CHAPITRE XIV
DE QUELQUES YICES INTERNES' QUI ALTERENT ET DÉGRADENT LA FORME HUMAINE.
Macliitisnâe. — Scrofules. — Cltlorose
ou pâles couleurs. — €î»ita»e, etc.
C'est ordinairement h la suite d'une altération des fluides ou des solides de l'économie humaine, que se développent les affections rachitiques, scrofuleuses, chlorotiques, syphilitiques, etc., affections qui attaquent et corrompent les sources de la vie. Quoique ces graves maladies, strictement du ressort de la
haute médecine, De diissent point trouver piace dans un ouvrage comme ceiui-ci, nous avoDS pensé qu'il était utile de îes signaler
pour instruire nos lecteurs, et leur faire comprendre combien elles détériorent ia constitution, dégradent les formes et abâtardissent l'espèce humaine ; combien il est urgent de les' combattre dès leur apparition; enfin, combien il est important pour les familles, le pays' et la race de régénérer de bonne heure, par le régime alimentaire, par les bains froids et la gymnastique tous les êtres chlorotiques, scrofuleux ou rachitiques ; car, si on les laisse grandir et se marier, sans détruire en eux, le germe de ces funestes maladies, ils îe transmettront infailliblement à leur progéniture.
Dans les premiers temps de la vie, c'est le mode d'alimentation qui décide de la bonne ou de la mauvaise conformation du squelette de l'enfant. Les observations du docteur Pravaz et les curieuses expériences du docteur Guérin ont démontré que les déformations osseuses étaient, ordinairement, le résultat d'une alimentation mal combinée avec les forces digestives de l'enfant, et qu'on pouvait
produire artificiellement le rachitisme, soit en privant de lait im jeune animal , soit en continnant rallaitement aii-deià de l'époque niarquéepar la nature, soit enfin, en lui donnant après le sevrage des aliments qui ne con- Yiennent ni à son âge ni à ses organes. Du reste, les médecins éclairés ont, depuis longtemps, fait ressortir les dangers de rallaitement mixte , dans lequel les nourrices suppléent, à l'insuffisance de leur lait, par des bouillies ou autres aliments analogues.
Ce mot qui, dans le principe, avait été donné aux déviations du rachis ou colonne vertébrale, s'applique, aujourd'hui, par extension, au ramollissement des os en général ; ce ramollissement dépend d'un vice dans leur formation primitive. Deux théories existent à ce sujet; l'une fait dépendre le rachitisme du défaut d'équilibre entre la sécrétion du phosphate calcaire et son absorption; l'autre de la fonction insuffisante des vaisseaux qui n'apportent pas la quantité voulue de phosphate de chaux, pour donner aux os le degré
de solidité convenable. En d'autres ternaes : ou ces vaisseaux assimiîateurs ne trouvent pas assez de phosphate de chaux dans le sang, ou ils exécutent mal leurs fonctions.
Dans ces deux cas, le traitement du rachitisme repose sur les mêmes : bases d'augmenter, par une alimentation spéciale, la formation du phosphate de chaux et en favoriser l'assimilation.
Ainsi, le rachitisme attaque le système osseux dans ses principes, il en désunit les molécules constituantes, les ramollit et sape la base sur laquelle repose l'édifice humain. La direction des lignes, la dimension des parties et des formes du corps se trouvent alors plus ou moins altérées. Cette affreuse maladie, dont les effets sont aussi funestes à la santé qu'àlabeauté, se développe ordinairementpendant l'enfance et se reconnaît, plus tard, aux symptômes suivants : — Dentition difhcile et de mauvaise venue, maigreur et faiblesse générale ; peau terne, face bouffie, tète grosse, ventre développé, intelligence précoce, etc. Bientôt les côtes s'applatissent, la poitrine se décharné, le sternum fait saillie, la colonne
vertébrale s'incurve, se dévie; les os des jambes, ramollis, ne peuvent plus supporter le poids du corps ; le racbitique marche de plus en plus avec difficulté et finit par ne plus pouvoir exécuter les mouvements de progression. Cette maladie, pour laquelle il y a nécessité absolue de consulter le médecin, peut être combattue, avec succès, par les aliments qui contiennent beaucoup de phosphate de chaux, par i'hygiène et la gymnastique médicale. Les ferrugineux, le quinquina, le phosphate d'ammoniaque, les bains froids, surtout les bains de mer rendus plus efficaces par l'exercice de la natation , ont obtenu d'excellents résultats. Mais ce n'est que par de constants efforts, dans l'emploi de ces moyens, et au bout d'un temps, plus ou moins long, qu'on arrive à ce résultat. Malheureusement, la longueur du traitement, les soins minutieux et sans cesse continués, qu'exigent les enfants rachitiques, fatiguent, presque toujours, leurs parents qui finissent par les négliger; c'est à cette négligence blâmable qu'on doit attribuer le grand nombre d'êtres contrefaits et infirmes, qui pullulent dans les
cités populeuses, et que l'iiygièiie, unie à la gymnastique médicale, aurait infailiibiement redressés et guéris.
Ce que nous venons de dire sur le traitement général du rachitisme , n'est qu'une simple exhortation aux parents qui ont, dans leur famille, des enfants affectés de ce vice, de consulter, de bonne heure, un médecin éclairé. Au chapitre Orthopédie, de cet ouvrage, on iira les remerciements votés, par l'académie de médecine, a M. Jules Guérin, pour les beaux résultats de son traitement des déviations et déformations du système osseux. On verra aussi, au chapitre Gymnastique médicale, l'exposé de la méthode curative du docteur Pravaz, ainsi que les succès obtenus dans les gymnases Clias et Pinette.
Scroffaaleg. — Ecspoiaelles.
Le nom de scrofules a été donné à ce vice général de l'organisation, causé et entretenu par une sécrétion trop considérable de la lymphe, d'où résulte l'hypertrophie ou développement morbide des vaisseaux et ganglions lymphatiques.
Le mot écroueîleSf désigne la tuméfaction indolente des glandes îympliatiqiies du cou ; cette tuméfaction se termine ordinairement par des abcès qui laissent, à la peau, des cicatrices désagréables, de hideuses coutures. Le vice scrofuleux, presque toujours héréditaire, a une influence directe sur la dégradation de l'espèce ; on ne saurait donc trop s'appliquer à le combattre, soit dans les père et mère, qui en sont affectés, soit dans leurs enfants qui en portent le germe.
La constitution scrofuieuse semble être la maladie dominante des temps modernes ; elle a fait d'immenses progrès depuis que les grandes villes se sont multipliées et que les habitations, construites par des "propriétaires loueurs, sont divisées en de nombreux locaux, petits, étroits, n'offrant pas îa quantité d'air, voulue par l'hygiène, pour la consommation pulmonaire. Cet état des locaux doit, nécessairement, porter atteinte à la santé individuelle et influer directement sur la population des cités, qui est, en effet, moins vigoureuse que celles des campagnes. L'autorité devrait défendre ce genre de spéculation.
Les signes les plus saiUaDts de la prédisposition aux scrofules, sont une peau lisse et blanche , les joues d'un rose assez vif, tranchant avecla pâleur des lèvres ; la face pleine, îes yeux bleus, les cheveux blonds ou châtains-clair, le ventre proéminent, les chairs molles , une grande nonchalance dans les mouvements, enfin, le tempérament archilymphatique.
Diverses opinions ont été émises sur la cause des scrofules; la plus généralement admise est celle qui les attribue à une sécrétion exubérante de la lymphe et à l'engorgement des vaisseaux et ganglions lymphatiques. Voici ce que dit, à ce sujet, le professeur Richerand : « L'action des caiises débilitantes, portée sur le système lymphatique, affecte surtout les glandes ; les vaisseaux qui entrent dans leur structure, languissent ou cessent tout-à-fait d'agir; les sucs qui arrivent continuellement s'accumulent; la partie la plus fluide traverse seule l'organe glanduleux; les particules les plus grossières y restent ; la lymphe, ainsi arrêtée et épaissie, forme des engorgements de toute espèce. »
Quoique le vice scrofaleux n'ait besoin que ûe la disposition constitutionnelle ou héréditaire pour se manifester, il est cependant des circonstances topographiques et alimentaires qui augmentent cette disposition et provoquent le développement des scrofules, que des circonstances opposées et surtout l'âge de puberté auraient empêché. Les localités froides et humides, l'usage des végétaux farineux, des boissons tièdes peu ou point stimulantes, les mets indigestes, etc., sont autant de causes qui peuvent favoriser les engorgements des glandes lymphatiques. ' .
Le traitement préservatif de l'affection scrofuleuse, ou du moins le régime qui modifie puissamment l'organisation, se trouve dans l'éloignement des causes que nous venons d'indiquer; dans le choix d'aliments d'une digestion facile, et chargés de principes stimulants, dans l'emploi de remèdes propres à relever l'action des organes et à diminuer la sécrétion lymphatique. Les préparations ferrugineuses et de quinquina, sous toutes les formes, conviennent parfaitement dans ce e^ié, pour fortifier l'organisation et enrichir le
sang ; les bains froids, les frictions, le massage et surtout les exercices gymnastiques appropriés à l'âge et à la force de la personne, sont des moyens hygiéniques souvent couronnés d'un plein succès.
Nous transcrirons ici la formule d'une potion regardée comme très-efficace dans la maladie qui nous occupe.
lodure de potassium. ... 4 grammes.
Iode 15 —
Eau de fontaine 320 —
Une cueillerée à soupe, matin et soir, pendant des mois entiers.
Mais de nombreux cas de guérison nous portent à croire que la préparation à'iodure de fer du docteur Toubîn, est bien supérieure à la précédente. Cette préparation, qui a la propriété de modifier l'organisation en peu de temps et de détruire la diathèse scrofuleuse, se trouve à la pharmacie Savoye, boulevard Montmartre, 4, à Paris.
Lorsque la tuméfaction écrouelleuse n'a point cédé aux résolutifs ou aux fondants et qu'elle est arrivée au point de faire pressentir unesuppuration prochaine, ilfaut, pour rendre
la guérison moins longue et la cicatrice moins désagréable, percer la tumeur avant que la peau, qui la recouvre, soit trop amincie, alors il arrive que la glande se vide par une petite ouverture, faite avec la lancette, et la cicatrice ne s'aperçoil presque pas ; au contraire lorsque la suppuration est abandonnée à elle-même, il en résulte, après la guérison, d'affreuses cicatrices qui sont un objet de dégoût.
Oe la Ciilorose, ou pâles couleurs.
Cette triste affection, que tous les médecins considèrent comme ayant sa cause dans l'appauvrissement du sang ou la diminution de ses globules, donne au visage du sujet, qui en est atteint, une couleur de cire blanche, jaunie par le temps, et d'autrefois une teinte plus ou moins verdâtre. Les chairs sont flasques, il y a perte de force et grande nonchalance dans les mouvements; chez beaucoup de femmes, et surtout de jeunes filles, des troubles utérins sont annoncés par des écoulements leucorrhéîques, dont l'abondance les jette dans un état de faiblesse et de langueur,
dout il est urgent de les retirer; aussi les médecins recommandent-ils, d'un commun accord, l'usage des ferrugineux, un régime tonique et fortifiant.
Le sujet chlorotique sera d'abord distrait de ses occupations sédentaires, pour être lancé dans une vie plus active. Son régime alimentaire, très-substantiel, se composera de viandes rôties, de consommés, de vins de Bordeaux, de Bourgogne, etc. ; viendront ensuite les bains froids, pour activer les forces digestives et nutritives ; les voyages, les parties de campagne, les exercices physiques, la gymnastique, etc., mais l'agent principal du traitement est le fer qui modifie l'appauvrissement du sang en régénérant ses globules.
Voici, d'après les plus récentes analyses chimiques, la composition du sang humain, dans l'état de santé :
Fibrine. ...... 3
Bêmalosine 2
Albumine liquide. ... 68 Globules du sang, formés par riiématosine et l'albumine solides. ...,...' 125
Sels solubles 12
Eau. ....... 790
Les avis des médecins sont partagés sur le mode d'appauvrissement du sang dans la chlorose ; les uns pensent qu'il est dû à la diminution du nombre des globules ; les autres prétendent que le nombre reste le même, seulement que chaque globule a diminué de grosseur; dans tous les cas, ils s'accordent sur le traitement que nous venons d'indiquer..
La meilleure manière d'administrer le fer est à l'état de sous-carbonate mêlé à du sirop, du vin, des confitures, du chocolat, etc., ou encore sous forme de pilules et de pastilles.
La préparation ferrugineuse suivante est, djt-on, réputée comme une des meilleures.
Pâlsiles rëgënéraiit les i^lobiiles.
Sulfate de fer. ■-. . . . . 15 grammes. Sous-carbonate de potasse. .15 —
Réduisez en poudre ces deux substances, séparément, puis opérez exactement le mélange avec addition de miel et de sucre, pour empêcher que le fer, à l'état de proto-car-
boDate, qui est très solubîe, et, par conséquent très absorbable, ne passe point à l'état de peroxyde qui est très peu absorbable. Broyez de nouveau et faites une masse que vous diviserez en 48 bols ou pilules.
On administre une pilule matin et soir, et l'on augmente graduellement, chaque jour, jusqu'à dose de trois pilules le matin et trois le soir.
Nous ajouterons que cette préparation n'est point la seule dont on puisse faire usage et qu'on peut la remplacer avantageusement par le lactate de fer, ou le citrate de fer, d'un goût plus agréable. Nous citerons encore la préparation de iodure de fer du docteur Toubin, qui, dans les affections clilorotiques et leucorrhéïques, obtient, en peu de temps, des résultats prodigieux.
Sous l'influence du traitement ferrugineux et d'une alimentation substantielle, le sang du cîilorotique s'enrichit, son visage se colore, ses yeux perdent leur expression de langueur, ses forces renaissent ; les phénomènes nerveux s'évanouissent ; la respiration redevient libre, l'appétit se fait plus vivement sentir^
les fonclioDS digestives et assimilatrices ont retrouvé leur énergie ; enfin, la tristesse se dissipe, et bientôt l'activité, la gaîté annoncent un complet retour à la santé.
Nous dirons, en ternainant, que, lorsque la chlorose est déterminée, chez une jeune fille nubile, par des passions tristes, par les chagrins d'un amour contrarié, et par le brûlant désir du mariage, les parents n'ont pas à balancer, s'ils veulent sauver leur enfant ; le seul remède est de la marier immédiatement.
nia Croître.
A la partie antérieure du cou, sur Tun des cartilages du larynx, nommé iyroïde, existe une espèce de glande, portant également le nom de tyroïde. L'hypertrophie, ou excès d'accroissement de cette glande, constitue la hideuse infirmité, appelée vulgairement Odître.
Les causes auxquelles on attribue le goitre sont ; l'habitation dans les gorges, les ravines, les crevasses des montagnes, où l'air stagne et se reoouvehe difficilement; l'usage des eaux très-froides pour boisson, mais surtout l'hé-
rédifé. Les femmes y sont plus sujettes que les liommes , probablement parceque l'organe glanduleux, siège de cette difformité, est plus impressionnable.
Les personnes, prédisposées au goitre, doivent se soustraire aux causes qui le développent, en abandonnant la localité ; cette condition est de toute nécessité. Lorsque le goitre commence à naître, ce qui est facile à reconnaître au volume de la partie antérieure du cou , il faut se hâter d'y porter remède, car, pris à son début, le goitre cède facilement ; les goitres anciens et volumineux, au contraire, sont incurables.
Le traitement le plus efficace est celui qui se fait avec l'iode, ou les pastilles de iodure de potassium, à l'intérieur ; à l'extérieur, les frictions, sur la tumeur même, avec la pommade d'hydriodate de potasse. L'iode est regardé comme le spécifique de cette affection» Mais l'iode, combiné au fer, obtient des résultats beaucoup plus sûres ; aussi avons-nous vu l'iodure de fer, administré selon la méthode du docteur Touhin, fondre complètement des goitres qui avaient résisté aux
autres traitements. Du reste, les observations du docteur Pascal démontrent que les eaux ferrugineuses préviennent et guérissent cette maladie; voici comment ce médecin lit, il y a quelques années, cette découverte : Deux villages, situés dans les mêmes conditions topographiques et atmosphériques, où il se rendait fréquemment, offraient, le premier une population goitreuse, et le second, une population tout-à-fait exempte de cette infirmité; cherchant la cause de cette différence, il découvrit que dans le village, exempt de goitres, il existait une fontaine d'eau ferrugineuse, servant à la consommation des habitants. De là, M. Pascal conclut que l'usage d'une eau ferrugineuse s'oppose au développement du goitre, et le guérit lorsqu'il est récent ; ses expériences, à cet égard, lui ont confirmé toute l'efficacité du traitement par les ferrugineux.