ONZIÈME LECON
Hygiène de la digestion : 1. Hygiène de la bouche et des dents. — 2. Nécessité d'uns mastication suffisante — 3. Régularité des repas; nécessité de s’abstenir de boire ou de manger dans l'intervalle des repas. — 4. Nécessité de la régularité de toutes les fonctions digestives — 5. Empoisonnements : empoisonnements par les substances diverses; soins imméüiats.
Les soins des dents et de la bouche ont pour la santé une très grande importance. De bonnes dents (quand on les utilise et quon mâche suffisamment) assurent de bonnes digestions. De mauvaises dents sont une cause de troubles de l'estomac et de l'intestin. Elles produisent même de la fièvre, des névralgies, parfois des troubles de la vue assez sérieux. Les racines cariées entraînent souvent une irritation, cause d’abcès, de fluxions, de suppurations et même d'infection générale.
Voici les précautions les plus essentielles :
IL faut éviter, autant que possible, tous les irritants de! la bouche : aliments trop chauds ou trop froids, épices, vinaigre en excès, alcool, tabac sous forme de tabac à fumer, et surtout à chiquer.
= La mauvaise habitude de porter à la bouche soit les
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doigts, soit des corps étrangers (crayon, porte-plume), est une cause fréquente d’inflammations et parfois d’infections graves.
Le tartre, qui se forme souvent au collet des dents, devra être enlevé avec soin : il ne peut guère l'être que par un dentiste. La surveillance régulière d’un dentiste, faite une ou deux fois par an, est un des meilleurs moyens de conserver les dents. Telle petite altération de l’émail, très facile à enrayer quand on la soigne à son début, exige ensuite, quand on l’abandonne à elle-même, des soins délicats, aléatoires et compliqués.
Quand une dent est par trop mauvaise, réduite à des racines cariées, mieux vaut la sacrifier résolument que de garder dans la bouche cette cause d'irritation et d’infection.
Les eaux et les poudres dentifrices peuvent rendre des services réels, mais les eaux du commerce sont souvent trop alcooliques et trop irritantes. On les remplacera avec avantage par la solution aqueuse de chloral au centième. Les poudres dentifrices sont parfois acides. Elles nettoient alors et blanchissent très bien les dents, mais risquent d'attaquer l'émail. D’autres, qui contiennent de l'os de sèche ou de la pierre ponce réduites en poudre, risquent de produire des éraillures mécaniques. Les poudres à base de charbon et de quinquina, mélangés de bicarbonate de sodium, nettoient et aseptisent bien la bouche, Il serait bon d’en faire usage, non seulement le matin, mais après ies principaux repas, pour enlever les détritus alimentaires qui séjournent et fermentent entre les dents.
En effet, c’est l'enlèvement des détritus alimentaires qui doit nous préoccuper surtout dans les soins donnés à notre bouche, car les petites particules retenues entre les dents constituent un milieu des plus favorables pour le développement des microbes. |
Ceux-ci, introduits avec les aliments et avec l’air inspiré, trouvent dans la bouche l'humidité et la tempéra-
ture qui leur convient ; si la nourriture ne leur fait pas défaut, ils ne demandent qu’à pulluler.
Le brossage des dents enlève une partie des débris alimentaires; mais, pour qu'il les enlève effectivement au lieu de les enfoncer sous les gencives, il faut y procéder avec plus de soin et de méthode qu'on ne fait généralement.
La brosse sera toujours dirigée de la racine vers la pointe des dents, jamais de droite à gauche. Ce dernier mode de brossage risque d’enfoncer sous les gencives ce qu'on voudrait enlever. Ainsi, pour la mâchoire supé rieure, la brosse sera dirigée de haut en bas, et, pour la mâchoire inférieure, de bas en haut.
En outre, les dents doivent être brossées, non seulement sur leur face antérieure qu’on laisse entrevoir dans un sourire, mais également sur leur face postérieure. En se servant d’un coin de serviette très propre, humecté d’eau dentifrice, on assure ce nettoyage intérieur mieux qu'avec la brosse.
Le brossage bi-quotidien, matin et soir, suffit généralement. Il sera suivi d’un rinçage soigné.
Cependant, la brosse ne pénètre pas entre les dents, surtout si celles-ci sont un peu serrées, tandis que les débris alimentaires, pendant la mastication, peuvent s’y introduire. C’est dans ces espaces interdentaires que se développent de préférence les microbes anaérobies, dont les cultures dégagent une odeur de putréfaction, Pour s'en convaincre, il suffit de sentir le fil ou le curedent qu’on a fait passer entre les dents, quelques heures après avoir mangé,
C'est en y faisant passer un fil qu'on pourra nettoyer les espaces interdentaires d’une façon efficace. On se servira de préférence d’un fil de soie non tordue, qu’on pourra cirer légèrement au besoin. Même entre les dents très serrées, un fil pourra pénétrer, si l’on insiste un peu. Cette pratique un peu délicate, mais très répandue en Angleterre et en Amérique, est trop peu connue en
France. On devrait y recourir après chaque repas comprenant de la viande, et surtout le soir, avant le brossage des dents. L'usage du cure-dent est plus simple,
mais il ne donne pas les mêmes garanties d’un nettoyage parfait.
Q, Nécessité d’une mastication suffisante.
La mastication remplit, pour assurer une digestion facile, un triple but : elle divise les aliments; elle leur permet de se laisser pénétrer et imbiber par la salive; elle ne les laisse arriver dans l’estomac que progressivement et avec une lenteur suffisante.
La division des aliments est très utile : elle augmente la surface en contact avec le suc gastrique et, par suite, l’action digestive de ce suc. Tous les morceaux volumineux ne sont attaqués qu’à leur périphérie; le centre reste longtemps intact. Souvent même, s’il s’agit d’aliments durs et compacts (blancs d'œufs durs, morceaux de bœuf bouilli, morceaux de homards ou de langoustes, haricots, pois, lentilles non privés de leur membrane d’enveloppe) une partie notable, finit par échapper à l’action du suc digestif. Ces fragments indigérés passent en nature dans les gardes-robes; non seulement ils sont restés inutiles, mais ils ont sur leur passage fortement irrité l'estomac et l'intestin.
Les aliments les plus finement divisés sont toujours d'une digestion plus facile, Pour la viande, c’est la viande finement hachée et pulpée, et surtout la poudre de viande desséchée et pulvérisée au moyen d’un moulin broyeur qu’on digère le plus aisément et avec le plus de profit.
Cette divisibilité intervient même pour des aliments qui ne comportent point la mastication, le lait par exemple. Quand on boit d’un trait et vite une grande tasse de lait, il se forme dans l'estomac un volumineux caillot. Ce caillot n’est attaqué qu’à la superficie; il don-
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nera des lourdeurs de ventre, des renvois gazeux, parfois des indigestions. Quand on boit le lait lentement et à petites gorgées, ce caillot unique est remplacé par de nombreux caillots plus petits offrant avec le suc gastrique des points de contact beaucoup plus multipliés.
L'insalivation est, pour certains aliments, plus utile encore que la mastication. Pour tous, elle a l'avantage de les ramollir, de les rendre moins compacts. Mais, sur les féculents et sur les sucres en particulier, l'action de la salive constitue une véritable digestion. Sur les féculents, elle agit par une fermentation qui les transforme en sucres, Avec ces sucres provenant, soit de la transformation des féculents, soit de l’ingestion en nature, elle forme une solution toute prête à être assimilée par l'intestin. — Pour les sels mêmes, cette propriété dissolvante de la salive est également fort utile.
Même si le mauvais état des dents rend la masticas tion imparfaite, il est utile de conserver les aliments assez longtemps dans la bouche pour leur faire subir l'insalivation. Les soupes, les bouillies, les purées féculentes, le chocolat, le café au lait, additionnés de pain sont souvent avalés très vite, en raison de leur consistance demi-liquide. Cette erreur est des plus nuisibles à leur bonne digestion. L'action de la salive sur tous ces aliments est indispensable, Si le pain chaud, les crêpes, les gaufres déterminent assez souvent des indigesiions, c'est parce que leurs principes féculents n’ont pas subi suffisamment, quand on les mange trop vite, l’action de la salive.
Une bonne mastication offre, en troisième lieu, cet avantage d'obliger à manger lentement. La sécrétion du suc gastrique n’est pas continuelle, Elle ne se fait qu’au moment des repas et par l’arrivée des aliments. Quand ceux-ci sont introduits trop vite, la sécrétion du suc
gastrique est, en quelque sorte, distancée ; elle ne peut se faire en quantité suffisante. Beaucoup de malades souffrant de l'estomac ne s’aperçoivent pas qu'ils ont
au début du repas une véritable fringale, [ls mangent avec une rapidité extrême, et coup sur coup, les premières bouchées. Puis la gêne intervient ; elle les cblige à ralentir; souvent même, elle interrompt leur repas. En ayant soin de manger très lentement au début (et il faut un certain effort de raison, car c’est à ce moment du repes qu'on a le plus faim), on supprime beaucoup de malaises digestifs. L’habitude de manger vite, la tachyphagie, serait même, d’après M. Jacquet, la principale cause des affections cutanées (rougeurs, dilatations variqueuses, acné, pustules, empâtement des tissus) si fréquente et si désagréable au visage. D'abord transitoires, les congeslions produites par la tachyphagie deviennent chroniques et définitives.
— « Si donc vous voulez rester belle, — conclut M. Jacquet — car ceci a surtout de l'importance pour la femme, mâchez doucement et mâchez avec soin. N'oubliez pas que la manière de manger est aussi importante que ce qu'on mange. »
3. Régularité des repas. Nécessité de s’abstenir de boire ni manger dans l'intervalle des repas.
L’habitude de manger à des heures régulières offre un réel avantage pour la sécrétion du suc digestif. Comme beaucoup de fonctions organiques, celle-ci se fait plus facilement et plus complètement sous l'influence de l'habitude.
La répartition des repas, communément adoptée en France, n’est peut-être pas la plus rationnelle. En général, on fait un repas très léger au réveil, vers sept ou huit heures du matin; un repas important vers midi; parfois un goûter vers quatre heures ; un repas, parfois plus important que le repas du midi, vers sept heures du soir. Il est facile de voir que presque tous les aliments pris le sont dans un temps égal au tiers de la
journée. De huit heures du soir à midi, il reste, au
. contraire, un longintervalle où l'alimentation est presque nulle.