‹ Hygiène morale; ou, ApplicationChapitre 24 sur 46 · DESTRUCTIVITÉ. 9I · texte numérisé non relu

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avantage contre la première, tandis qu'elle s'est laissée lâchement entraîner par elle.

2° Dest/nctà'ité.

Tout ce que nous venons de dire de l'éducation du penchant à la comhativité peut s'appliquer et s'applique à merveille à celui de la dcstructivité.

L'existence de ce penchant ne saurait faire l'objet du moindre doute; nous voyons dans la nature qu'il n'est pas un seul être qui ne vive de destruction; destruction de la matière inanimée, destruction des êtres organisés : partout règne la destruction.

Ecoutez Laplace qui vous raconte la formation des planètes, des comètes et des étoiles ; c'est de la destruction gigantesque.

« Quelle que soit, dit-il, la nature de la cause dont il s'agit, puisqu'elle a produit ou dirigé les mouvements des planètes , il fruit qu'elle ait embrassé tous ces corps, et , vu les dislances qui les séparent, elle ne peut avoir été qu'un fluide d'une immense étendue : pour leur avoir donné , dans le même sens , un mouvement presque circulaire autour du soleil, il faut que ce fluide ait environné cet astre comme une atmosphère. La considération des mouvements planétaires nous conduit donc à penser qu'en vertu d'une chaleur excessive, l'atmosphère du soleil s'est primitivement étendue

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aiî-clelà des orbes de toutes les planètes , et qu'elle s'est resserrée successivement jusqu'à ses limites actuelles.

» Dans l'état primitif où nous supposons le soleil, il ressemblait aux nébuleuses que le télescope nous montre, composées d'un noyau plus ou moins brillant, entouré d'une nébulosité, qui, en se condensant à la surface du noyau , doit la transformer un jour en étoile. Si l'on conçoit, par analogie, toutes les étoiles formées de cette manière, on peut imaginer leur état antérieur de nébulosité, précédé lui-même par d'autres états dans lesquels la matière nébuleuse était de plus en plus diffuse, le noyau étant de moins en moins lumineux et dense. On arrive ainsi, en remontant aussi loin qu'il est possible, à une nébulosité tellement diffuse, que l'on pourrait à peine en soupçonner l'existence.

') Mais comment l'atmosphère solaire a-t-elle déterminé les mouvements de rotation et de révolution des planètes et des satellites?

» Si ces corps avaient pénétré profondément dans cette atmosphère , sa résistance les aurait fait tomber sur le soleil; on est donc conduit à croire avec ])eaucoup de vraisemblance que les planètes ont été formées aux limites successives de ralmosphère solaire, qui, en se resserrant par le refroidissement, a dît abandonner dans le plan de son équateur des

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zones de vapeursque l'altraclion mutuelle de leurs molécules a chaugées eu divers sphéroïdes. Les satellites out été pareillement formés par les atmosj^hères de leurs planètes respectives.

» La vitesse angulaire de rotation du soleil et des planètes s'étant accélérée par la condensation successive de leurs atmosphères à leurs surfaces, elle doit surpasser la vitesse angidaire de révolution des corps les plus voisins qui circulent autour d'eux. C'est, en effet, ce que l'observation confirme à l'égard des planètes et des satellites, et même par rapport à l'anneau de Saturne , dont la durée de révolution est o,43fcî , tandis que la durée de rotation de Saturne est 0,427.

))On peut regarder les comètes comme de petites nébuleuses à noyaux, errantes de systèmes en systèmes solaires, et formées par la condensation de la matière nébuleuse répandue avec tant de profusion dans l'univers. Les comètes seraient ainsi , par rapporta notre système, ce que les aérolithes sont relativement à la terre à laquelle ils pai'aissent étrangers. ( Essai pliilosopJiique sur les probabilités. )

Vous voyez que ia terre et les autres pîanèîes ne doivent leur existence qu'à la décomposition d'uri monde solaire dont elles ne sont cpie des fragments détachés.

Lisez l'histoire du globe, celle des plantes^ celle

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des animaux; partout où commence l'existence, l'existence a fîni : des débris de la terre primitive s'élève la première |)lante; des parties décomposées du végétal naissent les premiers animaux, et le plus bas de ceux-ci sert bientôt de pâture à celui que son organisation place au-dessus de lui. Après avoir parlé de la facilité avec laquelle on admit, dans le monde, le talent de construire comms faculté primitive, M. Lélut poursuit : k II n'en fut pas de même pour Xinstinct carnassier , pour le sens du meurtre et de la destruction; ce fut presque un concert de malédictions contre le philosophe qui avait osé proposer l'admission d'une pareille faculté dans la psychologie. Assimiler l'homme aux animaux carnassiers, au loup-cervier, au tigre, à l'hyène, en faire un meurtrier, un incendiaire, il y avait là presque de l'immoralité; et les opposants qui tenaient un pareil langage ne s'apercevaient pas ou ne voulaient pas s'apercevoir que tout ce qui les entoure n'est qu'une scène de carnage ou de destruction dont ils sont eux-mêmes les principaux acteurs; que l'herbe des champs est dévorée par la brebis, qui est dévorée par le loup, qui est tué par l'homme, qui se détruit et se dévore lui-même ; que nos festins, nos plaisirs de la chasse, du cirque, de l'amphithéâtre, notre point d'honneur, notre gloire guerrière, tout cela n'est que du sang; que nos lois en sont imprégnées, et qu'elles procla-

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inent depuis des siècles la nécessité du meurtre pour réprimer le meurtre qui se reproduit toujours... C'était une honte cjue tant d'incouséqueuces ; il fallut bien avouer cjii'on n'y avait pas vu clair. L'instinct passa, et il fut bien constaté que, pour la conservation de l'espèce, comme pour celle de l'individu, ce n'est pas assez de la mort naturelle, et que la mort violente est aussi une institution de la nature. ') [Qu est-ce que hi phrénologic? ^. 260-262.)

Cette faculté ds la desiructivité imprime à l'homme un remarquable caractère de vigueur et d'action ; elle lui donne îine irritabilité cjui a besoin certainement d'être modérée, mais sans laquelle l'inertie devient une habitude, et toutes les sailhes de l'existence sont elfacées.

Celui chez qui ce penchant n'a pas de force craint l'action, et ne sait pas réagir contre les influences auxquelles il est en butte ; son caractère mou répond à peine aux impressions qu'il reçoit. Pour le sortir de son apathie^ pour le mettre en mouvement, pour le faire agir, il faut le stimider sans cesse et de mille manières différentes; il hait tout ce c[ui est vif, il a peur de tout ce qui est violent j il veut bien des plaisirs et des sensations nouvelles, poiu'vu qu'il ne soiî pas forcé de les aller péniblement chercher. Un speclacle bruyant, une scène désastreuse, se présentent-ils, il les fuit à la hâte ; et s'il faut agir par la violence, s'il faut dé-

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trnire des obstacles et sacrifier des existences, il ne saurait y consentir; le cœur lui manque au moment décisif; il ne faut pas compter sur lui dans le danger. Toutes ses facultés en général sont privées de cette incitation qui les pousse à se développer, à s'étendre, à se déployer au loin : ses paroles sont toujours douces et inoffensives, jamais énergiques et vibrantes; ses écrits sont ennuyeux de modération et d'égalité; enfin, et pour tout dire en un mot, la vie manque à cet être inanimé, c'est un calme plat désespérant.

Il en est tout autrement de celui que ce penchant domine; certains peuples, certains individus nous en offrent des exemples frappants. Pour en avoir la preuve, comparez le caractère et la conformation du crâne des Caraïbes avec le caractère et la conformation du crâne des Indous, et vous serez frappé d'une telle différence, qu'il vous sera pour ainsi dire difficile de croire aune seule et même espèce dans ces deux peuples.

Depuis l'irritabilité la plus innocente jusqu'aux actes les plus féroces, nous voyons la destructivité faire sentir sa sévère, sa fougueuse, sa fatale influence. La vie d'un homme tel que celui que nous supposons est une mer orngeuse ; ses passions sont des tempêtes , ses colères sont des éclats de foudre qui brisent tout, et l'organisme d'où elle part, et les êtres qu'elle atteint dans sa course. De

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tels hommes poussent l'énergie jusqu'à la brutalité, jtisqu'à la barbarie ; il n'y a d'animé pour eux que les scènes de carnage. La vivacité , l'impétiiQsité des émotions qui les agitent se peignent sur leurs visages à contractions mobiles, dans leurs yeux flamboyants, dap.s leurs gestes convulsifs, dans leur accent de toimerre. C'est à l'excès de ce penchant tjue se rattache la colère , ce vice hideux qui rend l'homme aveugle et injuste, qui fait si souvent de l'innocent un coupable; la colère qui mène à la ras,e et à la fureur, c'est-à-dire aux expressions les plus laides et les plus révoltantes de l'activité humaine. Puis l'iiomme ainsi dominé, indiffèrent à la souffrance des autres, se plaît souvent à l'exciter, sinon chez l'homme, du moins chez les animaux.

Peut-être trouvera-t-on qu'ici j'exagère; si c'est dans quelques expressions, ce n'est certes pas du moins dans le fond de la pensée , et d'ailleurs le grand développement de la destructivite' marche en général avec une semblable prédominance du côté des autres penchants et des autres facultés instinctives ; et, dans ce cas, le tableau que je viens de tracer est trop faible et a besoin d'être renforcé.

N'allez pas croire cependant qu'un penchant si violent fasse nécessairement de l'homme un criminel. Non , il faut pour cela qu'une mauvaise éducation s'y joigne, ou que le défaut de qualités

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morales et d'intelligence ait exposé l'homme sans défense aux pernicieuses influences d'une profonde misère et surtout d'uue société dépravée; car l'histoire de la vie des criminels nous les montre presque tous débutant par la misère, et vivant au milieu de vagabonds déjà radicalement corrompus. Voilà la règle; les exemples contraires sont excessivement rares , et s'expliquent par l'influence d'autres circonstances (1).

Si nous en croyons de consciencieuses recherches, l'organisation est loin d'être ici seule coupable; bien des influences étrangères viennent s'y joindre, et la société elle-même ne saurait se considérer comme exempte de reproches. La statistique nous apprend, à cet égard , cpie les pays les plus pauvres sont aussi ceux où il se commet le plus de crimes ; que les crimes contre les personnes , c'està-dire les blessures graves et les assassinats, sont plus fréquents en été et plus nombreux dans les départements du Midi, sous l'influence de la chaleur qui stimule tous nos appareils organiques, qui agite notre système nerveux, qui excite notre cerveau , et nous dispose au délire et à l'aliénation mentale. ^

Ainsi, d'après M. Guerry, tandis que, en fait de crimes contre les personnes , il y en a 1 sur 1 1 ,004

( i) Voyez l'ouvrage de M. Appert.

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habitants dans le Sud, il y en a i sur 19964 dans le Nord; elles départements où il s'en présente le moins sont les plus instruits et les plus riches, comme ceux du Centre, où l'on n'en rencontre que 1 sur 22,168 habitants. La statistique criminelle pour 1854 , tout récemment publiée , donne des chiffres tout-à-fait conformes aux précédents. Par exemple, on y voit, sur joo crimes, 87 contre les personnes en Corse , tandis qu'il n'y en a cjue 61 dans l'Arriége, 67 dans les Pyrénées-Orientales, 56 dans la Lozère, 55 dans la Haute-Loire, 52 dans le Haut-Rhin et l'Hérault, 17 dans la Seine-Inférieure et io seulement dans la Seine. On fait même remarquer que des proportions semblables se conservent depuis i85].

Vous le voyez ici , aussi évidemment qu'à l'occasion du besoin de nutrition , la faculté de deslructivité varie non seulement suivant l'organisation , mais encore suivant les influences extérieures, suivant les modificateurs de cette organisation j et la loi de régularisation ou d'éducation de cette faculté ne saurait être la mérne ni chez tous les hommes , ni dans tous les pays, ni même, à la rigueur, dans toutes les saisons. Mais avant d'en venir là , faisons connaître les résidfats , poui- l'organisme, du défaut et de l'excès de développement de ce penchant primordial.

Quand il pèche par faiblesse, nous voyons se re-

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