‹ Hygiène morale; ou, ApplicationChapitre 12 sur 46 · XXVIII BUT ET ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

XXVIII BUT ET ENSEIGNEMENT

sur plusieurs fonctions , et il vous faut , à l'occasion de chaque fonction, revenir sans cesse à la même énumération d'agents extérieurs. Il y a encore un inconvénient réel à ne pas voir d'un même coup d'œil l'action d'un agent cjuelconque sur l'ensemble de l'organisme : c'est de substituer une vue arbitraire à un phénomène naturel , et à un fait complexe quelque chose d'unesimplicitéfactice. Avec cette méthode, dans quel article traiterez-vous de l'action de l'électricité, du calorique, de la lumière, de l'air? Ce n'est pas une, ce sont toutes les fonctions, ou du moins plusieurs d'entre elles, qui sont à la fois modifiées par ces aijents: vous allez donc scinder l'hisioire de ces phénomènes et me dire, à l'occasion de la respiration, l'action de l'air sur les poumons ; à propos de la peau, son action sur

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cette enveloppe externe , etc. Mais nous ne m'aurez pas donné une idée vraie, de l'influence de i'air sur l'économie ; ie tableau que vous m'aurez présenté ne sera pas la représentation fidèle de ce qui se passe dans lanatare; vous aurez manqué votre but.

Tels sont les inconvénients majeurs à baser les principales divisions de l'Hygiène sur la division des fonctions. Quels sont ceux maintenant qui résultent de l'emploi de l'autre méthode? >

Si je tire mes divisions des agents physiques, à quelle science les emprunteraije? Sera-ce à l'astronomie, à la physique, à la chimie, à la botanique, à la zoologie? car chacune de ces sciences fournit quelques uns de ces agents. Mais outre que les classifications diffèrent dans chacune de ces sciences, cest sortir de mon sujet spécial et manquer mon but , qui est

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la connaissance des agents physiques, non pas en eux-mêmes, mais dans leurs rapports avec l'organisme. En elTet^ toute classification doit être en vue du but que l'on veut atteindre, puisque ce n'est qu'un moyen d'y arriver plus sûrement, sans divagation, sans aberration, sans obstacle.

Puisque ces deux méthodes sont mau-

vaises, cherchons-en une troisième, qui remplisse les conditions que nous voulons réunir. Ne pourrions-nous pas fonder nos divisions, non pas sur celles des sciences physiques ou physiologiques^ mais sur les rapports de l'organisme entier avec ses modificateurs? Pour cela prenons successivement tous les modificateurs externes, mais seulement au moment où ils sont misen rapport avec nous ; une fois ces rapports connus, laissons là leur histoire, elle ne nous est plus nécessaire; elle serait un hors-d'œuvre.

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C'est ainsi que nous entendons l'enseignement de l'Hygiène , et nous sommes convaincu que traitée de cette manière, elle sortirait du vague dans lequel on ne la retient que trop souvent à plaisir , et qu'elle produirait les résultats immenses que l'on a droit d'attendre d'elle.

Le sujet spécial que nous traitons dans cet ouvrage, (l'hygiène morale), semble échapper à la méthode que nous venons d'adopter; mais sa spécialité même justifie le plan que nous avons suivi ; c'est l'hygiène d'un organe, ou plutôt d'un appareil organique, ou phitôt de quelques unes des fonctions pui se rattachent à cet appareil, c'est-à-dire au cerveau, et notre division est conforme à notre but spécial. Certainement celui qui voudrait faire l'hygiène d'un appareil organique comme celui de la vision par exemple , devra subordonner

IXlCir BUT ET ENSEIGNEMEIVT DE l'hYGIÈNE.

SCS classilications à ce but spécial, c'est-àdire la direction de la fonction de la vue, et non pas à celle de toutes les fonctions de l'organisme. Peu lui importe, par exemple, que la lumière agisse sur la peau, il ne s'occupe pas de ce fait, et il n'étudie la lumière que dans seseflets sur l'œil.

11 en serait de même de l'hygiène de chaque appareil organique; mais autre chose est l'hygiène de chaque fonction en particulier, autre chose celle de toutes les fonctions réunies, c'est-à-dire de l'organisme vivant. Voilà ce que l'on n'a pas toujours compris.

Assez de ces considérations générales sur le l)ut et l'enseii^nement de l'Hysiène; elles sufiisent pour faire comprendre notre pensée; abordons maintenant notresuj et spécial.

Chargé, en i856, de remplacer, à la Faculté de noédecine de Paris, dans une partie de son cours cVhjgicne^ le célèbre professeur Desgenettes, alors malade, aujourd'hui enlevé à la science qui perd un de ses plus savants maîtres , et à la médecine militaire qui se glorifiera toujours de l'avoir eu pour chef j j'eus l'occasion d'émettre, pour la première fois publiquement, les idées fondamentales de cet ouvrage. L'accueil qu'elles reçurent me fit penser qu'il pouvait élrc utile de l{>s rédiger et d'en présenter l'ensemble au public.

Si je ne me fais pas illusion, si ces idées offrent

réellement l'imporiance qu'elles me semblent avoir, cet ouvrage ne sera qu'un premier pas fait dans une voie toute nouvelle, et le sujet ne manquera certainement pas d'être bientôt traité avec tous les développements qu il réclame.

Est-ce ici du spiritualisme ou du matérialisme?

CVst du physiologisme.

Le physiologisme est une question de paix qui vient s'interposer entre deux questiotjs de guerre. Il fait cesser toute lutte , ou du moins suspend toute hostilité entre les spiritualistes et les matérialistes, en disant aux uns et aux autres qu'il ne prétend point résoudre la question qui les divise, mais qu'avant d'y arriver il y a toute une science à élever. Il fait ce qu'a fait la physique, ce qu'a fait l'astronomie, ce qu'ont fait toutes les sciences naturelles, qui étudient les phénomènes apparents de la nature pour en déduire les lois de l'existence des corps, en rejetant de leur sphère toutes les questions relatives à la nature intime des choses et aux causes premières. De même, le physiologisme étudie les phénomènes apparents de la vie de l'homme, et en déduit les lois de son existence, laissant de côté les questions relatives à la nature intime de ces phénomènes ou de leur principe.

]Niera-t-on qu'en physiologie, en morale, nous puissions observer de la même manière; que nous

puissions, par la même méthode , obtenir des résultats aussi satisfaisants, et arriver à des lois ?

L'expérience ne tardera pas à résoudre la question.

Mais, en vérité, où serait donc écrite la loi morale, si ce n'était pas dans l'homme? Et qui oserait parler plus haut que le langage de l'organisation?

Philosophes spiritualistes et matérialistes, cessez d'épuiser vos forces eu stériles discussions ; cessez de plaider pour Fesprit et la matière, marchez progressivement; étudiez d'abord, avec les physiologistes, l'homme tel qu'il se présente à vous; et quand vous l'aurez connu tel qu'il est pour l'observateur, vous aviserez à pousser plus loin vos investigations. Il n'y a pas d'autre logique que celle qui commande de marcher du connu à l'inconnu, de l'homme tel qu'il nous paraît à l'homme tel qu'il est au fond, des organes aux fonctions, de la physiologie à la psychologie. Que si la physiologie ne vous donne pas assez, si elle ne vous explique pas les phénomènes de l'entendement, il sera temps, après l'avoir épuisée, de passer à une autre science, et d'étudier le moral par une autre voie; mais ne laissez pas la physiologie avant d'avoir obtenu d'elle tout ce qu'elle peut vous donner : nous ne vous demandons rien de plus.

Il y aura grand avantage pour vous à ne pas

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compliquer vos recherches de questions si propres à diviser les opinions, que celles du spiritualisme et du matérialisme. Faites ainsi votre travail: constituez Isiscie/fce naturelle de l'homme, et vous serez étonnés des résultats; car vous pourrez dire à l'homme : Voici la loi de ta conduite , agis suivant cette loi, et tu rempliras dignement la destinée que te commande la constitution humaine.

Voyez l'homme : il présente une organisation complète et régulière, nous le supposons du moins pour le moment; il n'est point malade, il reçoit une, il reçoit plusieurs impressions; il éprouve tel ou tel besoin, et se met en devoir d'y satisfaire par le développement de telle ou telle faculté ; en un mot, il réagit. Eh bien ! entie l'impression et la réaction, le physiologisme, pour expliquer celleci, n'interpose ni l'immatériel, idée négative, ni la matière, idée abstraite; il place l'observation de

organisation.

Avec la vie de l'homme commencent ses premiers besoins; il faut ([u'il respire, qu'il se nourrisse, qu'il se débarrasse du superllu de la nutrition, et, pour cela , qu'il se mette en mouvement, souvent qu'il combatte et détruise , pour arriver à la possession de ce qui lui est nécessaire. Puis, il affectionne son semblable ; il aime ses parents, ses amis, et, plus tard, il ne tardera pas à aimer le sexe opposé; il s'attache aux lieux qui l'ont vu naîtie. bientôt il

cherche à connaître à fond et en détail cette nature qui l'impressionne incessamment , et il emploie à l'acquisition de ces connaissances ses cinq sens et toutes ses facultés perceptives , depuis celles qui lui enseignent la forme, l'étendue et la pesanteur, jusqu'à celles qui saisissent le coloris , les localités , le temps, les nombres, l'ordre et les tons, ou qui distinguent les individualités, et remémorent les événements passés. Il apprend à construire, il communique avec l'homme par le geste et le langage. Puis, fatigué de cette vie toute extérieure, il rentre en lui-même, sent sa volonté, sa force, sa valeur intrinsèque j consulte l'opinion, et interroge sa conscience. Dans ce moment, il se sent pénétré d'enthousiasme pour ce qui est beau, d'espérance en l'avenir, de croyance à quelque chose d'incompréhensible, de respect pour ce qui Lii est supérieur.

Enfin, parvenu là, il revient sur toutes ces impressions, sur tous ces sentiments; il les rapproche, les compare , et s'élève des effets derniers aux causes qui les ont précédés, et, par degrés, de celles-ci jusqu'à la cause première.

Tel est l'homme, telle est sa vie physiologique ; telle est la hiérarchie de ses besoins et de ses facultés.

Puisque nous trouvons ces besoins en lui , il faut lés respecter.

INTRODUCTION, y

Qui oserait dire que l'homme a été doué d'un seul besoin inutile, d'une seule faculté immorale ? Ce serait le cas de crier au blasphème. En parcourant tous les besoins de l'homme , tous ceux du moins qui nous sont connus,nous montrerons bientôt qu'ils lui ont tous été donnés pour son bien, mais que la règle de leur emploi a été laissée tout entière à son libre arbitre, ou plutôt à son choix éclairé. Si l'homme a des besoins, un certain nombre de besoins, qu'il les connaisse tous, qu'il en découvre le véritable but, et qu'il cherche à atteindre ce but, sans en dévier, sans le dépasser ; il aura obéi à sa nature; il aura été moral. Oui! l'homme est moral, quand sa vie n'est que l'accomplissement de la loi de sa nature, de son organisme harmonieux.

Quel beau, quel ravissant spectacle que celui de l'activité humaine contemplée du point de vue physiologique, pour celui qui sait s'élever assez haut au-dessus de l'empire du moment pour apercevoir l'ordre à travers ce désordre apparent, la régularité au milieu du trouble, une loi dans l'anarchie, l'harmonie au sein du chaos!

Ici rien de factice, rien d'emprunté ; la vérité toute nue; point de fol orgueil, point de superbe mépris ; vous voyez l'homme ce qu'il est, tout ce qu'il est , rien que ce qu'il est ; non pas ce qu'il est à tel moment de sa viC;, dans telle circonstance,

chez tel individu; mais ce qu'il a été progressivement dans la série des siècles comme dans celle de son existence, ce qu'il est actuellement dans le cours de l'humanité. Alors disparaissent toutes les petites choses devant les grandes; alors la fin explique et justifie les moyens; alors les contradictions d'un jour se dissipent devant le résultat dernier; alors toutes les volontés d'un moment, absorbées dans une volonté durable, c'est-à-dire dans une loi , s'évanouissent et laissent briller cette dernière de son sublime éclat ; alors naît dans le cœur de l'homme une tolérance éclairée, qui ne pallie pas le mal, qui n'excuse pas le coupable; mais qui, s'élevant au-dessus de lui et le dominant de toute la supériorité de sa position, au lieu de s'abaisser à se venger de lui , cherche la loi qui !e régira lui aussi , peut-être à son insu , et lui assignera sa place dans l'accomplissement de la destine'e humaine.

« O mon père! pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font, » disait le Christ.

Belles paroles, si mal comprises des hommes, des philosophes, des docteurs de nos jours, des prétendus ministres de Dieu; parolesqui ne supposent point la faiblesse , qui ne commandent point l'impunité , quij en témoignant d'une grande vérité, éloignent de l'homme la colère qui aveugle, et lui donnent le calme pour juger sans partialité.

Homme, si tu n'es pas heureux^ combien ne dois-tu pas t'en accuser toi-même !

Tu te plains d'être la victime des passions de ton semblable et d'être trompé par lui, d'être joué, d'être sacrifié, et tu te dis le point de mire de sa méchanceté. Homme, cesse d'être si vain, cesse de croire que ton semblable n'est quelque chose que par toi ; apprends, et sois plus humble , apprends que tu n'es tout au plus que l'occasion du développement de ses facultés; qu'il obéit instinctivement à des impressions mal réglées, désordonnées, aveugles, et qu'en te fliisant du mal // ne sait p((s ce qu il fait, car il ignore qu'il est l'instrument d'inie puissance qui le domine à son insu , la première victime de ses passions tvranniques. Et au lieu de te laisser subjuguer par la colère et l'esprit de vengeance , après avoir repoussé le danger , quand le danger se présente, et avoir assuré ton existence, après avoir mis, autant qu'il était en toi, ton ennemi dans l'impossibilité de te nuire, poursuis ta vie régulière et conforme aux lois de la nature humaine, et par là prouve à cet ennemi qu'il n'est pas en son pouvoir défaire de toi un homme aveugle, et esclave de ses passions comme lui.

Cette haute sagesse qui donnera le calme à ton esprit et le bonheur à ton cœur, va la puiser dans l'étude de l'homme, de l'homme tel qu'il a été, tel qu'il est, tel qu'il s3 présente à toi, avec ses nom-

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breux besoins et ses nombreuses facultés , de l'homme physiologique enfin, et non pas dans celle de Vhomme abstrait de certains philosophes, où tu n'apprendrais rien de cette réalité vivante qui frappe le seul physiologiste^ digne récompense de ses pénibles travaux.

ou

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