas cinq petits dont quatre oflraieut la queue écrasée.
— Une femme b qui un chien avait mordu les parties génitales accoucha d'un enfant mâle qui portait la marque d'une morsure au gland.
— La sœur du physiologiste Rurdach, pendant une de ses grossesses, fui tellement effrayée par l'incendie d'un vaste édiûce, qu'elle croyait voir continuellement une flamme devant ses yeux. L'enfant dont elle accoucha, bien conformé d'ailleurs, était marqué au front d'une tache en forme de flamme.
Ces faits prouvent qu'il existe des rapports intimes eotrc la mère et le fœ'>«i. et que toutes les maladies
(]iii alTeclenl celle-ci atteignent très-souveul celni-li, Mais il ne suit pas de là qu'une femme qui, durant sa gestation, aura désiré manger une tête de veau, doive donner le jour à un enfant àorcillesoumudedeveau; (|ue celle qui a|)erçoit un homme estropié doive accoucher d'un enfant manchot ou boiteux; que celles qui ont été effrayées par un bouc, un bison, doivent accoucher d'un hisonneau, d'un satyre, etc., etc.
S'il i-n était ainsi, que deviendrait l'espèce humaine V Si les femmes enceintes barbouillaient de leurs envies les enfants qu'elles portent, les types établis par lu nature seraient bientôt bouleversés, et au bout de quelques générations on ne verrait plus que tigiires hidiMiSL's et grimaçantes; que formes bizarres et contrefaites; car il est fort peu de femmes qui, pendant leur grossesse, n'aient eu des frayeurs, des envies, ou n'aient a|)[)liqué leur esprit a la poursuite de quelque objet. S'il en était ainsi, on se deniandorait pourquoi toutes les femmes qui ont des envies pendant leur gestation n'en bariolent pas tout le corps de leurs enfants? Enfin, si l'imagination maternelle avait cet immense pouvoir, la procréation des sexes k volonté serait très-facile : il ne s'agirait plus (|ue de désirer ardemment avoir un garçon ou une fille pour obtenir ce résultat, et l'on sait qu'il en est autrement. h
De tout ce qui vient d'être dit, il faut conclure qudfl les désordres de Tiinagination, les contentions d'esprit sur un objet, les vives émotions, les saisissi ments, les terreurs soudaines, toutes les passio tristes et violenies, \ai. s\)L\cii.t\v.^UUt.é aecveuse, I
de régime, les erreurs de condiiile, les excès [travail el de repos, l'air conlinc, les coups, les Iles, etc., loules les comlilioiis anliliyf,'i<f'iii(iiips, ^ que l'état palliologique dans lesquels peut se kver la femme enceinte, sont les causes éloignées prochaines des vices de confornia(i(m et maladies it l'enfant est atleinl dans le sein de sa mère cl {] apporte en naissant. On ne saurait douter, dit judicieux Blondel, que le fœtus ne soit exposé aux bences morbides qui agissent sur la mève. Ne îiit-il pas étrange et même impossible qu'un corps bi tendre que l'est celui d'un fœtus, si propre à fevoir la moindre impression, vienne toujours au hde sans apporter les tristes effets du grand nom- I d'indispositions, d'inlirmités ou de passions qui ; assailli la mère pendant sa grossesse?