Danger des poussières
Les poussières constituent un autre danger très sérieux de l'air confiné et de l’air des villes. Malgré l'arrêt opposé par les fosses nasales, malgré le rejet incessant vers le dehors par les mouvements des cils vibratiles, les poussières finissent par envahir les bronches et le poumon. Les poussières de charbon forment chez presque tous les adultes des traînées noirâtres, parfois même de
gros blocs noirs et durs. Les poussières à aspérités très aiguës (poussières d’émeri, de silex, d'acier) sont plus irritantes encore. Les poussières végétales (poussières du coton, des céréales pendant le battage) déterminent parfois, sur le moment, des étouffements très pénibles ; mais elles sont relativement moins dangereuses.
Les poussières ne sont pas seulement dangereuses par elles-mêmes, en encombrant le poumon et en restreignant l’activité respiratoire ; elles sont plus nuisibles encore en blessant la muqueuse, en provoquant des
Fig. 16. — Cils vibratiles des voies respiratoires. Ces cils chassent les poussières au dehors. Leurs mouvements sont paralysés par l'alcool. |
éraillures et en facilitant ainsi l'infection par les microbes. Les expériences sur l’animal montrent combien la contagion est plus redoutable quand il y a cette double action simultanée de l’irritation mécanique et de l'agent infectant.
Aussi toutes les précautions pour réduire les poussières au minimum (balayage humide, essuyage humide) ont-elles une importance extrême. Elles constituent une partie essentielle dans l'hygiène des habitations. A lui seul, l'emploi de l'humidité, empêchant la dispersion des poussières, offre peut-être plus de garanties que les antiseptiques les plus actifs.
Un procédé nouveau de nettoyage, l'aspiration des poussières au moyen du vide, constitue un réel progrès. On enlève toutes les poussières et on les réunit dans
un récipient clos, sans les déplacer ni les faire voltiger. Quand ce procédé est possible, il est encore supérieur au balayage et à l’essuyage humides.
Pour la tuberculose, MM. Brouardel et Lagrue ont fort bien résumé le danger spécial des poussières et les précautions indispensables à prendre.
« Tant qu’il y aura des gens malpropres et imprudents qui cracheront par terre, il y aura dans les poussières
Fig. 18. — Poussières du bord de la
Fig. 17. mer. Débris végétaux inoffensifs ;
cristaux cubiques de chlorure de
Poussières de Paris (fragments sodium expliquant les propriétés noirs et acérés de charbon). vivifiantes de l’air marin.
des germes de maladies contagieuses, des bacilles de tuberculose.
« Nous avons donc le devoir de nous défendre contre les poussières qui, dangereuses par les germes qu’elles contiennent, le sont également par elles-mêmes.
« La quantité de poussière contenue dans l'air est parfois énorme. Dans les rues des grandes villes, les poussières, le soir surtout, forment un vrai nuage sombre. Quand un rayon de soleil pénètre dans une chambre obscure, on voit les fines particules poussiéreuses s’éclairer sur tout le trajet du rayon. Malheureusement ces particules (voir fig. 17 et 18) sont souvent pointues, irrégulières. Si petites qu'elles soient, leurs aspé-
rités irritent et éraillent la délicate muqueuse des bronches. Cette couche protectrice une fois entamée, la pénétration des microbes (toujours mélangés aux poussières) devient beaucoup plus facile, Les poussières des villes renferment trop souvent, outre les fragments aigus de charbon et de silice, des parcelles détachées de crachats tuberculeux : elles sont une des principales causes de la phtisie. »
La poussière des routes. — En dehors des poussières si dangereuses dans les maisons, la Ligue contre les poussières, dans son assemblée du 18 décembre 1905; a étudié les différents procédés propres à diminuer les poussières, non moins gênantes et dangereuses, des rues et des routes fréquentées. Elle a surtout retenu deux procédés : l’arrosage à l’eau et le goudronnage.
Arrosage à l’eau. — C’est le procédé le plus simple; ce n'est pas le plus pratique ni le moins coûteux, il ne peut être employé que dans l’intérieur et aux abords des agglomérations. L'opération de l’'arrosage doit être renouvelée fréquemment pendant les journées de grande sécheresse, et nécessite, par cela même, une maind'œuvre supplémentaire assez importante et un outillage ad hoc. Cette dépense pourra sans doute être permise à certaines grandes villes, mais il n’en saurait être de même pour les petites localités, les bourgs et les villages dont le budget est à peine suffisant pour parer aux travaux les plus urgents.
Goudronnage. — Le goudronnage est beaucoup plus pratique. Les résultats en sont excellents.
Le goudron doit être employé chaud de préférence, et à la température la pius rapprochée de l’ébullition.
Le goudronnage nécessite certaines précautions, certain « tour de main », qu’on acquiert d’ailleurs assez vite; il faut, en outre, n'opérer que sur une chaussée neuve, très sèche, ne contenant que peu de matières
d'agrégation, c’est-à-dire époudrée soigneusement, de facon à mettre l’empierrement « à nu ».
Un seul point restait obscur : y a-t-il intérêt à incorporer le goudronnage dans Îles procédés d’entretien des chaussées ? M. Heude, éclairé par ses propres recherches, répond : oui, catégoriquement, Le goudronnage protège la chaussée, et conséquemment prolonge (dans laproportion de 1 à 4) la durée des empierrements.
C'est ainsi que sur les routes à grande circulation — la route de Paris à Fontainebleau notamment, — on obtient, à la suite de trois goudronnages successifs, en 1903, 1904 et 1905, une économie de 0 f. 05 par mètre superficiel sur les dépenses antérieures, ces goudronnages ayant porté de quatre à cinq années la durée habituelle d’un rechargement.
Poussières des ateliers. — Dans certaines professions, les poussières jouent un rôle considérable dans les maladies des ouvriers. Elles sont parfois très irritantes (fabrication des meules, polissage à l’'émeri, aiguisage des instruments d'acier, moulage à la fécule ou au poussier de charbon). Elles sont souvent même toxiques (poussières de plomb, d’arsenic, d’antimoine, de mercure et de leurs divers composés). Souvent aussi aux poussières se mêlent des gaz soit irritants (gaz sulfureux, chlore, etc.), soit toxiques (oxyde de carbone, sulfure de carbone).
L'absorption des gaz et des poussières a lieu surtout par l'appareil respiratoire. Thoinot indique les moyens à employer pour diminuer la viciation de l'air et pour protéger les ouvriers.
« Ces moyens consistent :
je À condenser ou à brûler les gaz, de façon à en prévenir le dégagement dans l'atelier ;
9 À empêcher mécaniquement les poussières de pénétrer dans les voies respiratoires ;
3 À faire artificiellement respirer dans un air pur l’ouvrier enveloppé d’une atmosphère gazeuse délétère ;
Le
4° Enfin un moyen plus général consiste à entrainer les gaz et les poussières hors de l'atelier par une bonne ventilation.
Les vapeurs gazeuses peuvent être : 1° condensées dans l’eau ; 2° brûlées dans les foyers. On peut condenser les gaz dans l’eau de trois façons : en faisant déboucher le gaz dans l’eau; en mettant le gaz en contact avec des surfaces humides : en injectant de l'eau au sein de la masse gazeuse sous forme de pluie très divisée. Un grand nombre de gaz sont susceptibles d’être brûlés : ceux qui sont inflammables peuvent être brûlés de bien des façons ; les autres, ceux qui sont plus difficilement inflammables, seront conduits dans un foyer où existe déjà une combustion entretenue d'une façon quelconque. On empêche mécaniquement les poussières, de quelque nature qu’elles soient, de parvenir aux poumons de l’ouvrier au moyen d'appareils, dits masques respiratoires. Les masques respiratoires sont dans leur plus simple expression composés de toiles métalliques à mailles fines ; une mousseline ou une gaze pliée en plusieurs doubles remplissent aussi bien le but, qui est ici d'arrêter les poussières au passage. »
Malheureusement, ces masques sont souvent trop lourds, trop chauds ; ils sont acceptés difficilement par les ouvriers.