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ÉDUCATION ET HYGIÈNE DES SENS

Les sens, comme on le sait , sont au nombre de cinq : le tact, — le goût, — Vodorat^ la vue et Vouïe. C'est par leur intermédiaire que l'homme se met en rapport avec le monde extérieur, et qu'il est averti de ce qull doit fuir ou rechercher. Leur fonction est donc de transmettre au cerveau les impressions qu'ils ont reçues, afin que celui-ci en ait la perception. La perception est une opération complexe, il y a d'abord impression, puis transmission et enfin perception.

« Nos cinq sens, dit le savant Virey, sont compris entre l'organe de la pensée et celui de la génération qui représentent les deux pôles de l'homme. Dieu ou la puissance inconnue, qui est la cime ou la perfection de l'âme, et la génération ou la nature créatrice qui est la perfection du corps, président à ces deux extrêmes. Ces sept organes sont les sept cordes du diapason de l'organisation humaine; leur accord compose la plus belle harmonie. L'organe le plus élevé donne le son le plus grave; le sens le plus inférieur, le tact donne le son le plus aigu. Nos facultés intellectuelles sont d'autant plus parfaites que tous nos sens conservent entre eux une correspondance bien proportionnée. Un œil mal conformé, une oreille fausse transmettent au cerveau des impressions fausses et empêchent la justesse de l'esprit. Un œil, une oreille peuvent être séparément très-justes, mais si leurs cogénères sont de force inégale l'ouïe et la vue seront fausses. »

Plus un sens est inférieur, plus sa fonction est animale, plus les voluptés qu'il procure sont matérielles; au contraire les voluptés

sont d'autant plus pures que le sens est plus supérieur. La vue et l'ouie ayant des rapports plus directs avec l'esprit, transmettent seuls les impressions qui nous donnent la notion du beau, du sublime. Le goût et le toucher qui représentent la dernière note du diapason du corps, sont les organes de la sensualité. L'odorat est le sens intermédiaire ; il tient aux sens supérieurs par la transmission des odeurs suaves qui exaltent l'imagination, comme l'encens dans les temples ; il tient aux sens inférieurs par la transmission des odeurs qui excitent la sensualité.

Quelques mots sur chaque sens en particulier.

Le tact y de tous les sens le plus général, a une double importance et pour la vie organique et pour la vie de relation. L'impression tactile, ayant son siège dans l'élément nerveux de la peau, il est tout naturel d'admettre que plus la peau sera saine et pure, plus l'impression tactile sera facile. (Voyez Hygiène de la peau.)

Le goûtf qui est un espèce de toucher, exige, pour être sûr et délicat, le complet dé-

veloppement et Tintégri té de toutes les parties qui constituent l'appareil gustatile ; son hygiène prescrit l'exclusion de toutes les substances qui peuvent irriter ou endommager la langue et la muqueuse buccale, exalter ou altérer leur sensibilité, enfin toutes les substances et habitudes qui peuvent tarir ou dépraver la sécrétion salivaire, tel que l'usage abusif des mets irritants, des alcooliques, de la pipe, etc.

Uodorat a son siège dans les nerfs olfactifs dont le point de départ est au cerveau ; ces nerfs passant à travers la lame criblée d'un petit os [ethmoïde)y placé dans le plancher du crâne, vont se ramifier sur la membrane pituitaire qui tapisse l'intérieur des fosses nasales. Les odeurs ne sont autre chose que les molécules infiniment ténues des corps odorants qui s'échappent par la volatilisation et viennent s'accrocher à la muqueuse nasale; alors les nerfs olfactifs entrent en vibration et transmettent l'impression au cerveau ; tel est le mécanisme de la fonction de l'odorat et de la perception des odeurs. Les préceptes hygiéniques pour l'odorat sont à peu près les

mêmes que ceux pour la bouche. On recommande surtout aux femmes de ne point faire abus des parfums, de ne point vivre constamment dans une atmosphère embaumée d'odeurs pénétrantes, par la raison qu'une excitation incessante fatigue les nerfs olfactifs et finit par émousser leur sensibilité.

h'Ouie est encore une espèce de tact : la membrane qui revêt le petit appareil nommé tympan ou tambour, est une dépendance de la peau sur laquelle s'épanouissent les nerfs acoustiques. Les vibrations de l'air frappant cette membrane sort les excitants directs de l'ouie. Les règles hygiéniques applicables à ce sens, consistent dans les soins de propreté du conduit auditif. On doit se garantir des agents directs et indirects qui porteraient atteinte à la membrane muqueuse du conduit auditif, tels que les attouchements rudes, les liquides irritants, les courants d'air et surtout les sons dont la violente intensité déchire et ensanglante la membrane tympanique.

L'éducation de l'ouie est tout entière dans Fhabitude du rythme, car \q rythme est l'harmonie universelle, le type des mouvements

de la vie : les battements du cœur, l'inspiration et l'expiration, les mouvements de locomotion et tous les mouvements volontaires ou involontaires que l'homme exécute, sont soumis à une régularité rythmique. La lecture, la déclamation, le chant, la musique sont les éducateurs de l'ouie. (Voyez Hygiène de la Voix.)

La Vue, dont l'appareil et le mécanisme sont très-compliqués, a son siège dans la rétine, membrane formée par l'épanouissement des nerfs optiques. L'excitant de la vue est la lumière qui, après avoir été réfractée par les diverses matières de l'œil {le cristallin, Vhumeur vitrée, V humeur aqueuse), tombe sur la rétine et y développe l'impression que les nerfs optiques transmettent au cerveau.

L'hygiène oculaire consiste à entretenir la propreté des yeux et à éviter tout ce qui peut leur être nuisible : la fumée, la poussière, la lumière trop vive et l'obscurité profonde, le travail trop long-temps soutenu au flambeau, surtout lorsque ce travail a lieu sur des objets ténus, microscopiques. Le travail journalier, aune lumière intense et vacillante ^ fatigue

beaucoup les yeux, parce que chaque oscillation force l'œil à changer son foyer; il faut l'interrompre aussitôt qu'on éprouve des picottements, sans cela on s'expose à diverses maladies des yeux, souvent graves et presque toujours funestes à la beauté du visage. La flamme blanche est celle qui fatigue le plus ; vient ensuite la flamme rouge ; on devrait, en toute circonstance, préférer une lumière uniforme, douce et tranquille. Le passage brusque d'une obscurité profonde à une vive lumière, et vice versa^ est très-nuisible à la vue. On ne doit opérer ce passage que graduellement. Du reste, la nature nous indique, par ses deux crépuscules du soir et du matin, que rien ne s'opère brusquement dans la nature ; imitons son exemple.

L'excès d'exercice comme l'excès de repos d'un sens en altère les fonctions, les dénature. Le repos prolongé monte la sensibilité sensorielle à un degré maladif; ainsi, l'oreille habituée à un profond silence, se trouve blessée par des sons ordinaires ; la trop grande activité des sens, leur stimulation outrée et longtemps continuée détruit leur finesse, les blase:

ainsi, les individus qui abusent des mets de haut goût, des liqueurs fortes, finissent par trouver fades les irritants les plus énergiques. L'hygiène des sens n'a pas seulement pour objet leur conservation, elle est encore appelée à concourir à leur éducation, car l'éducation les développe et rend leur action plus sûre. Or, plus la délicatesse des sens est exquise plus la vie de relation est étendue. Les moyens et modificateurs hygiéniques propres à perfectionner les organes sensoriaux sont exposés, avec détail, dans les divers articles de nos ouvrages qui traitent de ces organes en particulier.

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