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Les asphyxies: secours à donner aux asphyxiés

L’asphyxie peut être simplement due à la privation d'air respirable. C'est le cas chez les noyés, chez les personnes enfouies sous un éboulement de sable et de terre. — L’asphyxie qui survient par le séjour prolongé dans un espace clos est déjà plus complexe. Sans doute la respiration épuise peu à peu l’oxygène de l'air. Cet oxygène se trouve graduellement remplacé par de l’anhydride carbonique. Malgré tous les efforts respiratoires, cet air trop pauvre en oxygène aboutit à une vraie privation d’air respirable. Cependant, en ce cas, on trouve, en outre, les accidents d'intoxication provoqués par les produits volatils qui s’éliminent, en même temps que le gaz carbonique, par l'air expiré. Il ne suffirait donc pas d’absorber l’anhydride carbonique à mesure de sa production, de dégager graduellement la quantité correspondante d'oxygène, pour faire cesser tous les accidents.

Les accidents brusques produits par l’air confiné sont assez rares et peu graves en général. On les constate surtout dans les réunions nombreuses {théâtres, salles de

conférence, églises). Les accidents chroniques, l’anémie produits par le séjour habituel dans une pièce mal aérée sont, au contraire, très fréquents; ils peuvent devenir à la longue fort redoutables.

AsSphyxies non toxiques. — Les asphyxies non toxiques sont, en réalité, assez rares. Expérimentalement, on peut les réaliser en obligeant, par exemple, un animal à respirer dans un gaz inerte tel que l’azote, ou en plaçant une canule à robinet dans la trachée. Il suffit de fermer ce robinet. Peu à peu tout le sang, même dans les artères, prend l’aspect noir et bleuâtre du sang veineux.

Mais chez l'homme, les accidents sont en général plus complexes. Dans les éboulements, il faut compter avec la pénétration des poussières, souvent en quantité très considérable, qui arrivent dans la trachée et dans les bronches. Chez les noyés, c’est l’eau qui pénètre plus ou moins largement dans l'arbre aérien. Souvent aussi, chez eux, interviennent les syncopes, les congestions produites par le saisissement et le froid de l’eau. — Dans la strangulation, la violence exercée sur le cou, région très sensible, contribue au moins autant que l’action mécanique à entrainer la mort. — Dans la pendaison, il Da, en réalité, pour expliquer les accidents, qu'une très petite part à attribuer à l’asphyxie. La mortsurvient par pression sur le larynx et surtout, quand la pendaison est brusque, par le tiraillement exercé sur les articulations qui unissent le crâne à la colonne vertébrale. Aussi est-il souvent fort difficile, même quand les soins sont presque immédiats, de rappeler à la vie un pendu.

Dans toutes ces asphyxies, le transport à l'air libre, les frictions stimulantes, les affusions d’eau froide ne réussissent que dans les cas légers. Dans les cas plus graves, il faut, à tout prix, rétablir artificiellement la respiration On y arrive soit par la respiration artificielle, soit par l’'ingénieux procédé de Laborde : les tractions rythmées de la langue.

La respiration artificielle peut se faire par deux

procédés. Dans le premier, on se place derrière la tête 24 7e « +

du noyé (debout, s’il est sur une table; à genoux, s’il est étendu sur le sol). On saisit à pleine main au-dessous du coude son avant-bras droit avec la main droite, son avant-bras gauche avecla main gauche ; les deux membres ainsi saisis sont ramenés de chaque côté de la tête du

Fig. 19. — Respiration artificielle ; 1*° temps : inspiration forcée.

noyé jusqu’à leur faire toucher ses oreilles, puis, en les repliant, on les amène lentement sur les côtés de la poitrine en pressant fortement ses coudes contre ses côtes.

On reporte les bras sur les côtés de la tête, puis de nouveau sur les côtés de la poitrine, en les maintenant parallèles au plan du sol ou de la table pendant le parcours de l’une à l’autre des positions extrêmes.

On recommence, toujours avec la même lenteur, les mêmes mouvements alternatifs, en se guidant sur sa propre respiration, soit de quinze à vingt fois par minute.

À chaque élévation des bras, la poitrine est agrandie et l'air y pénètre ; à chaque abaissement, la poitrine est comprimée et l’air s’en échappe. On doit entendre l’air entrer et sortir à chaque mouvement correspondant; sinon, il vaut mieux recourir à la deuxième manière.

Dans le second procédé plus simple, mais peut-être moins efficace, on comprime la poitrine directement avec les mains, puis on la lâche. On exécute alternativement les

Fig. 20. — Respiration artificielle ; 2° temps : expiration forcée.

deux mouvements sans précipitation ni violence, et sans dépasser le nombre des respirations ordinaires (15 à 20).

En comprimant la poitrine, on en chasse l'air ; en lâchant la poitrine, on la laisse reprendre d'elle-même sa capacité, et l’air y entre.

Tractions rythmées de la langue. — Les mâchoires étant suffisamment écartées, on saisit la pointe de la langue entre le pouce et l'index droits au moyen d'un linge (mouchoir ou autre) pour éviter le glissement.

On tire fortement la langue hors de la bouche, puis on l'y fait rentrer. On alterne ces deux mouvements et on les répète à intervalles réguliers, 15 à 20 par minute.

Il est important de tirer la langue en ligne droite; si on l’abaissait sur le menton, elle appuierait chaque fois sur les dents inférieures, qui finiraient par la déchirer.

Quand la langue est tirée en dehors, l'entrée de l'air est libre ; quand elle est rentrée dans la bouche, l’entrée est moins libre; elle pourrait même être fermée complètement, si la langue était refoulée au fond de la bouche. En conséquence, si l’on veut combiner les deux méthodes, respiration artificielle et tractions rythmées, il faut tirer sur la langue pendant le mouvement de la poitrine quidoit yfaire entrer l'air et laisser ren- ” trer la langue pen- Mas. dant le mouvement Pa ‘ contraire

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Fig. 21. — Tractions rythmées de la langue.

Pour les noyés, la

Société des industriels de France contre les accidents du travail a très clairement résumé les précautions nécessaires : pour le sauvetage, pour le traitement.

Sauvetage proprement dit. — Le nageur-sauveteur ayant, s'il est possible, autour du poignet gauche une corde fixée au rivage, saisit la personne qui se noie, sans Jamais se laisser saisir lui-même. Il l’aborde par derrière, passe la main gauche sous son bras gauche, lui saisit de cette main le poignet droit, tient son corps fermement serré contre lui et gagne le bord en nageant vigoureusement sur le dos et en lui maintenant la bouche au-dessus de l’eau (fig. 22). Dans cette position, le sauveteur n’a rien à craindre. — Si la per-

sonne est inerte, il la ramène par les cheveux ou le bras, la bouche au-dessus de l’eau, le noyé étant placé sur le dos.

Traitement. — Il s’agit de rétablir la respiration. Sorti de l’eau, le noyé est, selon la température, laissé à l'air libre ou porté dans une pièce bien aérée (éloigner les curieux).

Fig. 22. — Sauvetage d’un noyé.

a) Pour expulser l’eau de ses organes, on ne le tient pas verticalement la tête en bas; mais, après l’avoir déshabillé jusqu’à la ceinture et essuyé rapidement, mettant le genou gauche en terre, il faut le placer en travers sur la cuisse droite, posé sur leventre, les épaules basses, la tête soutenue par un aide, et exercer, à trois ou quatre reprises, sur les côtés de la poitrine des pressions assez fortes, mais non exagérées, en glissant des aisselles vers les flancs (fig. 23). — Le coucher ensuite, le dos sur le sol, la tête tournée de côté. Ecarter les dents avec douceur et maintenir la bouche ouverte à l’aide d’un

morceau de bois ou d’un bouchon taillé, glissé entre les molaires. Nettoyer la bouche, la gorge et le nez avec le doigt enveloppé d’un linge propre ou les barbes d’une plume, en provoquant, s’il est possible, le vomissement.

b) Faire ensuite avec une grande patience, et au

Fig. 23. — Position pour expulser l’eau des organes,

besoin pendantplusieurs heures, les tractionsrythmées de la langue et la respiration artificielle. Elles donnent les plus grandes chances de succès dans ces asphyxies non toxiques (voir fig. 19, 20, 21).

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