EFFETS DE L'ALCOOL
peut être là un effet utile, en cas de maladie ; mais, chez un sujet sain, on ne saurait guère voir que des inconvénients à provoquer des palpitations, A la longue, le cœur des alcooliques devientgros : il s'affaiblit de plus en plus, et cet affaiblissement cardiaque est une des causes les plus fréquentes de la mort par l’alcool.
Respiration. — Au moment de l'ingestion de l'alcool, il y a excitation du centre nerveux respiratoire; on respire plus vite etplus fort. Voilà encore un effet utile qu'il faut rappeler, non sans perdre de vue la contre-partie fâcheuse d'une dépression respiratoire consécutive. On ne doit pas oublier non plus que l’alcool, en s’éliminant, produit sur la muqueuse des bronches et du larynx une vive irritation.
Sécrétions. — Elles sont toutes augmentées : salive, suc stomacal, intestinal, etc. Il y a accroissement de la transpiration et augmentation du total de l'urine. Pour toute cette élimination, il faut que l'alcool dépouille les tissus de leur eau, et cette spoliation a pour conséquence la soif inextinguible des buveurs.
Nutrition. — A/cool-aliment : Parmi nos aliments, il en est qui font de la substance pour nos tissus (aliments plastiques) : l'alcool n’est pas de ceux-là. D’autres sont destinés à fournir à nos combustions {aliments respiratoires); l’alcool est de ce nombre. (Sur la valeur de l'alcool comme combustible alimentaire, voir ci-dessus ce que nous en avons dit dans notre sixième leçon).
Système musculaire. — Une opinion couramment exprimée, c’est que la force des muscles augmente sous l’action de l'alcool. Or, ce produit ne peut rien directement sur le muscle que de lui enlever un peu de son eau, — C'est par l'intermédiaire du système nerveux que se transmettent au muscle les excitations ou la dépression provoquées par l'alcool,
Système nerveux. — Effets utiles : Diluée de 2 à 10 pour 100 environ, et prise au repas, la dose d'alcool contenu dans le vin, le cidre ou la bière de bonne qualité peut donner une certaine sensation d’excitation des forces intellectuelles et physiques. — Mais, de ce que l'individu se sent plus dispos, et plus enclin à une certaine activité, est-ce à dire qu'il ait acquis une force nouvelle ? |
« L'alcool, dit le professeur Pouchet, détermine une sensation de défatigue, comme la caféine. Voilà ce que peut donner une dose d’alcaol, à condition d’être dilué et absorbé à petites doses (60 à 100 grammes en vingtquatre heures) aux repas ». Encore sont-ce là des doses que l'organisme tolère, plutôt qu'il n’en tire un profit réel.
Effets nuisibles : Si la dose d’alcool dépasse les chiffres précédents, si son action se prolonge, alors apparaissent des modifications nerveuses, fâcheuses. « On peut dire que les effets nuisibles de l’alcool commencent, dès que l'alcool imprègne la cellule nerveuse en aussi petite quantité que ce soit. » (Pouchet.)
S’iln’y a qu'un léger contact, on peut observer quelques effets de stimulation sur divers groupes cellulaires : cellules de l’écorce du cerveau, d’où l’activité intellectuelle ; cellules du cervelet, d’où suractivité motrice, moins coordonnée, il est vrai. L'énergie de la moelle et des muscles et le bulbe qui commande à la respiration et au cœur peuvent aussi être stimulés. Mais ce n’est pas là de la force acquise ; l’alcool ne prépare pas à nos nerfs des réserves matérielles ; il vient, à titre de corps étranger, solliciter la réaction de la cellule nerveuse ; il y a excitation, mais antiphysiologique, puisque la cellule perd ensuite de son énergie, au point qu'après excitation plus forte, il y a dépression durable des éléments nerveux.
D'autre part, sous l'influence de l'excitant, les décharges nerveuses ne sont plus enchaînées, coordonnées, pondérées ; elles sont soudaines et simultanées, disparates; leur rapidité devient aisément brusquerie; leur
multiplicité devient bizarrerie et désordre. Tous les instincts vils et bas se trouvent déchaïnés. Au contraire, les pensées supérieures et modératrices s’effacent. Chez l'homme civilisé et intelligent, « la bête reparaît, »
Alcoolisme.
Le mot d’alcoolisme doit désigner surtout les troubles de l’alcoolisme chronique. — L'alcoolisme chronique est la maladie confirmée, telle que le médecin est appelé à l’'observer sous toutes ses formes chez les gens qui ont fait un usage abusif, plus ou moins prolongé, des boissons à base d'alcool. Pour bien comprendre le développement de l'alcoolisme, il convient de noter quelques considérations sur le « régime des boissons », qui préparent et réalisent l'alcoolisme chez bon nombre de nos contemporains.
Si le régime moyen reste indifférent pour la plupart des gens, il faut se rappeler que beaucoup de personnes sont d'une sensibilité très grande, et supportent mal même une faible quantité de boisson à base d'alcool. On le voit bien aux jours de fête, où tant de gens dépassent leur mesure, Mais ce qui n’arrivait autrefois qu’à certains Jours de l'année, ou tout au plus le dimanche, tend à devenir une habitude quotidienne chez nos contemporains : on boit de l'alcool à jeun, au lever, avant les repas, entre les repas, et sous tous les prétextes, et c’est vraiment de cette façon que se constitue l'alcoolisme chronique.
Son étude doit comprendre une foule de modifications de la santé générale, plus ou moins vagues ; puis les maladies confirmées (alcoolisme proprement dit) ; enfin il y a lieu de voir ce que deviennent les maladies, affections médicales ou chirurgicales chez l’alcoolique.
[. Etat d'équilibre défectueux de la santé des buveurs d'alcool. — En sollicitant inutilement chaque
jour ses organes digestifs et son système nerveux, le buveur met en jeu des réactions excessives et prépare un certain nombre de désordres : dyspepsies variées, aigreurs, pituites, crises gastriques avec vomissements, diarrhée, etc.; ou bien, comme réaction nerveuse, insomnie,cauchemars, crampes, fatigue du matin, inaptitude au travail, ou même, crise de neurasthénie. En un mot, l'organisme est touché dans son ensemble, et bientôt la déchéance s’accentue dans le sens d’une tare plus prononcée de la nutrition, mal régie par le foie, malade ou insuffisant.
D'après le docteur Glénard, un des maîtres contemporains sur ces questions, on observerait la gastralgie entre vingt et trente-cinq ans, la goutte entre trente et quarante ans, la congestion du foie, entre trente et cinquante ans ; la neurasthénie entre quarante et quarantecinq; le diabète, entre quarante et cinquante ans; la cirrhose, ou induration du foie, entre cinquante et cinquante-cinq ans.
II. Comment se comportent les maladies ordinaires chez les alcooliques. — L'état d'équilibre défectueux de la santé générale des alcooliques modifie fâcheusement chez eux la marche du plus grand nombre des maladies. — Les plus fervents partisans de l'alcool, — aliment ou médicament, — n'ont pu encore déterminer dans quelle mesure favorable ce produit pouvait intervenir pour empêcher l'éclosion d’une maladie quelconque, ou pour rendre son affection moins longue, ou moins grave.
Chirurgie. — On peut voir certainesplaies se cicatriser fort bien chez des alcooliques, et des fractures se consolider rapidement ; mais, par contre, les chirurgiens, dans un grand nombre de faits de cicatrisation de lenteur désespérante, reconnaissent l'influence de l’alcoolisme,
À ce propos, il faut signaler qu’une opération chez un alcoolique est doublement inquiétante ; il supporte mal
le chloroforme, et chez lui la dépression nerveuse, après l'opération, risque d’être des plus graves, sans compter l'apparition brutale, toujours possible, du delirium tremens.
Médecine. — Le docteur Labbé, dans la Presse médicale du 16 août 1902, a écrit que « l'alcoolisme chronique diminue la résistance de l’organismeà la maladie ; que l’alcoolisme aigu aggrave les maladies infectieuses, et accélère leur évolution fatale. »
Les statistiques abondent en faits démonstratifs. « La fluxion de poitrine, l’érysipèle, la fièvre typhoïde, la tuberculose sont bien plus graves chez les alcooliques que chez les gens sobres. »
Alcoolisme et tuberculose. — Il serait hors de proportion avec les limites de ce travail de développer longuement un tel chapitre de pathologie. La question a été exposée soustous ses aspects au Congrès international de la tuberculose, en 1905.
Le professeur Achard a montré définitivement, par expérimentation, que des lots d'animaux soumis à l'influence combinée de l'alcool et de la tuberculose donnaient une mortalité double, en nombre et en rapidité, de celle des animaux simplement tuberculisés, sans alcool.
Pour l’homme, les conclusions à retenir, c’est que la tuberculose estune maladie médico-sociale, et que plusieurs misères se réunissent pour la constituer : misère physique des parents malades, fatigués, surmenés ; misère matérielle : mauvais logement, mauvaise nourriture, mauvais métiers (absence de repos et d’air pur); misère morale : chagrin et insuccès dans la vie : toutes conditions qui favorisent l'entrée du bacille tuberculeux dans nos organes. À toutes ces misères s'ajoute presque toujours l’alcoolisme.
L'alcool ne peut combattre ni diminuer aucune d'elles ; il ne peut que s’y ajouter, et, compromettant la défense naturelle déjà affaiblie, il rend la tuberculose plus
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Fig. 34. — Rapports parallèles entre la consommation d’alcoai et la mortalité par tuberculose,
fréquente et plus meurtrière chez les buveurs, et, ce qui est plus épouvantable encore, chez les enfants des
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Fig. 35. — Oblitération Fig. 36. — Ramollissement cérébral d’une artère cérébrale. par oblitération
Il n'est pas besoin d’être médecin pour comprendre que cette influence pernicieuse de l'alcool peut s’appli-
Fig. 31. — Anévrisme Fig, 38. — Hémorragie cérébrale des artères cérébrales. par anévrisme.
quer de tous points aux diverses maladies. On sait combien toute boisson tant soit peu alcoolique influence en mal toutes les maladies du rein, du poumon, du cœur, du cerveau. — L'alcool, par les lésions qu'il entraîne sur
les artères du cerveau, est une cause indirecte, mais très fréquente, d’apoplexie et de paralysie. Il y a tantôt rupture de ces artères, tantôt oblitération. On conçoit la gravité des troubles causés par ces altérations des vaisseaux qui nourrissent le tissu nerveux.
L’alcoolisme chronique entraîne dans les hôpitaux l'admission de très nombreux malades. Son rôle sur la morbidité et la mortalité est tel que l’Assistance publique a jugé nécessaire de le signaler, dans une affiche répandue à profusion. En voici le texte qui fut rédigé par MM. Debove et Faisans :
« L’alcoolisme est l’empoisonnement chronique qui résulte de l’usage habituel de l’alcool, alors même que celui-ci ne produirait pas l'ivresse. |
C’est une erreur de dire que l’alcool est nécessaire aux ouvriers qui se livrent à des travaux fatigants, qu'il donne du cœur à l'ouvrage ou qu’il répare les forces; l'excitation artificielle qu'il procure fait bien vite place à la dépression nerveuse et à la faiblesse; en réalité, l’al= cool n’est utile à personne; il est nuisible pour tout le monde.
L’habitude de boire des eaux-de-vie conduit rapidement à l'alcoolisme; mais les boissons, dites hygiéniques, contiennent aussi de l'alcool ; il n'y a qu’une différence de doses; l’homme qui boit chaque jour une quantité immodérée de vin, de cidre ou de bière devient aussi sûrement alcoolique que celui qui boit de l’eau-de-vie,
Les boissons, dites apéritives (absinthe, vermouth, amers), les liqueurs aromatiques (vulnéraire, eaux de mélisse ou de menthe, etc.), sont les plus pernicieuses, parce qu’elles contiennent, outre l'alcool, des essences qui sont, elles aussi, des poisons violents.
L'habitude de boire entraîne la désaffection de la famille, l'oubli de tous les devoirs sociaux, le dégoût du travail, la misère, le vol et le crime.
Elle mène pour le moins à l'hôpital, car l'alcoolisme engendre les maladies les plus variées et les plus meur-
trières : les paralysies, la folie, les affections de l’estomac et du foie, l’hydropisie; il est une des causes les plus fréquentes de la tuberculose. Enfin il complique et aggrave toutes les maladies aiguës : une fièvre typhoïde, une pneumonie, un érysipèle, qui seraient bénins chez un homme sobre, tuent rapidement le buveur alcoolique.
Les fautes d'hygiène des parents retombent sur leurs enfants; si ceux-ci dépassent les premiers mois, ils sont menacés d’idiotie et d’épilepsie, ou bien encore ils sont emportés un peu plus tard par la méningite tuberculeuse ou par la phtisie.
Pour la santé de l'individu, pour l'existence de la famille, pour l'avenir du pays, l'alcoolisme est un des plus terribles fléaux. »