DE LA GYMNASTIQUE
La gymE asti que, autrement dit la somascètique ou exercices du corps, constitue une partie importante de l'hygiène. Elle enseigne à régler les divers mouvements, les diverses poses et attitudes, soit pour développer le volume, la solidité des membres et augmenter la somme des forces physiques, soit pour régénérer les constitutions débiles ou affaiblies, et donner, à l'être malingre, une santé vigoureuse.
Les savantes études du naturaliste Lamark ont fourni des preuves irrécusables que la
gymnastique, long-temps continuée, apportait de notables changements dans l'économie vivante; que l'habitude de tel ou tel exercice^ de tel mouvement ou contraction d'un membre, de telle position du corps, modifiait nonseulement la direction mais encore la structure des organes et opérait de véritables métamorphoses.
La gymnastique se divise en deux branches : la gymnastique générale, qui répartit également les exercices aux membres et au corps, est utile à VorikomorpJiie, c'est-à-dire au développement des formes régulières; — la gymnastique spéciale, qui localise les exercices à tel ou tel membre, est avantageusement employée , dans les établissements orthopédiques, contre les vices d'attitudes naturels ou acquis, et contre les déviations de la charpente humaine.
En grand honneur, dans les temps héroïques, la gymnastique forma des hommes extraordinaires, dont les noms ne s^oublieront jamais : Hercule, Thésée, Polluxlui durent leur demi-divinité. Philippe, Milon de Crotone, Euthyme, Théagène, Timanthe,.
Polydamas et une foule d'autres athlètes , d'une force prodigieuse, remplirent le vieux monde de leurs exploits. Les villes d'Olympie, de Delphes, de Némée, de Gorinthe, etc., étaient les théâtres où s'exerçaient ces héros du cirque et où l'enthousiasme leur décernait d'éclatants honneurs.
L'histoire nous a conservé les noms de trois gymnastes f ou athlètes qui obtinrent les honneurs divins :
Philippe, de Crotone, trois fois vainqueur aux jeux Olympiques, et le plus bel homme de son temps.
Euthyme, de Locres, qui excellait au pugilat, et l'emportait, en agilité, sur tous ses adversaires.
Théagène, de Thasos, également fort au pancrace, au pugilat et à la course; toujours vainqueur aux jeux Olympiques, Néméens, Isthmiques et Pythiens, cet athlète, au rapport de Pausanias, remporta quatorze cents couronnes.
La gymnastique, alors, formait une partie obligée de l'éducation publique des deux sexes. Les hommes agiles, robustes, vigou-
reiix étaient honorés de leurs concitoyens, îes êtres cbétifs, au contraire, étaient méprisés, et dans certaines contrées, même, on sacrifiait les enfants qui naissaient débiles ou contrefaits. Agésilas, roi de Sparte, né boiteux, ne dut la yie qu'à la pitié de sa mère.
Le nombre des gymnases, chez les Grecs et les Romains, était, au moins, aussi grand que celui de nos collèges. 11 n'existait pas de ville et de bourg qui n'eût son gymnase. La Tille d'Alhènes en possédait trois : le Lycée, le Gynosarque et l'Académie. — A Sparte, le Plataiiiste et toutes les places étaient des gymnases, où s'exerçait une jeunesse robuste et bien portante.
On comptait trois espèces de gymnastiques : la militaire, l'athlétique et la médicale. Les soldats s'exerçaient à la première ; la seconde formait les athlètes ; la troisième s'appliquait, avec succès, contre certaines maladies et tous îes vices d'organisation.
Ghez ces peuples, les exercices gymnastiques étaient regardés comme le complément obligé de toute éducation juvénile. On envoyait les enfants au gymnase comme on les
envoie, aujourd'hui,, à Técole, et il résultait^ de cette pratique ratioanelle, que les indi^ vidus nés frêles, délicats ou chétifs, y acquéraient une santé robuste et une force remarquable. On cite une foule de grands hommes qui durent, à ces exercices, leur constitution vigoureuse et leur énergie morale. Pythagore, Socrate, Platon, Epaminondas, Thémistocle, Agésilas, César, Caton, Adrien, Marc-Aurel, etc., etc., témoignent de cette vérité. Outre la force matérielle, l'adresse et la santé, la ^ymnaslique développait encore la beauté des formes, donnait, à la marche et aux diverses altitudes, la grâce et l'élégance. Parmi les personnes qui en retirèrent ces derniers avantages, on peut citer Alcibiade et Antinous pour les hommes ; Aspasie et Laïs pour les femmes. S'il n'était la longueur, que ne comporte point cet ouvrage, nous transcririons, ici, le passage relatif à l'éducation gymnastique du fils d'Apollodore, qu'on pourra lire dans le 3*^ volume des Voyages d'Anacharsis ; on y verra quels soins prenaient les Grecs, pour faire marcher de pair le développement du moral et celui du physique.
Si, remontant à l'origine de la gymnastique, nous la suivons jusqu'à nos jours, nous voyons qu'elle commença avec les temps héroïques; qu'elle s'étendit sur tous les peuples de l'ancienne Grèce et sur les nations voisines; de là, elle passa en Italie. Le cirque du champ de Mars, à Rome, fut un vaste gymnase où, non-seulement la jeunesse s'exerçait à toutes sortes de jeux, mais où les gladiateurs se livraient de sanglants combats, pour amuser le peuple romain. Aux jeux meuririers du cirque, prohibés par Constantin, | succédèrent des jeux gymniques, le saut, la course, etc. Le moyen-âge eut ses carousels ' et ses tournois, ses exercices d'équitation et d'escrime. La noblesse de cette époque se livrait, dès l'enfance, à une gymnastique guerrière, qui lui donnait la vigueur et l'adresse; car, de ces deux conditions dépendaient, le plus souvent, la victoire dans les jeux de Bellone, et la renommée dont Thomme est si jaloux.
La découverte de la poudre à canon, en changeant le mode d'attaque et de défense, amena Toubli des exercices gymnastiques ; et
de cet oubli est résultée une décroissauce de force et d'adresse chez les peuples modernes. Pendant des siècles, on n'entendit plus parler de gymnastique ; ce ne fut qu'en 1776 que J.-E. Simon, de Strasbourg, tenta de faire revivre cet art salutaire. A dater de ce jour, plusieurs gymnasiarques , Saltzman, Gultmuths, Jahn, Werner exposèrent, successivement, et d'une manière plus ou moins satisfaisante, les moyens et les résultats de l'art gymnastique. En 1816, parut l'ouvrage didactique de M. Clias, professeur à l'académie de Berne, et dont l'institut rendit un compte favorable. Peu de temps après, M. Amoros établit, à Paris, un gymnase qui se distingua des autres, par l'adjonction du rythme et de la musique aux divers exercices.
Aujourd'hui , notre capitale compte un assez grand nombre de gymnases publics et particuliers, parfaitement dirigés. Les collèges et pensionnats de jeunes demoiselles, bien tenus, possèdent leurs gymnases, où les jeunes «lèves trouvent des amusements favorables au développement du corps et à la santé.
La gymnastique, considérée comme art»
iîomprend :
!«> Les. exercices -Ai-ilk ou iïîuscMtaires>
2^ Les exercices passifs ou gestations.
3» Le repos.
Les exercices actifs embrassent tous les jeux qui mettent en action le système musculaire, îa marche, la course, le saut, la danse, la lotte, i'escrime, la natation, etc., etc. Ces exercices développent les muscles, en grosseur, fortifient les membres et donnent une habileté singulière à exécuter toutes sortes de mouvements. On est^étonné de voir des jeunes gens faibles, d'une constitution délicate, revenir, du gymnase, robustes et vigoureux, après quelques mois d'exercices ; les individus lourds, pesants pu indolents y acquièrent une légèreté, une souplesse incroyables. Enfin, l'on peut dire que la gymnastique musculaire procure l'agilité, la hardiesse et qu'elle discipline la force.
Les exercices passifs ou gestatians, comprennent tous les exercices que l'on prend en se faisant porter. Les muscles se trouvent en repos, mais le mouvement, imprimé par une cause étrangère, se propage dans tout le 4^orps, pénètre les organes et modifie sensible-
!iîeiii leurs foDciions : — îa chaise à porteur, la litière, les voitures suspendues et non-suspendues, l'escarpolette, la navigation, l'équitation, etc. Les trémoussements et secousses, occasionnés par les gestations , favorisent toutes les fonctions, en général, et particulièrement celles de la digestion et de la nutrition. — Le 7'epos exerce, sur nos organes, une influence débilitante, qui tend à affaiblir leur vitalité.
Le corps se trouve donc, incessamment, sous l'empire de ces trois états : ou il se meut par lui-même, ou il reçoit le mouvement d'une cause étrangère, ou il reste en repos.
Aux heures du repos, la nature répare les pertes faites pendant l'action ; mais si ce repos est de trop longue durée, la débilité survient et trouble les fonctions essentielles de la vie. Or, c'est pour repousser cette cause débilitante que la nature a établi, pour chaque âge, une gymnastique instinctive, — Dans la première enfance, les ballotements que la nourrice imprime a son nourrisson, agissent, visiblement, sur sa tendre organisation; mais aussitôt que l'enfant peut faire agir sesmem-
bres, on le voit remuer, s'agiter en tous sens. — Dans l'adolescence , les exercices sont aussi rapides que variés ; les jeunes sujets, doués d'Une mobilité et d'une pétulance singulière , ne peuvent longtemps rester en repos. — Pendant l'âge adulte, les sujets se livrent, d'eux-mêmes, par goût, aux jeux de toute espèce ; c'est le bon moment de les soumettre à des exercices réglés. — Plus tard, dans le cours des années qui suivent la puberté, les sujets devenus plus raisonnables et appréciant les avantages qu'ils ont retirés des exercices physiques, fréquenteront volontairement les gymnases.
Nous ferons observer, ici, que la condition nécessaire, indispensable pour retirer les meilleurs fruits de la gymnastique, c'est-àdire pour développer la force , en même temps que la beauté des formes ; cette condition se trouve dans la variété des exercices ; mais il faut que la distribution de ces exercices soit régulièrement faite aux divers faisceaux musculaires du tronc et des membres. L'expérience enseigne qu'on ne doit jamais exercer, exclusivement, un seul membre, un
seul organe, tandisque les autres sont condamnés au repos; il en résulte que les premiers acquièrent un volume énorme, tandis que les autres restent maigres et produisent un contraste disgracieux. Toutes les professions qui exigent l'incessante activité d'un ou de plusieurs membres, témoignent de ce fait. Ainsi les danseurs ont des jambes d'une grosseur démesurée, relativement à leurs bras et à leur poitrine, fort peu développés ; — Les portefaix présentent des épaules monstrueuses comparativement à leurs jambes, très-peu charnues, etc., etc.
Nous ne pouvons donner, ici, la description de tous les exercices qui se pratiquent dans les gymnases modernes; ces exercices, aussi nombreux que variés, sont toujours profitables à la constitution des jeunes gens qui les pratiquent; pour s'en convaincre, il ne s'agit que de lire un traité spécial de gymnastique et mieux encore de fréquenter un gymnase. Nous ne traiterons que très-sommairement, ici, des principaux exercices.
IExea»®i©<es actifs.
La BiaaE-elae est le plus simple, comme aussi, le plus naturel de tous les exercices physiques ; elle met en action les muscles des jambes, une partie de ceux du tronc et des bras. Il est à remarquer que la projection des bras en avant et en arrière se fait en sens inverse de la projection des jambes, de sorte que les membres supérieurs servent de balaocier au corps. La marche sur un sol incliné, soit que l'on monte ou qu'on descende, exige une action musculaire, plus considérable q;j8 sur un sol plane. En montant, le corps se penelie en avant ; en descendant, il se porte en arrière ; les genoux sont fléchis et les pas beaucoup plus courts. Il est bon, de temps à autre, de s'exercer modérément à ces deux sortes démarche.
La marche favorise la plupart des fonctions de notre économie, elle provoque l'appétit, aide à la digestion, active la circulation et augmente l'exhalation cutanée ou transpiration. Mais, autant la marche modérée est favorable à nos fonctions, autant les marches
forcées leur sont nuisibles par la fatigue, la lassitude et l'épuisement qu'elles amènent.
La prësîîesaaîle, ou marclie modérée, modifie les caractères tristes et chagrins, elle les distrait et quelquefois les égaie ; elle vient au secours des gens- oisifs et leur procure des distractions. La promenade, en des lieux riants, sous de beaux ombrages, sur la lisière des bois, au milieu des prairies éoiaillées de fleurs, dissipe les contentions d'esprit, les idées sombres, les vapeurs des mélancoliques, et il arrive, bien souvent, que celui qui était sorti, de son domicile, triste et le moral fatigué, y rentre, après la promenade, avec une douce joie au cœur. La raison de ce changement se trouve dans l'excitation, dont le système musculaire est le siège ; pendant cette excitation, le cerveau se repose et les fonctions, qui appartiennent au domaine du sentiment, sont notablement ralenties.
La eoiaa'se était placée en tête des exercices gymnastiques, chez les Grecs et les Romains; elle ouvrait les jeux Olympiques, qui devinrent si célèbres, et où l'on se rendait, de toutes les parties du monde, pour y obtenir
des couronnes. La course développe les membres inférieurs, imprime des secousses à tous les viscères et favorise la libre exécution de leurs fonctions ; elle a surtout une énorme influence sur le développement du système pulmonaire, et c'est à cause de cette dernière circonstance qu'elle exige une progression graduelle, une durée, calculée sur l'état et la force des poumons. Ainsi, il faut commencer par courir modérément d'abord, et puis augmenter, peu à peu, de vitesse; enfin, arriver à la plus grande rapidité et, avant d'atteindre le but, ralentir les mouvements, car un arrêt brusque, au milieu de la plus grande vitesse pourrait occasionner des accidents pulmonaires.
On ne saurait trop exercer à la course les adolescents des deux sexes. C^t exercice qui trouve, pendant la jeunesse, son application à tous moments, est des plus favorables au développement des organes de la poitrine et du système musculaire du bassin et des jambes.
Relativement aux rapports qui existent , entre les organes respiratoires, la vitesse et
la durée de la course, voici les expériences que le professeur Londe a consignées dans sa gymnastique médicale :
« Un homme, doué d'une grande mobilité musculaire et d'une certaine énergie dans la libre, peut parcourir un espace de peu d'étendue (cent pas) avec un quart plus de vitesse qu'un autre dont les jarrets sont moin? souples, mais dont les poumons sont plus vastes. Si l'espace, à parcourir, est doublé, le premier des deux coureurs sera atteint dans la seconde partie de l'espace ; enfin, s'il est triplé, le premier coureur sera devancé par le second , et cela parceque c'est moins une grande somme de forces et de résistance que la course exige, dans les fibres musculaires des jambes, que la faculté précieuse de ne renouveler les inspirations qu'après de longs intervalles, faculté due à la capacité du poumon susceptible de contenir une quantité d'air considérable. C'est toujours par la difficulté de respirer que le coureur est arrêté, après avoir franchi un certain espace, et jamais par la fatigue des jambes »
Le saut est également un exercice auquel
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on doit habituer les jeunes gens, à cause de son utililé dans mainte circonstance. Le saut se divise en simple, composé et compliqué; il constitue ,, dans les gymnases, un exercice aussi varié que favorable au développement des forces musculaires, à la souplesse et à la légèreté. La gymnastique orthopédique met à profit plusieurs espèces de sauts, pour rétablir l'harmonie détruite dans la force et le volume de l'une des jambes. Qu'une jambe, par exemple, soit devenue plus faible et plus mince que l'autre, à la suite d'un accident, qui a exigé son repos prolongé ; on lui rendra sa vigueur et son volume, en faisant pratiquer, à la personne, l'exercice du saut dit cloche-pied, (Voyez les traités spéciaux de gymnastique médicale. »
L'eseriBBÊ© est peut-être, de tous les exercices, celui qui met simultanément en jeu l'ensemble des masses musculaires et organiques. Prises pendant une heure, chaque jour, les leçons d'escrime fortifient la constitution, assouplissent les ligaments articulaires et facilitent le jeu des articulations ; mais la nutrition du bras qui agite l'arme et la jambe, sur
laquelle s'appuie le corps, étant augmenté, il en résulte une disproportion de volume entre ces deux membres et les deux autres. C'est pour obvier à cet. inconvénient que les maîtres d'armes devraient faire changer, de temps en temps, la main à leurs élèves. Quelques minutes d'escrime suffisent pour donner lieu à des phénomènes organiques très-prononcés, tels que l'animation des yeux, du teint ; l'accélération des battements de cœur, l'augmentation de la transpiration suivie bientôt de sueurs légères ou abondantes, selon que l'exercice est plus ou moins long-temps continué. L'escrime agit, encore, sur Fouie et la vision ; elle porte aussi son influence sur le cerveau et exerce l'esprit à deviner les feintes d'un adversaire, à les prévenir et à lui répondre par une ruse. Enfin, l'escrime est une gymnastique très-propre à fortifier les constitutions délicates et à donner de l'assurance au maintien.
La natation, cette gymnastique, aussi agréable qu'utile, devrait être l'objet d'un enseignement obligé dans les institutions des deux sexes. On aura une idée de l'importance
que les Grecs accordaient à la natation, par cet axiome regardé comme très-humiliant pour ceux à qui on l'adressait : Il ne sait ni lire ni nager.
L'art de nager embrasse les différentes manières de se tenir en 'équilibre sur la surface de l'eau, de fendre le flot ou la vague, de s'avancer en ligne droite ou oblique, de se retourner sur le dos, de cesser tout mouvement pour se reposer, etc. De là, les noms techniques de pratiquer la brasse, la coupe, la planche, la chaise, de faire le mort, etc.
Les effets de la natation dans Teau de rivière et de mer sont décrits dans un de nos ouvrages intitulé : Hygiène des Baigneurs.
Les Grecs et les Romains, beaucoup plus avancés que nous dans l'art gymnastique, possédaient de vastes réservoirs d'eau tiède, où, pendant la saison d'hiver, ils pouvaient s'adonner à l'exercice de la natation, soit comme mesure hygiénique, soit comme moyen de combattre certaines affections.
Aujourd'hui que nous cherchons à marcher sur les traces des anciens, un magnifique gymnase nautique s'élève à Paris, dans l'ave-
nue des Champs-Elysées, où les deux sexes trouveront de vastes bassins et des maîtres pour apprendre un art qui, outre son utilité hygiénique, donne les moyens de sauver sa vie ou celle d'autrui d'une mort que trouve infailliblement, sous les flots, celui qui ne sait pas nager.
Les jeux divers du billard y du ballon, de la paume, des boules, des quilles, du volant, des grâces, de la corde a sauter, etc., sont tous des exercices propres à développer le physique des jeunes sujets. Ces jeux mettent les organes des sens en action et les perfectionnent, donnent de la légèreté, de la grâce aux mouvements, rectifient certaines habitudes vicieuses, et portent leur heureuse influence sur les membres et le corps ; ils procurent des distractions, une gaîté, dont les effets sont toujours favorables à la santé et à la beauté. C'est au médecin gymnasiarque de savoir en faire l'utile application.
Les effets physiologiques des exercices actifs sur l'organisation humaine se résument ainsi : Augmentation de vitesse et de force du mouvement circulatoire en général ; accrois-
sèment de la vitalilé et apport d'une plus grande quantité de sang dans les parties agissantes d'où résulte une nutrition plus abondante et, par suite, un surcroît de forces et de volume ; diminution notable des sécrétions intérieures et augmentation de l'exhalation pulmonaire et cutanée. Mais c'est surtout le système musculaire qui devient le siège d'un développement d'autant plus remarquable que les exercices actifs sont plus habilement dirigés et journellement pratiqués.
Nous ferons observer, ici, que l'habitude de se servir constamment du même bras détruit la symétrie des forces et des formes, en augmentant la nutrition de l'un et diminuant celle de Tautre; il arrive alors que le bras qui agit sans cesse acquiert un volume considérable, tandisque celui qui est condamné au repos reste faible et petit. Le seul moyen d'obvier à cette inégale répartition des sucs nutritifs, est de forcer les enfants à se servir, indistinctement, des deux membres. L'habitude, une fois prise, ils deviennent ambidextres,
Exercices passifs.
Les exercices passifs présentent un autre, ordre de phénomènes : les membres sont condamnés au repos, le mouvement est communiqué au corps par une cause extérieure ; alors les muscles, se trouvant dans l'inaction, ne détournent plus, à leur profit, une aussi grande quantité de sucs nutritifs, comme dans les exercices actifs. Toute l'activité vitale se manifeste dans le parenchyme des viscères et surtout dans le tissu cellulaire, où la graisse s'accumule peu à peu ; c'est pour cela que ces exercices sont très-favorables aux constitutions sèches , nerveuses et aux convalescents.
L'exercice de la voitiire imprime une certaine vigueur aux organes, sans accélérer notablement leurs fonctions. Les mouvements de la voiture facilitent la digestion et l'assimilation des sucs nutritifs, sans occasionner de perte par la transpiration pulmonaire et cutanée. Tous ceux qui ont voyagé en diligence, ont été à même d'observer, après un repas copieux, que les mouvements de la voi-
îure activaient non-seulement la digestion^ mais creusaient encore l'estomac, excitaient les appétits les plus paresseux et disposaient à manger beaucoup; d'où il résulte que les hommes faisant le métier de conducteurs de diligence deviennent^ au bout de quelques années, gras et replets.
L'exercice de la voiture convient à tous le& âges, mais particulièrement à l'enfance et à la vieillesse ; il est un excellent moyen hygiénique pour abréger les convalescences difficiles, pour réveiller les fonctions assimilatrices, languissantes et rendre au tube intestinal l'activité qu'il a perdue.
La navigation, selon qu'elle a lieu eu mer ou sur l'eau douce, produit des effets différents. Sur une barque , doucement entraînée par le courant du fleuve, l'homme n^éprouve aucune secousse, aucune sensation pénible ; il en est de même de la promenade sur la surface tranquille d'un lac ; poussée par les rames, la nacelle glisse légèrement sans que les organes ressentent rien de pénible. Cet exercice n'a donc, pour celui qui reste inactif, que le mérite de la distraction ; pour
celui qui rame, il sollicite la contraction des muscles et rentre dans la catégorie des exercices actifs.
La navigation sur mer, comme partie de plaisir, a ses avantages et ses inconvénients ; parmi ses avantages on doit citer l'impression causée par la vue de cette immense nappe d'eau, qui bleuit à l'horizon et semble se confondre avec le ciel ; les distractions du voyage, l'air plus frais et plus pur qu'on respire en pleine mer, etc., etc. Parmi les inconvénients, le plus notable est le mal de mer, mal affreux caractérisé par le dégoût des aliments, les nausées, les vomissements convulsifs, par une indicible anxiété, par un abattement profond du physique et du moral. Tous ces accidents cessent d'eux-mêmes aussitôt qu'on est redescendu à terre. Il est, cependant, quelques personnes qui, après le débarquement, éprouvent, quelque temps encore, un peu de malaise, un léger étourdissement qui ne tarde pas à se dissiper.
Des différents moyens proposés contre le mal de mer ou plutôt contre les vomissements, le meilleur est la position horizontale.
sur le pont, au grand air ; car si l'on se couche dans l'entrepont et les cabines, les odeurs de goudron, d'huile, de renfermé, etc., soulèvent le cœur et le malaise continue.
Exercices iiftixte^, c'est-à-dire tenant le milieu entre les exercices actifs et les exercices passifs; le jeu de bague, le vélocifère, mécanique ingénieuse, qu'on enfourche comme un cheval, l'équitation, etc. ; nous ne parlerons q uede cette dernière.
L'équitation est un art utile et agréable ; cet exercice convient surtout aux personnes que l'âge, certaines infirmités ou la position sociale forcent à une vie sédentaire. L'équitation communique aux organes la force dont ils ont besoin pour exécuter contenablement leurs fonctioni. Mais c'est particulièrement sur la nutrition qu'elle exerce une grande influence. De même que les mouvements de la voiture, les mouvements du cheval, après le repas , hâtent la digestion. L'observation prouve que les hommes forcés, par leur état, à monter journellement à cheval, mangent beaucoup, assimilent promptement et deviennent ordinairement très-gras.
On a reproché à Téquitation continuelle au grand trot, allure fort rude, d'imprimer de violentes secousses aux organes contenus dans le ventre et la poitrine; de développer l'obésité abdominale et d'atrophier, chez l'homme, les organes de la génération. On prévient ces inconvénients par des ceintures qui soutiennent le ventre, et par l'usage des suspensoirs.