L'EAU
se défiera des infiltrations organiques et des souillures accidentelles.
Avant la bactériologie, ce rôle nuisible des matières organiques en suspension dans l’eau était déjà connu. Toutes les eaux renfermant des nitrates, des nitrites ou des dérivés organiques étaient regardées comme suspectes. L’analyse bactériologique a donné à cette étude une précision beaucoup plus grande. Cependant l’analyse chimique garde, comme on le verra, une importance réelle en tant que signe d’avertissement.
Les anciens, à défaut de procédés scientifiques, avaient l'usage excellent de n'utiliser autant que possible que des sources reconnues à l’expérience comme bonnes et inoffensives. Ils protégeaientces sources avecsoin contretoute souillure et faisaient de cette protection un dogme religieux (sources sacrées, bois sacrés). Leur exemple mériterait d'être relenu, car aujourd'hui les meilleures sources sont parfois l’objet de souillures accidentelles par des dépôts de fumier ou d'immondices.
Un des préceptes les plus curieux donnés par Moïse pour l'usage de l’eau était le suivant : « Défiez-vous des eaux étrangères. » Ce précepte esttrès sage. Une eau nouvelle et inconnue peut être dangereuse et souillée. En outre, tout changement d’eau comporte un risque. Il n’est pas rare de voir une eau, bien supportée par les habitants de la localité, grâce à une longue accoutumance, déterminer chez les nouveaux venus des accidents variés et parfois des infections graves. Quand Paris était alimenté en eau de Seine, tous les nouveaux arrivés payaient plus ou moins leur tribut morbide, avant de s’accoutumer à cette eau.
La provenance des eaux fournit déjà sur leur composition chimique et bactériologique des données importantes. — Ces données, moins précises que l'analyse, lui sont peut-être pratiquement supérieures, Elles renseignent, en effet, sur les dangers de souillures subies par
l’eau. Cette notion est capitale, car peu importe qu’une eau soit reconnue irréprochable chimiquement et bactériologiquement, quand elle est, d'un jour à l’autre, exposée à des souillures dangereuses. Sa composition peut à chaque instant changer.
Eaux stagnantes. — Les eaux stagnantes, eaux de mares, de marais, d’étangs, de lacs fermés, sont presque toujours mauvaises. Elles sont exposées à être souillées par toutes les immondices de la rive. N'ayant pas de mouvement et ne se renouvelant pas, ces eaux tendent à croupir, à prendre une mauvaise odeur par la putréfaction de leurs matières organiques. Elles prennent une
couleur jaunâtre, un aspect louche et trouble, une odeur
nauséabonde qui les rend suspectes, et ce fait est très heureux, car instinctivement on répugne à les consommer, L’accumulation des détritus végétaux aux bords et dans le fond des eaux stagnantes, leur décomposition progressive est une nouvelle source de souillures. L'usage de ces eaux doit toujours être évité.
Les eaux courantes. — Les eaux courantes (eaux de rivières, de fleuves, de ruisseaux) offrent très rarement autant d’impuretés et de fermentations organiques que les eaux stagnantes. Se renouvelant sans cesse, elles ne permettentpas la même accumulation de détritus; mais pas plus que les eaux stagnantes, elles n’échappent aux souillures accidentelles et aux infections microbiennes. Elles sont même particulièrement exposées à ces infections : en effet, toutes les grandes agglomérations humaines se forment et se fixent au voisinage des cours d’eau. Longtemps regardées comme très saines, ces eaux courant à découvert sont aujourd’hui considérées comme très suspectes, car on attache plus d'importance à la nature qu'à la quantité des impuretés.
La composition chimique en est elle-même très variable. Les eaux courant sur un lit de granit (Rhône,