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CHAPITRE VII

CANITIF. (!)

OU DÉCOLORATION DES CHEVEUX ; SES CAUSES, SA MARCHE. - MOYENS DE RETARDER LE GRiSONNEMENT.

Nous avons vu, au chapitre II, que la couleur des cheveux et des poils dépendait des conditions chimiques de leur moelle, et que leurs nuances variaient du blond clair au noir foncé, selon les diverses proportions de 1er et de soufre contenues dans la moelle. Nous avons vu que dans les cheveux blancs il y avait absence complète de fer, et qu'à celte absence était due leur décoloration.

A cette époque de la vie, plus précoce pour les uns, plus tardive pour les autres, où l'âge mûr touche à la première vieillesse, les molécules ferrugineuses arrivent plus rares au système pileux ; les racines des bulbes, n'ayant plus l'énergie d'autrefois, puisent plus difficilement ces molécules dans un sang moins riche,

(1) Canitie, du mot lalin canities, blancheur.

et lorsqu'elles cessent de pénétrer la moelle du cheveu, celui-ci se décolore peu à peu. Mais cette langueur n'atteint pas a la fois tous les bulbes delà forêt pileuse; selon les régions qu'ils occupent, les uns conservent encore leur vigueur, tandis que les autres sont frappés d'atonie. Telle est la cause du grisonnement. La décoloration se manifeste aux tempes d'abord, et de la gagne peu à peu le reste de la tête. Le cheveu commence généralement à blanchir du sommet à la base, en raison de ce que les molécules ferrugineuses qui circulent encore dans une portion de la tige ne peuvent plus arriver à la pointe. On voit quelquefois des cheveux qui, blancs a leur base, conservent encore pendant quelque temps leur couleur noire a la pointe; mais c'est une" exception qu'on ne rencontre que sur les cheveux où il existe un nœud, une interruption dans le canal médullaire.

Tout le genre humain est soumis a la loi de la décoloration pileuse; il existerait cependant, au dire des voyageurs, quelques races d'hommes dont les cheveux ne blanchissent jamais : les Tupis et les Guarinis seraient de ce nombre. Chez les Chiqmtos d'Amérique, la crise blanche de la vieillesse est remplacée par un crise jaune.

Le professeur Spigelius a constaté, par trente années d'observations, que Tes sujets engendrés de père et mère maladifs ou avancés en âge blanchissent de bonne heure, tandis que les sujets provenant de pa-

rerils jeunes et vigoureux conservent fort tard la couleur de leurs cheveux. Uu exemple des plus remarquables, à ce sujet, est celui des frères Platerus, tous deux professeurs a l'Université de Bade. L'un, Félix Platerus, procréé par uu père et une mère a la fleur de l'âge; l'autre, Thomas Platerus, venu au monde quand ses parents étaient sur le retour. Le premier, âgé de cinquante-huit ans, conservait la couleur noire de ses cheveux, tandis que son frère était entièrement hlanc à l'âge de trente-neuf ans.

Les excès en amour, de même que ceux dans le hoire et le manger, les variations fréquentes de climats et de température, les chagrins, les migraines continuelles, les maladies graves, les paralysies, les contusions, les plaies et autres affections du cuir chevelu, sont autant de causes éloignées ou prochaines de la décoloration des cheveux.

Vers l'âge de soixante ans, les cheveux prennent une teinte argentée; c'est l'annonce de la disparition complète des molécules ferrugineuses de la moelle du cheveu. A cette canitie provenant de l'âge, il serait absurde de vouloir trouver un remède. Une chevelure et une barbe blanches ont des beautés graves qui l'emportent de beaucoup sur une tête artificiellement noire. Les cheveux blancs annoncent l'expérience de la vie, la sagesse, et inspirent le respect.

Mais la canitie n'est pas toujours un signe de vieillesse ; elle se manifeste assez fréquemment dans la

vigueur de l'âge. C'est de cetle canitie que nous allons nous occuper, et contre laquelle nous indiquerons le remède le plus efficace.

La canitie peut arriver graduellement ou survenir tout à coup, selon l'intensité de la cause agissante. Quelques exemples suffiront pour en donner la preuve.

Blumenbach fait mention d'une jeune fille dont les cheveux devinrent complètement blancs à la suite» d'une variole.— Arata a vu le même phénomène s'opérer chez un sujet de dix-huit ans qui relevait d'une fièvre ataxique.— Bartholin cite également une jeune fille dont la chevelure, d'un noir d'ébène, blanchit pendant l'époque difficile de la puberté, et qui ne reprit sa couleur naturelle qu'après son premier accouchement. Un grand nombre cl'observations semblables sont consignées dans les ouvrages de médecine.

Nous dirons quelques mots sur un autre genre de décoloration par cause interne, dans lequel les cheveux perdent leur couleur primitive pour en revêtir une autre qui leur est étrangère. — Alibert parle , dans son grand ouvrage des dermatoses ou maladies de peau, d'une dame qui, a la suite d'une lièvre putride, vit tomber complètement sa belle chevelure blonde, laquelle fut remplacée, quelques mois après, par des cheveux très-noirs. — Un médecin italien, pendant une maladie grave, perdit ses cheveux noirs et les vit repousser parfaitement roux, a la fin de sa convalescence. — Le Journal des Sciences médicales

a publié l'observation d'une jeune dame dont les cheveux blonds devenaient rouges chaque fois qu'elle éprouvait un accès fébrile, et qui reprenaient leur cou. leur naturelle dix heures après que l'accès était passé.

Hagedorne rapporte, dans son Histoire médicale, î deux cas intéressants de canitie partielle.

Le premier cas fut offert par un homme dont les «cheveux, la barbe et les poils blanchirent subitement dans la moitié latérale du corps (côté droit), tandis que tout le système pileux de l'autre moitié (côté gauche) avait conservé sa couleur noire.

Le second cas fut observé chez un vieillard paraplégique dont la moitié supérieure du corps, c'est-àdire depuis le nombril jusqu'au sommet de la tête, présentait des poils très-noirs, tandis que toute la partie inférieure du corps, c'est-à-dire depuis le nombril jusqu'à l'extrémité des pieds, était garnie de poils d'un blanc verdâtre.

Nous avons nous-même été témoin d'un exemple de décoloralion périodique des cheveux fort singulier, et peul-êlre unique dans son genre. Le sujet était une ! jeune femme d'un tempérament bilieux et d'une ! grande susceptibilité nerveuse ; ses cheveux et ses ; sourcils offraient, pendant vingt-quatre jours du mois, une belle couleur noire; aussitôtque le flux menstruel commençait à paraître, la couleur noire se dégradait peu à peu, jusqu'au trentième jour, qui était le sixième jour de l'écoulement périodique: alors ses cheveux.

offraient une nuance rougeâlre. L'écoulement fini, la nuance rougeâlre se rembrunissait graduellement, et les cheveux repassaient par tous les tons intermédiaires du roux au noir foncé, .le sus de celte jeune femme que cet étonnant phénomène durait chez elle depuis trois années consécutives, sans avoir éprouvé aucune intermission.

Canîtic pai* cause morale. — Les vives frayeurs, les terreurs subites, les emportements de la colère, le chagrin, le désespoir, toutes les passions tristes et violentes, peuvent amener, dans un temps plus ou moins court, la décoloration générale ou partielle du système pileux ; quelquefois, ce système est frappé en quelques heures.

Les cheveux et la barbe du chancelier Thomas Morus blanchirent en six heures : a minuit, heure a laquelle on vint lui apprendre sa condamnation à mort, ils étaient parfaitement noirs; a six heures du matin, heure de l'exécution, ils étaient entièrement blancs.

La révolution qu'éprouva le comte de Saint- Vallier ; en apprenant l'arrêt qui le condamnait à être décapité

décolora subitement ses cheveux et sa barbe. Diane

de Poitiers, sa fille, obtint sa grâce, mais ne put lui

rendre la couleur noire de ses cheveux. Marie-Antoinette, prisonnière au Temple, est aussi

un exemple de canilie par cause de frayeur et de

chagrins.

Une jeune femme, sur le point d'être victime de la

brutalité d'une soldatesque avinée, éprouva une si grande frayeur, que ses cheveux noirs blanchirent ert un jour.

Pendant les horreurs d'un naufrage, la chevelure d'un mousse de quinze ans blanchit entièrement.

Un jeune homme, poursuivi par des assassins jusqu'à la porte de sa maison, échappa miraculeusement à leurs poignards. Le lendemain, quel fut son triste étonnement de voir sa tête blanche comme celle d'un vieillard !

La femme Pérat, citée devant la Chambre des pairs, pour déposer dans le procès Louvel, en éprouva une révolution si grande, que, dans l'espace d'une nuit, ses cheveux blanchirent complètement.

Un médecin voyageur, qui a fait d'une manière approximative le relevé des personnes dans la force de l'âge et des deux sexes, dont la chevelure ou la barbe avait subitement blanchi sous l'influence des émotions terribles qu'inspira l'époque de la Terreur, en France, a porté leur nombre a, trois mille ; et il ajoute que le nombre des sujets blanchis parla même cause, qu'il n'a point vus personnellement, mais dont il a entendu parler, peut s'élever a un chiffre équivalent.

On trouve encore une foule d'observations très-remarquables de décoloration partielle du système pileux par cause morale. Ici c'est un homme vigoureux dont la barbe est frappée de canilie, tandis que ses cheveux restent parfaitement intacts. La, c'est une

— Lod —

brune piquante qui voit la moitié de sa tête blanchir inopinément, et l'autre moitié conserver sa belle couleur d'ébène. Plus loin, on cite de jeunes militaires qui, exposés a d'affreux périls, ont été frappés dé canitiesur toute une moitié du corps, de telle sorte qu'ils offraient un côté de la tête parfaitement noir et l'autre blanc, une moustache blanche et l'autre noire; les poils de la poitrine et du reste du corps participaient aussi a cette singulière décoloration.

Il serait facile de multiplier ces faits, aussi nombreux que variés dans les annales de médecine ; mais nous pensons que ceux déjà cités suffisent pour démontrer l'influence des affections morales sur la sécrétion et la décoloration des sucs pileux.

Pour expliquer le phénomène de la canitie subite, on a prétendu que, pendant certains accès de colère, de frayeur, d'émotion vive, l'huile des cheveux tournait à l'aigre, et que sa décoloration suivait de près l'acidité. On s'est appuyé sur une expérience qui a fait voir qu'un courant galvanique, dirigé au milieu de matières animales, donnait lieu a la formation d'un acide ou d'un alcali, selon les circonstances, et que ces matières étaient aussitôt décolorées; mais presque tous les physiologistes ont rejeté celte démonstration électro-chimique.

Ne pourrait-on pas donner une explication plus simple de ce phénomène, et dire que, pendant la violente horripilation causée par la frayeur, par une vive

émotion ou par les paroxysmes de certatees maladies, il s'établit dans la lige d<*> cheveux un courant élccinque portant directement son action sur les molécules ferrugineuses et sulfureuses. Le résultat de celle aclion serait la décoloration du fer contenu dans la moelle, autrement dit la canitie de la tige; car il est bon de faire observer que, dans cette sorte de canitie, les fondions secrétaires des bulbes ne languissent nullement : les cheveux croissent avec autant de vigueur qu'auparavant ; leur vitalité semble être la même, seulement la racine et le bulbe ne se laissant plus pénétrer par les atomes ferrugineux, les cheveux poussent blancs.

Des faits assez nombreux prouvent que la décoloration par cause morale n'est pas sans retour chez les jeunes sujets ; et, si l'espace ne nous manquait, nous citerions une série d'exemples d'individus blanchis à la suite d'une violente émotion, qui sont redevenus noirs, après un temps plus ou moins long, par les seuls efforts de la nature.

Ce singulier phénomène mérite une explication : — en admettant l'action d'un courant électrique comme cause de la décoloration, au moment d'une commotion morale, on conçoit facilement qu'il doit s'opérer dans le cheveu, soit une modification de la vie, soil un dérangement dans les molécules : et ce courant, dont les nerfs seraient les conducteurs, doit parcourir le cheveu depuis sa racine jusqu'au bout de

Isa lige. La racine et le bulbe oui du être atteints les (premiers et éprouver une modification clans l'arrangejment de leurs molécules et leur mode de vitalité. Or, celte modification se traduit par l'inaptitude de la racine a pomper les atomes ferrugineux contenus dans [les sucs nutritifs ; la racine élimine ces atomes et n'absorbe que des sucs dépouillés de fer. Il faut bien que quelque chose de semblable se passe dans la racine jdu cheveu, puisque, dans les cheveux blancs, l'ana- Dyse chimique ne découvre pas un atome de fer, tandis qu'elle en trouve abondamment dans les cheveux poirs. Lorsque, par une cause quelconque, cette inaptitude de la racine à absorber les molécules ferrugineuses vient à cesser, la recoloration des cheveux a lieu chez les sujets dont nous venons de parler, et ces exemples sont assez nombreux.

Canitic par décoloration dm pigmeut de la peau. — 11 existe une affection cutanée nommée leucopathie (mal blanc), caractérisée par des taches blanchâtres plus ou moins larges qui sont le résultat d'une décoloration partielle de la couche pigmen taire, ou matière colorante de la peau. Les cheveux et les poils implantés dans ces lâches participent p la décoloration cutanée et poussent blancs. Plupeurs observations à ce sujet en fournissent la preuve évidente. Lecat cite une femme qui, à la suite d'un [accouchement laborieux, fut atteinte de taches leuco- Luathiques dont une s'étendait sur tout le pubis. La

toison qui recouvre celle région, devint entièrement blanche de noire qu'elle était-. Banau rapporte qu'un militaire, affecté de leucopatliie au menton, vit, eo quelques jours, la barbe de cette partie se décolorer • et devenir parfaitement blanche, tandis que ses favoris • et ses moustaches conservèrent leur couleur noire.

Le traitement de cette espèce de canilie consiste à i rubéfier la peau avec une pommade ou une eau irri- - ; tante, puis a la frictionner avec la pommade trikogène, , afin de stimuler et de modifier la sécrétion pigmen--j taire. Dans certains cas, il est même nécessaire d'ap-pliquer un vésicatoire sur la partie préalablement! rasée. (Voyez, pour de plus amples détails, l'Hygiènen médicale du visage et de la peau.)

Le docteur Cazenave, dont le nom se rattache ai d'importants travaux, donne cette formule comme lui H ayant réussi.

Acide tarmique. . . 2 grammes.

Axongc 50 —

Frictionner la partie affectée avec cette pommade.

Canitie partielle ou locale. —Les coups,, contusions, brûlures, plaies et ulcères du cuir chevelu peuvent attaquer la vitalité du bulbe et occasionner la chute des cheveux. Le pigment de la peau se trouvant détruit en cet endroit, et la sécrétion Ibllicufaire altérée, il en résulte que les cheveux lombes»

sont remplacés par une végétation extrêmement fine et décolorée. On voit quelquefois, sur une tête bien garnie de cheveux noirs, une ou plusieurs mèches blanches survenues à la suite de plaies ou de fortes contusions.

Le traitement de cette canitie locale est le même que celui dont nous venons de parler pour la canitie par décoloration du pigment de la peau.

Si la canitie résistait a ce traitement, il deviendrait nécessaire de couper les mèches au niveau de la peau. On lotionnerait la partie avec une décoction de racines d'arlichaud à laquelle on ajoute quelques grammes de sous-carbonate de potasse, et après avoir essuyé la peau on la frictionne avec la pommade Irikogène. La canitie cède ordinairement a ces lotions et friclions continuées pendant quelques semaines.

Lorsqu'à la suite d'écorchures les poils repoussent blancs sur des chevaux a robe noire, les vétérinaires rasent plusieurs fois la partie et la frictionnent avec des pommades irritantes ; ils parviennent ainsi a rendre aux poils blancs leur couleur primitive. La pommade trikogène est une des plus efficaces pour opérer cette régénération.

Canitie générale. — Lorsque la décoloration des cheveux est presque générale chez des sujets en core vigoureux, deux moyens de recoloralion existent : l'un est la teinture hygiénique extérieuiê, qui, en moins de deux heures, ramène les cheveux à leur

couleur naturelle, sans nullement les altérer; l'autre, moins prompt, hélas! et moins sur, mais infiniment préférable lorsqu'il peut réussir, est le procédé chinois, autrement dit traitement mélanoyène, auquel nous consacrerons le chapitre suivant.

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