SECTION I PORTE MENSUELLE DE LA FEMME
La turgescence génitale qui amène la menstruation a pour cause unique la ponte d'un ou de plusieurs œufs. Voici Texposé rapide des phénomènes qui se passent:
Quelques jours avant l'apparition des règles, une des vésicules de Graaf, autrement dit, la capsule qui enveloppe les œufs, se gonfle, se tuméfie et s'ouvre; alors l'œuf qu'elle contient , arrivé k maturité, en sort, puis s'engage dans les oviductes ou trompe utérine et tombe dans la matrice. Une petite cicatrice se forme âans l'ovaire k la place où Tœuf est sorti. Cette séparation des œufs, lorsqu'ils ont atteint le terme de leur maturation , constitue le phénomène désigné sous le nom de ponte mensuelle chez la femme.
L'excitation que produisent le travail de l'ovaire et
la chute de l'œui dans la matrice amène une tuméfaction de la membrane muqueuse utérine : une exhalaition sanguine a lieu k sa surface et sort par la vulve, en entraînant les débris de Tœuf, dont la dissolution s'esl opérée.
Dans rinde» les femmes à qui Ton a fait subir la castration des ovaires, pour remplacer les eunuques mâles, cessent, aussitôt après Topération, d'aycfir leurs règles.
Les anatomistes qui portent le nombre des œufs de 15 a 20 dans chaque ovaire, devraient bien ajouter, dans leurs écrits, que c'est sans exclusion des œufs k venir; car, d'après ia loi reconnue de la ponte mensuelle, si une femme ne possédait qu'une quarantaine d'œufs, elle serait nécessairement stérile après quarante menstruations, c'est-à-dire trois ans et quatre mois après sa nubilité, ce qui est évidemment absurde. L'ovaire est un organe glanduleux qui fonctionne rigoureusement comme les autres glandes; les œufs mûrs et détachés de Tovaire sont reproduits et remplacés par d'autres pendant toute la période de fécondité dévolue k la femme.
A chaque menstruation, les femmes ont les yeui cernés, ternes; leur teint et leurs cheveux sont moins brillants; leur impressionnabilité est plu? grande; la moindre contrariété les indispose et les rend maussades ; elles sont plus portées k la mauvaise humeur, k la tristesse, au repos. C'est k cause de ces divers motifs que le mari doit redoubler d'attentions et d'yards envers sa femme ; car les contrariétés»
les chagrins, peuvent amener la suppression des règles, et tout le inonde sait que cette suppression est toujours d'un mauvais augure pour la santé.
Le désir génital se fait généralement sentir, chez les femmes, quelques jours avant l'apparition des règles; la nature Ta voulu ainsi, parce que c*est l'époque du mois la plus favorable ^ la fécondation. Lorsque les règles ont pris leur cours, ce désir semble s'éteindre pour renaître après que l'écoulement a complètement cessé. L'excitation bornée a la matrice leur fait éprouver, en général, plutôt le besoin du repos que celui du coït. Du reste, il est naturel au& femmes de cacher leur état et de s'éloigner de l'homme pendant toute la durée de Técoulement des règles.
La qualité du sang menstruel est k peu près la même que celui des veines; il contient cependant un peu moins de fibrine, et cette différence de fibfine est remplacée par une plus grande quantité de matière muqueuse, provenant, sans nul doute, des mucosités vaginales. La raison fait pressentir qu'il ne doit y avoir aucune qualité délétère dans un sang destiné k nourrir le fœtus; néanmoins, d'après une croyance assez générale, beaucoup de femmes, pendant le cours de leurs règles, feraient aigrir et tourner le lait, les sirops, sauces, etc. Comme les croyances vulgaires cachent toujours quelque vérité éloignée, il est vrai de dire qu'il existe des femmes qui sont dans ce cas, et des médecins très-graves ont certifié le fait, dont ils ont été les témoins oculaires. En effet, dit M. Yelpeau, pourquoi les oiiasmes qui s'échappent d'une femme
pendant le cours de ses règles ne pourraient-ils, parfois, faire tourner un liquide aussi facile a décomposer que le lait et certaines sauces? Il est certain que le sang retenu plus ou moins longtemps dans les organes sexuels des femmes malpropres peut, en se décomposant, acquérir des propriétés plus ou moins nuisibles. On cite un assez grand nombre de blennorrhagies et de gonorrhées provenant du coït pendant le flux menstruel, avec des femmes tr^-saines d'ailleurs ; la copulation dans ces moments est antihygiénique, et la plupart des hommes s'éloignent de la femme dont les règles coulent ; il n'y a que les êtres d'une lubricité dégoûtante et h goûts dépravés qui approchent la femme menstruée. Dans l'ancienne civilisation, des lois obligeaient les femmes de passer le temps de leurs règles dans l'isolement. Moïse décréta les peines les plus sévères contre celui qui s'approcherait d'une femme menstruée. Aujourd'hui encore, chez les Orientaux, la femme est séquestrée pendant la durée de ses règles, et dans plusieurs contrées de l'Afrique méridionale, les femmes du peu. pie sont obligées de porter un signe qui avertisse de les fuir.
SECTION II
DéRARGEMENT DU FLUX MENSTRUEL. — AMéNORRHÉE.
DTSMÉNORRHEE. — DEVIATION DES RÈGLES.
Le flux menstruel est sujet à de nombreuses irré* jfularités^ toujours nuisibles k la santé et k la fécon-
dation. On a tu des règles déviées sortir par le nez, la bouche, les points lacrymaux, le mamelon d'un sein on des deux seins k la fois, par le bout du doigt, Tanus et antres parties du corps. Chez certaines femmes du monde, elles ne s'établissent que très-irrégu« lièrement; chez d'autres, elles cessent presque aussitôt qu'elles ont paru, et se remontrent de nouveau dix ou quinze jours après ; enfin il est des femmes qui ne rendent que fort peu de sang, tandis que d'autres en perdent une grande quantité; on trouve même, parmi ces dernières, des femmes qui tombent dans un épuisement mortel par suite de leurs perles. Toutes ces irrégularités se rencontrent presque exclusive* ment chez les femmes du monde qui fréqi^pntent incessamment les soirées, bals, théâtres, qui font abus de thé, café et autres boissons chaudes, qui dorment le jour et vivent la nuit. Ces dérangements sont généralement inconnus aux femmes des campagnes; aussi jouissent -elles d'une meilleure santé que les femmes des grandes villes. Les femmes devraient toujours avoir présent à la mémoire cet axiome : La régularité des règles est, pour le sexe, le thermomètre de la santé et le pronostic de Taptitude a la génération. Or leur dérangement, leur déviation ou leur suppression sont toujours un fâcheux symptôme qu'il devient urgent de combattre immédiatement.
Nous signalerons ici, comme causes les plus ordinaires du dérangement des règles, une alimentation de mauvaise qualité, échauffante ou débilitante; Tabvs des spiritueux, du vinaigre, du thé> du café, des
fruits verts, des purgatirs, des emménagogues ; les excès dans les plaisirs vénériens, dans la danse et Téquitalion, les variations subites de température, Tingeslion d'une glace ou d'une boisson glacée lorsque le corps est en moiteur, Timmersion des pieds dan^ Teau froide, les passions tristes, les excitations mo< raies soutenues, etc., etc., etc.
Nous venons de dire que, dès qu'une femme s'a* perçoit d'un relard, d'une irrégularité ou d'un dérangement quelconque dans l'écoulement des règles, il est du plus haut intérêt pour sa sauté de le faire cesser aussitôt que possible, et de ne pas attendre au mois suivant, comme le font beaucoup de femmes, dans l'espoir que la nature seule y apportera remède. Toute fem*me sage e^ prudente doit, dans ce cas, aller consulter son médecin et exécuter ponctuellement son ordonnance.
Les moyens médicaux de rétablir le cours des rè* gles dans sa régularité naturelle ne sauraient trouver place dans un ouvrage d'iiygiène; cependant nous m indiquerons un que la médecine emploie avec le plut grand succès.
Quelques jours avant l'époque du mois où les règles coulaient habituellement, on applique six petites sangsues à la vulve, c'est-a-dire trois k la partie interne de chaque petite lèvre. Aussitôt que les sangsues sont tombées, ou bouche les piqûres avec une petite boulette d'agaric, afin de s'opposer k l'issue du sang et de Tarrêter complètement. On applique ensuite à la partie interne et supérieure des cuisses un
cataplasme sinapisé qui doit y rester jusqu'à ce que la peau soit vivement rubéfiée. Enlin on pratique des injections irritantes dans le vagin avec :
Ammoniaque liquide. •••••• 4 gr«
Décoction d'orge refroidie 250
Il est rare que l'écoulement menstruel ne se rétablisse point sous Vinfluence de ce traitement, continué deui ou trois jours, et souvent il arrive qu'il reparait le même jour.
Beaucoup de femmes» et surtout de jeunes filles» répugnent h Tapplicaliou des sangsues; elles pourront, avant d'en venir à celle extrémité, essayer des bains de siège à 30 degrés, quelques frictions a Torifice de la vulve, des bains de pieds à la moutarde, des ven* touses sèches sur la partie interne des cuisses, quelques pui^atifs et lavements excitants, enfin recevoir dans le vagin la vapeur d'eau bouillante et laisser la partie ouverte devant un bon feu, de façon h l'exciter. Ces divers moyens peuvent rétablir les règles supprimées; dans le cas contraire, il faudrait en venir au moyen précédent.
SECTION III
D«rée de la fooctlon menstrnelle. — La du-
fée moyenne de cette importante fonction est de vingtcinq }k trente ans chez les femmes d'Europe et des contrées tempérées de TAsie. Elles sont réglées de treize h dix-huit ans. et cessent de Têtre de quarante
à cinquante ans. La fécondité leur est donc dévolue pendant un laps de vingt-cinq à trente années. Celte estimation n'est qu'approximative et souffre de nombreuses exceptions.
Nous traiterons plus loin, dans un chapitre à part, ce que l'on doit entendre p^v Vâge critique, Y âge de retour; nous dirons seulement ici que cet âge n'est pas, ainsi que l'ont prétendu plusieurs médecins, entouré de dangers et accompagné d'orages; nous avons même la raison de Texpérience pour penser que l'âge de retour est moins redoutable que le passage de la puberté à l'adolescence.
Il est certain que, pour les femmes des campagnes, Fâge de retour se passe généralement sans accidents; et s'il n'en est pas de même pour les femmes des cités, on doit en accuser les abus de la civilisation. — Les femmes, arrivées a cet âge, doivent éprouver d'autant moins de craintes qu'elles ont mené une vie plus ré* gulière et qu'elles ont souscrit au vœu de la nature en devenant mères. Quelques précautions hygiéniques suffisent pour prévenir les accidents de cet âge : un régime alimentaire doux et peu substantiel pour évi* ter la pléthore; beaucoup d'exercice; le séjour à la campagne; des bains de temps à autre; l'éloignement des plaisirs vénériens et de tout ce qui pourrait exaller la sensibilité génitale; enfin, quelques émissions sanguines dans les cas de pléthore ou de congestions. Voyez, pour plus de détails* au chapitre xxxiv de cet ouvrage.