Pliilogéniture
Cette histoire nous conduit forcément h celle de V amour des enfants on pliilogéniture , autre affec-
PHILOGÉNITURE. I o^
lion plus excentrique encore que la précédente, dont elle n'est cependant que le complément nécessaire.
Dans l'amativité, il y avait plus d'instinct que d'affection; ici au contraire il y a plus d'affection que d'instinct. L'amour des enfants est un besoin naturel à l'homme, et son organe existe chez tous, mais à des degrés si différents de développement, qu'il paraît nul dans ses effets chez les uns, tandis qu'il domine manifestement chez les autres.
Chose remarquable, il perce dès l'enfance chez le sexe qui est appelé le premier à donner des soins au nouveau -né, et nous voyons la jeune hlle, dès l'âge le plus tendre, entourer de soins sa poupée comme elle fera plus tard son enfant.
Voyons de quels abus, de quelles aberrations est susceptible cette faculté quand elle manque à sa mission. Remarquez que ce que nous entendons ici par philogéniture , ce n'est point un amour des enfants fondé sur le mérite plus ou moins grand de ces fragiles créatures; ce serait alors une affaire d'intelligence, tandis que c'est ici un mouvement instinctif qui nous porte vers eux uniquement parce que ce sont des enfants, des êtres faibles , inhabiles à vivre sans des secours amis. Nous nous réjouissons de les voir, nous ne pouvons nous empêcher de les caresser, nous sommes heureux de leur procurer quelque plaisir et de leur
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être utiles; nous désirons d'en avoir; nous en adoptons si la nature nous en a refusé.
On s'étonnera peut-être qu'une faculté toute consacrée au bien de l'enfance lui devienne pernicieuse par son trop grand développement ; rien n'est plus vrai cependant.
En effet, l'excès de philogéniture est nuisible en même temps à celui qui est ainsi organisé et aux enfants qui sont l'objet de cette affection. On a vu plus d'une femme, dont la stérilité faisait le désespoir, devenir folle ou tomber sérieusement malade d'une fatale mélancolie ; d'autres ont des enfants, mais c'est l'excès même de leur tendresse pour eux qui les rend malheureuses; au moindre accident qui leur arrive ou qu'elles redoutent seulement pour eux, elles se laissent entraîner à de profondes douleurs, et leur constitution souffre de ces secousses répétées.
Mais ce qu'il y a de plus déplorable, c'est que les premières victimes sont les malheureux enfants, dont on fait si servilement les volontés qu'ils deviennent d'un caractère insupportable. Habitués à ne jamais rencontrer de résistance , s'il s'en présente , ils ne savent pas les surmonter; et ils entrent dans la vie sans se douter qu'ils auront à lutter contre toute espèce d'oppositions, à vaincre toute espèce d'obstacles , à subir toute espèce d'injustices, à affronter toute espèce de jalousies. Il