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DE L'EMBONPOINT ET DE LA MAIGREUR

Dans un précédent ouvrage, intitulé : Hygiène du Visage et de la peau, nous avons donné la description anatomique et physiologique de l'organe cutané, afin qu'on put se rendre compte de ses importantes fonctions, pour la santé ; nous croyons qu'il ne sera pas inutile de dire encore, ici, quelques mots sur la composition et la structure du tissu cellulaire et du tissu adipeux ou graisseux, pour que chaque lecteur saisisse nettement les causes et la marche de l'embonpoint et de la maigreur.

TissM eelUfllalre. Ce tissu, généralement répandu dans la totalité du corps, remplit les vides existant entre les organes , il leur sert d'enveloppe et les unit entr'eux, ce qui lui a fait donner, par quelques physiologistes, le nom de tissu unissant.

La couche cellulaire, immédiatement placée sous la peau, marche avec elle et la suit presque partout ; tantôt elle s'épaissit, tantôt elle diminue au point de ne laisser aucune trace. Le tissu cellulaire sert à fixer la peau aux chairs, à combler les vides intersticiels, à loger la graisse et à donner au corps ces belles formes arrondies qui plaisent tant aux yeux ! Le tissu cellulaire est composé de fibres blanches, résistantes, élastiques, dont la réunion forme des lamelles de dimension variable ; ces lamelles, à leur tour, s'entre-croisent et donnent naissance à des aréoles ou cellules dans lesquelles s'organise le tissu adipeux ou graisseux.

Tissw acllpeis:^. — L 'humeur, appelée graisse, est contenue dans de petites vésicules qui sont logées elles-mêmes dans les aréoles du tissu cellulaire sans y adhérer Chaque

aréole contient uu nombre, plus ou moins grand, de vésicules graisseuses qui, d'après le célèbre Mascagni, possèdent une artère, une veine et un conduit sécréteur. De tous les tissus de l'économie, la graisse est celui qui se forme et disparaît le plus vite : la moindre maladie la fait diminuer, et quelques jours d'un bon régime suffisent pour l'augmenter.

Du développement des vésicules graisseuses dépend l'embonpoint; leur hypertrophie (1) ou excès d'accroissement amène Vobésité ; leur atrophie, ou excès contraire, conduit au marasme. En d'autres termes, l'excès d'embonpoint dépend d'un défaut d'équilibre entre les réparations et les pertes ; l'amaigrissement dépend du défaut d'équilibre entre les pertes et les réparations.

D'après cet exposé , clair pour tout le monde, il est facile de comprendre que les moyens dirigés contre l'obésité devront être

{i) Hypertrophie, dérivé de deux mots grecs, signifie excès de nourriture.

(2) Atrophie, également dérivé du grec, signifie défaut de nourriture.

ceux qui diminuent la sécrétion de ia graisse dans les vésicules et qui augmentent les pertes ou excrétions. — Les moyens contre la maigreur seront d'un ordre tout-à-fait opposé ; et la conséquence logique de Temploi bien entendu de ces moyens devra être la guérison.

Obëgitë.

L'obésité, ainsi que nous venons de le dire, est l'hypertrophie ou développement excessif du tissu adipeux. Les traits et les formes disparaissent sous des pelotes de graisse, les mouvements deviennent de plus en plus difficiles, et le corps ne présente plus qu'une masse informe. Les parties où le pannicule graisseux est le plus abondant sont celles qui acquièrent un plus gros volume ; le ventre et les mamelles arrivent, quelquefois, à un développement si énorme, que le corps, ayant perdu toutes ses formes primitives, n'est plus qu'une monstrueuse caricature.

Lorsque l'obésité n'affecte point des organes essentiels tels que le cœur et le poumon, la vie est compatible avec cette gênante

infirmité; mais si la graisse envahit l'un de ces organes, l'obèse est menacé d'asphyxie ou suffocation.

Ages et tempéranients qui prédis pcisesit a l'obësitë.

C'est particulièrement aux tempéraments lymphatiques et lymphatico-sanguins que cette maladie s'attaque, c'est aussi vers le miheu de la vie, époque de la seconde jeunesse que les sujets commencent à prendre de l'embonpoint. Le savant Hoffmann a dit : — Les sujets lymphatiques qui, s'adonnant à la bonne chère, prennent peu d'exercice et jouissent d'une grande tranquillité d'âme , doivent nécessairement engraisser, et l'obésité les menace.

Le régime diététique, le travail, l'exercice, sont les meilleurs préservatifs de l'excès d'embonpoint. Dans une armée active de 50 mille hommes on ne rencontre point un seul obèse, mais on peut affirmer que vingt-cinq, sur cinquante , le diviendront , par Toisiveté et l'abondance.

Si l'embonpoint modéré est un signe de

— lassante, son excès est un indice de faiblesse. La graisse s'accumule sur les points où Je mouvement et la vitalité sont faibles : comme au ventre et à la poitrine. Des praticiens observateurs ont constaté qu'à la suite d'affections épuisantes, on voit les malades engraisser ; cela tient au défaut de proportion entre l'exsudation et la résorption. Les obèses, selon Boérhaave, paraissent bien portants et vigoureux, mais ce n'est qu'en apparence; car, ils sont plus exposés que les autres aux maladies et ne peuvent résister à aucune fatigue. Hippocrate avait déjà dit que les gens trop gras sont plus facilement atteints, que les autres, par les affections régnantes, et que la mort fait, parmi eux, de nombreuses victimes. Enfin, tous les médecins conviennent que sur deux sujets atteints de la même maladie, l'un trop gras, l'autre ni gras ni maigre, ce dernier aura dix chances de guérison, tandisque le premier n'en aura qu'une.

Ces opinions, des plus savants médecins, méritent une attention sérieuse de la part des personnes qui ont une prédisposition à trop engraisser ou qui sont envoie d'obésité. Nous

ïeur dirons que cette maladie, prise à son début, cède ordinairement au régime, tandis qu'une fois déclarée, elle est plus difficile à extirper ou du moins elle demande un temps plus ou moins long, suivant la docilité du sujet à exécuter les prescriptions des hommes de l'art.

Le traitement rationnel de l'obésité n'a rien de dangereux, et les médecins qui ont avancé que sa guérison avait des suites fâcheuses, ont sans doute voulu parler de quelques traitements empiriques également réprouvés de l'art et de la saine raison. De ce que certains remèdes mal employés ont été funestes, doit-il s'ensuivre qu'il n'en existe point d'efficaces? Si l'on guérit les goitres, les glandes indurées, les exostoses, on peut, à plus forte raison, diminuer l'embonpoint, attendu que les bourrelets graisseux sont beaucoup plus faciles à résoudre que les indurations et les exostoses. Du reste, de tous temps l'obésité fut regardée comme une infirmité assez grave, et fixa l'attention des médecins les plus habiles ; si les moyens dirigés contre elle, n'ont pas eu des résuHats complets.

on ne doit cependant point la regarder comme incurable.

Dans l'ancienne Grèce, surtout chez les Spartiates, l'embonpoint était un déshooneur, parcequ'il faisait supposer les hommes inhabiles à la guerre, et les femmes peu propres à faire de nombreux enfants. LesEphores décrétèrent que les jeunes gens, ayant une prédisposition à engraisser, seraient frictionnés, chaque jour, de la tête aux pieds, avec de l'eau salée. Après ces frictions, on les lançait dans le gymnase, où ils devaient s'exercer jusqu'à ce que la sueur ruisselât de tout le corps. Leur régime, composé de viande de lièvre rôtie, fortement épicée, et de vin aigrelet, complétait un traitement presque toujours couronné de succès.

Hippocrate, Asclépiade et Galien conseillaient les purgatifs, les sudorifiques joints à une alimentation peu substantielle et peu abondante.

Presque tous les médecins modernes ordonnent l'exercice elle régime.

Le docteur Andry, auteur de la première orthopédie qui ait paru en France, conseille.

comme un excellent moyen de diminuer fa graisse, d'abord le régime et ensuite 1;2 gros de cendres d'écrevisses, pris chaque jour dans un peu de bouillon dégraissé. Dans le cas où le succès se ferait attendre, il prescrit de mélanger à cette cendre autant de cendres d'éponges. Ce remède est si exténuant, ajoute ce médecin, qu'il peut occasionner une grande maigreur. Nous ne garantissons nullement les effets de cette médication.

Le traitement que nous proposons comme le plus efficace, repose sur les lois physiologiques et sur le mode de nutrition ; il consiste tout simplement à diminuer les réparations et à augmenter les pertes ; nous allons démontrer qu'il est facile d'arriver à ce résultat.

-TriaâtesMesit i*ali®Bisiel de l'Obësâtë.

Régime alimentaire. — Si le lecteur a retenu ce qui a été dit au chapitre de la classification des aliments, il doit se rappeler que les aliments gras, gélatineux, féculents, farineux, etc., que les boissons chargées de principes nutritifs, comme la bière, le cidre, les Yins doux se transforment^ par la digestion^

en un chyle qui se dirige, presque en totalité, sur le tissu graisseux ; or, il est évident que l'obèse devra s'abstenir complètement des aliments de cette classe.

Le régime alimentaire sera exclusivement composé d'aliments secs, stimulants, épicés :

— les viandes chargées de carbone et d'azote comme celles de bœuf, de mouton, de lièvre, de chevreuil, parfaitement dégraissées; — la perdrix, la grive, le faisan, le pigeon, etc. ;

— les végétaux stimulants ou aqueux, les iiaricots verts, les épinards, les endives, etc., préparés au sucre, jamais à la graisse. — Toutes les espèces de salades fortement vinaigrées ; — les fruits acides, etc.

Les boissons seront choisies parmi les vins secs, surtout les vins blancs, largement coupés d'eau, les limonades, l'eau de seltz, le café noir, etc. On recommande aussi de prendre, de temps en temps, des tisanes sudorifiques et diurétiques, quelques légers purgatifs, soit en potion soit en lavement, afin de provoquer des pertes par les sueurs, les urines et les excrétions alvines ; mais il faut être extrêmement sobre de ces moyens et les sup-

primer aussitôt que le canal intestinal s'eo trouve incommodé.

L'énergie de ce régime est encore augmentée par les lotions d'eau salée, sur tout le corps, et les frictions d'hydriodate de potasse dissous dans l'alcool, faites deux fois par jour sur les parties les plus chargées de graisse, comme le ventre, la poitrine ou les seins. Ces frictions, dont la durée doit être d'une demiheure, ont l'avantage de favoriser la fonte de la graisse, qui se dissipe peu à peu par les sueurs, les urines et les autres excrétions.

Selon le savant Hunter, la compression est un excellent moyen d'activer l'action des vaisseaux qui résorbent la graisse. On sait que dans certaines maladies graves , où une diète absolue est exigée pendant un temps fort long, la nutrition s'opère par l'absorption de îa graisse qui est alors le seul aliment fourni à la circulation. Dans ce cas, si la diète se prolonge, non-seulement toute la graisse souscutanée est résorbée, mais encore toute celle qui entoure ou s^étend sur les divers organes et diverses régions du corps. C'est cette résorption qui occasionne l'affreuse maigreur

dans laquelle tombent les sujets forcés à une longue privation d'aliments. Or, un moyen naturel de diminuer l'excès djembonpoint surgit de ces considérations, c'est celui de comprimer doucement les parties qu'on veut réduire de volume, en même temps qu'on s'astreint à un régime sévère, ou du moins au régime que nous venons de décrire.

On a aussi préconisé l'étincelle électrique comme un très-bon dissolvant de la graisse ; les obèses peuvent encore essayer ce moyen.

Enfin, les auxiliaires indispensables de ce traitement anti-pachique sont : un exercice de tous les jours, porté jusqu'aux sueurs et à la fatigue : — se lever tôt, se coucher tard et ne donner que fort peu de temps au sommeil, cinq heures par exemple. Ces moyens, soutenus par une grande agitation d'esprit, doivent logiquement dégraisser le corps le plus obèse et ramener l'organisme à ses fonctions normales. Les deux exemples suivants en fourniront la preuve :

Un énorme milord, du poids de 495 livres^ jeune encore, et qui avait essayé de tous les

remèdes contre sa monstrueuse obésité, ren* contra, par hasard, dans une société de Londres, un médecin français. La première question qu'il lui adressa fut pour s'informer si ce disciple d'Esculape ne connaissait point un remède contre la maladie qui l'affligeait.

— C'est tout justement ma spécialité , lui répondit le docteur ; depuis long-temps j'ai borné ma pratique à engraisser ou à dégraisser les personnes qui m'accordent leur confiance.

— Réussissez-vous quelquefois?

— Toujours, lorsqu'il y a chance de succès et qu'on suit mes prescriptions.

— Oh ! mon excellent ami, s'écria le milord, dont les yeux brillèrent d'un indicible espoir, vous serez mon sauveur, et tous les sterlings que je possède ne pourront payer la dette que j'aurai contractée envers vous, si vous me dégraissez !

— Il s'agit d'abord de savoir si vous consentirez à vous soumettre au traitement ?

— Oui, je ferai tout ce que vous m'ordonnerez ; dès aujourd'hui je me mets à votre entière discrétion. Je n'aurai de volonté que la vôtre.

— Eh bieo, milord, il faut dès demain quitter votre patrie et me suivre en France. Trois mois de séjour suffiront. Notez bien ceci : Demain vous sortirez de Londres gros et rond comme un tonneau, et vous y rentrerez dans trois mois aussi élancé qu'un lévrier.

A ces mots, le milord aurait sauté de joie si son poids formidable ne l'eût invinciblement attaché au sol ; à défaut de cette manifestation, sa joie se traduisit par une étroite poignée de main.

Le lendemain ils partirent ensemble, et deux jours après arrivèrent dans un village de Bretagne, perdu au milieu des prés et des forêts. Le médecin remit son client entre les mains d'un de ses parents, nommé maître Pick, riche paysan, qui cultivait lui-même ses terres, et, après lui avoir donné toutes les instructions nécessaires, fut prendre congé de son malade, lui promettant de revenir bientôt.

Les trois premiers jours, milord jouit de sa liberté et sourit aux champêtres beautés que la nature étalait à ses yeux ; il mangea

fort peu ; les aliments qu'on lui offrait ne pouvaient convenir qu'à un estomac de paysan ^ et le sien n'avait jamais été traité qu'en estomac de milord. Le quatrième jour, il se vit cependant forcé de manger ce qu'il avait re~ fusé la veille, sous peine de défaillir de besoin. — Le cinquième jour, maître Pick lui dit : — Mon ami, tout le monde ici travaille pour gagner sa pitance , vous travaillerez comme les autres, car je ne veux point nourrir une bouche inutile. — Milord fit une piteuse grimace, et le paysan ajouta : — Si vous ne travaillez pas de bonne volonté, on vous y contraindra par la force, car il est bon de ne pas vous laisser ignorer que je vous ai acheté cent schelings à votre conducteur, et que vous êtes ma propriété pour trois mois ; ce temps écoulé vous redeviendrez libre, mais à dater d'aujourd'hui vous commencerez à me servir. L'Anglais resta d'abord stupéfait de ce qu'il venait d'entendre ; puis il entra en fureur et se récria contre une aussi noire perfidie, qu'il taxait de guet-à-pens infâme... Mais il eut beau s'agiter, protester, jurer, faire la mauvaise tête, ce fut peine inutile; sur un signe

de maître Pick, trois vigoureux paysans se saisirent de son énorme personne, et, lui ayant mis un fouet en main, l'entraînèrent dans une immense prairie où sa tache fut de garder le bétail.

Trois semaines s'étaient écoulées, et maître Pick s'apercevant d'une diminution sensible dans la rotondité de son hôte, lui dit un soir: — Vous ne garderez plus le bétail ; c'est à votre tour demain d'aller casser les mottes derrière la charrue. — Milord fut forcé de s'armer d'un lourd maillet et de remplir la tâche que le maître lui avait imposée. Pendant ce pénible travail son corps ruisselait comme une fontaine ; il suait à arroser les sillons, et à Theure des repas on lui donnait, pour confortable, un morceau de pain noir frotté avec de l'ail. Dix jours de maillet réduisirent son corps à la moitié du poids primitif. Maître Pick continua à diriger son élève en le faisant passer d'un travail à un autre travail qui demandât une plus grande dépense de forces musculaires.

Après trois mois d'une vie si rude, notre milord avait les mains et les pieds calleux, le

visage bronzé, osseux ; son ventre avait dis^ paru, les bourrelets graisseux de sa poitrine s'étaient fondus; ses bras, naguère gros et ronds comme des colonnes, montraient leurs saillies tendineuses ; il était redevenu homme.

Alors le médecin reparut et fut lui-même étonné du changement opéré dans la constitution de l'obèse. — Eh bien! mon cher miîord, lui dit-il, croyez-vous aujourd'hui à l'efficacité de mon traitement? — Je suis extrêmement heureux de l'avoir suivi et surtout terminé ; cependant je vous avoue que si c'était à recommencer, malgré tout mon désir d'être dégraissé, je n'aurais pas assez de force de volonté pour m'y soumettre de nouveau. Mais puisque le but est atteint, je vous en remercie et vous prie instamment de me ramener, au plus vite, dans ma chère patrie.

Arrivé à Londres, la famille du milord ne voulut pas le reconnaître, tant la métamorphose était grande ; ce ne fut qu'après avoir prouvé son individualité qu'il put rentrer dans son hôtel.

Autre Cuve iiosa uioisïs pi*ocligietise«

Un père supérieur d'une riche communauté se trouvait, par suite de la vie paresseuse du cloître et de la bonne chère, arrivé à ce point où l'homme n'est plus qu'une masse de graisse informe. Le mouvement lui était devenu impossible; il ne conservait plus qne celui des mâchoires. Menacé d'être étouffé sous l'enveloppe de graisse qui s'épaississait de jour en jour, le père résolut de se mettre à la discrétion d'un médecin, en grande renommée pour la guérison de cette maladie, et se fit voiturer à sa maison de santé.

Le médecin usa largement du plein pouvoir qu'on lui accordait ; il commença par changer la qualité et diminuer graduellement la quantité des aliments que le supérieur engloutissait chaque jour; puis au bout d'un certain temps, lorsque le père eût un peu diminué, il employa les moyens gymnastiques dont voici l'exposé :

Deux hommes vigoureux saisissaient le supérieur par-dessous les bras et l'entraînaient dans la grande allée du jardin ; là, on l'obli-

geait à pratiquer, pendant plus ou moins de temps, la course à pied, tantôt usant de ses jambes et tantôt se laissant traîner lorsqu'elles refusaient. Cette course forcée durait jusqu'au moment où la sueur ruisselait de son corps ; alors il était reconduit dans une vaste chambre et jeté sur une paillasse afin de s'y reposer de ses fatigues. Venait le soir, le pauvre père se sentait une faim dévorante ; hélas! point de mets délicats à savourer, point de ces vins délicieux qui, autrefois, flattaient si bien sa sensualité ; de l'eau et du pain, voilà tout... Mais pour avoir ce pain il fallait le gagner en recommençant une nouvelle gymnastique. La miche de pain qu'on lui donnait se trouvait entourée d'un réseau de ficelle et suspendue au plafond, par une corde, à une distance qui ne permettait pas de la saisir avec les mains. Pressé par la faim, Je supérieur se voyait dans la nécessité de s'armer d'une vieille lame de sabre qu'on avait mise près de lui dans ce but, et de frapper la miche pour en enlever des morceaux ; encore était-il obligé de sauter pour l'atteindre. Fatigué, il se reposait, mais la faim le

remettait sur pied et de nouveau il recommençait l'exercice jusqu'à ce que la miche sabrée de tous côtés tombât par morceaux. Il eut beau supplier le médecin de mettre un terme à ses tortures ; celui-ci ne voulut rien entendre, et le père supérieur se vit forcé de gymnastiquer ainsi pendant deux mois, au bout desquels il sortit de la maison de santé parfaitement dégraissé.

Un traitement semblable serait beaucoup trop dur pour le beau sexe ; peu de femmes auraient la volonté de s'y soumettre et de le suivre jusqu'au bout; aussi n'avons-nous cité ces deux exemples que pour mieux faire sentir la nécessité absolue de changer de manière de vivre et de se livrer à un exercice soutenu dès qu'on s'aperçoit de la moindre tendance à un excès d'embonpoint.

Il existe certains topiques ou remèdes locaux qui agissent directement sur le tissu graisseux, soit en diminuant son activité nutritive, soit en opérant la fonte de la graisse. Ainsi, plusieurs femmes , qui avaient vu disparaître, sous des bourrelets graisseux, l'élégance de leur taille, se seraient bien trouvées

de l'application de ceintures, dans la duplicature desquelles elles étendaient une couche de sel de cuisine. Ces ceintures auraient eu la vertu d'atténuer peu à peu, et sans danger, l'enveloppe graisseuse qui empâtait leurs formes.

Pline, le naturaliste, assure que les dames romaines, qui ne craignaient rien tant qu'une gorge volumineuse, l'enfermaient, de bonne heure, dans des moules, pour en arrêter le développement. Si les seins repoussaient cet obstacle et grossissaient toujours, alors elles les dégraissaient sans nul inconvénient, en les recouvrant de la chair d'un poisson nommé ange. Si l'assertion de Pline est vraie, on doit regarder, comme très-facheuse, la perte d'un tel topique : ce poisson ne se retrouve plus...

Un autre moyen, plus récent et presqu'aussi simple, aurait été mis en usage, avec succès, dans les couvents de religieuses, où une gorge grasse et proéminente était un scandale. Le voici : On composait un cataplasme avec de la terre sigillée, un peu de chaux, du suc de persil et de l'albumine ou blanc d'œuf. Lorsque le tout avait été bien battu et réduit à

consistance de cataplasme, on l'appliquait sur les seins. Ce procédé peut réussir, mais il est de beaucoup inférieur aux frictions avec les préparations d'iode.

Une foule d'autres procédés, plus ou moins absurdes, plus ou moins violents, ont été proposés et mis en usage contre l'obésité, tels que l'ablation de la graisse avec l'instrument trancbant, les purgatifs violents, une diète absolue, etc. Quelques-uns de ces moyens sont impraticables, les autres sont intidèies et dangereux, comme de boire du vinaigre, par exemple, préjugé assez généralement répandu; enfin, tous sont funestes en ce sens qu'ils attaquent les sources de la vie et développent des maladies le plus souvent incurables.

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