CALVITIE PAR CAUSE MÉCANIQUE
Il n'est pas rare de voir, parmi les femmes, une variété de calvitie partielle dont la cause est tout à lait mécanique: je veux parler de certaines personnes X que la coquetterie porte a tirer violemment leurs cheveux pour les nouer ou faire le casque, et qui finissent par les déraciner et les arracher. Leurs têtes offrent alors des places complètement dégarnies, plus ou moins étendues, fort désagréables a l'œil, et ■ qui deviennent une source intarissable de chagrins. La plupart se livrent aux mains des charlatans; mais bientôt , découragées par le peu de succès qu'elles en 0i obtiennent, elles regardent leur calvitie comme incu-
rable, et ne s'occupent plus que de la cacher sous le cheveux voisins.
Nous nous empresserons de dissiper leur chagrin, de les consoler, en leur assurant que leurs cheveux peuvent repousser aussi vigoureux', aussi beaux qu'auparavant, si elles suivent nos conseils. Qu'elles se pénètrent bien de cette vérité, que le follicule du cheveu existe intact dans le cuir chevelu, et que sa tige ne demande qu'à percer la peau du crâne; mais celte peau, devenue lisse et dure depuis qu'elle est dépilée, s'oppose a sa sortie; la faible tige du cheveu reste prisonnière, de même qu'une graine germée reste sous terre, ne pouvant percer une croûte trop dure, trop épaisse.
Nous commencerons par leur conseiller, comme moyen hygiénique et préservatif de la dépilalion, de varier leurs coiffures, de changer de temps a autre les lignes ou raies qui divisent leurs cheveux, c'est-à-dire d'en tracer de nouvelles a côté des anciennes, à droile ou à gauche, selon les exigences de la coiffure. Il est évident que cette dépilalion ne reconnaît d'autre cause que les tiraillements, sans cesse exercés sur les cheveux, et les frottements de la brosse sur leur base. Lorsque la calvitie a considérablement élargi les raies, les moyens hygiéniques sont insuffisants, il faut donc recourir au traitement trikogène local, c'est-à-dire appliqué aux raies seulement. En suivant nos conseils, elles préviendront la chute par
tiraillements, et verront repousser leurs cheveux en
peu de temps.
Guidé par le désir d'être utile a nos- lecteurs affligés de calvitie, nous terminerons ce chapitre, déjà bien long, par quelques considérations que nous ne saurions trop recommander a leur sérieuse attention.
Le nombre des formules connues et secrètes pour faire repousser les cheveux est prodigieux; depuis quelques années surtout, surgissent de tous côtés des récapillisateurs improvisés, qui annoncent leurs spécifiques avec un tel bruit de grosse caisse, que l'on en est étourdi. A l'exception des mines cVor de la Californie, il n'est pas d'annonce qui s'incruste avec plus de ténacité sur la dernière page des journaux ; et, pour payer cette publicité, il faut nécessairement qu'une foule de gens crédules viennent mordre a l'amorce, et achètent ces prétendus spécifiques dont le moindre défaut est leur complète nullité, car il en existe qui sont très-dangereux pour la santé. Si, avant de faire usage de telle eau merveilleuse, de telle pommade infaillible, les personnes affligées d'une calvitie commençante se donnaient la peine de réfléchir, elles seraient moins confiantes ; et, a coup sûr, il y aurait infiniment moins de déceptions si l'on prenait pour guide ce simple raisonnement :
Le traitement de toute affection du cuir chevelu, soit récente soit chronique, doit être basée sur les connaissances anatomiques, physiologiques et médi-
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eales.le la peau (lu cheveu; sans cela le traitement sera stérile ou nuisible. Or, les fabricants et vendeurs de pommades, eu général, possèdent-ils ces connaissances ? Peuvent-ils reconnaître, préciser les causes diverses qui ont développé telle ou telle calvitie, et indiquer les substances thérapeutiques propres à les combattre? Évidemment non. Leur but est de débiter leurs pommades, voilà tout; que leur action soit nulle ou nuisible, peu leur importe, pourvu qu'ils les vendent.
Le public d'aujourd'hui, plus éclairé, commence à ne plus ajouter foi à ces SPÉCIFIQUES sûrs, infaillibles, uniques, merveilleux, héroïques, etc.; il deviendra bientôt indifférent à tous ces bruits d'annonces, à ce Juxe d'affiches ; et de cet état de choses il résultera que, si un procédé, véritablement efficace, est découvert, la propagation ne pourra s'en faire que très-difficilement, parce que ce bon public, tant de fois trompé, ne voudra plus y croire. En face de cette juste défiance, qui fait chaque jour des progrès, -nous avons peine à comprendre pourquoi les chauves s'adressent toujours à des gens incompétents plutôt que de consulter les hommes de l'art : s'ils étaient atteints de fièvre, de maladie de poitrine, bien certainement ils auraient recours au médecin ; alors, pourquoi ne pas s'adresser à lui dans le cas en question ? Si la calvitie n'est pas une affection aiguë douloureuse, elle n'en est pas moins une maladie latente soit du cuir
chevelu, soit du bulbe ou du follicule, du ressort de l'hygiène et de la médecine.
Il est vrai que beaucoup de médecins, craignant les injurieuses épithèles qu'on distribue largement aux industriels en pousse de cheveux, ont eu le tort regarder comme au-dessous d'eux le traitement des affections légères du cuir chevelu, et que leurs lumières, sur ce point, ne sont pas fort étendues ; mais il en est d'autres qui s'occupent spécialement de l'hygiène de la chevelure, et ce sont ceux-là qu'il faut consulter.
Enfin, ce qui précède a dû amener le lecteur a cette conclusion, que toutes les chutes de cheveux, n'ayant point la même cause, ne sauraient ni se ressembler ni être guéries par le même topique, et qu'il est prudent de rejeter, comme nulles ou dangereuses, toutes les préparations qui ne portent point avec elles une garantie scientifique.
Ici se termine l'histoire des diverses maladies du cuir chevelu et des calvities qui en sont la conséquence. Le lecteur qui serait atteint d'une affection avec chute de cheveux devra consulter le tableau simplifié qui termine le chapitre précédent, et l'histoire pathologique du cuir chevelu, composant le présent chapitre; il y trouvera la description précise de son affection et le traitement le plus efficace pour la corm battre, la guérir.