‹ HygièneChapitre 206 sur 230 · Alimentation · texte numérisé non relu

Alimentation

L'alimentation chez le vieillard a été parfois calculée sur des données un peu théoriques. La plupart des auteurs allemands s'accordent, par exemple, à réduire beaucoup la quantité d’aliments pour les trois raisons suivantes :

1° Les personnes très âgées ont subi, en général, une diminution considérable de poids; par suite de l’atrophie sénile des tissus, le poids moyen entre soixante et quatrevingts ans est de 52 à 56 kilos. Pesant moins, les vieillards ont besoin de moins d’aliments;

2° L'activité musculaire est dans la vieillesse réduite à son minimum. Il est très rare qu’on fasse alors des travaux pénibles, des efforts prolongés et soutenus; la marche elle-même est très limitée, ainsi que tous les exercices. Le vieillard est avare de ses mouvements. Müller compare même la vieillesse à l’état des animaux hibernants, plongés dans une immobilité et une torpeur presque complètes;

3° Les oxydations et les échanges nutritifs sont, chez le vieillard, considérablement réduits. Cette réduction üent, d'une part, à l'absence de travail musculaire; d'autre part, à l’atrophie de tous les tissus.

Ces divers faits sont exacts en eux-mêmes; mais on peut les interpréter différemment. Si l’on veut lutter contre l’atrophie progressive des tissus, contre la faiblesse et la torpeur des muscles, contre la réduction des échanges nutritifs, une alimentation très substantielle est nécessaire. La plupart des sujets parvenus à un âge très avancé sentent d'eux-mêmes le besoin de manger souvent et, jusqu à un certain point, de manger beaucoup. Quand ils ont faim, ils éprouvent une sensation de faiblesse, de défaillance, de fatigue et de froid très désagréable. Par le choix de la nourriture, on peut lutter contre cette dangereuse tendance au refroidissement.

À cet égard, on tiendra compte :

1° De la facilité et de la gravité des indigestions chez le vieillard ;

2° De la fatigue très fréquente du rein, qui supporte encore plus mal que chez l'adulte les aliments irritants et toxiques, tels que les viandes avariées ;

3° De l’état des dents, qui permettent bien rarement une mastication suffisante;

4° De la saison et du climat;

5° De l’activité conservée par le vieillard ;

6° Des habitudes anciennes.

Pour éviter les indigestions, le vieillard devra toujours manger très lentement. Loin de dépasser son appétit, il s’attachera plutôt à rester un peu sur sa faim. Mieux vaut pour lui faire chaque jour des repas plus nombreux (quatre ou même cinq repas) et moins abondants.

Tous les aliments lourds, indigestes (gros morceaux de viande bouillie, ragoûts, fritures, légumineuses entourées de leur coque coriace, homard, langouste, gros morceaux de jambon), seront évités. Le lait lui-même doit être bu lentement et par petites gorgées, pour ne pas former dans l’estomac un caillot volumineux. Les indigestions sont souvent graves chez le vieillard. Les secousses provoquées par le vomissement peuvent, en

effet, provoquer la rupture des artères cérébrales et l’'apoplexie.

Le vieillard s’abstiendra de tous les aliments susceptibles de produire des accidents d'intoxication (viande ou poisson légèrement avariés, gibier faisandé, œufs de date un peu ancienne, moules, huîtres, champignons tant soit peu suspects, conserves). Le rein, chez lui, a presque toujours subi, à la longue, une certaine fatigue. Ces intoxications alimentaires deviennent, par suite, extrêmement graves. Îl en est de même des plus légers excès d'alcool, et même de thé ou de café, et, en général, de tout liquide absorbé en trop grande quatité. L'augmentation de pression produite par ces stimulants dans les artères cérébrales peut suffire à provoquer leur rupture et l’apoplexie. On sera toujours très prudent dans leur emploi. Le vin coupé d’eau, le thé et le café en décoction de force moyenne et plutôt un peu faible peuvent être très utiles, mais on ne doit pas abuser de ces stimulants !,

1. Le professeur Landouzy (en se plaçant au point de vue, un peu spécial, du régime le plus économique) a conseillé l’alimentation suivante dans une étude fort intéressante faite sur l’assistance aux vieillards. Ces menus sont calculés pour donner une alimentation suffisante, tout en étant très peu coûteux.

Repas du matin. — Lait, 1/4 de litre. — Sucre, 3 morceaux, — Pain, 50 grammes. — Beurre, 5 grammes,

Repas du midi, — Pain, 100 grammes. — Jambon fumé, 40 grammes. — Légumes frais ou fruits frais (raisins). — Infusion légère de café (4 cuillerées à café combles Ce café en grain, soit 10 grammes) avec sucre 3 morceaux.

Repas du soir. — Soupe faite avec le bouillon de légumes, 300 centimètres cubes, tranches de pain, 10 grammes. — Graisses : lard ou saindoux, 10 grammes — Haricots, lentilles ou pois, 50 grammes, — Graisses, saindoux ou lard, 10 grammes. — Châtaignes, 175 grammes (épluchées, 154 grammes). — Confitures, 60 grammes. — Alcool (fourni par un quart de litre de bon vin naturel}.

Ce menu comporte, d’ailleurs, les variations suivantes :

Kepas du matin. — Remplacer 50 grammes de pain par une demi-tablette de chocolat, soit 20 g. 8. dont le coût est de 5 centimes.

Repas de midi. — Remplacer le jambon fumé par : 30 grammes de chair de hareng fumé, soit une moitié de hareng. — 45 grammes de maquereau frais, soit une moitié de petit maquereau. — 50 grammes de viande à ragout

Le mauvais état des dents oblige à des précautions dans le choix des aliments. On choisira ceux qui exigent le moins d'efforts de mastication : potages épais, œufs à peine cuits, hachis et boulettes de viande ou de poisson, gelée de viande, quenelles, cervelles, riz de veau, purées de légumes, crèmes, marmelades de fruits, riz, nouilles, macaroni, fromages peu compacts, mie de pain, gâteaux de consistance demi-molle, — Mais on n'oubliera pas qu'à défaut de la mastication !, l’insalivation reste encore très utile. Les aliments devront être tenus quelques instants dans la bouche, et non avalés d’une façon gloutonne,

Cette habitude de manger très vite est assez fréquente chez les vieillards. Elle tient au malaise qui accompagne souvent chez eux la sensation de la faim. Si on leur donne des aliments en morceaux compacts (gros fragments de bouilli ou de viande fibreuse), un grave accident peut se produire : le morceau non mâché et trop volumineux s'arrête dans la gorge et cause l’asphyxie.

coûtant 12 centimes. — 100 grammes de pommes de terre et saindoux, 5 grammes.

Remplacer, en hiver, les fruits frais (le raisin), soit par des fruits secs, 75 grammes de figues : une douzaine : soit par du raisin sec, 50 grammes, une grappe; soit par 4 à 5 noix sèches ; soit par une douzaine d'amandes ou de noisettes sèches.

Repas du soir. — Tous les légumes secs : haricots, fèves, lentilles, pois cassés. — Châtaignes.

Remplacer les confitures, soit par du riz au lait, 100 grammes (une assiettée à dessert); soit par des pommes de terre bouillies (une grande assiettée), 300 grammes environ; soit encore par des biscuits secs, 50 grammes; ou du fromage sec, gruyère, par exemple, 25 grammes; ou encore, du fromage blanc, 100 grammes,

1. L'emploi des masticateurs rendra souvent service aux personnes âgées pour leur permettre de manger les aliments ordinaires (viandes grillées et rôties, noix de côtelettes, etc.). Le masticateur est une sorte de sécateur à plusieurs branches qui permet, dans l'assiette même, de diviser aussi finement qu'on veut chaque morceau de viande. Certaines personnes acceptent très volontiers l’emploi du masticateur ; elles s’en servent habituellement. D’autres, au contraire, ne l’atilisent qu'avec répugnance, trouvant la viande ainsi hachée peu appétissante et trop refroidie, Elles préfèrent la viande hachée à la cuisine avant d’être servie, et suffi-

samient réchauffée, Tous ces artifices suppléent à l'insuffisance de la mastication,

Cet accident n’est pas rare dans les hospices de vieillards. On retire, en général, assez aisément avec le doigt l'aliment qui obstrue le larynx et provoque la suffocation. Encore faut-il arriver assez tôt et soupçonner tout de suite la cause des étouflements.

La saison et le climat doivent entrer en ligne de compte pour le régime. Dans la saison froide et dans les climats froids, on insistera sur les aliments riches en calories, graisses et sucre. — Parmi les graisses, celles dont la digestion est la plus facile sont la graisse d’oie, le beurre, la crème, le jus de rôti, le très bon saindoux. — Le sucre peut être donné sous forme de confitures, de crèmes, d'entremets sucrés. Mais c'est en solution qu'il est le mieux accepté par l’estomac (thé, café, café au lait, cacao, vin chaud sucré, et même bouillon ou lait sucrés).

Pendant la saison chaude, au contraire, on diminuera la quantité de nourriture, — On servira des œufs très frais, des légumes verts cuits, de la crème, des fromages à la crème. — Le vin sera encore beaucoup plus étendu d'eau qu'à l'ordinaire. On supprimera complètement l'alcool.

La nécessité de tenir compte du genre de vie et de l’activité conservée par le vieillard est non moins évidente. Parfois, à quatre-vingts ans, des sujets exceptionnels ont conservé toute l’activité d’un jeune homme. En général, ces vieillards d'élite ont un très bon estomac ; leur dentition est relativement bien conservée, On peut leur laisser plus de liberté pour leur régime; d’ailleurs, presque invariablement, ils ne demandent et n'écoutent aucun conseil. Cependant on doit insister pour leur persuader de s'abstenir d’alcool et de tous les aliments capables de donner des intoxications. Le rein, cet organe essentiel de l'élimination dans les empoisonnements, reste, en effet, le point faible, même chez les vieillards les mieux conservés et les plus robustes.

Enfin on respectera dans une large mesure les habitudes anciennes. Chaque estomac a ses aliments préférés,

qu'il supporte et digère bien. Quand cette expérience remonte à soixante ans et plus, on doit évidemment en tenir compte, même si ces aliments semblent un peu lourds et d’un usage contestable théoriquement.

Une question, que les personnes âgées posent souvent au sujet de leur alimentation, est de savoir si elles ont ou non avantage à porter un dentier artificiel.

Ce dentier, pour rendre des services, doit être très bien fabriqué et très bien monté; il doit être d'un prix relativement coûteux. Il doit être aussi complet que possible comme nombre de dents. Il ne faut pas hésiter à faire enlever, avant son application, toutes les dents demi-attaquées, toutes les racines qui en gêneraient l’efficacité. Cette avulsion de plusieurs dents n’est pas toujours sans inconvénients chez les vieillards.

Si la bouche offre déjà une tendance à l’irritation, le dentier sera, en général, mal toléré. -— Les vieillards qui portent un dentier doivent éviter tous les irritants de la muqueuse buccale : le tabac sous ses différentes formes, l'alcool, le vin pur, les épices, la moutarde, les raves, le raifort, les fromages avancés, etc.

Le dentier ne sera jamais porté jour et nuit. Il sera enlevé chaque soir et placé jusqu’au matin dans un bol à moitié rempli par une solution de chloral au centième. Avant d'être remis, il sera lavé à la brosse et au savon.

Les dentiers portés jour et nuit provoquent presque toujours une irritation de la muqueuse buccale. Parfois même on lés avale pendant le sommeil. Cet accident peut arriver même pendant le jour avec les dentiers usés, branlants, qui cessent d’être bien fixés soit par suite du relâchement des attaches, soit par la perte de nouvelles dents après la fabrication du dentier.

Le port du dentier est toujours un peu désagréable et fatigant pendant les premiers jours. Il faudra s’armer de patience. Il y a un véritable apprentissage à faire pour arriver à une mastication suffisante. — Mais cet apprentissage une fois achevé, un bon dentier, entretenu avec

une propreté extrême, peut rendre les plus grands services.

Page 1