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PE L'ORTHOPÉDIE OU ORTHÛSOMATIE

Art de redresser le@ difformités du corps lAumain (1).

Dans un ouvrage sommaire comme celui-ci, ouvrage écrit pour les gens du monde, nous ne devrions point traiter des questions spéciales et du ressort de la science ; si nous les

(1) Orthopédie, mot dérivé du grec Orthos droit, et Paidis enfant ; c'est-à-dire art de redresser les enfants contrefaits. Mais comme cet art ne s'adresse pas qu'aux enfants seulement et que son application s'étend à tous les âges, il serait plus correct de le nommer Orthosomatïe de sorria corps humain ; c'est-àdire, art de redresser les difformités du corps.

abordons, c'est dans l'espoir que nos lecteurs pourront y trouver des notions utiles et des enseignements profitables; ce chapitre, d'ailleurs, ne renferme que des généralités à la portée de toutes les intelligences.

Les vices nombreux de forme, de direction et de position qui dégradent la charpente humaine, dans les cités populeuses et industrielles, ont donné naissance à l'art orthopédique ou orthosomatique, dont le but est de ramener à la direction normale les organes qui s'en sont écartés. Les immenses progrès que des hommes de génie ont imprimés à cet art , font espérer que le nombre si grand des avortons et des êtres contrefaits diminuera dans des proportions considérables ; car, aujourd'hui, l'orthopédie ne se borne pas à corriger les formes \icieuses, à redresser les déviations du squelette, elle enseigne aussi les moyens de donner aux organes le degré de vitalité nécessaire à leur développement, et peut métamorphoser un sujet débile en un sujet vigoureux et bien portant. Mais pour obtenir ces beaux résultats , l'orthopédiste doit être non-seulement versé dans les sciences

physiques et médicales, mais il doit connaître encore les arts mécaniques et gymnastiques ; or, un homme, qui possède ces vastes connaissances, mérite et ne trompe jamais la confiance de ceux qui s'adressent à lui.

Tête. — - La boîte osseuse, qui contient le cerveau, peut se prêter, dans l'enfance, aux diverses formes que l'art veut lui donner; les manipulations que certains peuples sau-^ vages pratiquent sur le crâne de leurs enfants, pour obtenir telle ou telle forme, en est une preuve ; mais l'orthopédiste agit rarement sur elle, par la crainte qu'il a des graves accidents qui résulteraient d'une lésion de l'organe encéphalique. Cependant, quelques praticiens ont réussi, au moyen de bandages et de plaques métalliques, exerçant une compression douce, à arrêter le développement de certaines difformités qui s'étaient manifestées sur plusieurs régions du crâne.

Relativement aux imperfections et infirmités du cuir chevelu et des cheveux, on trouvera tous les détails désirables dans V Hygiène complète des Cheveux ^ 2™« édition. Voyez également notre Hygiène du Visage ^

pour ce qui concerne la calliplastie et la cal- Udermie, c'est-à-dire les moyens de régula- , riser les traits vicieux, de conserver ou de rendre à la peau son éclat et sa fraîcheur.

€©ia. — Les déviations du cou se redressent plus facilement que celles du tronc, parteque l'action des muscles cervicaux , qui détermine l'inclinaison de la tête, est plus facile à combattre. Les déviations à droite, à gauche et en arrière, sont réprimées par l'usage de cols ou d'autres appareils orthopédiques ; la déviation en arrière cède promptement à divers exercices gymnastiques, surtout à l'escrime et à la natation. Lorsque la contorsion ou raideur du cou, nommée torticolis, est causée par la contraction permanente du muscle sterno-mastoïdien, et qu'elle a résisté à tous les moyens gymnastiques et thérapeutiques, alors seulement il faut avoir recours à une opération chirurgicale, qui consiste à pratiquer la section des fibres du muscle dont nous venons de parler.

Épaules- — La difformité des épaules rondes provient souvent de l'habitude de porter le cou et les bras en avant. On peut la

guérir ou la modifier considérablement, en ayant soin de porter la tête droite et les coudes en arrière, en avançant la poitrine. On devra aussi se coucher sur le dos et sur un lit plat.

Les déviations et autres difformités de l'épaule se lient, généralement, à celles de la colonne vertébrale et nécessitent un traitement orthopédique complet.

On voit, néanmoins, beaucoup de jeunes personnes qui, sans offrir aucune déviation, ont une épaule plus basse que l'autre. Ce défaut dépend, presque toujours, de la mauvaise habitude qu'elles ont contractée de prendre une attitude vicieuse pendant leur travail. Dans ce cas, on régularise facilement le niveau des épaules, en faisant marcher, plusieurs fois par jour, ces jeunes personnes, avec un long bâton à la main, de manière à ce que l'épaule basse s'élève et s'abaisse alternativement pendant la marche. Cet exercice, continué quinze à vingt jours, donne de la vigueur aux muscles de l'épaule et du bras, et suffit, ordinairement, pour ramener l'épaule basse à son niveau naturel.

Courbures de la colonne vertébrale. — La colonne vertébrale est sujette à plusieurs déviations ou incurvations, soit en avant ou en arrière, soit sur les côtés. Les causes les plus ordinaires sont la répartition inégale des exercices, entre les forces musculaires antagonistes, et surtout la grave affection nommée rachitisme.

Les incurvations de l'épine dorsale résultant de l'action incessante de certains muscles, tandisque leurs antagonistes sont condamnés au repos, se rencontrent assez fréquemment dans certaines classes de la société. Les paysans que leurs travaux forcent à se courber vers la terre, en offrent de nombreux exemples. Les enfants qu'on oblige, dans les pensionnats, à étudier ou à écrire sur des tables trop basses, finiraient par devenir voûtés, si les parents n'y prenaient garde, et nous les engageons à porter leur attention sur ce point.

Les difformités du torse et de la taille sont plus communes chez les filles que chez les garçons; d'abord, à cause de leur vie sédentaire, de leurs travaux d'aiguilles, de broderies, etc.,

pendant lesquels elles restent, une partie de la journée, assises, courbées ou penchées; ensuite à cause de ce funeste vêtement baleiné, le corset, qui flétrit tant de jeunes appas et fait tant de victimes! (Voyez, dans notre Hygiène de la Poitrine et de la Taille , l'arlicle Corset, contenant tout ce qui peut être dit sur ce vêtement.)

Le traitement des déviations, par défaut d'antagonisme musculaire, existe dans l'action, souvent répétée, des muscles opposés à la déviation, dans les exercices gymnastiques habilement dirigés; le renoncement complet aux travaux qui contrarieraient le redressement, et une surveillance de tous les instants, afin que le jeune sujet ne retombe point dans son attitude vicieuse.

Les incurvations, par cause de rachitisme, ne peuvent se guérir que par une modification apportée dans la nutrition des os ; par la régénération de l'individu, au moyen d'un régime alimentaire approprié; par la gymnastique et l'usage de certains appareils orthopédiques.

Brag. — Les bras n'ayant pas à supporter

incessamment de poids considérable, sont moins sujets, que les jambes, à se déformer.

— Les bras trop longs ou trop courts n'ont point de remède. Cependant, on est parvenu, au moyeu de manipulations orthopédiques et d'exercices gymnastiques, à allonger des bras trop courts. Les frictions, souvent répétées, sur les bras maigres, surtout de fréquents exercices musculaires, parviennent souvent à activer la nutrition et à les faire grossir.

— On a réussi à diminuer des bras trop gros, en les entourant de bandes trempées dans une solution de dextrine acidulée, et en les condamnant au repos. Si la grosseur des bras dépend d'une obésité générale, c'est cette dernière maladie qu'il faut traiter. — Les rétractions musculaires, flexion et extension permanentes des bras et avant-bras, ne peuvent se guérir ou se modifier que par des procédés orthopédiques appropriés. L'orthopédiste, seul, est apte à diriger le traitement, selon la gravité et l'ancienneté de l'affection.

I?IaiBis et doigts. — L'art ne peut rien contre les mains trop fortes ou trop larges. Les mains trop maigres se modifient par le

régime alimentaire, lorsque le corps prend de l'embonpoint. — Les mains trop grasses ûiminuent avec l'embonpoint du corps. -— Les doigts crochus sont plus ou moins redressés , par des appareils mécaniques et des manipulations orthopédiques, fréquemment exercées. Quant aux déviations, extensions ou flexions permanentes des doigts, leur guérison exige toujours des moyens orthopédiques ou chirurgicaux.

^aiBilîes. — Les jambes sont sujettes à plusieurs difformités, dont les principales sont les rétractions musculaires et les déviations osseuses en dedans ou en dehors. Les muscles des jambes déviées sont faibles, et la maigreur du membre contribue à faire paraître la déviation plus considérable.

Les causes de ces difformités sont de diverses natures et, dès le principe, exigent toujours un double traitement médical et orthopédique. — Nous dirons, toutefois, que certains exercices gymnastiques et les manipulations orthopédiques , exercées sur les membres contrefaits sont, dans bien des cas, préférables aux pièces mécaniques, dont la

résistance ne saurait être continuellement en rapport avec celle du sujet. A l'aide des manipulations et de moyens extenseurs on allonge les parîies rétractées, au degré que l'on veut, et l'on revivifie, en même temps, les surfaces articulaires, qu'un long repos avait déformées.

KYLLOPODIE.

Pied"?sot« — Pied tordu.

Cette difformité affecte quatre formes principales, dénommées par les gens de l'art :

1° Varus^ ou torsion du pied en-dedans.

2^ Valgus, ou torsion du pied en-dehors.

3° Talus, ou torsion du pied en avant.

4^ Equinus (pied équin) ou torsion du pied en arrière le talon, étant porté en haut.

Ces difformités graves nécessitent toujours, soit un traitement orthopédique, soit une opération chirurgicale, et l'on ne saurait trop répéter aux parents que moins l'enfant est âgé, plus il y a de chances d'un redressement facile et complet. Si, dans nos grandes villes, nous voyons un si grand nombre d'êtres à

pieds contrefaits, il faut l'attribuer à la coupable négligence des parents; car si, dès le bas âge, époque à laquelle les os sont souples et malléables, ils eussent conduit leurs enfants dans un établissement orthopédique , ces infortunés qui, aujourd'hui, hommes faits, vont traînant, dans les rues, leurs hideuses iniîrmités, marcheraient droits et librement. Nous dirons, à ce sujet, qu'il serait à désirer que l'autorité municipale obligeât les parents pauvres, ayant des enfants contrefaits, à les faire entrer dans des établissement spéciaux, d'où ils ne pourraient sortir qu'après complète guérison : L'Etat et l'humanité y gagneraient. I

Traitesuent tles pieds -iiot.

Nous ne saurions mieux faire, pour convaincre le lecteur de la facilité, avec laquelle on peut opérer le redressement des pieds contrefaits, que de transcrire un passage du manuel pratique d'orthopédie du docteur Mellet, orthopédiste distingué, directeur d'un grand établissement.

» C'est une vérité que nous avons souvent

constatée, et dont tous ceux qui s'occupent d'orthopédie, ODt pu se convaincre, que la déviation ou torsion des pieds consiste dans la conversion des os du tarse sur leur petit axe, qu'il n'y a ni luxation, proprement dite, ni ankylose ; que les muscles et ligaments destinés à maintenir ou faire mouvoir l'articulation tibio-tarsienne sont, les uns tendus et raccourcis, les autres allongés, relâchés et, par conséquent, incapables de maintenir le pied dans sa position normale. Ces vérités, une fois reconnues, il devient facile d'en déduire les indications curatives suivantes :

1^ Ramener graduellement, d'une manière lente et continue, le pied dans le sens contraire de la difformité et donner à l'avantpied la forme qu'il doit avoir dans un pied bien conformé.

2« Rétablir l'équilibre dans l'action des muscles destinés à faire mouvoir le pied par une force artificielle ; suppléer à l'action des muscles allongés ou relâchés, et vaincre la résistance des muscles opposés, de manière à détruire tout obstacle aux mouvements de flexion et d'extension.

3^ Maintenir par un brodequin orthopédique les parties qj'on a replacées, jusqu'à ce que l'équilibre musculaire soit bien rétabli, sans possibilité ultérieure de rétraction musculaire, capable de produire une nouvelle déformation. »

Les moyens orthopédiques, pour être couronnés de succès, doivent être dirigés avec modération, agir lentement et graduellement, de manière à ne jamais produire ni douleurs, ni meurtrissures. Les appareils mécaniques doivent être enlevés, chaque jour, pendant le temps nécessaire aux manipulations que l'orthopédiste exercera sur l'articulation. Il faut renouveler ces manipulations le plus souvent possible, car elles sont une des conditions essentielles du succès. Les personnes qui ont quelques notions d'anatomie savent parfaitement que les muscles, tendons et ligaments peuvent éprouver une éîongation considérable sans douleur ni incommodité, pourvu que la force, destinée à produire cette éîongation , agisse d'une manière lente et continue. Les fractions violentes, les tiraillements subits, loin de déterminer l'élongation, produisent

l'effet contraire, c'est-à-dire la rétraction et le raidissement des parties qu'on voulait allonger.

Quelques chirurgiens distingués ont conseillé et pratiqué la ténolomie, ou section des tendons, pour obtenir un résultat plus prompt. Cette méthode, selon nous, n'est applicable qu'à un très-petit nombre de cas. En effet, un organe enlevé ou détruit ne se régénère pas dans l'économie humaine ; il est donc mille fois préférable de redresser l'organe, de le raccourcir ou de l'allonger, par les moyens orthopédiques, gymnastiques et manipulatoires, que de le couper ou de Tenlever. Les tissus vivants, ainsi que nous l'avons dit, sont doués d'une grande malléabilité et extensibilité; avec du temps et de la patience, les moyens orthopédiques, habilement choisis et dirigés, arrivent positivement à des succès qui surpassent l'espérance.

Ici se termine notre esquisse rapide, des moyens et résultats orthopédiques, destinée aux gens du monde ; puissions-nous avoir convaincu nos lecteurs de la pressante nécessité qu'il y a de redresser, de bonne heure.

les difformités congéniales et de combattre, dès leur début, celies qui se développent après la naissance. Nous ne saurions trop conseiller aux parents qui ont eu le malheur de donner le jour à des enfants noués ou contrefaits, de s'adresser, sans retard, aux médecins, directeurs d'établissements orthopédiques et gyninastiques, habiles dnns la pratique de leur art. Quel bonheur ! quelle joie n'éprouveront-ils pas, le jour où leurs enfants leur seront rendus parfaitement redressés, agiles, gais et bien portants î

L'un de nos plus habiles médecins orthopédistes, celui qui s'est adonné depuis longtemps et se livre, chaque jour, avec un zèle infatigable, à cette tranche importante de l'art, M. Jules Guérin a obtenu d'immenses résultats dans le traitement des difformités humaines, des vices d'organisation et de constitution. Pour engager les parents d'enfants contrefaits ou infirmes à avoir recours au talent de ce praticien distingué , et pour leur donner la certitude des bienfaits qu'ils en retireront, nous ne saurions mienx faire que de transcrire, ici, les conclusions du rapport de

la commission nommée par le gouvernement, dans le but de Féclairer sur les succès des traitements orthopédiques de M. J. Guérin :

» li^ Les résultats obtenus par M. J. Guérin, sous les yeux de la commission, pendant les années 1843, 1844 et 1845. dans le traitement du strabisme, des déviations de l'épine dorsale, des luxations, des déviations des genoux, des pieds-bot, des difformités des articulations , des difformités rachitiques , etc., etc., sont de nature à établir que la pratique de M. Guérin est à la fois remarquable par les considérations élevées et judicieuses sur lesquelles elle se fonde et par Tbabileté avec laquelle les procédés opératoires sont exécutés.

» 2» Les méthodes, procédés et appareils imaginés par M. J. Guérin, pour le traitement des difformités et accidents qui les compliquent, et les règles qu'il a posées, pour leur application, constituent un ensemble de moyens et de préceptes, à Taide desquels il a produit des résultats complètement nouveaux; comme l'ensemble de ses recherches et de ses idées, sur cet ordre de faits, avaient,

dès loug-temps, constitué une branche de la médecine presque entièrement nouvelle.

» 30 En raison des progrès qu'il a imprimés a la science des difformités et à l'art de les traiter, en raison des sacrifices qu'il a faits, en raison de la persévérance avec laquelle il a poursuivi de longues et de pénibles recherches, la commission est heureuse de déclarer que M. J. Guérin a bien mérité de là science et de l'humanité ; elle émet, en conséquence, le vœu que le service chirurgical qui lui a «té confié, par la précédente administration, loi soit conservé tout à la fois comme un établissement utile aux pauvres malades, et comme une juste récompense de ses travaux. »

Signé : MM. Blandin, Dubois, Jobert, Louis Rayer, Serres et Orfila (président).

x4vant de clore ce chapitre, nous dirons un mot sur Vanaplastie, branche importante de l'art chirurgical, qui embrasse les opérations propres à corriger les traits vicieux du visage et à régénérer les organes endommagés ou détruits. L'anaplastie ou ente-mumale , se divise en deux branches :

lo L'autoplastie, lorsque la régénération d'un organe s'opère à l'aide d'un emprunt tégumentaire, c'est-à-dire d'un lambeau de peau fait à l'individu même.

2^ L'iiétéroplastie, lorsque Temprunt tégumentaire est fait à autrui. Ce dernier procédé compte fort peu de succès, tandis que le premier, convenablement exécuté , réussit presque toujours.

Le mot anaplasfie n'étant qu'un terme générique, on se sert de termes spéciaux, tirés du nom même de l'organe qu'on veut refaire ; ainsi

Rhinoplastie, indique l'opération par laquelle on refait un nez détruit en totalité ou en partie.

Blépharoplastie y indique la régénération des paupières.

Chéïloplastie, indique la régénération des lèvres.

Génoplastie^ indique la régénération des joues.

Otoplastief indique la régénération des oreilles.

\Janaplastie est entièrement du domaine

de la chirurgie; non-seulement elle obvie à des difformités hideuses, repoussantes, mais elle rend encore, au sujet, l'usage des organes et des sens dont il était privé. C'est, on peut le dire, une des plus belles conquêtes de l'art chirurgical.

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