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Myopie par insuffisance d’éclairement

Contrairement au préjugé populaire qui redoute surtout pour l’œil la lumière trop vive, l’insuffisance d’éclairement est plus nuisible que son excès. La myopie, en particulier, tient souvent à cette insuffisance. Trélat voulait, pour les pièces destinées au travail, des fenêtres très hautes et occupant le quart de la surface murale. L'exposition au nord est, au point de vue de la luminosité régulière, une des meilleures. Pour les classes en particulier, la lumière doit venir autant que possible de gauche. On doit aussi éviter que le soleil frappe directement le côté gauche. La hauteur des baies doit être suffisante pour que la lumière parvienne largement aux places les plus reculées des fenêtres.

La myopie, parfois si gênante et cause de complications si graves, est, en effet, une maladie acquise, due

aux mauvaises conditions d'éclairage et aux fatigues visuelles de la vie civilisée. Elle n’est ni congénitale, ni héréditaire. Elle tient surtout aux lectures trop prolongées, avec un mauvais éclairage, sur des livres trop fins. Elle est extrêmement rare chez les jeunes enfants. Le docteur Javal ne se souvient pas d’avoir été, au cours de sa carrière de praticien, consulté pour des myopes âgés de moins de sept ans. C’est pendant la vie d’écolier, vers dix ou douze ans, et surtout au collège, qu'on devient myope, parce qu'on lit mal, parce qu’on écrit mal, parce qu'on s’éclaire mal, parce qu’on se tient mal,

Beaucoup de salles d’études sont trop sombres, surtout l'hiver. Si l’écolier fréquente une école bien éclairée, c'est souvent à la maison qu’il trouve une lumière insuffisante. On accuse le gaz ou l'électricité de fatiguer la vue, et l’on travaille dans une demi-obscurité, pour « reposer » les yeux. Les oculistes déclarent, au contraire, qu'il n’y à Jamais trop de lumière artificielle. Il y a très peu de myopes parmi les écoliers de Liège, à observé le docteur Romicé, parce que, dans cette ville, le pétrole est à bon marché, et que les ménages les plus pauvres peuvent s’éclairer avec de fortes et bonnes lampes.

Pour les livres de classe, les lettres noires sur fond blanc produisent un contraste fatigant, d’ailleurs inutile. Imprimées sur un papier de teinte jaunâtre, pauvre en rayons chimiques, les pages seraient aussi lisibles. Les caractères sont trop fins; on renonce trop tôt aux grandes lettres employées pour les débutants. 11 serait sage, au , point de vue de la fatigue visuelle de refuser tout livre qui, tenu verticalement et éclairé par une bougie placée à une distance d’un mètre, ne resterait pas parfaitement lisible pour une bonne vue à la distance d'au moins 80 centimètres.

La lisibilité dépend moins de la hauteur des lettres que de leur largeur. Elle dépend aussi de la brièveté des lignes. Le fonctionnement de l'œil se fait, en effet, par un

mouvement horizontal de gauche à droite. Pour que ce mouvement s’accomplisse à l'aise, il faut : 1° des caractères assez larges; 2° des lignes courtes et n’exigeant pas une excursion trop étendue.

L'écriture à grosses lettres, qui devient de plus en plus à la mode, est également avantageuse pour éviter la myopie. L'écriture droite très lisible est, à cet égard, particulièrement favorable. Elle fatigue moins la vue.

Si malgré, toutes ces précautions la myopie se développe, il conviendra d'en tenir compte, au point de vue du choix d’une carrière. Celles qui fatigueront le moins la vue seront les meilleures.

Les professions exigeant une attention soutenue et des efforts de vision (graveurs, ciseleurs, correcteurs d’imprimerie, stoppeuses, horlogers) seront évitées avec soin par les myopes. Elles déterminent souvent chez eux, à la longue, de graves complications.

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