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Moyens préventifs à employer

Le germe de la tuberculose est si répandu, les précaue tions prises contre lui sont encore sirudimentaires qu'il est bien difficile de se soustraire à tout risque de contagion. Au dernier Congrès de la tuberculose, Marfan a, dans un rapport remarquable, étudié les moyens de soustraire les enfants à ce danger. Tout ce qu'il a écrit peut s'appliquer également aux adultes. « Nous devons, écritil, envisager deux cas : 1° celui où l'enfant ne cohabite pas avec un tuberculeux; 2° celui où l’enfant vit dans un foyer que souille la présence d'un tuberculeux. En ce dernier cas, les précautions à prendre sont importantes, minutieuses. Elles seront surtout dirigées par le médecin de la famille.

PREMIER Cas : L'enfant ne cohabite pas avec un tuberculeux, — Il sera alors relativement facile de le préserver de la contagion tuberculeuse; il faudra, pour cela : 1° empêcher la contagion par le lait ; 2° empêcher la contagion par les crachats, au moment des sorties et des promenades de l'enfant; 3° empêcher la contagion dans le cas d’un changement d'habitation.

Les mesures pouvant satisfaire à ces trois indications s'appliquent à tous les enfants sans exception.

1° La prophylaxie de la tuberculose transmise par le lait

des bovidés peut être réalisée facilement. Il suffit de faire

chauffer le lait à une certaine température pour détruire

le bacille de la tuberculose qu'il peut renfermer. Ce

microbe meurt, lorsque lelait est porté à une température: de 100° pendant 2 ou3 minutes {le lait bout à 100°, 5 à peu

près), de 85° pendant 5 à 10 minutes, de 75° pendant une

demi-heure. D’après Rullmann, la température minima à

laquelle le bacille meurt dans le lait est celle de 68°, pro-

longée pendant une heure, et encore à la condition quele

liquide soit soumis pendant le chauffage à une agitation

continue. Si l’on a le soin, lorsque le chauffage est ter-

miné, de refroidir brusquement le lait, comme on le fait

dans la pasteurisation, on réalise une excellente opération ; elle ne modifie pas le goût du lait, qui, ainsi traité,

ressemble à du lait cru ; elle n’altère que peu ou pas l'albumine et la lécithine qu’il renferme ; elle conserve au

lait ses enzymes, qui sont détruits au-dessus de 69. Les

intéressantes recherches de Rullmann ne donnent pas,

toutefois, une solution pratique de la question ; la pasteurisation, dans laquelle rentre le procédé de Rullmann, exige des appareils compliqués et ne peut être réalisée dans les ménages; le lait ne peut être pasteurisé qu'en grand, et le lait pasteurisé doit être consommé dans les

vingt-quatre heures qui suivent l'opération; toutes ces

conditions empêchent la pasteurisation d’être un moyen

pratique de prophylaxie antituberculeuse.

Dans les ménages, on se servira, ou de lait stérilisé industriellement, ou de lait bouilli, ou de lait chauffé au bain-marie à 100°, suivant le procédé de Soxhlet ; tous ces procédés assurent la destruction du bacille de la tuberculose. D'après notre expérience, quand on a le choix, le meilleur procédé de purification du lait par la chaleur, celui qui assure la destruction du bacille de la

tuberculose et concilie une stérilisation suffisante et un .minimum d’altération des principes du lait, consiste à chauffer le lait au bain-marie à 100° dans un appareil du genre Soxhlet, non pendant 40 minutes, mais durant 10 minutes pendant la saison froide, et 20 minutes pendant la saison chaude ‘, Pour que le procédé donne de bons résultats, il faut : 1° que le lait soit chauffé le plus tôt possible après la traite (moins de six heures pendant l’hiver, moins de trois heures pendant l'été) ; 2° que le lait ainsi traité soit consommé en moins de vingt-quatre heures,

Puisque le bacille subsiste dans le beurre, celui-ci devra être préparé avec du lait ou de lacrème pasteurisés ou stérilisés.

Peut-être un jour viendra où nous n’aurons plus besoin de chercher à détruire le bacille de la tuberculose dans le laït, parce que la législation édictera l'obligation de l'épreuve de la tuberculine pour tous les bovidés, l'isolement des bêtes infectées ou seulement suspectes et la défense d'en utiliser le lait. S'ilest vrai que, même stérilisé, le lait tuberculeux peut nuire encore par les cadavres de bacilles qu’il renferme, il faut souhaiter que ce Jour arrive. Mais, en attendant, recommandons de toutes nos forces l'emploi du chauffage du lait dans les conditions que nous avons déterminées. Nous avons là un moyen simple etefficace d'empêcher la transmission de la tuberculose par le lait.

2° Il faut, en outre, surveiller les sorties et les promenades de l’enfant, pour qu’il ne contracte pas la tuberculose hors de la maison. On l’empêchera d’entrer en contact avec des personnes tuberculeuses ou seulement suspectes; on ne le laissera jamais embrasser par un inconnu. À ce point de vue, les adultes doivent être plus

1. Dans les appareils du genre Soxhlet, lorsque l’eau du bain-marie bout depuis 10 minutes, la température du lait contenu dans les flacons est toujours supérieure à 90e,

redoutés que les jeunes sujets; ceux-ci sont peu dangereux, soit parce qu'ils présentent le plus souvent des foyers fermés, soit parce qu’ils ne crachent pas. On empêchera surtout l’enfant de jouer avec de la terre dans tous les lieuxpublics(jardins, promenades, etc.), où des phtisiques peuvent avoir craché : on lui fera perdre l’habitude de porter ses doigts à sa bouche ou dans son nez etde manger ses ongles; et, dès sa rentrée à la maison, onlui lavera les mains et on lui brossera les ongles avec de l’eau chaude et du savon; on recommencera ce nettoyage avant chaque repas.

3° Quand une famille change d'habitation, son chef doit se préoccuper de savoir si le nouveau logement qu’elle va occuper n’a pas abrité un phtisique. Dans l’affirmative, avant d'emménager dans ce nouveau local, le chef de famille fera prendre les mesures suivantes :

Pendant un mois, le logement restera inhabité, sera soumis à une aération continue et exposé aussi complètement que possible à la limière solaire; si les rayons du soleil pouvaient pénétrer directement dans tous les coins et recoins de l'habitation, la désinfection serait complète au bout de très peu de jours ; mais, comme cette condition n’est presque jamais réalisable, il vaudra mieux prolonger la période d'aération et d’ensoleillement et la faire suivre d’une désinfection proprement dite, comprenant la formolisation et des lavages avec une solution, renfermant, par litre, 2 grammes de sublimé corrosif et 20 grammes de chlorure de sodium.

Ces mesures, relativement faciles à prendre, s’appliquent à tous les enfants indistinctement.

DEUXIEME cas : L'enfant cohabite avec untuberculeux. —

Voici en ce cas les précautions les plus essentielles.

1° Pour éviter la contagion médiate, le phtisique devra toujours expectorer dans un crachoir de poche ou d'appartement, contenant une certaine quantité de liquide antiseptique (par exemple, une solution phéniquée à

5 pour 100 et colorée) ou contenant au moins un peu d'eau et ne renfermant jamais des matières pulvérulentes, telles que du sable, du son ou des cendres. Ces crachoirs doivent être ensuite vidés chaque jour et nettoyés à l’eau bouillante ou désinfectés par une solution de soude à 10 pour 100, colorée avec de la teinture de tournesol. Jamais ils ne doivent être déversés sur les fumiers ou dans les cours et les jardins.

L'usage de cracher dans un mouchoir présente des

AN A j

Fig. 49. — Crachoir de table (ce Fig. 50.

crachoir est en verre et facile Crachoir de poche démontable à stériliser), et stérilisable.

dangers. Mais, quand on n’emploie pas le crachoir, il vaut encore mieux cracher dans un mouchoir que sur le sol ; car on peut, en partie, supprimer le danger du mouchoir, soit en adoptant l’usage de mouchoirs de papier qui, après avoir servi, sont recueillis dans une boîte de fer-blanc pour être brûlés à la fin de la journée, en même temps qu'on désinfecte la boîte par le flambage ou l’eau bouillante ; soit, si l’on garde le mouchoir de linge, en le changeant très fréquemment, enle recueillant dans une boîte métallique quand il a servi et en le faisant passer à l’eau bouillante avant de le mélanger avec le linge sale,

Les mêmes précautions devront être prises à l'égard des draps de lit et de tous les linges qui auraient pu être

maculés par l’expectoration ou les déjections des tuberculeux. |

Tous les ustensiles de table qui auront servi au phtisique (assiettes, verres, fourchettes, cuillers, etc.) seront passés à l’eau bouillante après chaque repas. Et même, cette précaution prise, il vaudra mieux qu'ils ne servent qu’au malade. Les mêmes mesures s'appliquent à tous les objets dont a fait usage un tuberculeux.

Dans l'appartement comme au dehors, l'enfant peut ramasser des poussières tuberculeuses et les porter dans sa bouche ou dans son nez. Ce mode de contagion sera évité par les mesures que nous avons déjà indiquées plus haut : combattre l'habitude de porter les doigts dans la bouche ou dans le nez, nettoyage fréquent des mains.

2° Si ces prescriptions étaient suivies rigoureusement, elles suffiraient à assurer la prophylaxie de la tuberculose. Mais comme, sciemment ou non, des infractions à ces règles peuvent être commises, on ne saurait opposer trop de barrières à la contagion, et l’on se trouvera bien de compléter cette police parles mesures suivantes, qu’on pourrait appeler mesures de sûreté.

Théoriquement, siles règles concernant l’expectoration étaient bien appliquées, le balayage et l’époussetage seraient sans danger; il n’y aurait qu'un médiocre inconvénient à soulever des poussières, si celles-ci ne renferment pas le bacille de la tuberculose. Toutefois, partout où on le pourra (parquet de bois, plancher recouvert de carrelage ou de mosaïque, ou garni de linoléum, ou murs peints à l'huile), il faudra remplacer le balayage et l'époussetage par le lavage au linge mouillé, qui ramasse et fixe les poussières, au lieu de les disséminer dans l’atmosphère ; on désinfecte ensuite ce linge par l'immersion dans l’eau bouillante ou dans une solution antiseptique (par exemple, un gramme de sublimé corrosif et quatre grammes d’acide tartrique pour un seau d'eau).

L'appartement occupé par un phtisique sera assaini par la pénétration aussi longue et aussi prolongée que pos-

sible de la lumière solaire, par des nettoyages fréquents et par des désinfections faites à intervalles réguliers, Si le logement est petit, difficile à aérer et à ensoleiller, impossible à nettoyer à fond, en un mot s’il est insalubre, il devra être abandonné, et la famille devra se loger dans de meilleures conditions d'hygiène. A ce point de vue, il est à désirer que les pouvoirs publics soient de plus en plus exigeants pour la propreté générale des villes, la salubrité des constructions nouvelles et l’assainissement des anciennes. La diminution de la mortalité par tuberculose, constatée en certains pays, en Angleterre et à New-York, a été la conséquence des mesures d'hygiène générale qui y ont été prises. »

Mesures de prophylaxie relatives à la résistance de l’organisme humain. — L'étude des causes prédisposantes permet de pressentir l'importance et la nature de ces mesures de prophylaxie individuelle.

La sobriété, l’abstention complète d'alcool et d’essences (absinthe, amer, bitter) doivent être placées au premier rang,

Une bonne alimentation simple et saine constitue aussi un moÿen puissant de défense, Un sujet suffisamment nourri a les plus grandes chances de résister aux contagions tuberculeuses. En reportant sur le budget de la nourriture l'argent gaspillé pour l'alcool et le tabac, on pourrait bien souvent éviter la maladie. Landouzy et Labbé ont montré au dernier Congrès de la tuberculose

1. Bien qu'il soit difficile de réaliser la stérilisation absolue des appartements, il ne faut pas méconnaître les bons résultats de la désinfection, qui comprend les trois actes suivants :

1° passage à l’étuve à vapeur sous pression des linges, draps, matelas, literie, tapis, vêtements, et de tout ce qui peut être enlevé aisément et subir sans détérioration l’action de la vapeur surchauffée ;

2° désinfection dite de :urface, la plus difficile à obtenir : on la réaise par les gaz antis eptiques, l’acide sulfureux, et mieux encore le formol;

3° lavage à domicile de la vaisselle de toilette, marbres, bois de lit, carrelage, linoléum, murs peints à l'huile, etc., avec une solution de sublimé à 2 p. 1000 additionnée de 20 grammes de chlorure de sodium par litre pour empêcher la décomposition du sublimé,

qu’un bon enseignement ménager, indiquant le choix et la valeur réelle des aliments, pouvait devenir un des moyens les plus sérieux de prophylaxie.

L'extrème propreté des vêtements, du mobilier, de l'habitation a aussi un rôle protecteur des plus considérables. Faire la guerre aux poussières, c'est lutter contre un des principaux véhicules du bacille tuberculeux ; c’est faire une asepsie très simple et très efficace.

L'exercice au grand air, la gymnastique, les sports peuvent avoir une influence très favorable. Tout ce qui fortifie rend réfractaire à la tuberculose; tout ce qui affaiblit y prédispose.

C'est par la fatigue et l’affaiblissement qui en résulte que les excès sportifs et le surmenage peuvent devenir plus nuisibles qu'utiles. Dansle choix d'un sport, on devratenir compte des fatigues professionnelles. Le sport doit être un délassement, et non un surcroît à ces fatigues.

Les excès de toute nature agissent de la même façon, et souvent de façon encore plus marquée que les excès sportifs. Les veilles prolongées ont, à cet égard, la plus mauvaise influence.

La tuberculose devient d'autant plus fréquente qu’on s’écarte plus de la vie simple, paysanne et naturelle. On a pu dire que c'était avant tout une maladie de civilisation. L’abandon des campagnes, l'immigration sans cesse croissante vers les villes, la vie industrielle avec son surmenage et ses excès sont les principales causes qui expliquent les progrès croissants de la tuberculose.

Peter a résumé, en quelques lignes souvent citées, les principaux moyens de combattre la prédisposition chez l’enlant. Celle-ci est fréquente et redoutable chez les enfants nés de parents tuberculeux. Mais elle est loin

’être invincible et peut assez aisément être surmontée.

«Faire de l'enfant un petit paysan, changer la vie urbaine pour la vie agreste, la vie des chambres pour la vie des champs, la privation de soleil par l'exposition au soleil, la crainte du froid

par sa recherche, les bains chauds par les bains de rivière, le repos par l’activité, les exercices intellectuels par les exercices musculaires, en un mot, vivre de la vie naturelle : cela est en réalité la vraie prophylaxie contre la tuberculose héréditaire. »

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