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CLASSIFICATION NOUVELLE

Si une nourriture bonne et suffisante, si une nutrition s'opérant, selon les lois physiologiques, sont deux conditions indispensables à la santé, elles ne sont pas moins nécessaires à la conservation de la beauté.

Les substances alimentaires furent de tous temps l'objet d'études et de travaux suivis; de là les nombreuses classifications d'aliments

admises et rejetées tour à tour. La classification la plus rationnelle à laquelle on se fut arrêté, était celle qui admettait huit groupes d'aliments : 1<^ les Fibrineux. -— 2^ les Gélatineux. — 3» les Albumineux. — 4^ les Fibrino-Gélatineux. — 5<^ les Féculents. — 6^ les Mucilagineux. — 7^ les Oléo-Féculents. — 8° les Caséux. Mais les progrès de la chimie conduisirent à envisager les aliments sous les rapports de leurs propriétés et de leur destination, et dès-lors on les distingua tout simplement en deux genres, 1^ les aliments azotés ou plastiques, c'est-à-dire fournissant les éléments nécessaires à l'entretien ou à l'acroissement de la machine humaine; 2^ les aliments combustibles ou respiratoires c'est-à-dire rendant au sang l'hydrogène que consume la respiration. Ces aliments pri& seuls, à l'exclusion des ahments azotés, ne pourraient sustenter l'individu par la raison que certains organes de l'économie n'y rencontrant pas les matériaux nécessaires à leur entretien , iraient les emprunter à d'autres organes, d'où résulterait un dépérissement plus au moins sensible ; et si cette alimenta-

lion était continuée la souffrance ne tarderait pas à se faire sentir et la maladie à se manifester.

Une autre classification beaucoup plus vraie que les deux précédentes est celle du professeur Millon, savant des plus distingués, dont la place est marquée à l'institut. Cette classiiication comprend toutes les substances alimentaires dans trois grandes catégories.

i^ Les aliments hydro-carbonés ou formés d'eau et de carbone : — les sucres, les gommes, les fécules, les mucilages, etc., etc. Ces substances, qui entrent dans notre nourriture journalière, offrent un phénomène très-remarquable : elles sont incessamment délruiles par la combustion générale qui entretient la vie, et, malgré la masse énorme qu'on en absorbe chaque jour, l'analyse chimique nen retrouve que de faibles traces dans les parties fluides et solides de nos organes.

2^ Les albuminoïdes ou plastiques formés d'hydrogène, d'oxigène, de carbone et d'azote : — la chair, le sang, les cartilages, la gélatine, le gluten des céréales, la légumine des haricots, des pois, des lentilles, etc., l'albu-

mine des pommes de terre , etc. , etc. Ces substances contiennent les éléments plastiques du parenchyme de tous nos organes; on les rencontre partout, depuis l'enveloppe cutanée jusque dans la moelle des os.

3^ Les corps gras ou aliments qui contiennent beaucoup de carbone et d'hydrogène, peu d'oxygène et point d'azote : — les suifs, les graisses et les huiles animales ou végétales, le beurre, etc. Les graisses fournies par les végétaux et les animaux sont identiques, c'està-dire que l'analyse chimique y découvre les même principes.

Cette classification l'emporte sur les deux autres classifications, exposées ci-dessus, en ce qu'elle fait connaître d'abord la destination des aliments sur tel ou tel groupes d'organes et le mode de nutrition; ensuite en ce qu'elle peut guider et diriger sûrement dans le régime alimentaire le plus convenable à chaque constitution, à chaque tempérament. De cette précieuse connaissance découlent les axiomes suivants :

Les aliments de la !''« catégorie répandent partout leur carbone qui, se brûlant sans

resse, distribue la chaleur et vivifie. Ils conviennent aux organisations nerveuses, sèches^ délicates , excitables qui perdent beaucoup par leur grande activité et qu'il serait nui&ible de stimuler. Ces aliments ont l'avantage d'entretenir les forces sans surexciter.

Les aliments de la 2^^ catégorie servent à la formation, à l'entretien et à l'accroisse-^» ment de nos organes, et particulièrement à la nutrition des muscles. Ils conviennent parfaitement pour relever les forces abattues et donner au système musculaire la prépondérance sur les autres.

Les aliments de la 3^^ catégorie pénètrent tous les tissus et s'y déposent intérieurement sous forme de graisse. Lorsque les aliments de la l^e catégorie, c'est-à-dire ceux qui servent à la combustion quotidienne, viennent à être supprimés, pour cause de maladie, la graisse de notre corps est résorbée et se brûle à son tour, pour entretenir la chaleur vitale. 11 semblerait que la graisse est au corps vivant ce que l'huile est à la lampe allumée. C'est pour ce motif que les personnes grasses, affectées de maladies graves, peuvent sup-

porter long-temps une diète absolue, à laquelle ne résisterait point une personne maigre. On sait que les animaux hibernants restent trois et quatre mois sans manger; c'est aux dépens de leur graisse que la vie s'entretient dans leurs corps engourdis. On sait encore que les habitants des régions pokires et ceux des contrées moins froides font instinctivement une énorme consommation d'aliments gras. Les Lapons, les Eschymaux, les Groenlandais, etc., font même usage d'huile pour boisson, probablement parce que la combustion vitale languirait si elle n'était continuellement alimentée par l'ingestion de substances grasses.

L'expérience se joint à la théorie pour démontrer que l'exclusion des substances grasses du régime alimentaire diminue le volume des organes et conduit à la maigreur ; leur excès, au contraire, les amplifie, distend outre mesure les tissus élastiques et mène à l'obésité , — Les aliments gras doivent donc composer, en grande partie, le régime des gens maigres qui désirent engraisser. Les personnes trop grasses ou qui ont une disposition à l'obésité

doivent les rejeter complètement de leur nourriture.

Quoiqu^il en soit, de ces diverses classifications bromatologiques, nous dirons, avec vérité, que l'homme, par son organisation pliy^ sique, étant polyphage, c'est-à-dire herbivore, frugivore et Carnivore à îa fois, l'alimentation qui lui convient le mieux se trouvé dans la variété des substances assimilables. Cette vérité est d'ailleurs annoncée à l'homme, et par son instinct qui le porte à varier ses mets, et par la nature elle-même qui lui offre, à chaque saison, des fruits différents. D'où il faut conclure que le mélange bien entendu des aliments plastiques, des aliments hydrocarbonés et des aliments gras compose le régime alimentaire le plus favorable à la santé.

Les lïoissons ont été rangées en quatre liasses :

1*^ Les boissons non-fermentées ou raffraîchissantes, telles que les différentes espèces d'eaux: de puits, de citerne, de source, de rivière ; cette dernière, lorsqu'elle coule pure et limpide sur un lit de petits cailloux, est la meilleure de toutes les eaux potables.

2^ Les boissons fermentées : le vin, le cidre, la bierre, etc., prises en quantité modérée; elles stimulent l'estomac, favorisent la digestion, accélèrent la circulation et augmentent les sécrétions. Le malaise et l'ivresse suivent ordinairement les libations trop copieuses.

3*^ Les boissons fermentées et distillées : l'eau-de-vie, le rhum, les liqueurs alcooliques, etc. L'usage habituel de ces boissons, plus ou moins brûlantes, est presque toujours nuisible. Les alcooliques, en général^ cornmeneent par stimuler violemment les organes ; il y a congestion sanguine, puis relâchement; à la suite de ces stimulations, longtemps répétées, la sensibilité s'émousse^ la membrane muqueuse de l'estomac se racornit, l'appétit diminue, de graves altérations peuvent survenir; enfin, l'abus de ces boissons use les organes et plonge l'homme dans l'abrutissement physique et moraL

4° Les boissons aromatiques : le café, le thé, etc.

Le café a long-temps passé pour être l'excitant du cerveau par excellence ; on a cru qu'il égayait l'esprit et ouvrait l'inteHigence ;

on lui a aussi attribué une funeste iniluence sur la durée de la vie. Les uns l'ont appelé l'ambroisie des Dieux et les autres un poison lent. Ces deux exagérations prouvent que le café a eu ses enthousiastes et ses ennemis. De nos jours, le café est devenu une boisson presque indispensable*, il s'en fait une immense consommation. Les personnes maigres, nerveuses, irritables et celles à qui les boissons excitantes sont contraires, feraient bien de s'en abstenir, ou du moins de ne le prendre jamais, que mêlé à de la crème ou do lait.

Le thé est aussi un excitant énergique; il convient aux constitutions énervt'es par la chaleur du climat et aux tempéraments lymphatiques des contrées brumeuses. Pris après un repas copieux, l'infusion de thé hâte la digestion et quelquefois précipite les digestions lentes et laborieuses. De même que le café, le thé a eu ses apologistes et ses détracteurs; il ne saurait convenir aux organisations excitables; on a vu souvent des insomnies, des crampes d'estomac, des tremblements et autres symptômes nerveux survenir aux personnes impressionnables qui , pour suivre le

ton et la mode, se croyaient obligées et s'obstinaient à prendre le thé.

Beaucoup de médecins ont émis l'opinion que rinfusion de thé devait être réservée pour des circonstances opportunes, et qu'en faire un usage journalier c'était se priver d'un excellent moyen, alors que son emploi eût été utile.

Le choix et la quantité des aliments doivent être basés sur le tempérament, les besoins de la nutrition et l'activité des fonctions digestives.

Le tempérament sanguin, les constitutions robustes, athlétiques exigent des aliments consistants, en rapport avec la force de l'estomac et les besoins d'une large assimilation. On recommande, particulièrement aux sanguins, d'user sobrement des excitants et des stimu- f

lants de toute espèce ; car, les affections inflammatoires , les congestions, les coups de sang, sont les graves maladies que ce tempérament ait à redouter, pendant Tété de la vie; la goutte, les rhumatismes, l'apoplexie et les paralysies, pendant l'automne ou première époque sentie.

Le régime alimentaire du tempérament bilieux doit être moins chargé de viande ef de boissons excitantes ; les substances mucilagineuses et acides lui conviennent. Plusieurs hygiénistes prétendent que le lait est contraire aux personnes bilieuses ; mais ils ne disent point pourquoi. Ce qu'il y a de bien reconnu, c'est que, chez un bilieux en bonne santé, le lait bu ou mangé, sous toutes les formes, n'augmente nullement la quantité de bile.

Le tempérament nerveux offre de fréquentes irrégularités dans l'appétit et les forces digestives; tantôt la quantité d'aliment qu'il consomme est énorme , et tantôt elle se réduit à très-peu de chose. Les aliments grossiers et de digestion difficile sont défavorables à ce tempérament ; il repousse aussi les boissons excitantes, dont l'action augmenterait sa sensibilité déjà trop exaltée.

Le tempérament lymphatique , au contraire, réclame une nourriture excitante qui aille stimuler les organes et porter son énergie dans les tissus. Les viandes noires, succulentes, les mets savoureux, les assaisonnements excitants, et, parmi les plantes, les

aromatiques, les amères, etc., lui sont trèsfavorables.

L'estomac, comme les autres organes, est doué d'un instinct particulier qu'il est difficile de vaincre et qui demande les plus grands ménagements ; souvent il refuse de digérer et même de garder l'aliment qui lui est antipathique. Lorsque cette antipathie, ou cette répugnance, est très-prononcée, il y a dégoût et nausées, à la simple vue de l'aliment; alors il est peu rationnel, il est même imprudent de forcer l'instinct de l'organe, par la raison qu'un instant après l'ingestion de l'aliment antipathique, l'estomac le rejette par le vomissement. Le vomissement a toujours cela de fâcheux, qu^il fatigue l'estomac, ébranle le système nerveux, soustrait à l'économie une portion des aliments nécessaires à la nutrition, enfin, il peut, au plus fort d'une contraction violente, amener subitement la rupture d'un vaisseau, ou une congestion orga^ nique souvent mortelle.

L'instinct indique aux animaux les besoins de l'estomac et la quantité d'aliments que cet organe peut digérer. Les herbivores prennent

peu à la fois mais mangent sans cesse. — Les carnivores mangent vite et beaucoup; mais une ou deux fois seulement par jour. — L'homme étant herbivore et Carnivore à la fois, doit tenir le milieu et régler le nombre de ses repas et la quantité des aliments sur les déperditions qu'il fait. Ainsi, l'homme qui exerce de rudes travaux physiques, mange trois ou quatre fois par jour; l'homme, au contraire, qui est adonné aux travaux de cabinet ou qui mène une vie sédentaire ne mange que deux fois. Le nombre des repas est aussi réglé sur les âges et l'activité des organes digestifs ; l'adulte réclame plus de nourriture que l'homme fait; l'enfant a besoin de manger plus souvent que le vieillard.

Ainsi, prendre ses repas à des heures réglées, les multiplier ou les restreindre selon le travail, le sexe, l'âge et l'activité digestive est une excellente méthode qu'il serait à désirer que tout le monde suivît. La quantité des aliments ingérés ne doit au grand jamais dépasser les forces digestives de l'estomac. L'intempérance dans le boire et le manger est un des plus cruels ennemis de la santé et de

îa beauté ; elle use ie corps et dégrade l'intelligence. — L'hygiène recommande expressément de ne pas se livrer, aussitôt après avoir mangé, surtout après un repas copieux, à des efforts physiques ou à des travaux d'esprit soutenus, car une indigestion pourrait en résulter et les indisgestions ruinent , comme on le sait, les forces de l'estomac.

il existe des substances qui diminuent l'assimilation alimentaire, en opérant un changement dans les molécules du sang ou des organes. L'iode, par exemple, porte atteinte à la nutrition, lorsque son usage est trop longtemps prolongé. Les sels neutres, les préparations mercurielles, produisent le même effet ; le tartre stibié, les sels raffraîchissants ont une action immédiate sur le sang ; ils modifient la nature de la fibrine, ce qui rend leur emploi très-précieux dans le traitement des inflammations.

Lorsque la composition du chyle est viciée soit par des aliments de mauvaise qualité ou détériorés, soit par l'effet d'un principe morbifique constitutionnel ou innoculé , le sang participe nécessairement à cette viciation.

Alors surviennent des troubles dans l'économie des déformations, des dégénérescences comme dans le rachitisme, le scorbut, les scrofules, la syphilis, la goutte, etc. Ces terribles affections se manifestent presque toujours par des exhalations et des excrétions morbides, par des affections cutanées, des ulcérations et, quand elles sont portées à un haut degré, par une dégénérescence du système osseux. Ici, ce sont les substances pharmaceutiques ou médicinales qui doivent combattre ces implacables ennemis de l'organisation humaine, mais l'alimentation et le régime leur sont d'un grand secours. Nous avons parlé, dans V Hygiène du Mariage, des dépurateurs du sang, en tête desquels l'expérience a placé le ROB Boiveau-Laffecteur.

L'étude 'des aliments considérés sous le double rapport de leur composition chimique et de leur assimiliation à tel ou tel organe est de la plus haute importance pour le développement du corps et le maintien d'une santé vigoureuse. Une aUmentation basée sur ces principes et marchant de pair avec la gymnastique a des résultats prodigieux, incroyables.

Ainsi, l'on peut, au moyen d'un régime approprié, corriger certains vices héréditaires ou acquis, réformer, changer la constitution et opérer le renouvellement de l'être tout entier. Comme l'indique la classification des aliments que nous avons donnée, il est facile de diriger à son gré les sucs nutritifs sur tel organe, tel parenchyme ou tel tissu de l'économie. Si on les dirige sur le système musculaire, on verra les muscles grossir, se développer sous leur influence. Est-ce dans les lamelles du tissu cellulaire que les sucs nutritifs sont dirigés : en peu de temps la personne la plus maigre engraissera; pour obtenir le résultat contraire, il ne s'agira que de supprimer les sucs qui arrivent au tissu cellulaire et l'on dégraissera les obèses, lorsque, toutefois, ces deux maladies, la maigreur et l'obésité ne seront point dues à une dégénérescence organique.

Nous allons exposer, dans les chapitres suivants, les diverses méthodes suivies pour transformer l'être humain, c'est-à-dire, pour augmenter ou diminuer la masse de son corps, développer tel ou tel système et arrê-

ter la nutrition de tel autre, enfin asservir la nature à l'art, sans porter atteinte aux lois physiologiques, dont le parfait équilibre se traduit par la santé.

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