VINGT-TROISIÈME LEÇON
Exercices physiques.— 1. Influence du travail musculaire sur le fonctionnement de tous les organes. — 2. Exercices divers. — 3. Gymnastique.
1. Influence du travail musculaire sur Île fonctionnement de tous les organes.
Les contractions musculaires s’accompagnent de phénomènes très complexes, non seulement mécaniques, mais encore thermiques et chimiques. Le travail régulier des différents muscles est, par suite, de la plus grande importance pour l’équilibre de la circulation, le maintien de la chaleur animale et la conservation de la santé. La gymnastique suédoise, qui sera étudiée plus loin, doit précisément ses avantages à ce qu'elle ne néglige aucun muscle. Tous, même ceux qui travaillent le moins dans les conditions ordinaires de la vie civilisée, sont soumis à des exercices systématiques et minutieusement calculés.
Le rôle des contractions musculaires sur la circulation veineuse a déjà été indiqué. À chaque contraction, le sang est chassé dans les veines. La disposition des valvules veineuses permet bien à ce sang qui gonfle les veines de revenir vers le cœur; elle ne lui permet pas de remonter vers la périphérie. On a vu comment la marche était un des moyens les plus énergiques pour faire revenir le sang des pieds et des jambes, malgré l’action contraire de la pesanteur.
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Le rôle de l’activité musculaire sur la respiration a été aussi signalé. — Non seulement les muscles sont les agents directs de l'inspiration; non seulement ils apportent avec l'élasticité pulmonaire un concours efficace à l'expiration; mais, à côté de ce rôle direct exercé par les muscles du thorax, les muscles les plus éloignés augmentent, par leur travail, l’activité respiratoire. — Tout effort, même fort loin du thorax, à la main, par exemple, porte au maximum la pression de l'air dans le poumon.
Sur la digestion, le travail musculaire n’agit pas seulement en provoquant une circulation sanguine plus active et, par suite, en favorisant la sécrétion du suc gastrique, du suc intestinal, du suc pancréatique, de la bile. — Tous les efforts exigent une contraction des muscles propres de l'abdomen. Cette contraction agit mécaniquement, en favorisant l'évacuation par le pylore des aliments qui ont séjourné dans l'estomac, la progression régulière de ces aliments dans le long trajet de l’intestin, le déversement de la bile et du suc pancréatique qui viennent se mêler au contenu intestinal. — La constipation, si fréquente chez les sujets à profession sédentaire, esi à peu près inconnue de ceux qui exercent des professions actives. Ces dernières, à moins de grosses fautes contre la sobriété, mettent également, d’une façon presque complète, à l'abri de la dyspepsie et des calculs biliaires.
Il n’est pas jusqu’au forctionnement du rein et à l’élimination de l'urine qui ne soient facilités par le travail musculaire. [ci, l’action favorable est, avant tout, d'ordre chimique. Chaque contraction contribue à oxyder, à transformer en produits moins toxiques et plus solubles les déchets (acide urique, créatine, créatinine) qui se trouvent toujours mêlés au sang et qui doivent être éliminés par l’urine. — Un chiffre fera bien comprendre l'intensité de ce travail d'oxydation. A l’état de repos, le sang artériel qui pénètre dans les muscles contient
7 vol. 31 d'oxygène. Le sang veineux, à la sortie, en renferme encore 7 vol. 27. La proportion d'oxygène utilisé est donc fort peu considérable. Mais que le muscle exécute une série de contractions successives et la proportion d'oxygène dans le sang veineux s’abaisse à 4 vol. 20. Près de la moitié de l'oxygène total se trouve ainsi utilisée,
Ce sont ces oxydations et ces combustions intra-musculaires qui sont la principale source de la chaleur animale. Le corps se refroidit facilem°nt au repos et dans le sommeil. Il s’échauffe par l'exercice. Cependant, les contractions faites sur place, sans travail, sont celles qui donnent le plus de chaleur. Quand la contraction est utilisée par un effort mécanique, pour élever un poids, par exemple, une partie de la chaleur produite se transforme en force. Quand on veut se réchauffer, après avoir eu froid, les exercices les plus violents ne sont donc pas les plus efficaces. — Les mouvements qu’on fait pour se frictionner doucement ont une action bien supérieure; en outre, la friction elle-même contribue à rétablir la circulation. Un des moyens Its plus puissants consiste aussi à remuer assez longtemps, à étendre et à fléchir tour à tour les doigts et les orteils. La gymnastique suédoise utilise beaucoup ces mouvements des orteils, très elficaces pour combattre le froid aux pieds et pour faire disparaître la tendance aux engelures et aux varices.
Un certain nombre de poisons : la nicotine, l'alcool, ont, au contraire, parmi leurs résultats funestes, la propriété de paralyser l’irritabilité musculaire. — De là proviennent les refroidissements si dangereux dont sont victimes fréquemment les ivrognes. Ainsi s'explique l'action nuisible de ces poisons sur le cœur. Le cœur n’est, en effet, qu'un muscle, et le muscle le plus actif de tous. De la naissance à la mort, il doit fournir un travail continu et considérable, se contractant soixante à quatrevingts fois par minute.