‹ Hygiène morale; ou, ApplicationChapitre 28 sur 46 · PHILOGÉNITURE · texte numérisé non relu

PHILOGÉNITURE

leur faut des armes pour ces luttes, et il ne leur en a pas été donné; il faut mener une vie de guerre, et ils n'ont jamais vécu qu'au sein de la paix. C'est l'homme qui est le principal instrument de son propre bonheur; il faut qu'il se le procure luimême , et non pas qu'il l'attende de l'extérieur ou des autres. Une mère trop tendre est le fléau de son enfant.

J'ai vu de ces pères et de ces mères follement idolâtres de leurs enfants, qui, dans les moments de leurs inquiétudes imaginaires, perdaient complètement toute volonté, tout caracière, tout sentiment des convenances, et se livraient à des actes dont ils ne tardaient pas à rougir eux-mêmes. Ainsi l'amour des enfants, poussé trop loin , dévie la faculté de son but primitif, la tourne contre ellemême, et va jusqu'à faire perdre à l'homme sa dignité. Il est blâmable alors et a grand besoin d'être éclairé et dirigé. Il faut que l'intelligence vienne apprendre à l'homme comment on doit aimer les enfants, non pour soi, mais pour eux; et qu'elle le pénètre de cette vérité, que satisfaire à tous leurs désirs, c'est leur présenter la vie sous un faux aspect, c'est les tromper en leur cachant pour un moment les difficultés de la vie, comme s'ils ne devaient pas se trouver plus tard forcément face à face avec elles. Il faut qu'une volonté forte dirige,

l4o PHILOGKNITURE.

au nom de l'intelligence, les premières actions de l'enfant, et lui fasse ainsi contracter des habitudes d'indépendance et de spontanéité.

C'est dans l'intérêt des parents, comme dans celui des enfants, qu'il faut réprimer les excès de philogéniture; c'est aussi pour les mêmes motifs cju'il faut suppléer à son défaut.

On y parvient par des moyens indirects; pour cela on s'adresse aux facultés les plus actives, et on les intéresse à l'accomplissement des devoirs de la paternité et de la maternité. S'il y a beaucoup d'intelligence, montrez l'institution de la nature faussée, étalez les malheureuses suites de la négligence des enfants par leurs parents, montrez l'enchaînement de désordies qui s'y rattache. Les enfants maltraités ou abandonnés par leurs parents tournent mal en général; et, loin de chercher à leur être utiles cjuand loccasion s'en présente, ils se réjouissent de leurs embarras; la haine ou l'aversion remplace le doux sentiment de reconnaissance et de piété filiale; les lois de la nature sont bouleversées. Je ne parlerai pas de l'aberration de cette faculté portée jusqu'à l'infanticide, ni du parricide, qui en est l'horrible .pendant; car s'il est vrai que ces crimes ne se voient que chez les gens dépourvus de philogéniture. ce vice ne suffit pas du moins pour les engendrer; il faut encore toutes les condi-

AFFKCT10>.MVrn:. 1 'i I

tiens qui (oui les criaiin'.'îs , cl dont nous avons parlé à l'occasion des pench-ints à acquérir et à détrnire.

Le père et la mère doivent à leurs enfants des soins de tout genre et de tous les instants; ils leur doivent non seulement les premiers soins de conservation et de subsistance jusqu'à ce qu'ils soient en état de se suflire à eux-mêmes, mais encore de bons conseils ;, et encore plus de bons exemples. Admirable faculté qui impose à ihomme le devoir d'être moral au nom de ce qu'il a de plus cher au monde, et qui lui fait trouver, dans des sacrifices apparents, une sublime jouissance!

3" Àffeclionivité.

De cette noble faculté rapprochons V àffeclionivité ou attachement amical, qui nous porte à aimer nos semblables, à nous rapprocher d'eux, à faii-e société avec eux, à partager avec eux nos peines et nos plaisirs, à vivre doublement enfin dans un véritable ami. 11 n'est point de passion plus pure que l'amitié, si l'amilié est une passion ; il n'en est point qui donne un bonheur plus tranquille, qui apporte un calme plus profond, qui nous élève plus haut par les sentiments généreux dont elle nous rend capables, par la confiance qu'elle nous inspire; il n'en est j)as qui s'associe plus facilement avec ce cpiil y a do plus noble en nous et qui ré-

i42 AFFECTIONIVITÉ.

veille plus vivement en nous l'amour du bien et du beau, le besoin de perfectionnement réciproque.

L'attachement précède dans son développement les deux affections dont nous venons de tracer l'histoire hygiénique; il rapproche les enfants au collège, dans les pensions, et leur fait choisir, parmi leurs camarades, un ami. Ce choix se fortifie avec l'âge, ou s'il a été malheureux, un autre choix le remplace plus tard, et l'homme fait s'attache à une ou plusieurs personnes avec lesquelles il sympathise le mieux.

Le besoin d'attachement est le principe de la sociabilité et le pivot de la société; c'est sur lui que tous les autres motifs d'association se fondent, car l'intérêt ne suffirait pas pour maintenir l'harmonie, il faut d'abord un instinct de rapprochement que l'intelligence vient seulement diriger. Il est la base de l'amitié, en ce sens qu'il en est le point de départ, et que l'amitié ne peut exister sans lui; mais tant d'autres nobles facultés concourent à l'amitié, que ce serait la rabaisser que de n'y voir que la satisfaction du besoin d'attachement.

C'est aussi ce besoin, et non pas l'amativité, qui est le principe du mariage, type de l'association. Le mariage est l'union de deux êtres de sexe différent, non pas seulement dans le but de s'accoupler pour propager l'espèce en reproduisant

AFFECTIONIVITÉ. 1 43

l'individu, mais dans le but de se secourir mutuellement, de s'améliorer réciproquement en corri-» géant les défauts de l'un par les qualités de l'autre, de s'aider dans l'accomplissement de la destinée humaine, c'est-à-dire dans le développement régulier de toutes les facultés, et enfin dans le but d'élever des enfants pour en faire des hommes qui nous ressemblent, qui nous surpassent en bonnes qualités.

Le besoin de l'attachement est la base de l'amour durable ; il précède le besoin de reproduction , l'accompagne et reste encore après lui; il constitue la fidélité conjugale dans le mariage, et perpétue l'amour sous les traits de l'amitié.

Du point de vue physiologique, le mariage est une institution de la nature, car il favorise le développement d'un grand nombre de facultés en s'opposant à leur abus; il donne un libre essor à l'amativité, sans l'épuiser en l'excitant sans cesse par la présence d'objets nouveaux, comme il arrive dans la polygamie, et fournit à l'affectioinvité matière au plus ample développement. Par la régularité qu'il apporte dans les actes de la vie , par le calme qu'il répand sur l'existence, par Iharmo' nie qu'il introduit dans l'exercice fonctionnel de tous les besoins il contribue à la moralité de l'homme; car la statistique criminelle nous montre sur loo criminels, (io célibataires, et seulement

i 'i4 AFI'ECTIONIVITÉ.

/|0 hommes mariés: 2 de ceux-ci contre 3 tie ceuxlà. ]i attache l'homme à la \ie en l'aidant à surmonter bien des difficultés, car, suivant les recherches de M. Falret, les deux tiers des suicidés sont céhbataires. M. Prévost, de Genève, ne trouve que 7 célibataires contre 6 individus mariés parmi les suicidés. L'influence habituelle de la fen)me est donc ordinairement heureuse, en partie probablement à cause des enfants, mais aussi par ellemême; car sur loo crimes contre les personnes, 8G sont commis par les hommes et 14 par les femmes, et sur 100 contre les propriétés^ -g appartiennent aux premiers et 21 aux secondes. ( Voy. M. Guerry. )

Le mariage semble assurer, consolider l'existence au milieu de son cours; car il meurt annuellement, de vingt à trente ans, sur 100 individus, 3 hommes mariés et3i non mariés^ suivant M. Casper; d'ailleurs, suivant le méraC;, l'influence du mariage sur la prolongation de la vie serait plus marquée chez l'homme que chez la femme, puisque sur 100 personnes il vit :

1° jcsqd'a 5o ans.

68,7 hommes non mariés^ et 97,2 hommes mariés. 72,0 fi-mmes id. 92,0 femmes id.

Page 1