BOISSONS DISTILLÉES
faite plus en détail dans le cours de quatrième année; mais nous dirons ici quelle est son influence exacte sur la digestion. Cette étude est d'autant plus importante qu'une. campagne aussi ardente qu'intéressée a été récemment faite pour vanter la valeur nutritive de l'alcool, de l’alcool-aliment.
Pour l'estomac, l'usage accidentel de l’alcool peut avoir certains effets utiles. Un petit verre de bon cognac, ou mieux du thé légèrement additionné de rhum peuvent stimuler une digestion laborieuse. En effet, on a pu signaler quelques phénomènes avantageux dus à l'alcool : action dissolvante sur les graisses et action antiseptique. De plus, l'alcool peut stimuler la muqueuse digestive (sensation de chaleur agréable pour les faibles doses) ; mais il agit alors comme ferait un acide léger, et le suc sécrété n'est pas très puissant.
Déjà à 2 pour 100 d'alcool dans l'estomac, il y a diminution de l’activité digestive ; à 20 pour 100, il y a arrêt absolu, Comme il y a toujours dans l’estomac normal des spores de mycoderma aceti (champignons du vinaigre), il y a transformation constante d’une certaine dose d'alcool en acide acétique (eaux aigres des pituites). En outre, en cas d'usage régulier et continuel, on voit bien vite survenir la révolte et l’irritation d’un autre organe qui joue un rôle très important dans la digestion, en particulier dans la digestion des sucres et des matières grasses : le foie. Le foie, en effet, subit très vite l’influence irritante et une stimulation toute spéciale due à l'alcool.
Il n’est si petite dose d'alcool qui, arrivant au foie, n'y provoque une légère excitation. Le foie en a-t-il jamais besoin, en éprouve-t-il des avantages ? Qui oserait actuellement répondre par l’affirmative ?
L'alcool peut, par contre, avoir sur le foie une action défavorable qui, plus ou moins rapidement, devient souvent très fâcheuse. La permanence de l’état congestif du foie peut entraîner des désordres fonctionnels des cel-
lules de cet organe. Comme ces cellules dirigent la plupart des actes essentiels de notre nutrition intime, les troubles du foie constituent une grande partie de la pathologie par l’alcool. Sous l’influence de l'alcool, le foie devient dur, enflammé, incapable de remplir ses importantes fonctions.
Quant à la valeur exacte de l'alcool comme aliment, voici, dans les assertions très exagérées soutenues à cet égard, la part de vrai et la part de faux. Tout d’abord, l'alcool n’a pas la moindre valeur comme aliment plastique servant à la réparation des tissus. — Mais d’autres aliments sont destinés à fournir à nos combustions (aliments respiratoires) : l'alcool est de ce nombre.
La valeur de l’alcool comme combustible alimentaire, sa valeur énergétique, est prouvée scientifiquement par des expériences soumises au contrôle bien défini de deux mesures physiques infaillibles : le gramme et la calorie.
Un gramme d’alcool‘, en brülant dans notre organisme, produit sept calories. — Si l’on substitue l’alcool à du sucre ou à de l’amidon, en proportions voulues, on obtient un même nombre de calories (théorie de l’isodynamie).
Au nom dela Physique et de la Chimie, l’alcool estun aliment : voilà une vérité absolue. C’est à la physiologie et à la médecine de nous faire apprécier en quoi cette vérité n’est que relative par rapport à l’homme.
Pour le physicien, l'alcool se juge, en tant que produit alimentaire combustible, par sa valeur en calories. Or, tandis que l’alcool éthylique (raisin) donne 7 calories par gramme, un gramme d'alcool amylique (fécule) donne 9 calories. Donc c’est l'alcool de pommes de terre qui est le meilleur aliment! ce que nous savons absurde.
Pour le chimiste, l'alcool peut être décelé dans nos tissus ; donc il faut prendre de l'alcool (Duclaux). Or, l'alcool de nos cellules n’est qu'un terme de passage,