Propreté des vêtements
Le vêtement doit être propre : cette idée semble trop banale pour qu’on y insiste. Cependant, il est bon de connaître les avantages qu’au point de vue de l'hygiène nous procure la propreté des vêtements et les inconvénients que nous vaudrait l’inobservance de cette règle.
En ce qui concerne la propreté des vêtements de dessus, les exigences sociales ont depuis longtemps devancé l’hygiéniste ; mais cela ne veut pas dire qu’il n’ait rien à y ajouter. Le soin etla recherche dans notre toilette ne sont pas chose indifférente pour notre santé.
Dans le sentiment complexe et difficile à définir qu’est celui de notre bien-être général, ce fait de nous savoir proprement et convenablement habillés entre, sans nul doute, pour une part. On s’en rend compte aisément en pensant au malaise que nous ressentons, lorsque notre toilette laisse à désirer, surtout si d’autres personnes s’en aperçoivent. Il est bien évident que le soin que nous mettons dans notre habillement est inspiré autant, sinon plus, par le souci du qu’en dira-t-on que par un désir de satisfaction personnelle et que celle-ci, en dernière analyse, est faite en partie du plaisir d’être approuvé par notre entourage.
Ces notions prennent de l'importance dans des maladies chroniques de longue durée et dans certaines maladies du système nerveux, avec dépression et tendance aux idées mélancoliques. Dans ces cas, le malade ne doit jamais négliger sa toilette. S'il en prend soin, il voit moins la différence entre son état de bonne santé antérieure et l’état actuel; il se sent plus dispos, se laisse moins aller aux idées noires.
Cette petite illusion de bien-être n’est pas à dédaigner
chez des malades, qui arriveront toujours assez tôt au sentiment de la déchéance et au découragement profond que ce sentiment entraîne. Mais elle a une valeur encore plus appréciable, en agissant favorablement sur l'appétit et le sommeil des malades. L’illusion crée alors un petit appoint dans le sentiment du bien-être réel.
La propreté des vêtements de dessous touche l'hygiène plus directement. Des glandes microscopiques, dont notre peau est parsemée, secrètent la sueur, légèrement odorante dans certaines parties du corps (pieds, aisselles). D'autres, situées à la base des poils, déversent une matière sébacée. En outre, la surface de la peau desquame continuellement, d’une façon imperceptible. Tous ces déchets sont enlevés, en grande partie, par les lavages.
Mais, comme il s’en produit continuellement, il en reste toujours assez pour imprégner et pénétrer les pièces du vêtement, en contact avec notre peau. En outre, les poussières de l’air viennent s’y accrocher. Ceci est vrai surtout pour les dessous de femme, dont les jupes longues mettent facilement les poussières du sol en mouvement.
Nous voyons que, sans parler des souillures accidentelles, nos vêtements de dessous ont assez d'occasions pour se salir, ce qui amène une certaine obstruction de leurs pores et des changements dans les propriétés de la fibre textile et, comme résultat final, une augmentation de la conductibilité pour la chaleur. Ils finissent par nous protéger moins contre le refroidissement,
Ceci est tellement vrai que les personnes rhumatisantes, très sensibles au refroidissement des pieds, savent très bien qu’en prenant soin de mettre quotidiennement des bas ou des chaussettes propres, elles arrivent à rendre moins fréquentes les poussées de rhumatisme ou de bronchite.
Des raisons encore plus impérieuses exigent la propreté du vêtement de dessous. Des milliers de microbes se trouvent à la surface de notre peau ; si elle estintacte, ils y vivent en hôtes inoffensifs.
Les tissus sales pénétrés des sécrétions sudorale et sébacée, sous l'influence de la chaleur du corps et des nouvelles transpirations, dégagent des produits irritants, entre autres de l’ammoniaque. Ceci provoque des grattages qui entament la peau; les microbes, qui s’y trou vent toujours, pénètrent dans la brèche et produisent de nombreuses maladies cutanées.
Dans le moyen âge, où l’on se lavait fort peu et où l’on ne portait pas de linge, des affections cutanées (par exemple, la lèpre) désolaient la population.
Le vêtement sale, en particulier le vêtement de dessous, favorise le développement des parasites, puces, poux, sarcopte de la gale, etc. Ceux-ci, une fois introduits accidentellement, trouvent un milieu favorable à leur pullulation dans les différents débris organiques, qui imprègnent un vêtement sale. Par leurs piqûres, ils produisent des maladies cutanées interminables.
Celui de ces parasites en apparence le plus inoffensif, la puce, a été dernièrement incriminé dans la transmission des maladies contagieuses comme la peste (puces des rats pesteux), la méningite cérébro-spinale (lors de la dernière épidémie en Allemagne).
Après ce qui a été dii, nous croyons qu'il n’est plus besoin d’insister sur l’absurdité du préjugé — qui règne encore, malheureusement, dans certains pays — et qui veut que la flanelle en contact immédiat avec la peau soit lavée et changée aussi rarement que possible, tant pour raisons de santé que pour préserver du froid.
Il faut être bien pénétré de cette idée que, dans toutes les circonstances de la vie et en toute occasion, seuls Île linge propre, les dessous propres sont utiles pour notre santé et nous donnent le sentiment de bien-être que chacun ressent en faisant une toilette soignée.
Cette question de la propreté des vêtements dépasse peut-être même les limites de l'''ygiène. Elle présente une réelle importance pour les succès de carrière et même pour le progrès social. Dans toutes les professions,
un individu se surveillant avec soin, s’attachant à avoir, même si la profession est salissante, une tenue aussi propre et aussi élégante que possible, augmente toujours beaucoup ses chances de réussite et de considération, Ce soin du vêtement est une caractéristique importante dans les tendances des races anglo-saxonnes. En Amérique, en Angleterre, tous les bons ouvriers s’attachent, une fois leur travail fini, à s'habiller, suivant leur expression, en véritables gertlemen. Les corporations où cette tendance prédomine le plus sont aussi celles qui ont le plus gagné en prestige et en dignité. La propreté parfaite relève à la fois la corporation et l'individu.
La désinfection complète des vêtements est souvent nécessaire. — Certaines maladies contagieuses peuvent être transmises par le contact avec les objets qui ont servi au malade ou qui se trouvaient tout simplement dans sa chambre. De ce nombre sont : la scarlatine, la diphtérie, la variole, la tuberculose.
Raulin, en 1708, raconte que de son temps en Provence, « dès qu’un pulmonique était reconnu comme tel, on lui marquait son lit, ses draps, son linge de table, son couvert, en un mot tous les objets à usage personnel, dont nul autre que lui ne devait se servir. Dès qu’il était mort, on enlevait les meubles de sa chambre; on grattait les murs et les cloisons ; on les recrépissait à neuf; on lavait les pavés et les parquets ; on ne se servait plus de son lit ni de son linge ; souvent on les brûlait ou on neles remettait en usage qu'après les avoir fait lessiver plusieurs fois ; s’il y avait des tentures ou des tapisseries dans la chambre, on les exposait au grand air pendant une année entière. »
Souvent les vieux médecins étaient encore plus sévères et conseillaient de brûler sans distinction tous les objets, linges et vêtements qui ont subi le contact des malades atteints de tuberculose, de variole, etc. Dans certains pays (Naples en particulier), cette règle était érigée en loi.
C'est surtout la dissémination de la tuberculose par les vêtements et les objets ayant appartenu à des malades de cette catégorie qui mérite d’attirer l'attention.
Le danger est d'autant plus grand que c’est une maladie excessivement répandue et dont généralement l’évolution demande plusieurs années. Les malades peuvent répandre la contagion pendant longtemps, et le nombre d'objets contaminés par eux devient considérable.
Aussi faudra-t-il se méfier beaucoup des vieux habits achetés d'occasion. Cette crainte n’est pas chimérique ; des recherches toutes récentes de Mangiati le démontrent suffisamment. Mangiati inocula 57 cobayes ou souris avec les poussières qu’il avait obtenues en battant de vieux habits achetés d'occasion ; 27 succombèrent.
Autrefois devant un objet contaminé, on savait par expérience qu'il pouvait donner la maladie, mais, ne sachant en quoi il était dangereux, on était obligé d'agir radicalement : on détruisait, ou l’on brülait le germe morbide en même temps que l’objet qui le recélait.
Aujourd’hui, grâce à la bactériologie, grâce surtout à la désinfection, on peut faire le départ entre les deux.
Par mesure de prudence et d'humanité, il ne faudra jamais manquer de faire désinfecter les vêtements ayant appartenu à des malades dont il a été question plus haut.
Les vêtements autres que le linge, les objets de literie seront désinfectés à l’étuve.
Le linge infecté sera traité le plus tôt possible par des solutions alcalines progressivement chauffées jusqu’à l’ébullition. La lessive ordinaire est un désinfectant très efficace et très énergique. Ce procédé de désinfection du linge (à l’exclusion des tissus de laine ou de soie) est le plus simple et le plus efficace.