Divers modes de contagion et de pénétration de ce germe
Le germe tuberculeux peut pénétrer dans notre organisme par trois voies de contagion différentes :
Par la voie respiratoire ;
Par la voie digestive ;
Par l’inoculation sous la peau.
Ces trois modes de contagion sont d’inégale importance. L’inhalation des poussières renfermant le bacille de Koch, poussières provenant surtout des crachats desséchés, est le mode d’infection le plus fréquent et le plus redoutable. Cependant l'infection par la voie digestive (surtout par le lait provenant de vaches contaminées) paraît assez fréquente. Elle semble plus fréquente même
que l'infection par les voies respiratoires, chez les jeunes enfants. L’inoculation sous la peau n’est pas très rare chez les médecins, les chirurgiens, les infirmiers chargés du nettoyage des crachoirs, chez les bouchers dépeçant sans précaution des animaux tuberculeux. Dans leur Carnet contre la tuberculose, MM. Brouardel et Lagrue ont remarquablement résumé sous une forme claire et familière ces trois modes de contagion.
1° Propagation par la voie respiratoire. — « Les germes de la tuberculose se trouvent dans les crachats desséchés.
Un phtisique rejette chaque jour dans ses crachats, même dans la période où il n’est pas alité, des quantités innombrables de bacilles.
Si les crachats se dessèchent, le moindre courant d’air suffit pour disperser la poussière qui en résulte, avec Les milliers de germes tuberculeux dont elle est chargée.
Cette poussière pénètre par le nez et surtout par la bouche ouverte ; elle arrive aux bronches et, si les bacilles trouvent un bon terrain, ils créent dans les poumons de petits foyers d'infection.
Pensez qu'un seul crachat contient des millions de germes et peut contaminer 10.000 personnes!
La contagion peut encore se propager par l'inspiration des très fines gouttelettes de salive que le tuberculeux rejette en toussant, en éternuant, ou simplement en parlant.
2° Propagation par la voie digestive. — « La tuberculose peut également se transmettre par la voie digestive. Ainsi, quand vous rongez votre porte-plume, votre crayon ou votre gomme, quand vous léchez votre ardoise pour l’effacer, quand vous jouez d’un instrument avec une embouchure qui a servi à d’autres personnes, “quand vous tournez les pages d’un livre en mouillant votre pouce, non seulement vous vous livrez à des actes
qui ne sont pas conformes aux règles de la bienséance, mais encore vous risquez de contracter la tuberculose : tous ces objets peuvent être souillés de poussière contenant des germes tuberculeux qui, avec votre salive, pénèirent dans le canal digestif.
Pour la même raison, il peut être dangereux de manger des fruits ou des gâteaux, qui ont pendant quelque temps fait létalage ; des expériences très minutieuses ont prouvé que les poussières dont sont recouvertes ces denrées contiennent des bacilles de la tuberculose.
D'autre part, la tuberculose est transmissible de l'animal à l’homme, et réciproquement.
L'identité de la tuberculose de l’homme et de celle des mammifères semble très probable; l'agent de la maladie, le bacille, est le même; les moyens de propagation de la contagion sont analogues.
Les vaches surtout sont souvent tuberculeuses.
L'homme peut les infecter.
En voici deux exemples frappants: Il y a quelques années, un gros fermier des environs du Mans possédait une vacherie modèle dont il se montrait très fier, à juste titre. Toutes les ressources de l'hygiène se trouvaient réunies dans cet établissement : propreté méticuleuse, aire dallée et étanche, parois en marbre, vaches superbes, soumises à l'épreuve de la tuberculine. Le ministre de l'Agriculture eut l’occasion de visiter cette vacherie et félicita chaudement son propriétaire. Or, dix-huit mois plus tard, toutes les vaches de cet établissement étaient tuberculeuses! On se perdait en conjectures, lorsqu'on s’aperçut que le vacher était tuberculeux et qu’il crachait par terre. N'est-ce pas typique ?
« Dans un asile tuberculeux, nous dit le docteur Knopf, où il n'existait pas assez de surveillance médicale, la règle interdisait de cracher par terre à l’intérieur de la maison, mais ne soumettait les malades à aucune obligation pour ce qu'ils avaient à faire audehors. Aussi, pendant leur promenade, les tuberculeux crachaient où bon
leur semblait. Dans le voisinage paissaient des vaches dont le propriétaire surveillait la santé par l’épreuve de la tuberculine. Peu de temps après, plusieurs de ces vaches devinrent tuberculeuses, et il fut facile de remonter à la cause de l'épidémie, La contagion ne cessa qu'après qu'on eut sacrifié toutes les bêtes malades et qu’on eut défendu aux tuberculeux de l'asile voisin de se promener dans la ferme et ses dépendances. »
Réciproquement, la vache peut infecter l’homme.
M. le professeur Nocard, de l'Ecole vétérinaire d’Alfort, raconte à ce sujet :
« Il y a douze ans, dans un couvent près de Chartres, huit jeunes filles, appartenant à des familles indemnes de toute tare tuberculeuse, furent en même temps atteintes de phtisie ; on fit des recherches et l’on reconnut que la vache du couvent, dont ces jeunes filles buvaient le lait, était atteinte de mammite tuberculeuse, »
Le lait fourni par une vache tuberculeuse n’est pas nécessairement dangereux. Mais il devient nocif pour l’homme, et surtout pour l'enfant, quand l'animal qui le fournit est atteint de mammite tuberculeuse (tuberculose de la mamelle).
Les viandes tuberculeuses peuvent également être un agent de contagion. Il faut particulièrement se défier du porc, car cet animal contracte facilement la tuberculose ; sa chair entre, pour une grande part, dans l'alimentation des gens de la campagne et, surtout quand elle est fumée, elle est consommée crue ou mal cuite. Les abats (cervelle, foie, rognons, mou) sont encore plus dangereux que la viande ordinaire prise en plein muscle. Les abats doivent toujours être mangés très cuits.
3° Contagion par inoculation. — Lorsque des bacilles se trouvent en contact avec une plaie ouverte on une lésion quelconque, l'individu peut être infecté: c’est la contagion par inoculation. La pratique bizarre et barbare du tatouage à pu être, de cette façon, suivie quel-
quefois de tubeiculoses locales. L’aiguille dont se sert le tatoueur devient un agent d’inoculation.
Lésions propres à chaque mode de pénétration. — Le bacille de la tuberculose produit dans les divers organes des lésions très sérieuses et très variées. Le poumon est l'organe le plus fréquemment atteint; aussi, dans le langage ordinaire, poitrinaire est-il souvent pris comme synonyme de tuberculeux. Mais tous les organes saas exception peuvent être envahis par la tuberculose.
Parfois les bacilles se développent d'emblée en quantités prodigieuses. Leur invasion est foudroyante. La mort survient en quelques jours. C’est la phtisie galopante ou suralguë.
Mais, en général, la marche de la tuberculose est lente, progressive, avec des améliorations, des rechutes. Parfois la guérison survient, même dans des cas en apparence désespérés. Aussi Grancher a-t-il pu dire que la tuberculose était la plus curable des maladies chroniques.
Cette curabilité est réelle ; mais elle n’est fréquente et complète que quand la maladie est soignée dès le début.
Aux périodes avancées, le bacille a détruit plus ou moins complètement les tissus de l’organe envahi. Il en résulte des pertes de substance, des ulcérations, souvent même de véritables cavernes. La cicatrisation de ces cavernes est difficile. Quand elle finit, à la longue, par s'effectuer, elle laisse des cicatrices gênantes et doulou« reuses. Ces cicatrices cèdent facilement au moindre effort, Ces tuberculeux, soignés trop tard, restent, comme on l’a dit, des invalides du poumon.
Suivant le mode de pénétration, le début est un peu variable.
Dans l'infection par les voies respiratoires, le début a souvent lieu par un rhume tenace et prolongé, un enrouement pénible, un crachement de sang, une pleuvésie.
Dans l'infection par les voies digestives, le début s accuse par de la diarrhée, quelquefois par des hémorrhagies intestinales, souvent par de la péritonite, soit sèche, soit avec épanchement liquide plus ou moins abondant,
Dans l'infection par la peau. une ulcération peut survenir directement au point infecté. Mais souvent l’érosion a été très légère. Elle s’est cicatrisée. Ce sont les ganglions de la région qui se tuméfient et semblent être envahis les premiers. Ils deviennent rouges, puis suppurent en formant des abcès froids. Cette tuberculose ganglionnaire est assez commune chez l’enfant.