‹ Hygiène généraleChapitre 13 sur 27 · MÉTHODE ANGLAISE DITE DE L' ENTRAINEMENT · texte numérisé non relu

MÉTHODE ANGLAISE DITE DE L' ENTRAINEMENT

Des M®dill€CitB®iig et ^JTjrstsagfiîrifitatioBïS que l'alân&eaiisatioai et le rëginae peisBirent opérep dang l'ëfi?®noii&ie latiittaine.

La lumière, l'obscurité, l'air, l'eau, les substances alimentaires et médicamenteuses, les exercices gymnastiques et le repos, etc., sont autant de modificateurs de la vie et de la forme humaine ; les aliments et boissons surtout, le régime et la gymnastique dirigés selon l'art, peuvent être regardés comme les

principaux modificateurs. Des faits nombreux attestent, chaque jour , leur puissante influence sur l'économie et les prodigieux résultats qu'on en obtient.

Nous avons dit dans V Hygiène du Mariage , deuxième édition : — Prendre l'être humain à sa naissance, suivre la nature et la favoriser dans sa marche normale ; la réprimer, l'arrêter dans ses tendances vicieuses; régler et distribuer la nutrition de manière à perfectionner les instruments de la vie ; se conformer strictement aux préceptes hygiéniques, fruits d'une sage expérience , afin d'assurer à l'enfant le développement complet de ses facultés physiques et morales ; tel est le but vers lequel les parents et les instituteurs devraient incessamment diriger leurs efforts.

Cette éducation de la vie animale n'est point une utopie , comme on pourrait le croire, c'est une vérité désormais reconnue et dont on devrait multiplier les applications.

Si nous jettons les yeux sur le règne végétai, ne voyons-nous pas les fleurs des champs devenir doubles, triples dans nos jardins; des

arbres donner des fruits plus gros, plus savoureux ; des plantes acquérir d'énormes dimensions, au moyen de certains procédés, dont s'est enrichie l'horticulture. M. Puvis a constaté que des melons arrosés avec du purin, selon sa méthode, étaient arrivés à un poids de 35 à 40 livres, sans qu'ils eussent rien ^perdu de leur délicatesse et de leur parfum.

Si nous passons au règne animal, nous voyons aussi que le développement de la forme est toujours dû au mode de nutrition et a l'hygiène instinctive. Nous avons dit, au chapitre procréation de V Hygiène du Mariage^ que le savant Duméril déterminait, à son gré, la sexualité chez les abeilles, par l'alimentatioD et la quantité d'air. Milne Edwards s'est opposé à la métamorphose des têtards en crapauds, en les privant d'air et de lumière, et en leur faisant acquérir, sous la même forme, par la nutrition, des dimensions énormes. Les œufs d'oie, de poule , de canard, etc., qu'on fait éclore par des moyens artificiels, produisent des monstruosités de telle ou telle partie, calculées sur l'application de la chaleur, pendant la période d'incubation.

— loi ~

A mesure que l'être s'élève sur l'échelle animale, ces faits acquièrent une plus jjrande importance.

Les peuples de l'antiquité avaient acquis, par leur système d'éducation physique, la vigueur et le courage; leur constitution, fortement trempée, dès le bas-âge, résistait aux intempéries les plus meurtrières; ils méprisaient la douleur et, de sang-froid, bravaient la mort. Les Hellènes possédaient, entre tous les peuples, la beauté du corps au plus haut degré, cependant cette eumorphie si célèbre, dans l'ancienne civilisation, ne leur avait pas été transmise par leurs ancêtres. Les Grecs, d'après Hérodote, auraient dû cette beauté physique k une loi de Solon, relative à l'âge, au tempérament et aux choix des individus dans l'union des sexes. Plus tard, les peintures, les statues représentant la forme humaine sous les formes les plus élégantes, ne furent point étrangères à l'amélioration de la race ; leur profusion sur les places, dans les édifices publics et les maisons particulières, impressionna ce peuple d'artistes et agit vivement sur l'imagination des femmes enceintes.

Les Turcs qui se font admirer, denos joiirs^, par leur physionomie régulière et leur robuste charpente, descendent, cependant, en ligne directe, des Tartares, dont la. prosopopie ne s'éloigne guère du type Chinois. L'amélioration de la race Turcque provient de son croisement avec les femmes Géorgiennes, Mingreliennes et surtout avec les femmes Grecques, alors que l'esclavage pesait sur le beau sol du Péloponèse.

Certaines peuplades d'Afrique, d'Amérique et de rOcéanie, égarées sur ses principes de la beauté, déformaient autrefois les traits du visage, aplatissaient ou allongeaient la tête de leurs enfants, et quoique ces pratiques ne soient plus aujourd'hui en usage parmi elles, les enfants viennent au monde avec des têtes allongées en melon, ou aplaties. Les Chinois ont obtenu, par des procédés de traction, la forme des yeux à demi-ouverts et à paupière supérieure longue et tombante ; par la compression, ils sont arrivés à diminuer de moitié le pied des femmes. Les longues oreilles et les nez plats, de certaines peuplades, obtenus^ dans le principe, par le tiraillement et l'écra-

sèment, sont devenus invariablement hérédi-^ taires : ce qui tendrait à prouver qu'une forme, factice d'abord, deviendrait naturelle au bout d'un certain laps de temps.

Chez toutes les nations du globe on trouve des traces visibles des efforts de l'art pour retrancher, ajouter ou modifier la forme et les traits de l'être humain, et, selon l'état de civilisation ou de barbarie, ces efforts ont porté la forme humaine à un certain degré de beauté, de perfection, comme chez les anciens Grecs, ou l'ont dégradée jusqu'à la laideur, comme chez quelques peuplades hideuses d'Afrique et d'Amérique.

Les Anglais, nos maîtres dans l'art plastique appliqué au règne animal, sont parvenus, à force d'interroger la nature et de la suivre dans ses mystérieux détails, à découvrir quelques-unes des lois de la matière vivante. Aujourd'hui, l'homme peut, à son gré, retarder ou précipiter la marche de la vie ; il peut rendre l'animal fort, vigoureux, grand, petit, débile, étiolé, selon sa fantaisie, son caprice ; et tous ces prodiges s'opèrent par le régime et l'alimentation.

Apres quinze ans d'essais et d'expériences raisonnées, le céièbre Bakwel parvint à établir, sur des bases solides, sa méthode de Ventraînement. Les résultats qu'il obtint dépassèrent son attente. Ainsi, il forma des bœufs pour la charrue et la boucherie ; des chevaux pour le trait et la course, des moutons, des chèvres, des chiens de toute taille, de toutes formes, etc. Les bœufs qu'il élevait pour la boucherie avaient des jambes courtes, une panse étroite, de petits os, la peau mince, tandis que la poitrine et l'intervalle compris entre les deux hanches étaient larges, profonds et énormément charnus ; la masse musculaire formait les deux tiers du poids de ranimai. Bakwel jugeant les cornes inutiles aux bœufs qu'on élève pour tuer, créa une race bovine sans cornes, et par ce moyen détourna, au profit de la chair et de la graisse de l'animal, les sucs outrilifs destinés à la formation des cornes, il éleva des moutons et des chèvres pour îe suif seulement, et obtint des animaux monstrueux de graisse et ayant un système musculaire si peu développé que la locomotion leur devenait impossible. C'est à

cet homme, justement célèbre, que rADgieterre doit ses bœufs énormes, ses excellents chevaux et ses belles races ovine et canine.

La méthode de Bakwel est devenue Européenne. Les fermiers éclairés et intelligents rappliquent avec succès à leurs bestiaux ; ils connaissent les conditions organiques que doivent présenter les aninjaux pour être engraissés, dégraissés ou emmusclés, et quels sont les aliments qui conviennent le mieux pour obtenir ces divers résultats.

La méthode de r^n/ramemeni est parfaitement applicable à l'homme, et les Anglais opèrent, chaque jour, de prodigieuses métamorphoses sur les sujets soumis à V entraînement. Ils forment des hommes pour le cheval, la course, la lutte, le pugilat, etc. Les sujets entraînés pour être coureurs deviennent maigres et tendineux; \esjokeys sont encore plus maigres et il en est, dont le poids total du corps, ne s'élève pas à 60 livres. Les athlètes, au contraire, présentent un énorme développement du système musculaire ; les lutteurs et boxeurs, que leurs gros membres et leurs corps charnus feraient croire lourds, déploient,

dans leurs exercices, une étonnante agilité. Les coups affreux qu'ils se portent au visage occasionneraient, à tout autre, une tuméfaction considérable avec ecchymose, suite de Fextravasation du sang dans le tissu cellulaire. Chez les boxeurs anglais, les coups les plus terribles ne laissenl aucune trace, et cela parce que le régime de l'entraînement a fait disparaître, en partie, le tissu adipeux souscutané.

Le régime de l'entraînement ne borne pas son action au système graisseux et musculaire seulement, il modifie encore tous les organeS;* toutes les parties de l'individu : le poumon, le cœur, le sang, les os^ etc., il porte aussi son influence sur toutes les fonctions de l'économie. Nous ne ferons, ici, qu'indiquer sommairement les divers modes qui constituent ce régime.

Pour éviter les brusques transitions du régime alimentaire, toujours nuisibles à la santé, les personnes qui se soumettront à l'entrainement, pour diminuer ou augmenter le volume de leur corps, devront se préparer pendant quelques jours; c'est-à-dire la per-

sonne habituée à un régime végétal, devra diminuer de moitié les légumes qu'elle mange et les remplacer par de la viande ; la personne habituée à une nourriture animale se comportera d'une manière opposée. Après avoir satisfait à cette préparation préliminaire , on peut commencer sans aucune crainte.

Régime 'pour emmuscler. — On commence par purger et faire suer l'individu, afin de le débarasser de la graisse et de la sérosité surabondantes ; ensuite on ne lui donne pour aliments que des viandes rôties et succulentes, du pain grillé et un ou deux petits verres de madère par jour. On réduit, autant que possible, la quantité des boissons, et on ne lui permet que celles qui sont excitantes, comme le thé, une légère infusion de café, etc. Les ragoûts, le beurre, les aliments gras et féculents lui sont strictement interdits. De temps à autre, on lui administre quelques purgatifs dans le but de nettoyer la muqueuse gastrointestinale et d'exciter l'appétit. Le sujet est, en outre, soumis à une gymnastique journalière, dirigée selon les lois physiologiques.

c'est-à-dire comprenant des exercices gradués, peu fatigants d'abord, puis s'éievant d'une manière insensible, jusqu'à permettre les contractions musculaires les plus énergiques, les plus puissantes.

Régime pour dégraisser. • — Ce régime doit être excitant et peu substantiel. La nourriture, prise en petite quantité , se composera de viandes blanches, dépourvues de toute graisse et bien condimentèes ; de légumes cuits à l'eau, sans beurre ni autres substances grasses, mais salés et vinaigrés simplement ; de fruits, de boissons acidulées, diurétiques, de vins blancs, de café noir, etc. A cette alimentation il faut joindre les purgatifs salins et de légers sudorifîques, à des intervalles de deux ou trois jours. La gymnastique soutenue est ici indispensable : l'escrime, la danse, la natation, la course, les promenades prolongées jusqu'à la fatigue. Ce régime bien suivi, pendant 35 à 40 jours, opère la fonte du plus gros ventre, efface l'obésité. Le docteur Wadd rapporte l'observation d'une dame obèse^que Venirainement fit diminuer de 97 livres en un mois.

Régime pour engraisser. — Lorsque la maigreur ne dépend pas d'une affection organique, la méthode, pour engraisser, consiste à diriger, sur le tissu cellulaire, les sucs nutritifs provenant de certains aliments. Les expériences de plusieurs physiologistes et chimistes ont démontré que les matières grasses, contenues dans le chyle, allaient invariablement s'interposer dans les aréoles du tissu cellulaire pour y former la graisse; or, les viandes grasses, le beurre, l'huile, les farineux et féculents préparés avec force graisse, les ragoûts et autres aliments gras devront composer la nourriture exclusive des personnes qui désirent engraisser- Les boissons seront prises parmi les bières et cidres nouveaux, le lait non-écrêmé, Thydromel, etc., à l'exclusion de tout vin sec, de thé et de café. On joint à ce régime les bains chauds et le repos au sortir du bain; le sommeil, aussi long-temps prolongé qu'il sera possible; de temps à autre, de légers purgatifs, pous exciter le canal gastro-intestinal ; enfin , peu d'exercice et beaucoup de repos. Cette alimentation-opère, presque toujours, une com-

plète métamorphose; on a vu des personnes, étiques et anguleuses, devenir, en quelques mois, rondes comme une boule. On a prétendu que l'usage intérieur du iodure de potassium disposait à l'embonpoint.

D'après ce qu'on vient de lire, il reste, comme un fait rigoureusement établi, que chaque classe d'aliments possède son influence élective ; que l'homme peut, à son gré, diriger les sucs nutritifs sur tel ou tel organe et en priver tel ou tel autre, et qu'i^ peut enlîn opérer, parla nutrition, des changements complets dans les différents systèmes d'organes et les tissus de l'être vivant.

Page 1