‹ Hygiène et physiologie du mariage (volume 2)Chapitre 64 sur 68 · III K · texte numérisé non relu

III K

exposer à l'aclion d'un froid vif le plus frêle et [plus sensible des animaux. Ainsi donc, l'eau froide "wra proscrite, on lavera l'cnfanl avec de l'eau dont la lempéralure sera égale à celle du corps. Les lolions avec l'eau-de-vie ou le vin coupé d'eau devront être également proscrites ; prétendre que c'est un moyen pour fortifier l'enfant est un préjugé de commères

«ui peut avoir des suites funestes.

ill peut arriver, après un accouchement laborieux, que l'enfant vienne au jour dans un étal d'asphyxie, de mort apparente. La première indication à remplir est d'insudlcr de l'air dans le poumon, de ciiatouitler le larynx et de plonger le nouvcau-nc dans un bain chaud; ensuite on opère des frictions sur le dos et la

fitrine. Si ces moyens ne réussissaient pas, la préîce du mé<lecin devient de toute nécessité. Les intestins du nouveau-né conlienneul une mate glulincusc appelée mécon'mm, dont le [iremier lait de la mère doit les débarrasser; lorsque la déjection de ce mcconium se fait trop longtemps attendre, on lui fait avaler quelques cuillerées d'eau tiède sucrée ou de sirop de chicorée, additionnée d'un peu d'huile d'amandes douces; mais le lait séreux de la mère suffit presque toujours pour chasser le méconium des intestins.

Il est donc indispensable que la mère donne à tcter pendant les trois premiers jours, d'abord pour purger sou enfant, et ensuite pour désengorger ses sein». Les dames qui se refusent à remplir ce devoir sacré de mère devront , après ces quelques jours d' allai-

(cment, recouvrir leurs seins de cataplasmes éraollienls, qu'elles renouvelleront phisieurs fois dans les vingt-quatre heures. La canne de Provence jouit Je la réputation de diminuer le lail ; on pourra en faire usage. On adminisirera quelques purgatifs salins pour établir une dérivation sur le lube intestinal. Les sulfates de soude, de potasse, de magnésie sont (rèsusités dans ce cas ; ils servent, du reste, k combattre la constipation très-tenace eliez certaines feniines. Toutes les Loissons excitantes, telles que inl'usion d'absinthe, de camomille, le vin, les liqueurs, seront strictement proscrites. Lorsque l'engorgement commence h s'alTaisser, on leur substitue des cataplasmes astringents ou des compresses trempées dans une infusion de feuilles de plantain, de rose, de mélisse et de ronce. Pendant toute la période dite fièvre de lait, la diète la plus sévère doit être observée.

En règle générale, l'accouchée doit garder le re- , pos jusqu'à ce que ses organes génitau.v soient reve-H nus k leur étal naturel ; mais le repos au lit, dans la position sur le dos, ainsi que l'ordonnent, ou ne sait pourquoi, beaucoup de médecins, ne saurait sega der longtemps. Le lit est rendu insalubre par les éni nations et les lochies de la femme, et cette insal brité est encore augmentée par la chaleur. L'opinioi des physiologistes est que six à huit jours de lit suf« Osent pour toute accouchée bien portante : le neuvième jour elle peut se lever, sans crainte d'accidents, se promener dans sa chambre et s'asseoir sur ui fai^teuil, puis rentrer dans son lit, lorsqu'elle sesi

fetigaée. Du dixième au quiniièmejour, même exercice. Le seizième jour, elle peul abandonner complètement son lit et agir dans sa maison, en ayant goin, toutefois, d'éviter ks courants d'air et les vicissitudes atmosphériques. Quand le ciel est beau, l'air Uède, une courte promenade dans un jardin lui sera favorable les jours suivants. Enfin, après vingt-cin(| à Ircnie jours, elle peut reprendre sa vie ordinaire et vaquer librement ^ sesalTaiies.

Au moment de leur naissance les enfants offrent déjà des différences remaniuables, en poids et en volume. Ainsi leur longueur varie de 20 à 50 centimètres, et leur poids de 7C0 grammes à 5 kilogrammes. Un relevé, fait sur les regisires de la Malcntili', k Paris, donne sur 7,077 nouveau-nés, pesés avec exactitude, les différences suivantes.

31 «ifanls pesaient ■ liil. 700 gr. diacun.

^1C4 i;Si7 2,799 1,700 4G3 • 82

B De semblables observations, répétées dans les diverses classes de la société et chez les diverses nationt du globe, pourraient indiquer les diiïérences de races, et faire découvrir quelques-unes des causes qui |irépareut leur perreclionncment ou leur dégradation.

Schwariz a mesuré et pesé son enfant, depuis st naissance jusqu'à six mois, et a trouvé les chiiTres

suivants :

A sa naissance il avait 45 centimètres, cl peshît 3 kil. » gr,

Apri's huit jours. . . 50 — 4 >

A trois semaines. . . 5t — 4 2â0

A qtiatic 52 — 4 500

Acimi 52 1/2 — 4 750

A sept 55 — 5 »

A neuf 53 1/2 — 5 425

A onie. 56 — 5 tiCO

A treize 56 ï/2 — 5 850

A cinq mois 65 — 6 460

A sis mois 74 — 7 15

A un an 82 — 10 •

et ainsi de suite. A trois ans, l'enfant atteint généralement près du double de sa longueur jjrimitive, i les progrès vont ensuite en diminuant.

SECTION II

iLLLATTEUENT HATEBNEL,

L'allaitement maternel est de toute rigueur pt)a exempter la femme d'une foule d'indispositions, d'in*' firtnilés, et pour lui conserver la santé, la fraîcheur. , Femmes, lisez et retenez bien ceci : Pendant le coiinfl de la grossesse, le lait a été préparé d'avance ponrb^ nourriture du nouveau-né; ce lait, devenu plus abon- i dant après l'accoucliement, n'attend que la bouche dcfl J'enfaut pour soïùï e\. àc%ov%vïc V«s, wiws. — L'allaite ~

oent maternel réunit le double avantage d'être aussi

livorabJe 'a lenfanl qu'à la mère, cl voici comment î

Il est d'abord avantageux à la mère, parce que ses

eins sont devenus un centre de fluxion qui attire \

)i l'exccs de vitalité concenli'é sur la matrice, pen»

tant la grossesse et la parturition. Cette bienfaisante

lérivation établie sur les seins, par la nature même,

Icbarrasse peu à peu la matrice de son surcroil de

le et la ramène, au bout de quelques jours, k soa

tat normal. Mais, si la succion de l'enfant ne vient

entretenir l'alïlux du lait aux seins, l'excitation con-

.tinuera naturellement à siéger dans les organes géni-

IDX, et, de l'a, cette fouie d'indispositions, de roaU-

'dies, d'inGrmités dont sont aflligées les mères qui

in' ont pas voulu suivre les lois de la nature. [ Toutes les maladies que le vulgaire désigne soM le nom de lait u'pamlu se trouvent expliquées par IBetle théorie plivsiologique : — Les mères qui ont «n mrganc prédisposé k une irritation, une dégcnérespence quelconque, peuvent être certaines que cet •rgane sera bientôt frappé de maladie, si elles n'allai- ^lent pas; le moyen le plus sûr de prévenir la maladie Hhamincnte, c'est d'être nourrices. — Les mères dort tous les orçancs se trouvent en parfaite santé et qui refusent de nourrir conservent, pendant quelque temps, un centre de fluxion dans la matrice; la plus

ËSgère cause peut développer l'inflammation de cet rgane et donner lieu h des ménorrliagies, à des coulements lencorrhéiqucs, puriformcs, par la vulve; h des ulcérations, à des dë^éresceoces cancéretra»

de la matrice, etc. Heureusement, pour ces femmes, la nature toujours prévoyante, toujours active pour ramener l'équilibre dans les fondions, reporte sur les organes excréteurs le surcroit d'énergie vitale donl les seins sont devenus le foyer; ce transport de l'excitation sur les reins active la sécrétion urinaire; lorsque l'excitation se transporte sur les vaisseaux exhalants, il en résulte des sueurs abondantes. Dans le« cas nombreux où la nature ne peut déplacer l'excèS' de vitalité, Gxé sur la matrice ou' les seins, la maladie arrive et fait d'aiïreux ravages. D'après ce court ex posé, il est facile de juger des dangers auxquels s'expose la mère qui refuse d'allaiter son enfant.

L'avantage, pour le nouveau-né, de rallailemenl maternel est aussi incontestable, puisque le lait de sa mère lui est destiné par la nature comme premier et unique aliment. Ce qui le prouve, c'est que l'enfant refuse bien souvent le lait d'une nourrice élrarn gère, et ne tinil par l'accepter que poussé par la faim. Ce qni le prouve encore, c'est qu'un enfant, donl mère n'a que peu de lait, devient gras et frais avec mère, taudis que, si vous le donnez à une nourrici dont le lait est plus abondant, l'enfant maigrit et pen en peu de jours sa gaieté, sa fraicbeur. a Ces enfaul: dit Franck, attacliésà un tetou étranger, privés d sucs nourriciers de leurs propres mères, épronvei des maux nombreux qui se terminent souvent pal la mort. On peut les comparer à des plantes qui, arrachées de leur sol natal et transplantées dans u (errain étranger, 'j çïenwfewV ^vsMcoxvivsLS. tacine, lan-

ail

lissent, se dessèchent, meurent ou se dénaturent.

Beaucoup de jeunes mères, dans la classe aisée, se

refusent k nourrir leurs cnTaDts, dans la crainte de

perdre la fermeté, la fraîcheur de leurs seins; ces

femmes sont dans une complète erreur. Ce qui llélrit

:t amollit les seins, c'est la compression de ce funeste

élément nommé corset. Nous engageons tes coquet-

s à taille étranglée et qui n'ont ni fait d'enfant, ni allaité, de comparer leur poitrine avec celle des pay-

nnes qui ont nourri plusieurs enfants; assurément

comparaison ne sera pas en faveur des premières.

a reste, l'expérience est la pour démontrer que les seins des nourrices sont exempts de ces nodosités intérieures, de ces inégalités grumeleuses que présentent au toucher les seins des femmes qui, ne voulant pas nourrir, ont fait passer leur lait.

Les lois de la nature sont immuahles dans leur marche et absolues dans leurs conséquences. Or, la conséquence de la grossesse et de l'accouchemenl est l'alllux du lait aux mamelles; le moyen naturel de donner écoulement au lait qui goiille ces organes est rallaitcmcnt .Toute femme qui devicnl mère doit donc nourrir son enfant lorsque sa coustilulion physique et sa sanlé le lui [)ermeHenl; il n'y a que les écarls de la civilisation qui aient l'ail dérogera celte loi; et ces écarts, lorstju'ils se généralisent dans une nation, font pressentir une dissolution jvrocliainc. Ainsi, un des premiers signes de la décadence de l'empire romain fut l'abandon de l'allailement maternel. Le conquérant des Gaules disait :

« Les dames romaines ne font-elles plas d'eofanisî je ne leur vois entre les bras que des chats ou Qa chiens. » On pourrait aujourd'hui appliquer ces moU aux Parisiennes.

Démosiliènes demanda la condamnation d'nut dame d'Athènes qui faisait allaiter son enfant pil une femme étrangère.

Une loi de Sparte portail que lotit homme qui passerait devant une mère allaitant son enfant sérail tenu de la saluer.

Aulu-tielle a écrit dans ses iV«ffs attiqnes : a Souffrez, madame, que votre fille soit tout à fait mère de son enfant. Qu'est-ce donc que ce partage odieux rt maudit de la nature? Qu'est-ce que celte demi-maternité qui consiste h donner le jour h une innocente créature et a la rejeter aussitôt loin de soi?... Pensfivous, mai1:ime, que ces globes séduisants qtii parent votre sexe, aient été arrondis par les grâces ponr être un simple ornement, et ignorez-vous que la na ture les a destinés h être la ressource du nouveau*; né?... »

Marc-Aurèie voulait que toute les femmes allaitas** sent leurs cnfanls, pour être mères tout entières et non ii dt'tiii.

Antuniii le Pieux saluait les femmes qui donnaie le sein h leurs enfants et leur faisait distribuer di récom|ienses.

Au temps de la reine Blanche, toutes les mèi nourrissaient leurs enfants, cl la reine de France le en donnait eUc-iûèmeVe\tvî\\^%.\IiiR.w>\\\^Ussemenl

W — 4il —

ée ce devoir sacré eul lieu jusqu'à François I". C'est il parlir de ce règne que les galaiilerics de la cour éloignèrent de leur devoir les femmes de la liante noblesse. Le bourgeoises de la capilaie suivirent leur scandaleux exemple cl conlièrent leurs enfanis à des seins mercenaires. La province, hormis quelques rares exceptions, n'imitait pas encore les mères parisiennes; mais lorsque les mœurs relâchées de Florence vinrent, avec les Médicis, ajouter à la corruption, il devint de bon goùl qu'une femme sacrifiai à la galanterie ses obligations d'épouse et de mère. ■ Louis XiV ne fil rien pour arrêter ce débordement, et, sous son successeur, la mode des aliaitcnienls mercenaires ne fit que s'étendre davanlagc. Ce ne fut que vers le milieu du dix-buitième siècle qu'un grand philosophe tonna contre cet abus, et rappela les femmes à leurs devoirs de mère. J.-J. Rousseau excita d'abord, par son énergique éloquence, un véritable eulhousiasme pour l'allaitement maierncl ; tontes le» grandes dames voulurent cire les nourrices de leur» enfants, et la mode gapna tout le royaume. Mais, de même que les modes vestimentaires, la mode de nourrir son enfant n'eut (]ue fort peu de durée, el l'allailcment merceiiaire reprit le dessus. Aujourd'hui le métier de nourrice s'est répandu sur tous les points de la France. U n'est pas de minces Iwurgeoises, d'épicières, de femmes de petit employé, qui n'aient recours à une noun ice [lour .se déliarrasscr des soins de la mulernité. Dans la profonde ignorance où elles sont de tout prcceiite d'hygiène, ces femmes croient

que l'allaitemeDl les épuiserait, et que c'esl ménager leur sanlé et leurs charmes que de ne point nourrir, qu'elles se ilélrompenl donc, car c'esl tout jusiemenl le contraire : une immunité contre les maladies est attachée aux mères qui nourrissent, tandis qu'une fonle d'indispositions, et quelquefois d'alTections grave», attendent celles qui, par indolence ou coqiiellerie, refusent d'allaiter leurs enfants. Tous les médecins sont d'accord sur ce point. Hufeland et Morton prétendent même que la mère qui nourrit est préservée de toute affection nerveuse et de la consomption.

Femmes, pénétrez-vous bien de ces vérités que l'on ne saurait trop souvent vous redire : le premier devoir que la nature impose à une mère, c'esl d'allailer son enfant, lorsqu'elle en a le moyen el la force; rallailemenl mercenaire ne saurait être autorisé que dans le cas où la mère est infectée d'un virus ou d'une maladie héréditaire. Ces cas exceptés, l'allailemenl maternel ejl des plus favorables à ta mère el à l'ei faut; d'abord, parce que son premier lail, nommé lostvum, [leu consistant, séreux, légèrement laxaiil est le liquide par excellence pour débarrasser les voi digestives du nouveau-né du meconium, ou enduit gltt tineux, qui les obstrue; ensuite, dans l'inlérêl de propre santé, car la nature n'a point fait affluer le bil aux seins de l'accouchée pour que la source en soifl brusquement tarie par des niojens arliQciels plus oiî" moins dangereux.

La résorption du lait est presque toujours nuisiblM h J'organc qui le séctèVe, el ïtlcaùl, en outre, sur II

santé générale; les suites les plus communes de ce brusque tarissemenl se niutiirestcnt par les maladies connues sous le nom vulgaire de lait réfanda, ou par des engorgemenls, des iudi,rations. des abcès daus le parencliyme des seius: plus tard, par des squirres, des ulcères et quelquefois par une horrible maladie, le cancer I Le cancer qui n"a point de remèdes.

La nouvelle accouchée qui, par des empêchements d'une haute gravité, ne peut se constituer la nourrice de son enTaHl, doit, avant de s'en séparer, lui donner à teter pendaul les trois premiers jours, afin de se désengorger les seins et de faire évacuer l'enduit méconique des intestins de son enfant. Après cela, elle fera usage des applications antilaiteuses, dont nous avons parlé plus haut, et gardera une diète sévère, si elle veut que son lait se dissipe sans accident.

Nous le répétons encore, non, rien ne peut excuser une more de ne point allaiter son enfant, lorsqu'elle en a la force et les moyens ei qu'elle n'est atteinte d'aucune maladie héréditaire; le livrer à un sein mercenaire, c'est blesser à la fois la nature et la morale; c'est se rendre coupable des maladies subséquentes qui peuvent atteindre et la mère et l'enfant; c'est, enfin, afiiclier le mépris du devoir sacré de mère, devoir instinctif chez tous les animaux, sans exception. Ce mépris du premier devoir maternel, cette inqualifiable indifférence pour leur |)rogéniture qu'alTecient les belles dames du monde, tandis que la brute manifeste son amout maternel par tant de signes énergiques, a fait sortir cette véhémente apostrophe de la

plume du grand pliilosophc : « Que les maris ne s'y trompent point; ils ne doivent pas compter sur l'altacliemcnt des femmes qui, lorsqu'elles le peuvent, négligent d'allaiter leurs enfants et brisent ainsi leslieos sacrés de la nature. L'amour conjugal, la modestie, ne peuvent pousser de profondes raciocs au cœur d'une femme insensible aux aftections niaterneiies.» Sans nul doute, tes empêchements dont nous avons parlé, tels que vices de constitution, débilité générale, maladies héréditaires, infections syphilitiques, scrofuleuses; la profession et l'habitation insalubres, les conditions anti-hygiéniques où se trouvent lei femmes attachées au commerce, dans les grands centres de civilisation, etc. , réduisent une mère k la triste nécessité de renoncer au plus beau de ses droits, celui de nourrir son enfant; mais, hors ces cas, il n'est point d'eseuse pour la femme. Oh ! si l'accouchée, qui a tressailli au premier cri du nouveau-ué, laissant de côté tous les artifices de la coquetterie et de la vanité, ne consultait que son instinct de mère, bien cetlainement elle ne voudrait confier à personne le soie de cette frêle existence; mais la civilisation a développé l'égoïsme, et l'égoïsme fait taire la voix de I» uature.

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