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Surmenage intellectuel

Le surmenage intellectuel est formé d'éléments très divers et assez complexes. Le facteur le plus brutai et le plus net est la quantité même d’heures consacrées au travail. Pour la préparation à certaines grandes écoles, cette quantité atteint parfois de 12 à 14 heures par jour, Aucun cerveau ne peut naturellement résister, Le cane didat arrive parfois, dans l’énervement de la lutte, à fournir assez longtemps l'effort nécessaire; mais il garde ensuite un véritable épuisement nerveux.

La qualité des études a autant d'importance que la quantité. Tels cerveaux sont réfractaires aux langues, à la littérature, aux mathématiques. L’effort pour l'étude à laquelle ils sont mal adaptés les fatigue énormément, Il faut, en pédagogie, tenir grand compte de ces dispositions et de ces défauts d’aptitudes, variables pour chaque enfant en particulier. Il faut surtout en tenir compte au moment de la crise de l’adolescence, époque où le surmenage est particulièrement fréquent et dangereux.

À la période des études supérieures, ce surmenage est fréquent : la complexité des programmes d'examens

et de concours le rend presque inévitable; la simplification de ces programmes serait bien désirable au point de vue hygiénique. En effet, l'effort imposé est alors d'autant plus fatigant et plus dangereux qu’il survient à la période toujours critique de la puberté.

Parfois aussi, même avec des études modérées et sagement dirigées, intervient, malgré tout, une fatigue réelle. Presque toujours cette fatigue dépend, en ce cas, de quelque souffrance organique. Elle est le premier symptôme d’une maladie plus ou moins grave. Elle est toujours un sérieux avertissement,

Mais, en dehors de l’intensité des études et des aptitudes individuelles, interviennent et prédominent peut-être les conditions mêmes où s'effectue le travail. Les soucis de carrière, les rêves exagérés d’ambition, les déceptions inévitables, la malveillance des concurrents, toutes ces inquiétudes épuisantes de notre vie civilisée fatiguent et surmènent beaucoup de savants, plus que le travail intellectuel. De très grandstravailleurs sontsouvent arrivés à fournir une somme énorme de besogne sans fatigue apparente, en conservant une santé parfaite et en atteignant à l’âge le plus avancé. Ils avaient la sagesse de vivre, suivant le conseil de Pasteur, dans le calme des laboratoires et la paix des bibliothèques. Ils laissaient à d’autres, plus arrivistes, les intrigues et les ambitions. Ils étudiaient beaucoup, mais s’agitaient peu.

L'âpreté de la vie civilisée contribue certainement autant que les excès de travail à la fréquence croissante du surmenage psychique et de la principale maladie que cause ce surmenage , la neurasthénie.

Sur 828 observations de neurasthénie, 114 fois la maladie n’était vraiment due qu’au surmenage intellectuel. Dans les autres cas, ce surmenage s'associait très fréquemment aux chagrins, aux déceptions de carrière, aux revers de fortune, etc.

Fait curieux et qui montre bien quele surmenage scolaire a été fort exagéré : la neurasthénie est fort rare

dans le monde des jeunes écoliers. Elle ne devient fréquente qu'à l'adolescence, au moment des grands concours. Elle atteint son maximum chez les adultes, dont les efforts ambitieux sont particulièrement intenses. Elle diminue de fréquence et surtout de gravité dans un âge plus avancé. Presque toujours la vieillesse apporte, en effet, avec elle une certaine philosophie, qui calme ces troubles nerveux. Suivant la définition de Charcot, la neurasthénie est surtout une maladie de la volonté. Le surmenage qui la cause est surtout produit par des efforts de volonté, dont les enfants sont incapables.

2. Surexcitation de l'imagination et de la sensibilité. Avantages de la modération au point de vue de la santé.

Si les excès de travail sont dangereux, en exigeant un effort trop considérable de l'intelligence, ue la mémoire, de la volonté, il est plus dangereux encore de surexciter soit l’imagination, soit la sensibilité.

L’imagination subit fréquemment des secousses et un surmenage réel, à la suite de lectures romanesques, de récits trop émouvants. Le théâtre, en particulier, exerce sur elle une stimulation très intense, Il y a un danger très réel à surexciter outre mesure cette faculté vagabonde. On risque de perdre la juste notion des choses et des événements. On finit par prendre tout au tragique. Souvent même, on se crée des chagrins et des dangers imaginaires. « Que de larmes, écrivait un philosophe, ont coûtées des maux qui ne sont jamais arrivés ». Ces maux, créés à l’avance et redoutés par l'imagination, sont parfois plus difficiles à supporter que les maux réels.

Non seulement on ne doit pas surexciter l’imagination, mais on doit la discipliner, la diriger raisonnablement vers une tendance à l’optimisme, On doit s’habituer à ne pas « broyer du noir, » Dans la vie tout finit, en général, par s'arranger,

La surexcitation de la sensibilité n’est pas moins dangereuse que celle de l'imagination. Ces deux facultés ne vont pas, à vrai dire, l’une sans l’autre. Les mêmes causes : romans, théâtre, récits exagérés, les irritent toutes deux. Comme agissant spécialement sur la sensibilté, on doit citer les beaux-arts, si précieux comme complément d'une bonne éducation, mais qui offrent un danger réel quand on ne garde pas à leur égard une mesure raisonnable. La passion du chant, de la musique, du dessin, de la peinture, peut fournir une distraction réelle et un plaisir très puissant; mais cette passion, si noble qu’en soit l’objet, est dangereuse comme toutes les passions.

Il faut éviter l’excès, même des sentiments les plus respectables. Au moment de la préparation à la première communion, par exemple, la limite raisonnable est quelquefois ‘dépassée. L’imagination, la sensibilité sont assaillies par une foule d'idées impressionnantes. La santé subit surtout les atteintes de ces émotions extrêmes, particulièrement dangereuses en cet âge délicat de l’adolescence.

Au moment des examens, des concours, l’émulation, l’amour-propre, la crainte d’un échec possible entraînent souvent une fatigue encore plus grande que le travail matériel de la préparation. Il faut, si décisif pour l'avenir que puisse être le résultat, l’envisager avec une certaine philosophie et savoir se consoler d’une mauvaise chance. Un des esprits les plus lucides et les plus énergiques qui aient lutté dans le monde, Napoléon 1%, semblait toujours, même aux moments les plus critiqnes, sans inquiétude et sans impatience. Il dut beaucoup de ses plus belles victoires à son indifférence aux premiers échecs de la bataille, à la ténacité qu’il montrait, même quand la lutie semblait tourner mal, à ne jamais s'avouer vaincu.

La modération, en toutes choses, offre les plus grands avantages, au point de vue de la santé. Au début des

vacances, rien nest plus fréquent que de voir des enfants tomber malades par simple surexcitation, encore plus que par la fatigue exagérée de leurs jeux. Ils semblent, suivant l'expression des parents, comme électrisés, Cette joie folle des premiers jours a pour triste résultat de leur faire passer toute la fin de leur congé dans leur lit,

L'activité raisonnable est bien plus favorable à la santé que le repos absolu. Le repos entraîne le plus souvent l'ennui. On n'arrive que très incomplètement à le chasser par les distractions et par les plaisirs, qui deviennent vite plus fatigants que le travail même.

Un point bien plus important, dans les études et dans les exercices physiques, est d'éviter toujours la précipitation. Elle nécessite une grande dépense de force nerveuse; elle exténue beaucoup plus qu’un exercice prolongé, mais fait sans hâte et avec modération.

Il devient, dans la vie civilisée, de plus en plus indispensable de faire un effort continuel de volonté et de raison pour éviter l'énervement, On agit de plus en plus avec précipitation et comme dans une véritable fièvre. L'automobile, avec sa trépidation et ses courses folles, semble l'emblème de notre époque. Les systèmes nerveux résistent encore grâce à un reste d'équilibre qu'ils doivent à la vie plus raisonnable et plus méthodique de nos ancêtres. Mais, si l’on n’y prend garde, résisterontils encore bien longtemps?

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