CONDITIONS GÉNÉRALES
Nous savons déjk que les mariages contractés à un Age trop tendre ou trop avancé ne donnent que des résultats imparfaits; nous savons aussi que Théré* ditë ou loi de transmission des qualités bonnes ou mauvaises atteindra la progéniture dans plusieurs générations successives; c'est-à-dij*e que les parents bien conformés, doués d'une bonne santé, transmettront ces qualités à leurs enfants, hormis les excepliotts. La position sociale, la profession, le genre de Vie et de conduite, retentissent d'une manière directe sur la progéniture. — Les mariages aisés, où se trouve l'abondance des choses de la vie, doivent donner de beaux fruits, et, s'il en est autrement, la cause en est aux excès et aux vices de la civilisation. *-
Les mariages pauvres, qui vivent de privations, en des lieux malsains, qui s'épuisent par un travail audessus de leurs forces, et qui manquent d'une nourriture suffisante pour réparer leurs pertes, ces mariages-lk ne peuvent que donner des êtres chétifs, souvent déviés et contrefaits ; c'est ce qu'on voit dans les grandes villes, où se rencontrent, aux deux pôles de la société, richesse et pauvreté extrême, tous les genres d'excès.
Le croisement des races, des individus de nations différentes, le mélange des tempéraments et des constitutions, est une des conditions principales de callipédie. L'alliance de deux constitutions, de deux tempéraments parfaitement semblables, ne donne pas d'aussi beaux fruits que celle de deux constitutions et tempéraments opposés. Ainsi deux époux lymphatiques engendreront un être du même tempérament, tandis que la femme lymphatique mariée à un homme bilioso-sanguin procréera des enfants d'une belle organisation. — Des observations recueillies depuis plusieurs siècles confirment les beaux résultats du croisement des races et des individus de nations différentes. Dans les pays et les villes où les étrangers abondent, la procréation est plus belle : c'est l'inverse dans les contrées où les populations vivent et meurent attachées au sol natal. L'on ^ vérifié que l'alliance des Espagnols et des Anglais, des Français e^ des Orientaux, des Allemands et des Italiens, des Russes et des Caucasiens, donnait une procréation aussi vigoureuse qu'intelligente. Les nations lurcque
et persane en fonroissenl la preuve. En effet, Tempîre ottoman étant composé de diflerenls peuples et d'une quantité considérable d'esclaves grecques, géoi^iennes, circassiennes et mingréliennes que Ton transportait incessamment, il en est résulté une nation d'hommes fortement constitués. — Les Persans, qui, dans le principe, étaient aussi laids que les Tatars, dont ils tiraient leur origine , ne se sont physiquement améliorés que par leurs mariages avec les Géorgiennes et les Circassiennes. Si nous voulions invoquer à Tappui de notre opinion Tancien peuple romain, qui fut si célèbre par sa force et son courage, qui envahit Tancien monde et s*allia avec toutes les nations conquises, nous prouverions que ce fut au mélange des races et à la gymnastique du corps qu'il dut la supériorité de son organisation physique. Une circonstance très-remarquable et qui prouve que les Romains avaient connaissance des bienfaits du croisement des races, c'est qu'ils avaient répandu le droit de bourgeoisie dans tous les pays conquis, afin de favoriser les mariages des vaincus avec les vainqueurs.
S'il n'était pas trop long pour nos lecteurs , nous fouillerions les annales de chaque peuple et prouverions que ceux qui se sont croisés avec des peuples éloignés de leur sol se sont perfectionnes au physique et ao moral, tandis que les peuples chez lesquels les mariages avec des étrangers étaient interdits son restés petits, obscurs, et ont fini par s*éteindre sans se transformer : les anciens Guèbres et les peuçla-^
des sauvages d'Amérique peuvent servir d'exemple.
Par ce qui précède, nous ne voulons point conclure qu'il soit nécessaire à l'Européen d'aller chercher une femme en Asie ou en Amérique ; mais nous pensons qu'il est très-avantageux aux habitants des villes de se marier avec des femmes de la campagne on d*une autre ville. Ainsi donc les hommes qui veulent avoir une belle progéniture devront s'allier avec des femmes d'une ville éloignée, ou> s'ils s'unissent avec des femmes de leur ville même, ils choisiront celles qui proviennent d'une race croisée. C'est seulement par ces sortes de mariages qu'on peut perfectionner l'homme, de même qu'on perfectionne, par le croisement, les races d'animaux domestiques.
Si la perfectibilité humaine n'est pas un rêve, si le vice doit être un jour effacé par les vertus, les douleurs remplacées par le bien-être, ce sera lorsque h masse des hommes, plus éclairée et moins sensuelle, considérera l'acte de la procréation comme une affaire très-grave et non comme un moment de pare volupté ; ce sera lorsque les procréateurs, se considérant solidaires des êtres procréés, ne se livreront point au libertinage qui dégrade l'organisation et aux excès vénériens qui altèrent les forces de la vie. Les enfants procréés par des parents dans un état d'épuisé ment ne peuvent qu'être chétifs au physique et au moral. Les exemples exceptionnels d'hommes faibles et malingres qui se sont distingués par leur intelligence ne prouvent rien pour l'espèce. Les souffrances cl les j/nperfections physiques sont toujours un obs-
tacle an dëTeloppement des facultés morales, et le proverbe : Mens sana in corpore sano (Esprit sain dans un corps ioin) est d'ane rigoureuse exactitude. Nous croyons donc que, si la législation s'occupait avec sollicitude et persévérance de l'amélioration physique de l'espèce humaine, l'an^lioration morale serait la conséquence naturelle de la première.
L'acte de la reproduction, chez les animaux, est borné à quelques saisons de Vannée; ce temps passé, l'inslinct du rapprochement des sexes s'endort pour se réveiller de nouveau à des époques plus ou moins régulières. Chez Tbomme cet instinct est permanent; il suffit de la vue d'une femme pour exciter ses désira. Hais, quoique l'homme ait le privilège de se livrer k l'amour en toute saison, il est pourtant des époques plus on moins favorables au but du mariage. Ainai les fortes chaleurs de Tété qui énervent et les froids intenses de Vhiver, devraient être des époques Béfastes, car les enfants conçus en ces temps défavorables sont de moins belle venue. Au contraire, la fécondation qui a lieu au printemps ou au commencement de Tautomne donne un plus beau fruit.
Ob ne doit jamais se livrer à l'acte de la reproduction après un ébranlement nerveux produit par des passions violenter, la fureur, la haine, le désespoir. On doit également s'en abstenir à la suite de vives doolears physiques ou morales. Il faut attendre que le calme ait rétabli l'équilibre dans l'organisation .
GniDiTio.^B iKDivmuELLEs. — Il cst établi, ,en principe^ que l'union de deux êtres chétifs ne i^roduit gêné**
ralemeDt que des fruits analogues, c'est-à-dire peu Tigoureux, et qu'au contraire deux êlres pleins de force et de santé engendrent de robustes enfants. Si ron objectait qu'il arrive parfois que des parents jeunes et bien constitués donnent le jour à des enfants faibles DU maladifs, nous répondrions qu'il ne suffit point aux époux davoir été pleins de force et de santé h semaine dernière, il faut Tétre au moment même de l'union sexuelle : car, si celte union a lieu au moment où l'homme et la femme sont épuisés par un ex« ces quelconque» la fécondation se ressentira nécessairement de cet état d'épuisement. Les père et mère pourront reprendre, dans la suite, leur santé, leur vigueur première; mais Tenfant restera faible^ et sa débilité sera due a l'imprudence amoureuse des auteurs de ses jours. Nous ajouterons, et l'expérience le confirme, que deux époux, ayant toutes les apparences de la force et de la santé, engendrent bien souvent des enfants d'une constitution délicate, et cela parée qu'ils ont consommé l'acte reproducteur lorsqu'ils se trouvaient dans un état d'épuisement nerveux, occasionné, soit par des travaux physiques ou intellectuels trop longtemps soutenus, soit par de vives impressions morales, par la fatigue du théâtre, du bal, des soi* rées, etc.
Le moment où Ton se livre \k l'acte vénérien a une influence décisive sur la vie de l'être futur; les procréateurs devraient porter toute leur attention sur ce point capital. Le simple bon sens fait discerner que l'état physique et moral des époux, pendant l'acte, d<M(
nécessairement retentir sur la fécondation. De nombreuses observations à cet égard ne laissent plus aucun doute sur les transmissions des bonnes ou mauvaises qualités de ceux qui engendrent aux êtres engendrés. La fécondation pendant un pa* roxysme de colère, une violente douleur, un état d'ivresse, etc , etc., produit toujours des fruits inférieurs, des enfants qui, s1ls vivent, seront le plus souvent une accusation contre les parents, par leurs disgrâces physiques et morales.
Si les parents sains et robustes qui engendrent des être faibles, après en avoir engendré de forts, voulaient se rendre compte de cette anomalie, ils se rappelleraient, sans nul doute, qu'ils n'étaient pas dans de bonnes conditions hygiéniques lorsqu'ils ont procréé un enfant chétif. De plus, il est notoire que la fécondation qui a eu lieu dans les jours de débauche et d'excès donne des êlres aussi débiles de corps que faibles d'esprit. La fécondation pendant l'état d'ivresse produit des idiots. Enfin, une vérité incontestable, qui devrait sans cesse être présentée Tesprit des époux, c'est que les enfants procréés dans ■n état d'indisposition, de maladie, de grande fatigue ou d'épuisement nerveux, ne sont, le plus souvent, que des fruits avortés qui ne font qu'apparaître à la vie, ou qui traînent péniblement le fardeau d'une existence douloureuse et de courte durée. Malheureusement pour l'humanité, ces faits se renouvellent tous les jours dans les classes dissolues de la société et se rencontrent assez fréquemment parmi les gens que
leur éducation devrait rendre sages et prévoyants; enfln, si le nombre des avortons, des enfants débiles oa contrefaits, est moins grand qu'ilspourrait l'être, c'est que la nature se refuse souvent ^ la fécondation dans ces moments d'épuisement, d'excès et de débauche.
Nous rapporterons ici un exemple tiré de l'Histoire des Métamorphoses humaines^ atin de bien pénétrer le lecteur des avantages que retire la progéniture d'un mariage contracté selon les lois physiologiques.
«M.Théophile V***, homme du monde, qui n'avait reçu de ses parents qu'une très-faible santé, ar-. riva jusqu'à Tâge de trente ans sans songer k se marier. D'une intelligence aussi développée que sa constitution physique était chétive, il avait jugé que son état valétudinaire lui défendait les plaisirs da mariage. Cependant le désir d'avoir des enfants et de vivre au milieu d'une famille dont il serait l'idole devint si vif, si pressant, qu'il se décida subitement à prendre femme. Son médecin, consulté, lui donna des conseils qu'il suivit ponctuellement.
« M. Théophile V*** alla choisir en province une femme de vingt-quatre ans, fraîche, bien constituée, pleine de force et de santé. Après dix mois de ma* ;iage, il eut le bonheur de se voir père d'une jolie (ille, qui ressemblait à sa mère par sa bonne consti* tulion. Sa femme lui donna encore deux autres enfants aussi beaux que le premier. Mais, il faut le dire, M. Théophile avait suivi strictement le régime des hommes qui veulent avoir une belle progéniture. Avant de s'approcher de sa femme, il s*était soumis»
pendant un mois» aux règles de la continence et ^ une alimentation forlifiante. Une fois sa femme enceinte, il s'était interdît toute caresse amoureuse qui eût pu gêner le travail de la gestation. »
Le même mariage va nous montrer la triste inflnence qu'exerce, sur la progéniture, l^état antihygiénique des parents.
c Forcé de quitter sa femme pour remplir une mission diplomatique, M. Théophile revint, après quelques mois, fatigué, épuisé de veilles, de soirées, de parties aristocratiques auxquelles sa position sociale l'obligeait de prendre part. Le soir de son arrivée, il eut l'imprudence de s'approcher de sa femme; la fécondation s'ensuivit ; mais le fruit qu^elle donna ne ressembla en rien aux premiers. Ce quatrième enfant» malgré tous les soins dont fut entouré son berceau, resta toujours malingre et chétif. On eût dit que ses parents épuisés ne lui avaient pas transmis une assez forte dose de vitalité ; il crût cependant, mais fluet, étiolé, semblable à une plante qui s'allonge comme un fil et se dessèche bientôt. M. Théophile, s'accusant intérieurement d'avoir donné le jour à un être si faible, eut la douleur de le voir mourir avant sa cinquième année. Cette perte fut pour lui un constant remords, car il avait l'expérience du passé, et Thomme sage, avant de céder k l'attrait du plaisir, doit en calculer froidement les conséquences. »
Répétons encore ici qu'une trop vive ardeur en knour, de même que les excès vénériens, nuit k la /écondation. La salacité ou b» soif immodérée des
voluptés sensuelles sont également les ennemis d'une belle procréation.
Louis XIV demandait k son médecin pourquoi les enfants qu'il avait de sa femme étaient chétifs ou difformes, tandis que ceux que lui donnaient ses maitresses étaient beaux et vigoureux. — Sire, lui répondit le médecin, c'est parce que vous ne donnez a la reine que les rinçures.
Les époux devront aussi se rappeler que tous les jours du mois ne sont pas favorables à la conception. C'est pendant les cinq ou six jours qai précèdent les règles et dans le premier jour de leur apparition que la fécondation est plus facile, plus certaine; parce que l'œuf humain, arrivé à sa maturité, sort de Tovaire et s'engage dans les trompes utérines, parce qu'alors tout le système génital delà femme se trouve dans un état d'orgasme des plus favorables aux mouvements aspirateurs de la matrice. A mesure qu'on s'éloigne de ces jours, la fécondation devient de plus en plus incertaine et finit même par être im-^ possible jusqu'au mois suivant.
Dans l'un comme dans Tautre cas, les époux peuvent tirer parti de ces indications.
On a observé que l'amour au milieu d'une campagne riante, sous un berceau de fleurs, dans un appartement orné de statues et d.' charmants tableaux, donnait une plus belle progéniture que l'amour dans les lieux tristes et sombres; soit que cela tienne à l'influence de l'imaginalion de l'homme et de la femme, dont les plaisirs sont doublés par les ravis*
sanls objets qui les environnent, soit que cela tienne à l'expansion des sens délicieusement émus par une belle nature, toujours est-il que le fait existe.
Entre mille traits frappants qui prouvent celte heureuse influence, nous citerons Tobservation du célèbre médecin Galénus : « Un préteur romain, petit, laid et bossu, fit h sa femme un enfant exactement taillé sur le modèle d'Ésope. Effrayé à la vue de ce petit monstre, et craignant de devenir le père d*une postérité aussi diflbrme, le Romain alla consulter Galénus, qui lui conseilla de faire placer trois statues de Tamour autour du lit conjugal : une au pied, les deux autres de chaque côté, de façon que les yeux de la jeune épouse fussent incessamment récréés par ces charmantes figures. Le préteur se conforma strictement aux avis du grand médecin, et sa femme mit au jour un enfant dont la beauté surpassa toutes ses espérances. »
Denys,^ tyran de Syracuse, fit suspendre le portrait du beau Jason devant le lit de sa femme, dans le but d'obtenir un bel enfant.
Les Grecs, ce peuple si renommé pour la beauté physique, prodiguaient, dans leurs gynécées, les marbres et les peintures représentant les dieux, demidieux et déesses sous les formes les plus élégantes, les plus gracieuses. Les statues d'Apollon, de Narcisse, de Castor et Pollux, etc., celles de Vénus, d'Hébé, de Hinerve et de toutes les charmantes déesses composant leur cour, étaient prodiguées dans les gynécées, les jardins et les places publiques. Ces moyens
leur avaient réussi ; pourquoi ne suivrions^nous pas leur exemple?
SECTION II
fiÉGlME FUTSIQOE ET MORAL AUQUEL DOIVENT SE 8001IETTR1