‹ Hygiène morale; ou, ApplicationChapitre 23 sur 46 · DES PENCHANTS · texte numérisé non relu

DES PENCHANTS

Que s'il se prôsenlait un cas où ce fût une question , si on (ievrait satisfaire ou !ie pas satisfaire à ces premières nécessités de la vie, au risque de sacrifier !a vie el!e-mèrne; ce serait alors une affaire de moralité, de volonté, de haute intelligence, et nous dirons plus tard quelle délibération deviendrait nécessaire et quelle résolution devrait s'ensuivre (i).

Des penchants.

Après les instincts proprement dits, viennent d'autres besoins plus compliqués , plus étendus, plus relevés , qui sont cependant encore instinctifs, parce c]u ils sont égoïstes et aveugles, et que l'on appelle penchants . L'homme va commencer à réagir contre la nature; à lutter contre les difficultés, à détruire les obstacles, à s'approprier ce qui lui est utile, ou ce qui lui est agréable; de là les penchants qu'en phrénologie on nomme coinhatuntx', destvucl'wité^ acquisi^nté. Gall définissait le premier, instinct de la défense de soi-même et de sa propriété , amour des rixes et des combats; le second, instinct carnassier, penchant au meurtre^ le troisième, sentiment de la propriété, instinct de faire des provisions, convoitise , penchant au vol.

Quoi qui' l'on neiKso de ces dénominations de Ga!l , et cpielque exlension que l'on veuille donner

(i) Vovc'Z ia qucsiiou l'u suieido à l'uiiicle ile l'amour de Is vie.

à chacune de ces facultés , personne ne saurait contester la réalité de ces penchants à comhattre , à détruire, à acquérir; ils sont primitifs et durables ; ils sont nécessaires à l'entretien de la vie, et ils se retrouvent chez tous les hommes , mais à différents degrés. Pour les bien connaître , il ftiut en étudier l'histoire dans les ouvrages de phrénologie ; pour nous , ce qu'il nous importe , c'est de constater leur existence, et, autant que possible, leur but primitif; puis de connaître à fond leurs rapports avec les facultés supérieures et l'influence légitime que doivent revendiquer ces dernières.

1° Combativité.

«La combativité j dit M. Broussais(i), est une tendance à s'offenser par la résistance, à redoubler d'action pour vaincre l'opposition, à ne pas se laisser abattre, décourager; et, lorsque l'organe est très prononcé, à déployer d'autant plus d'action, que l'obstacle est plus considérable. Cette impulsion est soutenue; elle agit d'une manière continue sur le caractère, et fournit un fond de contradiction et d'opposition qui agit toujours du plus au moins. Ce n'est pas l'impulsion colérique du moment, l'emportement passager, mais c'est une hardiesse habituelle, soutenue, qui affronte le dnnger,

(i) Cours de phrcnohgle, [>. ?.i2.

qui le contemple sans s'effrayer et qui puise de ' nouvelles forces dans les obstacles qu'elle rencontre. »

La combativité, dans les limites voulues, c'est le courage, qualité nécessaire a l'homme. Si elle est en défaut, vous voyez se d-ssiner un caractère poltron, pusillanime; tandis que son excès rend audacieux, querelleur, imprudent, téméraire, au point que la disposition aux disputes devient une passion qui a besoin d'être satisfaite, et malheur alors à celui qui se trouve sur le passage d'un homme ainsi monté, il est presque sûr d'être insulté et forcé à entrer en lice.

Cherchons à apprécier les eifots physiques et moraux de ces différentes dispositions.

Autant le développement normal de celte faculté est favorable à l'harmonie des fonctions, autant est fâcheux pour elle son défaut comme son excès. Le courage, non seidement nous rend capables d'affronter les daîîgers, mais encore maintient l'équilibre de la santé dans l'économie animale; et, en donnant de l'assurance, préserve des maladies ou soutient le moral dans leur cours.

Nous avons tous les jours, dans les hôpitaux, des exemples de ces heureux effets; nous augiu^ons bien d'une maladie, même très grave, quand nous voyons que le malade supporte courageusement son mal et a confiance dans les remèdes, tandis que

notre pronostic est fâcheux quand le patient se laisse abattre par ia douleur et que les premiers remèdes lui ôtent toute énergie. Je dois le dire rarement un médecin éclairé se trompe dans ces différents cas. L'homme courageux au physique l'est toujours au moral , à moins qu'une mauvaise éducation n'ait faussé son intelligence. Le courage ne préserve pas de la peur , mais il empêche que la peur ne soit un état habituel ; l'homme le plus courageux n'est pas maître de l'émotion passagère qu'une chose effrayante peut exciter en lui , mais il ne reste pas sous le coup de cette dépression, qui ne l'atteint que rarement, et il se redresse à l'instant.

Celui à qui la nature a refusé ce don précieux se trouble , tremble , s'agite et s'effraie à la moindre opposition, et, au lieu d'attaquer, recule au moindre danger réel ou supposé. Toutes ses fonctions sont bouleversées, toutes, depuis les plus organiques jusqu'aux plus intellectuelles. Personne n'ignore jusqu'à quel point la circulation du sang est dérangée; cela peut aller jusqu'à un spasme mortel du cœur; toutes les sécrétions, toutes les excrétions souffrent; les unes sont supprimées , les autres sont augmentées; la respiration, la déglutition sont gênées, la digestion est arrêtée, le mouvement est irrégulier, impossible; enfin la figure est toute décomposée; tout travail intellectuel,

toute observation, tonte réflexion, sont abolis; l'organisme est en danger; le physique est détraqué, et le moral a presque entièrement disparu. Tels sont les effets de la peur chez celui qui ne sait pas y résister; il ne pourrait long-temps supporter de semblables secousses ; toutes sortes de maladies , mais spécialement les maladies du coeur, l'attendent, et vont empoisonner et raccourcir sa malheureuse existence.

La physiologie a-t-elle droit de parler ici, et de recommander de développer, par une éducation convenable, le penchant à la combativité quand elle le voit faiblement prononcé? ne fournit-elle même pas les meilleures raisons, les meilleurs arguments en sa faveur ? La voie la plus sûre de parvenir à ce résultat, c'est, après avoir fait comprendre les fâcheux effets de la poltronnerie, d'en écarter tous les exemples, tous les récits; de montrer en riant aux enfants les causes presque toujours si vaines de leurs frayeurs; de leur apprendre comment on surmonte les dangers, et de leur fournir des exemples multipliés de courage , de luttes victorieuses et des avantages qu'elles entraînent. Mais qu'on se garde de croire que les boissons excitantes, qu'un peu d'eau-de-vie,donnent du courage à l'homme ; ces boissons le stimulent , il est vrai, et le sortent de sa (orpeur , mais n'en font qu'une béte brute, qu'un animal furieux,

qu'une niacliine mue, comme un projectile, par une puissance étrangère, mais incapable de diriger, de soutenir et de renouveler son activité bientôt épuisée.

C'est une conduite opposée qu'il faut tenir vis-àvis de celui qu'une impulsion trop violente porte sans cesse à l'attaque. Il est facile de lui faire voir qu'il est dominé par un mauvais penchant; car c'est un mauvais penchant cpie celui qui nous met sans cesse dans un état de lutte, comme si la vie n'était qu'un combat à mort; qui nous porte continuellement à la défense ou à l'attaque , comme si nous n'avions que des ennemis autour de nous , que des obstacles devant nos pas; qui, en nous maintenant dans un état violent d'excitation organique, favorise les congestions de sang, les ruptures des vaisseaux, etc.; c|ui, en nous faisant préventivement hostiles, nous rend nécessairement partiaux et injustes; qui, enfin, en nous poussant instinctivement et aveuglément à l'action, nous ôîe toute liberté, toute moralité, et fait de nous de véritables brutes. Quant aux conséquences fâcheuses des rixes, et pour la santé, et pour les intérêts matériels, et pour la réputation, il nous suffit de les énoncer poin^ les faire comprendre.

Quelles déductions à tirer maintenant pour l'éducation? Il est très mauvais d'effrayer les enfants par des contes ou des surprises quelconques; il

COMBATIVITÉ. 8c)

n'est pas moins détestable de s'amnser à entretenir le caractère taqnin des uns, la îémérité des autres. Il fout, dès la plus tendre enfance, agir comme on fera plus tard vis-à-vis des hommes, et pour règle, relativement à la combativité, suivre le précepte imposé par la physiologie : de développer toute fliculté dans l'intérêt de l'organisme entier et de l'ensemble des besoins. Il ne faut Jamais oublier que le meilleur moyen de diminuer Faction d'une fliculté prédominante, c'est d'écarter soigneusement toutes les causes qui l'excitent , et spécialement tous les exemples de cette prédominance; comme le plus sur, pour relever une faculté trop faible, c'est d'éloigner les exemples de cette faiblesse, et d'accumuler tous les cas contraires. Pour mieux frapper l'esprit des enfants, que l'on ne se contente pas de la parole et du discours écrit, que l'on ait recours aux moyens c|ue les arts ont mis à notre disposition pour émouvoir nos semblables.

Quanta celui qui, parvenu à i'àge de raison, à la maturité, a besoin de se corriger d'un de ces défauts, soit de la poltronnerie, soit de la témérité, s'il se refuse à reconnaître dans ses actions les imperfections de son caractère, qu'il cède à l'évidence d'une démonstration organique, et qu'il apprenne à lire le langage de ses organes; il lui apprendra que leur conformation même le porte, ou. à s'effrayer à tort, ou à attaquer sans raison ; qu'il

go COMBATIVITÉ.

doit par conséquent s'efforcer de lutter contre ce penchant naturel, car il est libre de résister ou de céder sans résistance, et comme il résistera d'autant plus qu'il sera plus convaincu de la nécessité de résister, rien ne pourra lui être d'un secours plus efficace que la phrénologie. Ici, en effet, les preuves matérielles viennent à l'appui des preuves morales; c'est la logique des faits qui confirme ou plutôt qui fonde la logique du raisonnement.

Je suis convaincu que l'homme ne se fait si souvent illusion sur ses défauts que parce qu'on ne lui en donne que des preuves, à ses yeux contestables. Lui reproche-t-on sa pusillanimité, il explique sa conduite par des considérations de convenances qui ont quelque valeur à ses propres yeux. Dès lors, comment voulez -vous qu'il sente la nécessité de se réformer?

Mais si à ses actions vous pouvez joindre, pour preuve , son organisation qui l'entraîne, et si la concordance entre l'une et les autres est incontestable, il faudra bien qu'il se rende, et au lieu, par un faux amour-propre, d'excuser ses défauts sous de vains prétextes, il mettra toute sa gloire à s'en défaire; il comprendra nettement qu'il ne peut qu'y gagner sous tous les rapports; tandis que, s'il ne résiste pas, la victoire sera de pliis en plus difficile, l'habitude étant de plus en plus enracinée, Fhabitude, cette seconde nature qui aurait pu lutter avec

Page 1