QUATORZIÈME LEÇON
1. Maladies provoquées par des microorganismes (énoncé seulement). — 2. Hygiène du nez et de la gorge. — 3. Infiuence de la pression atmosphérique. — Altitude. — 4. Liberté des mouvements respiratoires.
1.Maladies provoquées par des microorganismes (énoncé seulement).
L’immortelle découverte de Pasteur fut de démontrer et de préciser le rôle joué par les microorganismes dans les maladies. Celles-ci ne sont le plus souvent qu'une fermentation par des microorganismes, déterminant des produits toxiques et entraînant un véritable empoisonnement.
Cette découverte permet, en outre, de prévenir certaines maladies et de lutter, contre elles, avec plus d’efficacité.
Emryiriquement, l’action du vaccin pour rendre l’organisme réfractaire à la variole était déjà connu. Quelques autres vaccins ont pu, grâce à la découverte de Pasteur, être préparés, en particulier, contre le charbon et diverses maladies contagieuses des animaux (rouget des pores, choléra des pouies).
Les résultats obtenus chez l’homme, dans la diphtérie, le tétanos, la peste ne sont pas une vaccination. On ne prévient pas la maladie, mais on lutte contre le poison qu’elle produit. Les serums antidiphtérique, antitéta-
nique, antipesteux agissent à la façon d’un antidote dans les empoisonnements, Ce rôle d’antidote est encore beaucoup plus net dans le serum antivenimeux de Calmette employé contre la piqüre des serpents venimeux (vi- Hérés etc).
Le nombre des maladies dues à des microorganismes est considérable. Il augmente même tous les jours, ou plutôt on reconnaît tous les jours que certaines maladies attribuées à des influences variables : froid, humidité sont dues, en réalité, à des microorganismes. Telle fut après bien des discussions l'opinion adoptée pour la pneumonie ou fluxion de poitrine. Pour le rhumatisme, la discussion est encore pendante. Pourtant le rôle des microorganismes semble définitivement admis, au moins dans les formes aiguës.
Voici une brève énumération des principales maladies à microorganismes. Ce sent :
1° La variole, si grave dans certaines formes (variole noire), mais dont il est très facile de se préserver par la vaccination;
2° La scarlatine, ordinairement bénigne après trois ou quatre jours de début très douloureux, mais exigeant une longue convalescence et des précautions pendant six semaines et plus. Le moindre refroidissement détermine, en effet, une inflammation redoutable des reins;
3° La rougeole, parfois très sérieuse, par les bronchopneumonies (inflammation des bronches et du poumon) qu’elle entraîne. Plus encore que les précautions contre le froid, une extrême propreté prévient ces bronchopneumonies;
4° La coqueluche, maladie trop souvent regardée comme peu sérieuse, On croit parfois même utile de faire sortir, en plein air, par tous les temps les coquelucheux; s’il y a la moindre trace de fièvre, le séjour à la chambre et même au lit est, au contraire, indispensable;
5° La grippe ou influenza, maladie assez comparable à la coqueluche. Dans les épidémies, elle produit souvent
les décès par centaines. Beaucoup de ces décès seraient évités, si les malades restaient au repos et au coin du feu, dès les premières atteintes de la grippe ;
6° La diphtérie, maladie autrefois d’une effrayante gravité sous ses diverses formes : angine couenneuse, croup, etc. Cette gravité est diminuée par l'emploi précoce et suffisamment intensif du sérum antidiphtérique ;
7° La fièvre typhoïde, maladie due surtout aux souillures des eaux potables, Le traitement systématique par les bains froids a un peu diminué sa mortalité ;
8° Le choléra, transmis, lui aussi, par les mauvaises eaux. On en distingue deux formes : le choléra asiatique, très grave, déterminant de formidables épidémies, et le choléra nostras, survenant par cas isolés, dans nos régions, en été. [l est moins grave et moins contagieux;
9 La dysenterie, moins grave immédiatement que le choléra, mais redoutable par ses complications éloignées du côté du foie. Son origine est encore due à la mauvaise qualité de l’eau;
10° La tuberculose qui, à elle seule, détermine plus de décès que toutes les autres maladies contagieuses réunies ;
11° L’érysipèle, les suppurations, l'infection purulente, qui décimaient jadis les blessés et les opérés, dans les services de chirurgie. L’antisepsie a, comme on le verra, beaucoup diminué la fréquence de ces graves complications;
12° Le tétanos, fréquent après les plaies contuses, quand elles ont été souillées de terre ou de fumier. Le sérum antitétanique combat la gravité des accidents; employé de très bonne heure, il peut même les prévenir.
13° Les ophtalmies contagieuses. Ces ophtalmies sont souvent très graves, surtout chez les nouveau-nés. La moindre inflammation de l’œil exige les soins immédiats d’un médecin ;
14° Le charbon, transmis surtout par les animaux char-
bonneux. Nous en avons parlé à propos des viandes malsaines;
15° La morve, transmise surtout par la morve du cheval:
16° La rage, efficacement combattue par la vaccination antirabique, mais qu'il serait facile de supprimer complètement par des mesures sévères contre les chiens errants et non muselés. Grâce à ces mesures, la rage a disparu en Allemagne ;
17° Les kystes hydatiques du foie, transmis, comme la rage, par les chiens et surtout par les chiens admis dans les appartements, les cuisines, les salles à manger.
Il serait facile d'ajouter à cette liste nombre d’autres maladies infectieuses : méningites diverses, lèpre, fièvre Jaune, peste, béribéri, ete. Mais la plupart sont rares, au moins dans notre pays.
L'hygiène du nez et de la gorge offre une double importance. Elle met à l’abri d’un nombre assez grand de maladies infectieuses. Le nez et la gorge offrent, en effet, la première porte d'entrée pour beaucoup de microorganismes. Le nez présente une résistance plus grande que la gorge et la seule précaution de s'appliquer à respirer par le nez et non par la bouche, arrête et évite bien des infections. — En outre, en ayant soin de ne pas porter soit les doigts, soit des corps étrangers dans le nez où dans la bouche, on diminue beaucoup les risques d'y faire pénétrer des germes nuisibles. — Les lavages du nez sont parfois utiles, mais c’est une pratique délicate; elle entraîne facilement des maux de tête, si le jet n’est pas très bien dirigé et si le liquide dont on se sert n’est pas bien choisi. Le lavage du nez ne doit être fait que sur les conseils et d’après les indications du médecin. En revanche, les lavages de la gorge (gargarismes) avec une décoction tiède et légèrement astrin-
gente (décoction faible de feuilles de ronces ou de feuilles de coca) sont toujours très utiles.
Mais, outre son rôle pour fermer la porte d'entrée aux maladies infectieuses, l'hygiène du nez et de la gorge assure le bon fonctionnement de ces organes délicats, et surtout du larynx. Le larynx dans la vie civilisée, et surtout dans certaines professions qui obligent à l'exercice constant de la voix, est soumis à de très grandes fatigues. Si l’on n’observe pas quelques précautions, on voit vite survenir des inflammations, des enrouements, causes de gêne et parfois de grandes souffrances. Une première règle pour éviter le surmenage vocal et diminuer l'irritation laryngée est de toujours parler à voix suffisamment basse. C’est, en outre (si paradoxal que le fait puisse sembler), le meilleur moyen de se faire bien entendre. Si vaste que soit la pièce où l’on parle, il est tout à fait inutile de forcer la voix et de parler très haut. Rien ne violente les cordes vocales, les délicates articulations et surtout les nombreux muscles du larynx, comme ces efforts pour dépasser l'intensité normale de la voix. Ces efforts sont, en outre, peu efficaces. Ce qu'il faut pour que la voix porte bien, qu'elle s’entende distinctement à distance, c’est une articulation lente, méthodique, aussi parfaite que possible sur chaque syllabe, Le fait est bien connu pour l’usage du téléphone. Les abonnés novices croient utile de crier très haut. Ils n’aboutissent qu’à produire dans l'appareil un grondement confus. Les initiés parlent presque bas, mais en détachant chaque syllabe.
Les cris violents, les exclamations de colère sont plus dangereux encore que la voix forcée. Ils risquent non seulement d'irriter le larynx, mais de produire des ruptures et de graves complications.
Ceux que leurs obligations professionnelles obligent à parler beaucoup doiventse ménager pendant les heures de loisir, ne pas se dépenser en fatigues supplémentaires : conférences, chants, conversations trop prolongées, etc.
Il est également nécessaire d'éviter toutes les causes accessoires d’irritation qui viendraient s'ajouter à la fatigue vocale résultant de la profession.
Le tabac est souvent mal supporté et très nuisible. Son usage, même très modéré, est préjudiciable à certains larynx délicats. Sans fumer, il suffit même de séjourner dans une pièce avec d’autres fumeurs pour ressentir vivement cet effet caustique de l’air chargé de fumée avec ses principes acres et irritants.
L'alcool a une action immédiate moins évidente, mais est, à la longue, plus nuisible encore que le tabac. Tous les alcooliques ont tôt ou tard une voix spéciale, discordante et éraillée. Ils ont dans la gorge des varicosités analogues aux tuméfactions rougeâtres qui bourgeonnent sur leurs joues et leur nez. On conçoit quelle gêne ces végétations doivent entraîner.
Les épices, la moutarde trop forte ou en excès, les aliments trop vinaigrés, trop chauds ou trop froids, congestionnent également la gorge. — Par contre, le lait, les laits de poule, les jaunes d'œufs, le café au lait, les salades cuites, les fruits cuits au miel, le miel diminuent sensiblement l'irritation.
Les mauvaises dents sont une autre cause indirecte, mais très puissante, de laryngite. L'inflammation chronique qu'elles entraînent dans la bouche tend, er effet, à gagner insensiblement de proche en proche. Il suffit souvent de faire extraire des racines cariées pour guérir des maux de gorge tenaces et ayant résisté à tous les traitements.
L'habitude de respirer par le nez, et non par la bouche, est également indispensable pour ménager le larynx. L’air ayant passé par les fosses nasales est, en effet, non seulement attiédi, mais débarrassé de ses poussières, ainsi que de la plupart de ses impuretés. C’est surtout dans un air vicié (poussières, fumée de tabac ou fumées diverses, brouillard froid et humide) que cette protection des fosses nasales est manifeste. La conversation en plein
panne
air par un temps de brouillard enroue très souvent et très vite, parce qu’elle interrompt précisément la respiration nasale. C’est souvent en soignant le nez, en faisant disparaître les obstacles au libre passage de l'air (tuméfactions variqueuses, polypes, végétations du nez et de l’arrière-gorge) qu’on guérit le mieux les laryngites.
La mauvaise habitude de mettre les doigts dans le nez est, chez les enfants, une cause fréquente d’excoriations de la muqueuse. Ces écorchures ouvrent la porte à de dangereuses infections.
On connaît enfin la puissante action réflexe exercée par le froid aux pieds sur la congestion de la gorge, du larynx et, d’ailleurs, de la tête et du visage. Les personnes sujettes au froid des extrémités inférieures ont presque toujoursune tendance aux poussées fréquentes et pénibles d’enrouement.
Les moyens artificiels de réchauffement (chaufferettes, boules chaudes, bas et chaussettes de laine, chaussures fourrées), sont incertains et peu sûrs. Mieux vaut activer la circulation par des frictions quotidiennes à l’eau de Cologne, des bains de pieds additionnés soit de sel gris, soit de farine de moutarde, soit de décoction de plantes aromatiques. Ces précautions diminueront beaucoup la tendance au froid. Cependant il sera toujours sage de se défier particulièrement du froid humide et d'éviter surtout de garder des chaussures mouillées. Les chaussures de cuir sont, à cet égard, une protection très médiocre. Presque tous les sanatoria ont adopté exclusivement les chaussons et les sabots, afin de préserver plus sûrement leurs malades des maux de gorge et des rhumes.