VINGTIÈME LEÇON
Hygiène de la vue : 1. Eclairage. — 2. Myopie par insuffisance d'éclairement. — 3. Poussières et corps étrangers.
L'hygiène de la vue comporte, comme première condition fondamentale, d'éviter les excès et les défauts de lumière éblouissante, de ne pas s’adonner, d'autre part, à des travaux qui exigent un effort visuel, dans une pièce insuffisamment éclairée.
La première imprudence produit, de beaucoup, les accidents les plus brusques. À chaque éclipse de soleil, un certain nombre de curieux qui ont voulu suivre l’éclipse, sans se munir de verres noircis, sont atteints d'inflammation grave de l’œil, et parfois de cécité. Quand on fixe une forte lampe électrique, un foyer de fonte en fusion, on peut également avoir des accidents sérieux. Bien qu'il s'agisse de rayons obscurs, on se défiera également, dans les expériences de physique, de l'irritation produite par les rayons X ou par les émamations du radium.
La seconde imprudence est cause d'accidents moins brusques, mais parfois sérieux (myopie progressive, alfaiblissement graduel de la vision).
Toutes les personnes éprouvant un peu de fatigue oculaire devront se protéger par des verres fumés de couleur bleue, ou mieux orange, arrêtant les rayons les plus irritants — Elles devront toujours travailler, à une lumière suffisante. Plus que les autres, elles observeront des soins minutieux de propreté : lavages fréquents avec l’infusion de thé, avec la solution boriquée, avec l’eau tiède, additionnée par verre de dix gouttes de sous-acétate de plomb liquide. Les linges employés pour ces lavages devront toujours être très propres. On se défiera beaucoup des éponges. Les solutions seront chauffées très modérément.
Éclairage naturel et éclairage artificiel. — L’éclairage naturel par la lumière du jour est, au point de vue de la santé générale comme pour le fonctionnement de la vision avec le minimum de fatigue, le meilleur de tous. Quand nous étudierons les conditions hygiéniques de l'habitation, cette importante condition de l'éclairage naturel, trop souvent méconnue par les architectes, sera reprise en détail. Il n’est que trop fréquent de voir des bureaux, des ateliers, parfois même des classes tellement sombres qu’il faut recourir à l’éclairage artificiel pendant la plus grande partie de la journée. De tels locaux sont toujours très nuisibles pour la nutrition générale et causent la fatigue de l'œil.
Quel est, en hygiène, le meilleur éclairage artificiel P On est souvent, pour le choisir, obligé de tenir compte de considérations économiques autant que des avantages hygiéniques.
L'intensité de la lumière doit aussi entrer en ligne de compte. En général. une lumière intense est, contrairement à l'opinion courante, plutôt avantageuse pour la vue. Celle-ci se fatigue beaucoup plus par un éclairage insuffisant. Rien, par exemple, n’est nuisible aux yeux comme de lire le soir, à la nuit tombante, dans une demiobscurité.
Mais une lumière intense exige, d’autre part, une distribution bien établie, très régulière, venant du hautet, de préférence, de la gauche. Les rayons doivent être suffisamment diffusés par des globes dépolis pour ne pas frapper directement le papier et être, de là, réfléchis brutalement vers les yeux par cette surface blanche. Beaucoup de maux de tête sont dus à l’éblouissement produit par les rayons, soit du soleil, soit des divers modes d'éclairage artificiel mal dirigés et atteignant de façon trop brutale le livre ou les cahiers d'études.
Il va sans dire que la tête du travailleur doit aussi être protégée, autant que possible, contre l’action directe de la lumière trop vive.
Cette protection est surtout indispensable quand l’agent d'éclairage émet, en même temps que les rayons lumineux, des rayons calorifiques (soleil, gaz d'éclairage). Rien n’est pénible comme un travail prolongé sous un bec de gaz trop rapproché et chauffant désagréablement la tête.
L'absence d’odeur, enfin, est une qualité réelle dans le choix d’un éclairage artificiel. Les lampes à pétrole et même à huile, quandelles ne sont pas dirigées avec beaucoup de soin, dégagent, dans un espace clos, une odeur des plus désagréables.
Un des modes d'éclairage artificiel les plus employés, au moins pour l’usage individuel, est la bougie. Celle-ci donne une flamme jaunâtre peu riche en rayons très colorés, assez claire et peu fatigante pour la vue. Mais cette flamme a le défaut d’être variable et oscillante, de diffuser dans tous les sens. En munissant les bougies de petits abat-jour, on évite ces inconvénients. Deux bougies au moins sont nécessaires pour donner une lumière suffisante. Mais beaucoup d'écrivains et de travailleurs préfèrent, au point de vue de la fatigue de la vue, ce système de bougies munies d’abat-jour à tous les autres. — Il ne saurait d’ailleurs s'appliquer à l'éclairage collectif. L'emploi de lustres garnis de nombreuses bougies est
utilisé dans certaines fêtes. Il donne un éclairage fort joli, mais difficile comme entretien et règlement et, en outre, extrêmement coûteux.
La lampe à l'huile, malgré la fixité et la beauté de sa lumière, est de plus en plus abandonnée. Elle exige un entretien long et soigneux. Sinon, elle oblige à des réparations fréquentes et délicates, pour lesquelles les ouvriers compétents se font de plus en plus rares.
La lampe à pétrole a l'avantage de donner facilement une belle lumière, très vive et très blanche. On trouve aujourd’hui des pétroles suffisamment raffinés pour éviter toute odeur désagréable ; mais cette lumière estun peu chaude. Il faut éviter que le foyer de combustion soit trop voisin de la tête du lecteur.
Le bas prix du pétrole et des lampes à pétrole en a beaucoup vulgarisé l'emploi. On ne doit pas oublier que ces appareils présentent des risques très sérieux comme danger d'incendie. La majorité des incendies est due à des lampes à pétrole renversées par terre.
Le gaz d'éclairage, si souvent employé, offre bien des inconvénients. Sa lumière est très chaude. Elle dégage une odeur assez désagréable, Elle n’est pas fixe et varie avec tous les changements de pression dans le circuit conducteur du gaz.
Des perfectionnements nombreux dans la disposition des becs pour brûler le gaz, l'emploi de manchons en terre réfractaire ont atténué ces inconvénients. La chaleur et l’odeur sont diminuées, La lumière est plus fixe ; mais elle devient un peu trop vive et éblouissante. Ces nouveaux becs d'éclairage s'appliquent plutôt aux places publiques, aux grandes salles de réunion qu'aux salles plus petites, et surtout au travail individuel.
Enfin, quel que soit le bec employé, l'éclairage au gaz vicie beaucoup l’atmosphère et dégage des produits de combustion assez dangereux.
Restent enfin deux sources lumineuses moins usuelles,
mais qui seront peut-être de plus en plus employées dans l’avenir : l’acétylène et l’électricité.
L’acétylène offre des avantages inappréciables comme commodité, luminosité, éclairement sans fatigue; maisles appareils actuels exigent des précautions très minutieuses. [ls sont, entre des mains peu habiles, assez dangereux. Ils n’assurent pas toujours une flamme suffisamment fixe.
L’électricité est surtout employée sous forme de lampe à incandescence. Sa lumière est blanche, exempte de rayons colorés, suffisamment fixe. Elle a l'avantage inappréciable de ne dégager aucun gaz viciant l’atmosphère. L'arc électrique est trop éblouissant; mais son emploi indirect à travers un plafond transparent peint en blanc mat est certainement le mode d'éclairage qui se rapproche le plus de la lumière naturelle. Cet éclairage par plafond transparent, très intense tout en ménageant la vue, est de plus en plus employé en Angleterre pour les ateliers, bureaux, bibliothèques, écoles, etc.