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VINGT-CINQUIÈME LEÇON

1. Solicarité au point de vue de l'hygiène. — 2. Microbes. Leur rôle bienfaisant ou nuisible dans l’organisme. — 3. Stérilisation, désinfection.

Le rôle de l'hygiène sociale n’est bien connu que depuis très peu d'années. Sa valeur pour diminuer la fréquence des maladies, pour abaisser la mortalité, compense largement les dépenses nécessaires pour lutter, avec efficacité, contre les maladies contagieuses. Cette question de la dépense est en réalité la seule ee qui soit encore faite aux progrès de l'hygiène sociale. Mais ces dépenses sont pour la plupart collectives, consenties par la société, et non des dépenses individuelles. En France, les sacrifices faits (en particulier contre la tuberculose) n'ont été jusqu'ici ni assez grands ni assez généraux. Les classes riches finiront par comprendre la nécessité de ces sacrifices. Dans les maladies contagieuses, elles sont, en effet, unies aux classes pauvres par une étrange solidarité sociale. Telle tuberculose contractée dans un logement insalubre de Montmartre se répercute dans l'hôtel le plus brillant des Champs-Élysées. »

« La santé publique, écrit très justement M. Henri Monod, dans son beau livre sur la législation sanitaire de la France, est peut-être le domaine où le fait social

de notre dépendance mutuelle de la solidarité humaine se manifeste avec le plus d’évidence. À chaque instant, chacun de nous, sans qu'il s’en doute, influe sur la santé, sur la vie d'êtres humains qu’il ne connaît pas, qu'il ne connaîtra jamais; des êtres que nous ne connaîtrons jamais ou qui sont depuis longtemps disparus influent à chaque instant sur notre santé, sur la santé de ceux que nous aimons, sur les conditions essentielles de notre bonheur. À ce titre, le souci de la santé publique devient un devoir pour tout bon citoyen. »

Les microbes sont des végétaux très inférieurs. Leur constitution est extrêmement simple; ils sont formés, en général, par une seule cellule, une sorte de sac renfermant une substance transparente et homogène. Mais, par suite de cette simplicité même, leur pullulation se fait avec une extrême rapidité. On en trouvera plus loin de curieux exemples. Ceite pullulation extraordinairement rapide leur permet, dans certaines maladies, d’envahir d'une façon en quelque sorte foudroyante tout l’organisme.

Au point de vue botanique, les microbes sont des algues à une seule cellule. Ils furent très longtemps rattachés à la classe des champignons. Ils se rapprochent, en effet, des champignons par l’absence de chlorophylle ou pigment vert des plantes. [ls s’en rapprochent aussi par la possibilité de sécréter dans certains cas des substances très toxiques, de véritables poisons.

Au point de vue de leurs fonctions vitales et de leurs conditions d'existence, les microbes offrent à étudier une série de questions importantes : leur végétabilité, leur virulence, leur reproduction, leurs divers habitats, leur rôle saprophytique ou pathogène, qui les rendent soit nuisibles, soit indifférents, parfois même d'une certaine utilité.

Végétabilité. — Comme tous les végétaux, les microbes ont une croissance plus ou moins luxuriante, abondante et rapide. Dans quelques cas, cette croissance est telle qu’elle modifie singulièrement leur forme et fait croire à une ou plusieurs espèces différentes. Ces variations tiennent surtout, comme pour toutes les plantes, à la richesse ou à la pauvreté du milieu en matières nutritives. À la longue, les milieux les plus riches peuvent aussi s'épuiser. Le climat favorise ou entrave leur végétabilité. Le choléra habite surtout les bords du Gange, et la fièvre jaune, le golfe du Mexique. L’humidité et l'obscurité sont, comme pour tous les végétaux inférieurs, des conditions très favorables. Une température moyenne, ni trop élevée ni trop basse, favorise aussi la végétation.

Par contre, la lumière solaire est le plus puissant des agents qui suppriment la végétabilité des microbes, Le bacille de la tuberculose lui-même, si résistant, est détruit en quelques heures, Le soleil est donc le grand purificateur et le meilleur des antiseptiques.

Cette notion si simple est trop souvent méconnue en architecture. Toutes les constructions obscures et non ensoleillées, où la lumière nepénétre pas suffisamment, deviennent des foyers dangereux d'infection. « Là où le soleil n’entre pas, dit justement un proverbe, le médecin entre. »

Ce rôle capital de la lumière pour la conservation de la santé a été d’ailleurs longuement étudié plus haut.

Virulence. — La virulence est distincte de la végétabilité. La virulence est la propriété qu'ont certains microbes d'impressionner l'organisme vivant, d'y produire des troubles plus ou moins graves. Ces troubles sont, au fond, un véritable empoisonnement. Ils tiennent, avant tout, aux produits toxiques fabriqués plus ou moins abondamment par les microbes. En dehors de leur qualité, l’activité de ces produits est elle-même très

variable. Ces variations ne sont pas sans exemple pour d'autres empoisonnements végétaux. Pouchet a, par exemple, remarqué que la toxicité des champignons ne dépendait pas seulement de l'espèce, mais de l’année plus ou moins sèche ou plus ou moins humide, de la contrée. Telles espèces ordinairement inoffensives et comestibles peuvent, dans certaines conditions de climat et de terrain, devenir dangereuses.

Plus encore que la végétabilité, la virulence s’atténue par la lumière, par la forte chaleur, par la dessiccation, par l'exposition à l’air. En vieillissant, la plupart des microbes perdent peu à peu leur virulence. On conçoit donc que certaines maladies s’épuisent et guérissent d’elles-mêmes au bout d’un certain temps. Ce temps est parfois même assez fixe, comme dans la pneumonie.

Inversement, en passant d’un sujet à un sujet prédisposé, les microbes peuvent acquérir une virulence croissante, Dans les laboratoires, en choisissant bienles animaux en expérience, on arrive à obtenir des cultures extrêmement dangereuses et toxiques. Dans les épidémies humaines, les premiers cas sont souvent assez bénins et la virulence paraît croître de proche en proche, à mesure que se transmet l'épidémie.

Reproduction. — Les microbes se reproduisent et se développent avec une rapidité dont rien, dans l’observation des végétaux supérieurs, ne peut donner l’idée. Dans les fermentations, phénomènes où les microbes jouent le rôle essentiel, une parcelle de levain initiale se multiplie en quelques heures de façon prodigieuse et transforme toute la masse en fermentation. L'exemple le plus souvent cité est le suivant. En quelques heures, un microbe, le leuconoctoæ, qui pousse sur les jus sucrés, arrive parfois à remplir et à combler les immenses cuves des sucreries. Cette propriété est une des plus curieuses et des plus importantes,

Elle explique, en effet : 1° la prodigieuse diffusion des

microbes ; 2° la rapidité extraordinaire avec laquelle, dans certaines maladies, ils envahissent l'organisme entier.

La multiplication peut se faire par simple division transversale. En deux heures, un microbe se divisant ainsi en deux peut fournir deux éléments adultes. Ceuxcipeuvent se multiplier à leur tour. Faites le calcul et vous verrez qu'en moins de trois jours le nombre de microbes ainsi créé par cette série de dédoublements devient réellement prodigieux. Leur poids, d’après un calcul de M. Duclaux, atteindrait 7500 tonnes au bout de ces trois jours |

Cette reproduction si rapide par division suppose des conditions favorables (terrain organique, température) pour l'existence du microbe, Mais, quand ces conditions deviennent moins propices, la reproduction n'est pas pour cela interrompue.

M. Pasteur, en 1869, dansun de ses plus beaux travaux, a étudié un deuxième mode de reproduction microbienne, par spores ou par graines.

Cette reproduction est moins rapide que la précédente, mais elle se fait sur les terrains les moins favorables. En outre, bien plus que les microbes eux-mêmes, les spores ont une vie très forte et très résistante. Elles se détruisent avec la plus grande difficulté par la dessiccation, par la chaleur, par les antiseptiques. La lumière elle-même ne les tue que plus lentement. C'est là une des plus grosses difficultés pratiques de la désinfection.

Suivant que, chez l’homme, la multiplication aura lieu très rapidement par division ou plus lentementpar spores, on conçoit que la même espèce morbide puisse produire tantôt des accidents aigus et rapides, tantôt, sur un individu plus résistant, des accidents lents et chroniques.

Habitat et rôle des microbes. — Les microbes ont donc une puissance de reproduction extraordinaire. Ils comportent, en outre, un nombre énorme d'espèces diverses. On conçoit qu'ils soient extrêmement répandus.

MICROBES 315 Sous eurs deux formes : microbes pathogènes (nuisibles aux êtres vivants) et microbes saprophytes (simples parasites à peu près inoffensifs des tissus morts, jouant parfois même un rôle utile), ils se rencontrent en réalité partout.

La présence des microbes dans l'air, leur rôle dansles fermentations fut la première découverte de Pasteur. C'est d’elle qu'est née toute la bactériologie, ou science des microbes.

En premier lieu, les microbes pathogènes sont assez rares dans l'air. Tout au plus, surtout dans les caves humides, rencontre-t-on les microbes de la suppuration. Le bacille de la tuberculose peut également s’y trouver. : Mais la plupart des germes de l’air sont des germes inoffensifs.

En second lieu, l'air libre, l'air de la campagne, l'air des altitudes élevées, l’air de la pleine mer sont à peu près vierges de germes. Ceux-ci n'apparaissent ennombre qu’au voisinage des agglomérations humaines. La poussière, les détritus en putréfaction, en augmentent prodigieusement le nombre. A Paris même, dans le parc de Montsouris, Miquel trouvait seulement 75 germes par mètre cube d'air. Dans une salle de l'hôpital de la Pitié, le chiffre par mètre cube atteignait 1600.

Bref, la dissémination des germes par l’air (exception faite peut-être pour la variole) paraît assez restreinte.

Dans le sol, la richesse microbienne devient, au contraire, inouïe. Dans les villes surtout, la terre est imprégnée de germes aussi variés qu'innombrables. Par suite, les travaux de terrassement deviennent parfois le point de départ de formidables épidémies.

Par bonheur, ces germes du sol sont en grande majorité des saprophytes inoffensifs. [ls jouent même un rôle utile en étouffant par concurrence vitale les microbes pathogènes. Ils les font disparaître, comme dans un champ les plantes les plus robustes et les plus abondantes étouffent les plantes plus faibles et plus clairsemées, [ls deviennent ainsi un agent d'épuration. En outre,

ils détruisent les matières organiques et favorisent leur absorption par les plantes. C’est en raison de leur rôle pour la nutrition des végétaux et la destruction des microbes nuisibles qu’on a pu parfois parler de microbes bienfaisants, de microbes indispensables à la vie. Par leur rôle dans les fermentations, les microbes sont également utiles. Leur intervention dans les phénomènes de la digestion gastrique et intestinale semble certaine, mais n’est pas encore bien connue. C’est pourtant une donnée acquise que la cellulose dont est formé le tissu des végétaux ne peut être digérée que grâce à l’intervention des microbes saprophytes de notre tube digestif. Ces microbes semblent égalementutiles pour lutter contre les agents infectieux introduits avec les aliments, comme ils luttent contre les espèces pathogènes des matières organiques en putréfaction ou bien du sol,

Malgré cette concurrence des saprophytes, des germes très dangereux : microbes du charbon, du tétanos, de la septicémie se rencontrent souvent dans le sol, Leur présence explique les graves accidents qui surviennent sur les plaies salies par la terre. Le bacille de la tuberculose paraît aussi assez fréquent. Le bacille du choléra peut s’y rencontrer en cas d’épidémie, Le bacille de la fièvre typhoïde ne se rencontre pas au-delà de cinquante centimètres de profondeur ; mais il conserve longtemps sa virulence. Grancher et Deschamps ont vu sa vitalité persister après cinq mois et demi.

Sauf le cas de blessures souillées par la terre, les microbes du sol se transmettraient difficilement à l’homme, s'ils ne trouvaient dans l’eau un véhicule actif et fort important. Brouardel a eu le grand mérite de montrer le rôle prépondérant de l’eau comme agent de transmission épidémique. L'eau joue le principal rôle dans les épidémies de fièvre typhoïde, de choléra, de dysenterie. Son rôle dans la tuberculose ne paraît pas négligeable. On sait quelle est, à propos des eaux potables, l'extrême importance de leur pureté bactériologique.

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