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GYMNASTIQUE MÉDICALE OU ORTHOPÉDIQUE

La gymnastique médicale date d'une haute antiquité. Iccusde Tarente, et après lui, Hérodicusde Sélymbre, réunirent les documents que leur fournît la tradition, et donnèrent à la gymnastique une application plus rationnelle. Hérodicus ouvrit un gymnase, le dirigea lui-même et acquit une grande réputation pour les cures qu'il y opéra. Après lui, vinrent Hippocrate, Proxagoras, Erasistrate, Asclépiade, Dioclès, Théon, Galien, Celse, Diotime, Avicenne, Oribaze, etc., qui soumi»

Tent la gymnastique à des règles particulières, et lui imprimèrent de grands progrès.

On reconnaît généralement, aujourd'hui, que la gymnastique médicale est un excellent moyen pour prévenir ou corriger les directions vicieuses du système osseux, l'altération, l'imperfection des formes et beaucoup d'autres affections dont la cause existe dans la faiblesse musculaire et la débilité générale. On est étonné des succès inespérés que cette gymnastique obtient, chaque jour, dans les bons établissements orthopédiques. Pour notre compte, nous avons vu une jeune fille, affligée d'une déviation, très prononcée, de la colonne vertébrale, et qui marchait courbée, contrefaite, sortir, au bout de quelques mois, d'un de ces établissements, guérie de son infirmité et marchant parfaitement droite. Le médecin gymnasiarque avait opéré cette cure par le seul exercice des faisceaux musculeux qui languissaient dans un état voisin de l'atrophie.

La faiblesse et le relâchement des muscles, d'un côté du cou, font souvent pencher la tête à certains enfants ; rien n'est plus simple

que d'y porter remède : l'exercice de nalalion, dit la brasse, répété pendant 8 à 10 jours, suffit, ordinairement, pour rendre la vigueur aux muscles cervicaux et relever la tête. Nous devons le dire, à la louange de plusieurs orthopédistes et gymnasiarques, il se fait , dans leurs établissements, des cures miraculeuses.

Le docteur Pravaz , praticien habile pour tout ce qui concerne les déviations vertébrales et autres déformations du corps humain, a publié un savant mémoire sur les moyens propres à opérer la rénovation des organes et à reconforter les constitutions débiles. Sa méthode qu'il nomme entraînement hygiénique, par opposition à l'entraînement athlétique, usité chez les Anglais, pour les boxeurs, peut se résumer ainsi :

1° L'art peut féconder les forces médicatrices de la nature en dirigeant, ou activant la nutrition sur tel ou tel organe.

2« Parmi les moyens accélérateurs de la nutrition, l'air atmosphérique condensé est un des plus puissants, parcequ'il jouit de la double propriété de favoriser l'assimilation

d'une plus grande quantité de sucs nutritifs et d'éliminer les matériaux devenus impropres à la nutrition.

3*^ Un léger exercice, parfaitement dirigé aux heures de la réparation alimentaire , l'inspiration quotidienne de l'air condensé et les affusions, sur la partie déformée, d'eaux minérales froides ou tièdes, selon la saison, constituent l'ensemble des moyens que l'organoplastie peut employer avec le plus de succès.

Cette méthode est rationnelle, car, la plupart des déformations du corps étant produites par un défaut d'harmonie entre le développpement du système osseux et celui du système musculaire, l'indication fondamentale est de favoriser, par une riche hématose, la production de la fibrine qui fait les muscles et la sécrétion des sels terreux qui donnent aux os leur solidité.

Lorsque, par une coupable négligence des parents, le sujet a grandi avec une difformité, avec une déviation osseuse, il arrive souvent que la gymnastique médicale ne suflit plus, pour opérer le redressement des par-

lies déviées; alors il est de toute nécessité de recourir aux appareils et manipulations orthopédiques. Plusieurs mécaniciens habiles se sont livrés à la fabrication de ces appareils : nous citerons, parmi eux, MM. Charrière et L. Bien- Aimé, orthopédistes en réputation pour le perfectionnement de leurs ingénieux appareils, dont un grand nombre de médecins et chirurgiens se servent avec le plus grand succès.

Malgré l'utilité théoriquement et pratiquement reconnue de la gymnastique comme moyen de développer la force musculaire, de combattre les difformités naissantes et de ramener, à la santé, les sujets valétudinaires, il faut le dire, cette partie essentielle de l'édu-^ cation physique n'a pas eu en France une application assez générale. Le gouvernement, qui a déjà beaucoup fait, devrait exiger que la gymnastique s'étendît à tous les points de la sphère universitaire, c'est-à-dire depuis les collèges nationaux jusqu'aux écoles primaires, alors la jeunesse et le pays y gagneraient énormément.

Les anciens législateurs qui travaillaient si

assidûment à procurer à l'Elat des citoyens robustes, attachaient la plus sérieuse importance à l'éducation physique des jeunes filles, comme destinées à perpétuer une génération saine et vigoureuse ; et cette éducation, sagement dirigée, avait de si merveilleux résultats, qu'aujourd'hui nous regardons comme idéal cet ensemble harmonieux des formes, cette beauté majestueuse des marbres antiques, copies fidèles de la nature vivante de ces époques.

Sans être de ceux qui vont criant que les hommes d'aujourd'hui sont dégénérés, nous sommes cependant obligé d'avouer que les populations des grandes villes sont physiquement inférieures à celles d'autrefois. L'état d'indolence et d'inertie auquel nos usages condamnent la plupart des jeunes filles de la classe élevée , les travaux de manufactures auxquels sont forcées les jeunes filles de la classe pauvre et pendant lesquels elles conservent une position assise, accroupie, courbée plus ou moins gênante, ne peuvent que retarder le développement des organes et s'opposer à la régularité des formes. Malgré les

régleiiients de police sur le travail des enfants du prolétaire, on demande à ces frêles créatures plus que leurs forces peuvent donner. On les envoie, dès l'âge le plus tendre, travailler dans des ateliers sombres et humides, et ce travail se prolonge quelquefois au-delà de douze heures par jour ! Ces pauvres enfants, victimes de l'avarice des manufacturiers ou de la misère des parents, et n'ayant, pour se soutenir, qu'une nourriture de mauvaise qualité et souvent insuffisante, usent, peu à peu, leurs forces naissantes ; le développement du corps est retardé, et l'organisation ne pouvant arriver à son degré normal, ne fournit que des êtres chétifs. x4 joutez à cela les privations et les vices d'une vie misérable et vous aurez la raison de cette dégradation physique dans les grandes villes. Cette classe d'individus , plus ou moins languissants . transmettent à leur progéniture les vices de leur constitution délabrée, et ceux-ci donnent des fruits plus chétifs encore; de là, cette foule d'êtres contrefaits, difformes, cacochymes, couverts de gibbosités on infirmités dégoûtantes, qui circulent dans les capitales el

répugnent à voir. Ainsi va, s'abàtardissant de jour en jour, la race moderne qui, en bonne conscience, ne saurait être comparée à cette belle et forte race que formèrent les sages lois de Lycurgue et de Solon, et cependant nous ne croyons pas qu'il soit impossible de donner aux jeunes gens d'aujourd'hui la vigueur et la beauté des hommes d'autrefois (1). Si la civilisation actuelle mettait autant de soins à améliorer la race humaine qu'elle en apporte à perfectionner les races d'animaux utiles, sans nul doute l'homme arriverait, en peu de temps, au type Grec et Romain ; l'on verrait disparaître, des villes, ces tristes avortons qui ne viennent à la vie que pour souffrir, inspirer le dégoût ou la pitié, et, avant le terme naturel, aller engraisser la terre de leur triste dépouille.

Il est réellement honteux pour une Capitale, qui se pose à la tête de la civilisation moderne, de voir circuler, dans ses rues, une

(1) Voyez le chapitre Procréation de VHygiène du Mariage, où sont exposés les principes calligénésiques d'une haute importance, pour obtenir de beaux et de vigoureux enfants.

foule de malheureux, plus ou moins diffor^ mes ; il est fort désagréable aux étrangers qui viennent pour admirer le luxe et la splendeur parisienne, de se heurter, à tous moments, sur les trottoirs, à des êtres gibbeux, boiteux ou contrefaits. Quand donc viendra le jour où le gouvernement, qui encourage avec tant de générosité, le perfectionnement de la race chevaline, fera quelque chose pour la race humaine? Car, s'il est utile d'avoir de beaux et de bons chevaux, nous pensons qu'il l'est encore davantage d'avoir des hommes bien bâtis, vigoureux et pleins de santé.

Il serait moins difûcile, qu'on pourrait le croire, je ne dis pas de faire disparaître complètement, mais de diminuer le nombre des individus contrefaits. Pour cela, il faudrait d'abord réviser les lois du mariage , qui pèchent en bien des points ; il faudrait veiller à la stricte exécution des ordonnances de police sur le travail des enfants , dont la durée , comme nous venons de le dire, dépasse leurs forces et arrête leur développement physique. Il faudrait, en outre, fonder des établissements orthopédiques dans les quartiers les

plus populeux, et les médecins de ces quartiers, reconnus par le gouvernement, pourraient, avec l'autorisation des parents, y faire entrer, gratis, les enfants contrefaits. Comme il y a beaucoup de parents à qui il répugne de voir entrer leurs enfants à l'hôpital, et qui, dans leur sollicitude mal éclairée, préfèrent les voir grandir, autour d'eux, avec leurs difformités, les médecins auraient la faculté de faire des bons, pour les divers bandages ou appareils orthopédiques nécessaires, et les appliqueraient ou les feraient appliquer aux enfants qui retourneraient ensuite dans leurs familles. Si l'on objectait qu'on donne, aujourd'hui, des bandages gratis aux indigents, je répondrais que c'est une exception, car, je puis certifier m'être, bien des fois, arrêté à regarder avec pitié des enfants difformes, et lorsque je disais à la mère qu'il était facile de faire redresser son enfant, qu'on en guérissait de plus maltraités que le sien ; elle me répondait : « Hélas ! je le voudrais bien, mais mes moyens ne me le permettent pas; c'est tout au plus si j'ai du pain pour nourrir ma famille. Il n'y a que les enfants des riches qui

sont redressés, ceux du pauvre doivent rester tordus. « Evidemment, si l'on offrait aux mères pauvres de traiter, gratis, leurs enfanls contrefaits, il n'en est pas une qui n'acceptât avec reconnaissance. Je ne prétends pas dire que le moyen proposé ferait disparaître tous les êtres difformes et infirmes, mais, j'ai tout lieu de croire qu'il en diminuerait considérablement Je nombre. Ce serait, ainsi que nous l'avons déjà dit, un bienfait pour l'humanité et un profit pour l'Etat.

Revenons à la gymnastique, dont les moyens sont réellement merveilleux pour donner la santé, la vigueur aux constitutions faibles ou détériorées. Afin de rendre cette vérité plus sensible, nous rapporterons l'étonnante métamorphose, opérée par le gymnasiarque Clias, professeur à l'académie de Berne, sur un sujet débile et voué à une mort certaine.

« Un enfant, parvenu à l'âge de trois ans, pouvait à peine se soutenir; à cinq ans, sa progression était si imparfaite qu'on était obligé de l'aider avec les lisières pour lui faire faire quelques pas ; ce ne fut qu'après la dentition de sept ans qu'il commença à marcher san."^

soutien, mais il tomi^ait fréquemment et ne pouvait se relever. Abandonné des médecins, il parvint jusqu'à dix-sept ans, restant presque toujours couché, car les membres inférieurs ne pouvaient supporter le poids du corps : les bras étaient d'une faiblesse extrême et collés sur le tronc ; le rapprochement des épaules comprimait la poitrine et gênait la respiration, les facultés morales se trouvaient complètement engourdies ; la puberté ne s'était manifestée par aucun signe.

)) Cet infortuné fut présenté à M. Clias, par plusieurs de ses élèves, qui le supplièrent de le recevoir dans son gymnase : il y consentit. A son admission, le professeur mesura les forces de son nouvel élève ; la pression des mains, appliquées au dynamomètre, égalait, à peine, celle d'un enfant de 7 ans ; les forces de traction, d'ascension et d'élan étaient nulles.

» Il ne pouvait, qu'avec une peine infinie, faire une cinquantaine de pas, et s'affaissait ensuite. Un poids de 10 livres, placé sur ses épaules, le faisait chanceler, et un enfant de six ans le renversait avec facilité.

» Après avoir été soumis, seulement pendant cinq mois au régime du gymnase, la forcé de pression de ses mains égalait 50 ; il s'élevait à plusieurs pouces de terre avec ses bras et restait ainsi suspendu la durée de quelques secondes; il sautait trois pieds en largeur, parcourait 163 pas dans une minute et dans le même espace de temps, portait un poids de 35 livres sur ses épaules.

» Deux ans après, cet être, naguère si débile, devenu un vigoureux jeune homme, grimpa, en présence de plusieurs milliers de spectateurs, jusqu'au haut d'un cable isolé; il répéta la même manœuvre au mât de cocagne ; franchit, avec élan, 8 pieds en longueur et parcourut cinq cents pas en deux minutes. Maintenant, il fait ses trois lieues à l'heure, sans gêne ni fatigue ; les exercices du gymnase ont fait succéder à une maigreur affreuse, un embonpoint convenable et une robuste santé. »

Parmi les gymnases orthopédiques de Paris on distingue celui de M. Pinette, près le jardin du Luxembourg. Guidé par de profondes connaissances, M. Pinette fait, chaque jour ,

d'heureuses applications de son art au redressement des difformités humaines.

Nous citerons aussi le gymnase du docteur Tavernier, établissement très remarquable au point de vue orthopédique. Cet habile professeur a publié une intéressante brochure où sont relatés les beaux résultats qu'il a obtenus dans son gymnase ; il prévient les déformations osseuses, en faisant jouer les forces musculaires, lorsque la difformité résulte d'un étiolement par défaut d'exercice ; il combat les déviations, en opposant levier à levier, eu exagérant l'action des muscles faibles et affaiblissant celle des muscles trop forts, cause ordinaire des déviations ; il vous montre l'adulte chétif et contrefait, à son entrée au gymnase, et en ressortant parfaitement redressé, simple et plein de vigueur. Nous pensons, comme lui, que la gymnastique, convenablement dirigée J est appelée à restituer h notre race dégénérée, cette beauté de formes, cette puissance musculaire et celte santé robuste qui caractérisait les hommes des temps liéroïques.

Déjà, depuis longtemps, des voix éloquentes

et nombreuses se sont élevées , en faveur des gymnases, et ont démontré qu'une distribution bien entendue des exercices physiques et intellectuels était de la plus haute importance, dans les pensions d'adolescents des deux sexes. Messieurs les directeurs et professeurs de collège, et Mesdames les directrices d'Institution devraient se pénétrer de cette vérité, qu'il est dangereux de contrarier la nature, dans son travail matériel, par des études intellectuelles difficiles ou trop longtemps soutenues. — La jeunesse a besoin de sauter, de jouer, d'agir incessamment pour favoriser les mouvements de la sève qui circule dans ses organes; la position assise, le repos ou le travail de tête prolongé lui sont également contraires. A cet âge, les heures de récréations doivent être longues, et celles d'étude très courtes; les maîtres devraient exciter, aux exercices gymnastiques, les enfants qui, par une émulation intempestive, étudient au lieu de jouer; ils devraient savoir, qu'en général, les enfants trop studieux ont une santé chétive, chancelante, que les enfants joueurs se font remarquer par leur pétulance et leur belle santé.

0 instituteurs! respectez les lois physiologiques, laissez le corps franchir le passage difficile de la puberté, alors vous pourrez exciter , sans danger , l'émulation de vos jeunes élèves, aux travaux de Tintelligence; alors vos leçons seront mieux comprises et les fruits de Tétude beaucoup plus abondants. Rappelez-vous que les enfants d'Athènes et de Rome étaient tenus de fréquenter les gymnases tous les jours ; et n'oubliez pas que, de ces deux villes , sortirent les plus grands hommes de l'antiquité.

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