‹ Hygiène médicale des cheveux et de la barbe [electronic resource]Chapitre 17 sur 67 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

MKLAN0GÉNÉS1E,

OU RÉGÉNÉRATION DE LA COULEUR NOIRE DES CHEVEUX BLANCS, CHEZ LE PEUPLE CHINOIS.

Le 21 juin 1847, un célèbre orientaliste, M. Stanislas Julien, faisait a l'Institut de France celle curieuse communication :

« Les Chinois ont su atteindre et

« transformer, au moyen de médicaments et d'une « alimentation particulière, le liquide qui colore le « système pileux, et donner aux cheveux blancs et « roux une teinte noire, qui se maintient pendant leur « accroissement continuel, jusqu'à la vieillesse, qui « vient les faire blanchir et tomber. M. Imbert, au- « jourd'hui évêque en Chine, offre, au témoignage de « M. l'abbé Voisin, l'un des directeurs actuels des « missions étrangères, une preuve vivante delà colo- « ration interne des cheveux. C'est par ce moyen que « les Chinois, en corrigeant ainsi les écarts de la na-

« ture, peuvent se dire, depuis la plus haute anli- « quilé, le peuple aux cheveux noirs. »

(Séance du 21 juin 1847 )

Ce peu de mots, prononcés en séance solennelle devant les premiers savants du pays, ne laissent aucun doute sur la vérité du fait. D'un autre côté, les hommes versés dans la littérature chinoise savent très-bien que, dans un grand nombre d'ouvrages de morale, d'art et de science, les Chinois se donnent toujours l'épithète de peuple aux cheveux noirs; et, en effet, tous les voyageurs qui ont fréquenté ces contrées s'accordent a dire qu'on voit fort peu d'hommes et de femmes à cheveux blancs ou a barbe grise, à l'exception des octogénaires. Or, pour empêcher de blanchir les cheveux au moyen des aliments et des boissons, il était nécessaire que ces peuples fussent en possession d'un secret qui agît chimiquement sur l'huile contenue dans la gaine du cheveu, puisque de la couleur de celte huile dépend la couleur du système pileux. Mais quels sont les moyens employés par les Chinois? Quelles substances mêlentils a leurs aliments et boissons?

Jusqu'à présent on l'ignore ; peut-être le saura-t-on un jour?

De fortes présomptions portent à croire que les préparations ferrugineuses jouent un rôle dans la régénération de la couleur noire du système pileux.

— Hl —

Plusieurs observations, éparses ça et la dans les ouvrages de médecine, militent en faveur de cette opinion ; nous n'en citerons qu'une :

Madame Ler"*, âgée de cinquante ans, d'une constitution faible et chlorotique, ayant les cheveux blancs comme neige, faisait usage, depuis six mois, de boissons ferrugineuses, ordonnées par son médecin. Un jour, subitement saisie d'un accès de migraine, pendant qu'elle faisait sa toilette, elle trempa son éponge dans une décoction de plantes astringentes, destinée a effacer les rides, et s'en humecta le front, espérant calmer ses douleurs. Le lendemain, quel fut son étonnement d'apercevoir les cheveux de la partie supérieure du front nuancés en brun, et contrastant avec la blancheur du reste de la chevelure ! Son médecin, consulté sur ce phénomène, après avoir exploré anatomiquement et physiologiquement les cheveux brunis de sa cliente, et n'osant attribuer a la migraine une coloration si étrange, suivit l'exemple de ses confrères, et rejeta le fait dans le domaine des CAS RARES ; domaine immense, où sont entassés tous les faits dont l'intelligence humaine n'a pu découvrir la cause.

D'après ces faits, serait-il permis de croire a la vertu mélanogénésique du fer, et a sa présence dans le procédé chinois? Mais alors, sous quelle forme et par quelles combinaisons avec d'autres substances arrivet-il au résultat mélanogénésique? La est le secret.

Nous allons démontrer, par une série de faits, l'aflinité qui existe entre certains métaux et la substance du cheveu.

Plusieurs savants du dix-huitième siècle avaient constaté que l'absorption métallique par la voie pulmonaire et cutanée altérait la couleur naturelle du système pileux, et lui substituait une teinte analogue à celle du métal absorbé. — Le professeur Paulini consigna dans ses ouvrages, comme en ayant élé témoin oculaire, les faits suivants : Les cheveux de plusieurs ouvriers employés a la fabrication du minium (deutoxyde de plomb) avaient pris une teinte rougeàtre. — D'autres ouvriers, travaillant le vitriol bleu (sulfate de cuivre), offraient la barbe et les cheveux bleuâtres. — Dans un atelier où se préparait le verlde-gris (acétate de cuivre), les cheveux de la plupart des ouvriers avaient revêtu une teinte verdâtre assez prononcée. Paulini fait observer que ces teintes diverses n'étaient pas dues a une incrustation métallique, mais bien à une absorption ; et il s'appuie sur le fait des cheveux teints, qui, en poussant, présentent une racine blanche, tandis que, chez les ouvriers en question, la racine et la lige offraient toujours la même nuance.

L'oxyde de cuivre est absorbé avec la plus grande facilité par la tige du cheveu, même après la mort. Le savant Burdach rapporte, à ce sujet, un fait qui s'est passé sous ses yeux. J'ai assisté, dit-il . à l'exhu-

matioû d'un cadavre, enterré depuis plusieurs mois, ayant la tête garnie d'ornements en cuivre ; la couleur verte des cheveux frappa mes regards, et je m'assurai que cette couleur dépendait d'une véritable incrustation de l'oxyde cuivrique.

Enfin, tout récemment, les Annales d'hygiène publique et de médecine légale ont publié une lettre de M. Cramaussel, fabricant de vert-de-gris, qui affirme que, pendant plus de vingt-cinq ans, il n'a vu aucun accident survenir parmi ses ouvriers, dont la barbe et les cheveux sont complètement verts ; de plus, il a observé que les lieux où ils vont uriner sont aussi teints en vert.

Il est constaté par des faits nombreux que certains aliments et certaines boissons influent sur la couleur de tel ou tel tissu organique chez les animaux. Ainsi, le plumage blanc des oies qu'on nourrit avec de la chair de poisson prend une teinte aurore. — Les vives couleurs des ailes du chardonneret et le jaune des serins se foncent d'une manière très-sensible lorsqu'on les nourrit exclusivement de chènevis. — Les zibelines qui habitent les forêts de sapins ont le pelage noir ; celles qui habitent les forêts de bouleaux et de peupliers ont le pelage bleuâtre. La cause de celte différence est dans les matières dont elles se nourrissent. — Il n'est personne qui ne sache que le campêche et surtout la garance teignent en rouge les os des animaux auxquels on en fait manger. —

Plusieurs malades, qui avaient pris a l'intérieur des préparations de nitrate d'argent, ont offert le phénomène d'une coloration bleuâtre de la peau des mains et du visage. Or, si les substances que nous venons d'indiquer produisent un changement de couleur dans les tissus, pourquoi n'existerait-il pas des agents ayant la propriété de changer la couleur des cheveux blancs? Il est très-probable que si la physiologie, aidée de la chimie organique, se fût sérieusement occupée de cette question, il y a longtemps qu'elle serait résolue. Passons a d'autres faits.

Les physiologistes qui se sont livrés a l'étude spéciale du mécanisme de la digestion s'accordent à distinguer les aliments et boissons en deux grandes catégories.

A la première appartiennent toutes les substances digestibles, dont les principes ne se retrouvent ni dans les fluides ni dans les solides du corps humain, tels que les principes aromatiques de certaines plantes employées comme condiments : le thym, la sauge, le persil, l'oignon, l'ail, etc. Les principes volatils des éther, alcool, camphre, musc, etc., s'échappent par les voies pulmonaires.

La deuxième catégorie comprend toutes les substances qui s'assimilent aux fluides et aux solides des corps vivants, ou dont on constate la présence dans les sécrétions et excrétions de l'économie animale.

L'analyse chimique a démontré que les corps gras

ou aliments qui contiennent beaucoup de carbone et d'hydrogène, peu d'oxygène et point d'azote, pénètrent les tissus et s'y disposent sous forme de graisse.

Les aliments plastiques ou fibrineux, composés d'hydrogène, de carbone et d'azote, comme la chair dépouillée de graisse, les tendons, les cartilages, le gluten des céréales, etc., se portent directement sur le parenchyme des organes pour en opérer la nutrition et le développement.

Les matières fixes, résineuses, les principes extractifs des végétaux, se retrouvent, les uns dans le sang, les autres dans l'urine. La garance, par exemple, qui a beaucoup d'affinité pour le phosphate de chaux, pénètre et colore les os.

Tous ces faits et beaucoup d'autres, qu'il serait trop long de rapporter, prouvent évidemment que, si les os, la peau -et les plumes d'animaux vivants se colorent sous l'influence des aliments et boissons, il doit en être de même des poils et cheveux, qui sont à l'homme ce que les plumes sont aux oiseaux. Nous croyons donc avoir suffisamment démontré que la coloration intérieure du système pileux est possible, et qu'affecter de l'incrédulité sur ce point n'est rien moins que raisonnable.

Nous citerons ici, comme se rattachant un peu à notre sujet, les expériences du docteur Boucherie, sur l'absorption capillaire des plantes.

Le docteur Boucherie creuse un trou autour d'un

arbre quelconque, et le déracine avec précaution en le laissant sur place ; puis il verse dans ce trou un liquide dans lequel sont dissous des sels métalliques; les racines et les conduits sévifères absorbent ce liquide et le disséminent dans l'arbre entier, de telle sorte que le bois acquiert une grande dureté, et devient incorruptible. Les liquides colorés et parfumés sont absorbés avec la même facilité, et, après leur absorption, le bois offre la couleur ou exhale l'odeur du liquide qui a servi à l'arroser. Ainsi l'on transforme en bois très-durs les bois les plus tendres; on leur donne à volonté la couleur d'ébène, de rose, de palissandre, etc.

On nous objectera que la comparaison n'est point i exacte, attendu qu'il faudrait déraciner les cheveux.! de même qu'on déracine l'arbre.

A cette objection nous répondons : — Le déracinement du végétal n'est nécessaire que pour l'isoler complètement du sol, afin qu'aucune racine ni radicule ne puisse pomper d'autres sucs, d'autre liquide que ceux qu'on verse pour opérer la métamorphose.. La vérité de cette assertion est prouvée par les mêmes expériences faites sur des arbustes isolés dans* une caisse. On verse chaque jour le liquide métamorphosant sur la terre que contient la caisse jusqu'à saturation ; on continue encore pendant quelque temps cet arrosage, et bientôt l'arbuste prend lav couleur, l'odeur et la consistance qu'on a voulu lui :

donner. On peut donc logiquement affirmer que le procédé chinois est au règne animal ce que le procédé Boucherie est au règne végétal ; la comparaison est strictement exacte.

Le système pileux étant considéré comme appartenant à la vie végétative, les mêmes phénomènes qui se passent dans le parenchyme des arbres et des autres plantes doivent nécessairement avoir lieu dans les cheveux, la barbe et les poils. En effet, après qu'une suffisante quantité de sels ferrugineux a été introduite dans le corps, la circulation s'en empare, et le sang chargé de ces sels les apporte aux racines des bulbes ■ pileux, qui, à leur tour, les versent dans la tige; et, si cette huile, saturée de 1er, peut être combinée avec un atome d'hydrogène ou à un principe lannique, elle doit nécessairement noircir et, avec elle, le cheveu tout entier.

La comparaison suivante fera encore mieux saisir aux gens du monde le phénomène de cette coloration.

On sait que l'encre a écrire est le produit de la combinaison de deux liquides, l'un contenant du sulfate de fer. et l'autre du tannin fourni par la noix de Galles; ces deux liquides, pris séparément, sont presque incolores: mais a peine sont-ils combinés, qu'ils se transforment en un liquide parfaitement noir. Eh bien ! le même phénomène, offert dans la fabrication de l'encre, se passerait dans l'intérieur des cheveux, avec cette seule différence que dans ceux-ci la

transformation s'opérerait plus lentement. L'huile ou moelle du cheveu représente le sulfate de fer; l'eau et la pommade mélanogène remplissent l'office du tannin de la noix de Galles.

Maintenant que le lecteur a saisi nos démonstrations et s'est familiarisé avec les faits, il ne nous reste plus qu'a lui faire connaître les préparations ferrugineuses les plus absorbables.

Les médecins prescrivent le fer sous toutes les (ormes : l'eau et le vin ferrés, le lactale et le citrate de fer ; on peut aussi le prendre en pilules, en pastilles de chocolat, ou l'incorporer dans le pain, etc. L'eau ferrée, obtenue au moyen de l'oxydation d'une certaine quantité de clous, peut suffire, à la rigueur ; mais les personnes qui voudraient absorber une plus grande quantité de fer dans un plus court espace de temps, devront se mettre a l'usage des pilules ferrugineuses, dont la formule est écrite au Formulaire qui termine cet ouvrage.

RÉGIME MÉLANOGËNÉSIQUE POUR RETARDER OU ARRÊTER LE GRISONNEMENT ET . IMPRIMER AUX FOLLICULES PILEUX UNE NOUVELLE FORCE ABSORBANTE.

Sans se déranger en rien de sa manière de vivre habituelle, on se met à l'usage des ferrugineux, dont on augmente graduellement la dose, ainsi qu'il est dit au Formulaire de cet ouvrage, au bas de la formule des pilules ferrugineuses.

Nous lierons observer que la l'orme pilulaire n'est pas de rigueur, et qu'on peut, selon les goûts, lui :'; substituer telle ou telle autre préparation f'errugi- :A neuse ; l'essentiel, c'est que le 1er arrive clans la circulation et soit absorbé par les racines des bulbes pi- ., leux. Il sera bon de boire chaque jour soit du thé, du café, soit une infusion de chicorée sauvage, de camo- U, mille ou de toute autre plante riche en principes tanniques. Les asperges, les artichauts, etc., les confitures de coings, de prunes et tous les fruits acerbes sont recommandés. Les personnes qui aiment la salade dite barbe de capucin feront bien d'en manger, assaisonnée avec de l'huile fraîche de chènevis, s'il est possible. ■ ,

Après quinze ou vingt jours de ce régime, on com- ! mence le traitement extérieur suivant :

1° Dégraisser les cheveux et le cuir chevelu avec i ! parties égales d'eau tiède et d'alcoolé savonneux, in- È diqué au Formulaire.

2° Après avoir essuyé et séché les cheveux, prenez gros comme une noisette de pommade mélanogène et frictionnez-en le cuir chevelu pendant quelques minutes; cela fait, couvrez-vous la tête d'une coiffe imperméable. Continuez les mêmes frictions pendant six jours. Le septième jour dégraissez les cheveux comme précédemment, séchez-les avec des serviettes, puis recommencez les frictions avec la pommade mélanogène. De sept en sept jours on dégraissera le cuir

chevelu avec l'alcoolé savonneux, pour le débarrasser de l'enduit graisseux et favoriser son action absorbante. Les frictions devront être continuées pendant quarante a cinquante jours.

Telle est la marche a suivre pour le traitement mélanogénésique ; mais surtout qu'on n'aille point se bercer d'un chimérique espoir sur l'infaillibilité de ce traitement, car les succès, assez rares, sont entièrement subordonnés, comme nous l'expliquerons tout a l'heure, à l'énergie des fonctions absorbantes du cuir chevelu.

Un médecin qui assurerait pouvoir guérir la même maladie, n'importe chez quel individu, avec le même médicament, donné à la même dose, serait taxé d'empirique, sinon de charlatan ; car la marche et le mode d'action de cette maladie ne sont point identiques chez tous les individus, par la raison qu'il y a une foule de nuances dans les âges, les constitutions, les tempéraments, etc..., et que de ces nuances résultent des différences très-marquées dans le jeu de la machine humaine, c'est-a-dire dans ses fonctions physiologiques.

' Dans le cas qui nous occupe, les choses se passent strictement de même. Le traitement mélanogènesera, pour tel individu, suivi de succès, tandis que pour tel autre il restera stérile. Celte différence dans le résultat dépend de la faculté absorbante du cuir chevelu. Si les molécules mélanogènes ont été absorbées en

suffisante quantité, les cheveux noircissent infailliblement; au contraire, si l'absorption a été nulle ou presque nulle, les cheveux restent blancs, et, nous ne devons pas le laisser ignorer, celte absorption est très-difïïcile. Or, si le succès du traitement est entièrement subordonné à l'absorption, il s'agit d'étudier quels sont les moyens les plus sûrs de favoriser cette absorption. Voici ce que nous apprennent les travaux des plus célèbres physiologistes a cet égard.

Théorie de l'absorption vitale. — L'activité des fonctions absorbantes de la peau exige deux conditions: la première est inhérente aux substances que leur nature rend plus facilement absorbables ; la seconde repose sur la force et l'énergie des vaisseaux absorbants a exécuter leurs fonctions.

En partant' de ce principe, nous arrivons, avec le secours de l'expérience, a savoir qu'une substance est d'autant plus facilement absorbée qu'elle est plus liquide, qu'elle est de nature a mieux se combiner avec les sucs organiques et qu'elle exalte davantage la vitalité de l'organe avec lequel elle est mise en contact. L'eau, la salive, les corps gras et volatils, sont d'excellents véhicules pour favoriser l'absorption ; les acides, au contraire, et les substances qui contiennent du tannin retardent et empêchent souvent l'activité absorbante.

D'une autre part, la fonction absorbante varie selon l'état dans lequel se trouve l'organisme entier et

la peau en particulier. Plus un sujet est pléthorique, moins il absorbe, et, contrairement, plus il est faible, débile, plus l'absorption se fait chez lui avec activité. — Une peau sèche et dure absorbera moins qu'une peau souple, excitée par des frictions; les orifices absorbants de l'une restent fermés ou très-peu ouverts, tandis que ceux de l'autre sont béants.

Un des principaux obstacles qui s'opposent à l'absorption est l'épiderme, parce qu'il ne se laisse pénétrer qu'avec une extrême lenteur ; aussi l'a-t-on comparé à une couche de vernis destiné à garantir la peau des influences extérieures. L'épiderme s'oppose a l'absorption des virus, par le même mécanisme qu'une couche de vernis, appliquée sur un corps, s'oppose a l'imbibilion des liquides. Cependant, lorsque l'épiderme demeure longtemps en contact avec une matière humide, l'imprégnation finit par avoir lieu. Ainsi, le contact prolongé d'un cataplasme salure d'humidité l'épiderme, qui blanchit et se gonfle.

De ces diverses considérations il résulte que les véhicules les plus propres a l'absorption de substances médicamenteuses et cosmétiques sont l'eau et les matières grasses ; que les moyens les plus sûrs pour favoriser l'absorption sont l'excitation de la peau et la dénudation de l'épiderme, parce qu'alors les orifices absorbants se trouvent a nu. Mais, comme ce dernier moyen n'est employé que dans les circonstances extrêmes, on pratique ordinairement des fric-

tions sur la partie, soit sèches, soit avec des substances irritantes. Les frictions sèches ont la propriété de rougir la peau en attirant plus de sang à la surface et en augmentant l'activité vitale; les liquides, les teintures et pommades excitantes, ajoutent encore à l'action stimulante des frictions. La couche épidermique étant modifiée par ce moyen, la circulation sanguine locale marche plus rapidement, la stimulation se propage aux vaisseaux absorbants, leurs orifices se dilatent, s'ouvrent, et l'absorption s'opère.

Telle est la théorie de l'absorption que nous nous sommes efforcé de mettre à la portée de tous les lecteurs, afin qu'ils pussent se rendre raison du succès ou de l'insuccès du traitement mélanogène.

Lorsque ce traitement est impuissant a régénérer la couleur noire, il augmente toujours la vitalité du système pileux, le fortifie et prévient ainsi la décoloration imminente des cheveux noirs qui restent. Chez beaucoup de personnes, il obtient un résultat des plus remarquables, celui de provoquer la chute des cheveux blancs, qui repoussent bientôt plus ou moins colorés. Ce phénomène, tout a fait dans l'ordre des lois physiologiques, cessera de paraître extraordinaire, si l'on réfléchit a ce qui se passe dans le cuir chevelu.

En effet, le traitement ferrugineux a, comme nous venons de le dire, fortifié le système pileux; les sucs nutritifs arrivent plus abondants, plus colorés, dans

les follicules, et sont pompés par les racines, u.ui les transmettent a la lige, et celle-ci, de languissante qu'elle était, reprend une nouvelle vigueur. La racine des cheveux blancs disséminés dans la masse de la chevelure, et qui, a cause de leur état d'étiolement, de faiblesse trop avancée, n'ont pu pomper les sucs nutritifs, se dessèche peu a peu et tombe d'ellemême. Cette chute arrive ordinairement lorsqu'on se peigne ; on est tout étonné de ne trouver entre les dents du peigne que des cheveux blancs à racines desséchées. Or, il nous paraît incontestable que ce moyen de faire la guerre aux cheveux blancs est mille fois préférable aux pinces de répileuse.

Jusqu'à ce qu'on ait découvert la substance assimilable qui doit teindre intérieurement les cheveux en noir, comme la garance teint les os en rouge, nous conseillerons le traitement ferrugineux comme ayant une influence positive sur le système pileux. Déjà plusieurs éminents médecins avaient observé que la chevelure des sujets soumis aux préparations de fer croissait belle et vigoureuse, était exempte de calvitie et grisonnait beaucoup plus tardivement ; nos propres observations ont confirmé ce fait.

Il existe une autre pommade mélanogène, dont il a été rendu compte dans une brochure, qui a la propriété de blondir ou de noircir les cheveux. C'est a proprement parler une teinture extérieure qui, appliquée chaque jour sur les cheveux, les revêt cha-

que fois d'une teinte plus foncée ; de telle sorte qu'on peut obtenir, selon le nombre des applications, depuis le blond clair jusqu'au noir foncé. •

Nous répéterons, en terminant, que l'art mélanogénésique n'étant encore qu'à son début, ses résultats ne sauraient être certains ; mais l'influence que le traitement ferrugineux exerce sur le système pileux est incontestable, et nous consignerons ici les conclusions d'un médecin, résumant les curieuses observations faites sur cenl personnes qui ont suivi ce traitement avec plus ou moins de persévérance :

Le traitement mélanogène n'a point fourni les magnifiques résultats que nous en attendions ; cependant, la plupart des sujets qui s'y sont soumis avec persévérance ont offert des phénomènes physiologiques fort intéressants pour la science.

1° Dans tous les cas observés, le traitement ferrugineux a imprimé une impulsion favorable à la croissance des cheveux, surtout chez les sujets où elle était languissante.

2° La pommade mélanogène, employée seule, a obtenu un prompt succès, dans un grand nombre de cas de chute opiniâtre de cheveux qui avait résisté a divers traitements médicaux.

3° Sous l'influence du traitement ferrugineux, les cheveux blancs de plusieurs têtes grisonnantes sont tombés sans qu'aucun cheveu noir participât à celle chute. Ce phénomène, dont nous avons donné,

plus haut, la raison probable, a vivement inquiété les sujels qui avaient plus de cheveux blancs que de noirs; mais ces inquiétudes se sont évanouies au bout de quelques semaines par l'apparition d'une nouvelle pousse de cheveux légèrement colorés.

4° La tête des personnes qui ont subi le traitement mélanogène offre souvent cet autre phénomène : les cheveux blancs qui s'efforcent de pousser parmi les noirs n'arrivent jamais qu'a l'état d'embryon, c'est-adire courts, petits, très-frêles et non viables, par la raison que les cheveux noirs, plus vigoureux, absorbent presque tous les sucs nutritifs, au détriment des petits cheveux blancs, qui, privés de nourriture, languissent, se dessèchent et tombent d'eux-mêmes.

5° Deux sujets seulement ont obtenu une régénération brune ; ces deux sujets étaient convalescents d'une longue maladie, et l'on sait que plus on est faible plus l'absorption est énergique.

6° Enfin, dans tous les cas observés, le traitement ferrugineux a été favorable aux cheveux et aux constitutions débiles.

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