CONTRE LA CALVITIE CHRONIQUE
LORSQUE LE CUIR CHEVELU EST PARTIELLEMENT TMVÉ DE SA TOISON ET QU'IL N'OFFRE AUCUN SIGNE D'iRRITATlON.
Quelques lignes suffiront pour démontrer au lecteur l'action physiologique de ce traitement.
L'épiderme du cuir chevelu est composé de deux feuillets, dont le premier, c'est-à-dire le plus superficiel, se détruit, se renouvelle incessamment, et produit ces pellicules ou farines qui salissent les cheveux. Ce feuillet recouvre les conduits pilifères et les
obstrue, c'est-à-dire s'oppose a la sortie de la tige du cheveu, qui reste a l'état de duvet dans l'épaisseur de la peau. Le fluide desquamateur possède la propriété d'enlever ce feuillet épidermique, de désobstruer les pores, et, par voie d'absorption, de neutraliser les virus dartreux, syphilitique, scrofuleux, etc., s'ils existent, et qui sont ordinairement cause des diverses calvities et alopécies de l'âge mûr.
La pommade trikogène, supérieure a toutes les pommades régénératrices sans exception, développe une légère excitation de la peau, active la circulation folliculaire, réveille les bulbes languissants, et les force a pousser une tige. Voici la manière de se servir de ces deux agents, dont le succès a toujours couronné l'attente des personnes persévérantes.
Premier jour. — Imbiber une éponge ou un linge d'eau chaude, dans laquelle on jette quelques grammes de carbonate de potasse, et en frotter la peau chauve afin de la dégraisser et de l'assouplir. L'alcoolé savonneux indiqué au Formulaire de celte brochure remplace avec avantage le carbonate de potasse; il suffit de le mélanger a volume égal d'eau chaude, pour dégraisser parfaitement le cuir chevelu.
Le dégraissage opéré, la partie essuyée et séchée, on trempe une fine éponge ou un petit tampon de linge dans le fluide desquamateur, et l'on en frotte la peau jusqu'à ce qu'elle soit entièrement colorée en brun-rouge ; puis on met un bonnet, un serre-tête
ou une calotte. Les personnes qui portent perruque ou toupel peuvent s'en servir en remplacement de serre- tête.
L'application du fluide desquamaleur est efficace lorsqu'il produit une légère irritation du cuir chevelu et détache le feuillet superficiel de 1 epiderme. La destruction de ce feuillet, ordinairement dur et luisant, est de toute nécessité pour désocclusionner les conduits pilifères et préparer les vaisseaux absorbants à l'absorption de la pommade trikogèue. La tache faite a la peau par le desquamateur s'enlève trèsfacilement avec un peu d'eau de javelle ou de lessive coupée d'eau, ou avec une solution d'hypo-sulfite de soude.
Deuxième jour. — Appliquer sur la partie un cataplasme émollient. Deux heures après, enlever le cataplasme, essuyer et sécher la peau, puis pratiquer une nouvelle lotion avec le fluide desquamaleur. L'action émolliente du cataplasme ayant assoupli et pénétré la peau, la lotion opère avec plus de force, et doit produire un picotement, une légère cuisson. On couperait la lotion avec un peu d'eau, si elle occasionnait une irritation trop vive, car il est des peaux plus sensibles les unes que les autres.
Vers le quatrième ou cinquième jour, l'épidémie du cuir chevelu s'exfolie, c'est-à-dire tombe par petites pellicules; alors on brosse la partie chauve, on peut encore réappliquer un cataplasme afin de déla-
cher le resle des pellicules. La peau étant complètement purgée de toute impureté et les canaux pililères désobstrués, on commence les frictions avec la pommade trikogène.
Manière d'opcrei* les frictions. — On prend gros comme une noisette de pommade, un peu plus, un peu moins, selon la grandeur de la surface chauve ; on l'étend sur la peau, el, avec la paume de la main ou la pulpe des doigts, on frictionne pendant quelques minutes danslesens de la direction des cheveux. Après les frictions, on recouvre la tête d'une coiffe ou serre-tête de toile gommée. Ce serre-tête, s'opposant a la vaporisation de la transpiration insensible, le cuir chevelu se trouve dans une espèce de bain de vapeur, pendant lequel les vaisseaux absorbants, entr'ouverts, pompent la pommade et en distribuent les molécules aux bulbes pileux.
On continue les frictions avec la pommade trikogène, de la même manière et pendant neuf jours. Au dixième jour, si le traitement a réussi, on doit apercevoir sur la peau chauve une légère végétation ; ce sont les nouveaux cheveux qui sont sortis, mais d'une linesse extrême et semblables a un duvet. On opère la coupe de ces premiers cheveux avec des ciseaux bien affilés, dès qu'ils ont atteint deux lignes de longueur. On dégraisse le cuir chevelu avec l'alcoolé savonneux et l'on recommence les frictions avec la pommade trikogène, jusqu'à ce que les cheveux,
ayant acquis de nouveau la longueur de deux lignes, exigent une seconde coupe. Dix à quinze coupes semblables sont nécessaires pour obtenir une pousse vigoureuse.
Dans le cas où le duvet pileux ne se montrerait point vers le quinzième jour, a la surface de l'épiderme, il faudrait recommencer le traitement, comme il est indiqué précédemment, c'est-à-dire dégraisser le cuir chevelu, puis lelotionner avec le fluide desquâmaleur et attendre l'exfolialion de l'épidémie avant de procéder aux frictions.
On peut se frictionner soi-même ; cependant nous ferons observer que les frictions faites par des mains étrangères sont beaucoup plus parfaites et plus efficaces.
Recommandatiou essentielle. — Il est
nécessaire de dégraisser le cuir chevelu tous les trois jours, afin de le débarrasser de l'enduit déposé par la pommade trikogène. On opère ce dégraissage, ainsi que nous l'avons dit plus haut, en trempant une éponge dans parties égales ù'ahoolé savonneux et d'eau chaude ; on frotte la peau, on lave et l'on essuie, puis on recommence les frictions. Plus la peau est exempte d'impuretés épidermiques, mieux elle absorbe et plus sont nombreuses les chances de succès.
Si, dans le cours du traitement, le cuir chevelu devenait le siège d'une irritation, il faudrait cesser ans-
sitôt le traitement excitant et le remplacer par des lotions émollienles d'eau de guimauve. L'irritation dissipée, on continuera comme précédemment.
Il faut persévérer dans ce traitement, dont la durée est ordinairement de quarante jours à deux mois, car celui qui l'abandonne avant la régénération complète des cheveux n'obtient qu'une végétation chétive et peu colorée, par la raison que les bulbes n'ont pas eu le temps d'acquérir le degré de vitalité nécessaire à la vigueur de la tige du cheveu.
Les premiers cheveux sont d'une finesse extrême; il est urgent de les raser avec un excellent rasoir ou de les couper avec des ciseaux fins et bien affilés, dès qu'ils ont atteint la longueur de quelques lignes, et de renouveler celte coupe de huit en huit jours, jusqu'à ce#que la tige du cheveu ait acquis du corps et de la force. Huit à dix tonsures semblables sont nécessaires pour obtenir une pousse vigoureuse et complète.
Affirmer l'infaillibilité du traitement trikogène pour toutes les calvities sans exception serait irrationnel, suspect, et éloignerait du lecteur la conviction que nous cherchons a lui inculquer. Mais, cedontnous pouvonsl'assurer, c'est que notre ouvrage contienttout ce que la science et l'art possèdent de plus complet sur l'hygiène et les maladies du cuir chevelu; ce que nous pouvons affirmer, c'est que, en se conformant aux préceptes que nous donnons, les personnes chau-
ves ou affligées de quelque aulre imperfection de la chevelure auront pour leur guérison mille chances de succès qu'elles ne rencontreront nulle autre part.
Nous ajouterons, pour les cas où le traitement trikogène n'aurait eu qu'un demi-succès, que les douches d'eau froide sur la tête sont a essayer : c'est un genre de tonification particulier' très-favorable à certaines peaux paresseuses dans l'exercice de leurs fonctions vitales. Nous avons été témoin des prodigieux résultats de la douche froide, dans quelques cas de calvitie, traitées vainement et regardées comme incu Fables par les plus habiles médecins.
Mais, comme cela peut arriver, si le traitement que nous venons de décrire ne réussissait point a tirer le follicule pileux du profond engourdissement, de l'atonie presque mortelle dans lesquels il es^plongé, un dernier moyen existe : c'est l'emploi de l'électricité par bain ou par impression de souffle. Priestley, Bertholon, Nollet, Sauvages et plusieurs autres médecins vantent l'électricité comme moyen curatif de l'alopécie rebelle à tous les autres traitements, et citent des cas de guérison remarquables.
Enfin, lorsque tous les moyens que nous avons indiqués ont complètement échoué, c'est que les gaines ou follicules des cheveux sont frappés de mort ; il ne reste plus au chauve que de porter perruque, pour préserver son chef des intempéries.
Nous terminerons ces études trikogéniques par
quelques ligues sur l'imperfection pileuse nommée épi.
. £pi Les cheveux sont sujets a un vice de direction auquel on a donné le nom ù'épi. La déviation a 'lieu dans l'épaisseur du cuir chevelu ; le bulbe pileux, au lieu de suivre son trajet normal, se dévie obliquement et va percer la peau du crâne loin de son point de départ. C'est ordinairement au front et sur les tempes que l'épi a son siège.
Le coiffeur remédie aux épis qui se montrent sur la tête des femmes en imprimant aux cheveux une direction convenable, et en les tenant ainsi (ixés pendant un temps plus ou moins long. L'épi sur une tête d'homme, c'est-à-dire sur une tête a cheveux courts, n'a d'autre remède que l'arrachement; mais cet arrachement ne doit s'opérer que sur une petite quantité de cheveux 'chaque jour. Lorsqu'au bout de dix à quinze jours l'épi est totalement enlevé, on frictionne la partie avec un peu de pommade trikogène, et, le plus souvent, il arrive que les nouveaux cheveux percent la peau du crâne dans une direction tout à fait normale.
L'épi de la barbe se traite de la même manière que celui des cheveux.