TRIKOGKNIE OU ART DE RÉGÉNÉRER LES CHEVEUX PEROUS
De tous temps on s'est vivement préoccupé des 3 moyens de faire repousser les cheveux, lorsqu'une désespérante calvitie avait fait tomber la toison protectrice de la peau du crâne. Depuis les médecins cosmétistes grecs et romains, jusqu'aux vendeurs de secrets du moyen âge, et depuis cette dernière époque jusqu'aux charlatans modernes vendeurs de spécitiques pour la pousse des cheveux, on ferait une très-curieuse histoire des arcanes et compositions bizarres, souvent dangereuses, qui ont été préconisées pour obtenir la récapillisation du cuir chevelu. Ainsi, la graisse d'ours, de taupe, de renard, de castor ; le sang de bélier, de lézard, d'autruche; la poudre devipère, de scorpion, de cantharides ; la cendre de t guêpes, de scarabée, de vieux cuir, etc., etc., ont tour à tour joui du privilège de faire pousser les che-veux. Nous nous bornerons a transcrire une formule
tirée du Miroir de la beauté, afin que le lecteur puisse juger de la valeur des vieilles recettes.
Prenez, chair de limaces, de mouches guêpes, de scorpion et de sangsues, parties égales; mettez le tout dans un vase que vous saupoudrerez de sel brûlé. Ce vase, percé d'un trou à son fond, sera placé sur un autre vase non foré, pour recevoir l'humidité qui découlera du premier. Recouvrez le premier vase de fiente de chat et recueillez chaque jour la liqueur qui coulera dans le second vase non foré. Frottez la partie chauve avec celte liqueur et vous verrez des merveilles.
« Ce remède est si puissant, ajoute son naïf auteur, qu'un adolescent, qu'on en avait frotté sur diverses parties du corps, vit pousser des poils si touffus, qu'il ressemblait à un ours... »
Ces sortes de remèdes n'auraient plus cours aujourd'hui ; les sciences ont fait d'immenses progrès; et l'art médical possède des formules non infaillibles, mais offrant de grandes chances de succès.
Selon nous, la TR1KÛGÉN1E n'est pas un art illusoire; il a, comme l'art médical, ses bases et ses moyens. Ainsi que certains tissus du corps, comme la graisse, les ongles, lorsque leur matrice n'a pas été détruite, se reproduisent, de même les cheveux peuvent se régénérer lorsque le follicule pileux existe dans son intégrité.
La trikogéiiic repose sur trois bases; i° la
connnaissance analomico-physiologique de la peau el du cheveu; 2° la connaissance des diverses affections qui peuvent frapper ces organes; 3° la connaissance des substances thérapeutiques possédant la vertu de les guérir. Ces connaissances exigent des études sérieuses, approfondies. Nous avons déjà énuméré les causes qui amènent les diverses espèces de calvities et indiqué les moyens rationnels qu'il convient de leur opposer dès leur début ; nous'traiterons maintenant de la calvitie chronique, c'est-à-dire déclarée depuis fort longtemps, et nous examinerons les substances thérapeutiques dont l'action régénératrice est reconnue par l'expérience.
Toutes les substances qui, depuis un temps immémorial, sont préconisées comme pouvant combattre la calvitie chronique, sont, en général, aromatiques, excitantes, toniques, acres, irritantes, rubéfiantes et quelquefois vésicantes. Aussi, toutes les préparations récapillisatrices, sous forme d'eau, liqueur, mixture, onguent, pommade, etc., contiennent une ou plusieurs de ces substances; et l'on peut dire que l'alcool* diverses plantes aromatiques, le quinquina, le garou, le suc de lithimale, les cantharides et le phosphore, jouent le rôle principal dans cette longue liste de préparations contre la chute.
Si l'on recherche pourquoi tous les traitements anciens el modernes contre la chute sont toniques, excitants ou irritants, on en trouve la raison dans
celle opinion, généralement accréditée, que la calvitie dépend d'un défaut de ion, d'un manque de vitalité, d'une faiblesse des systèmes cutané et pileux du crâne. Parlant de ce principe, on tonifiait donc la partie faible, espérant lui rendre la vitalité perdue : on réussissait quelquefois; mais le plus souvent l'espoir était déçu, parce qu'on combattait le symptôme au lieu d'attaquer et de détruire la cause. Il ne pouvait en être autrement, vu l'obscurité qui enveloppait cette question ; car, si je puis me servir d'une comparaison, lorsqu'une macbine compliquée cesse de marcher, il faut que celui qui est appelé a l'arranger en connaisse parfaitement les rouages et le mécanisme, de même, pour ramener à leurs fonctions primitives les systèmes pileux et cutané, il est de toute nécessité d'en connaître l'analomie el la physiologie. Or, ce n'est que depuis peu d'années que les études microscopiques de quelques hommes spéciaux ont dévoilé le mystérieux travail de la formation et de la croissance du cheveu. (Voyez, au Formulaire, les formules que nous avons relevées comme étant réputées les meilleures contre la calvitie.)
D'une autre part, les observations de plusieurs savants médecins, consignées dans divers recueils scientifiques, démontrent que, sous l'influence de certaines causes pathoye niques ou engendrant des maladies, la peau se couvrait quelquefois de poils aux endroits où il n'en n'exislail que les rudiments. On pourrait al-
tribuer ce phénomène à la sécrétion plus abondante de l'humeur pigmentai re, par suite d'une irritation locale, et a un surcroît d'énergie dans les Tondions des bulbes et follicules pileux. Nous ne rapporterons que quelques-unes de ces observations.
Bichat cite un homme du peuple qui, a la suite I d'un érysipèle, eut le visage couvert de poils.
Rayer a consigné dans son Traité des maladies de la peau le cas d'une insolation qui, ayant développé des taches brunâtres sur le corps d'un jeune homme, chaque tache fournil bientôt une végétation pileuse.
Bricheteau a donné l'observation suivante : une femme âgée de vingt-quatre ans vit, a la suite d'une fausse couche, tout son corps se couvrir d'éphélides. Ces taches ne lardèrent pas à donner naissance à des poils qui poussèrent si rapidement, et en si grande quantité, qu'au bout d'un mois le corps était entièrement velu.
Les Archives générales de médecine font mention d'un garçon de vingt ans dont le sacrum se couvrit de poils, à la suite d'un vésicatoire appliqué sur celle partie. Ces poils acquirent, en quelques années, une longueur telle, qu'on pouvait les comparer presque a une queue de cheval.
Le professeur Boyer a observé plusieurs fois que? l'irritation produite par les vésicanls donnait lieu a i la sortie de poils très-longs et très-touffus.
Enfin toutes les taches de la peau dans lesquelles
le pigment est sécrété en pins grande quantité se couvrent, en général, de poils plus ou moins longs; cette circonstance les a fait nommer, par plusieurs auteurs, taches pileuses.
11 ressort de ces faits que toutes les fois que, par une cause naturelle ou artificielle, il y a stimulation vive et afflux du sang sur un point de la peau, les follicules pileux participent a cette stimulation et sécrètent plus abondamment l'humeur pileuse ; de telle sorte que les poils ou cheveux , qui n'existaient qu'a l'état de duvet, poussent, se développent et acquièrent une force très-remarquable.
C'est de ces observations et des progrès de l'anatomie physiologique du système pileux qu'est sortie une nouvelle branche de l'art que nous avons nommée trikogénie, et dont nous posons les fondements. Cette branche, qui a son importance, est appelée à progresser comme ses sœurs aînées, et à arriver, sans nul doute, à des résultats positifs.
Les éléments de la trikogénie reposent sur l'étude anatomique et physiologique de la peau ; ses moyens peuvent se résumer ainsi :
Traiter d'abord le cuir chevelu ; agir ensuite sur le follicule, le bulbe et le conduit pileux ; enfin, cultiver la lige du cheveu.
En effet, il est très-facile de comprendre qu'une peau dépouillée de sa toison, lisse et durcie depuis longues années, donnant au crâne l'aspect d'un genou,
s'opposerait a la sortie des cheveux naissants, d'une extrême faiblesse. Il est donc tout a l'ait indispensable de commencer par modifier l'état du cuir ehevelu, d'ouvrir les vaisseaux absorbants, obstrués depuis un temps plus ou moins long, afin d'y faire pénétrer les substances toniques reconnues propres a tirer le bulbe et le follicule de leur lnngueur. Cette modification de la peau s'étend aussi aux conduits pilifères, qui ont besoin d'être élargis pour que la jeune tige, fournie par le bulbe, puisse s'y engager, les traverser sans obstacle et sortir enfin à la surface libre de la peau sous le nom de cheveu. Tels sont les résultats du traitement trikogène dont suit la description.
TRAITEMENT TRIKOGÈNE