JD?Qu'a 60 ANS
2 2,6 hommes ron mariés, et /,S,i hommes mariés. 07,2 femmes id. 49î4 femmes id.
AFFECTIOiMVlTÉ. l/fÔ
7>° jusqu'à So ans.
5,6 hommes non mariés, et 9,0 hommes maries. 8,8 femmes id. 10,7 femmes id.
4° jusqu'à 90 ANS.
0,6 homme non marié, et 1,2 hommes mariés.
1,0 femme id. et 2,1 femmes id.
5° jusqu'à ioo ans.
0,1 homme non marié et 0,0 hommes mariés.
0,1 femme id., et o,5 femmes id.
li ne faut point, après cela, s'étonner de l'assertion de M. Hufeiand, qui affirme, d'après de nombreuses observations, que pas un seul célibataire n'a passé cent ans. Je n'ai point fait assez de recherches pour affirmer avec assurance qu'il n'existe point d'exception à cette assertion, mais je sais que tous les exemples de longévité dont les journaux scientifiques nous ont parlé depuis une quinzaine d'années, se rapportent à des gens mariés. Je citerai, entre autres, cette femme, demeurant à Boulogne-sur-Mer, qui , en i83i ^ avait cent dixsept ans, ne se nourrissait guère que de café, et qui s'était mariée à soixante-six ans avec un jeune homme de vingt-cinq; cette autre femme, nommée Wallace, qui vient de mourir à cent huit ans, et dont le mari a lui-même cent ileux ans.
Ces faits manquent d'une sévère vérification ii est vrai, et je suis loin de les donner comme
î46 ÀFFËCTioNtVITÉ.
à l'abri de toute espèce de doute. Si l'on en croyait certains auteurs, il y aurait des exemples incontestables de longévité jusqu'à cent soixante-quinze et cent quatre-vingts ans, toujours appartenant à des individus mariés. Cependant, au rapport de sir Francis Divernois , il y aurait beaucoup moins de centenaires non seulement qu'on ne le dit vulgairement, mais même qu'il n'en est inscrit dans les paroisses et les communes, où l'on aurait la manie, par une absurde gloriole, de désigner comme tels des hommes qui ne seraient guère qu'octogénaires. C'est pourquoi il est loin d'admettre les nombreux centenaires de la Russie, de la Suède, de la Norwége, de l'Angleterre, et surtout des Etats-Unis.
Il faut peut-être encore une cinquantaine d'années pour que la statistique des ceiîtenaires mérite une entière confiance. Ce qu'il y a de certain, c'est que les pays qui présentent le plus de centenaires ne sont pas ceux où la vie moyenne est la plus longue; la mortalité parmi les enfants est énorme, et il ne reste que les plus robustes. Ainsi, d'après sir Francis Divernois, en Russie, sur 2,000,000 de naissances, il meurt 100,000 enfants avant dix ans; mais moins il survit d'enfants, plus il surnage de vieillards. Tandis qu'à Montreux, où, d'après des observations précises, il n'y a jamais eu de centenaires, la vie moyenne, au lieu d'être de vingt-neuf
AFFFr.TIONlVITÉ. 1^7
à trente- deux ans , comme partout ailleurs, est de cinquante-deux ans. [Annales d'hygiène, etc.)
Ce serait sortir de notre sujet que de développer les conditions d'une heureuse association coi jugale; nous nous contenterons seulement de dire qu'en principe nous pensons qu'un certain croisement d'organisation est nécessaire, non seulement quant au tempérament et à la constitution générale du corps, mais aussi quant à la constitution particulière du cerveau; c'est-à-dire que nous croyons qu'il est bon que, par une juste compensation, la prédominance ou le défaut de certaines facultés chez l'un soient compensés par le défaut ou la prédominance des mêmes facultés chez l'autre; qu'ainsi l'homme extrêmement volontaire et irritable doit épouser une femme douce et facile, et réciproquement, etc. Alors il y aura accord, et le mariage sera la véritable réalisation du bonheur idéal.
Cependant, il faut le dire, autant un mariage bien assorti est une condition physiologique favorable à l'existence, autant il la trouble et la rend malheureuse quand les deux époux ne peuvent sympathiser. Je ne cacherai pas que ce défaut d'harmonie est loin d'avoir toujours des raisons suffisantes; que le plus souvent il doit être imputé à la faute de l'un des deux époux ou des deux à la fois, et que s'ils s'étaient l'un et l'autre conformés
l/|8 AFFECTION I VITE.
aux lois physiologiques que nous énonçons, s'ils avaient commencé j)ar établir l'harmonie dans leur organisme, ils l'auraient introduit et entretenu dans leur ménage. Mais un choix peut avoir été malheureux, mille motifs peuvent avoir uni deux êtres réellement antipathiques^ ou il a pu survenir, durant le mariage, des circonstances graves qui ont fait de l'un un objet de haine on d'adversion fondée pour l'autre. Alors, si les époux sont encore dans l'âge de l'activité virile, la physiologie commande un nouveau choix : la loi civile s'y oppose, c'est un mal. Quels que soient les motifs puissants qui, dans l'intérêt des enfants, puissent s'opposer à la dissolution du mariage, quand cette dissolution est devenue nécessaire, comme nous venons de l'exposer, il est dans l'intérêt de la loi morale, comme de la loi physiologique, de prononcer le divorce, car vous pouvez être sûr que l'une et l'autre seront violées, comme toute loi qui n'est pas conforme aux vrais besoins de l'hommie. Voilà ce que le physiologisme dit du mariage et du développement régulier du besoin d'attachement ; voyons ce qu'il nous apprend des effets de son défaut et de son excès. Il réveille en nous, disions-nous, l'amour an bien et du beau, le besoin de perfectionnement réciproque. Malheur à celui qui en est dépourvu; il lui faut bien des qualités pour suppléer à celle-là. L'homme ainsi
AFFECTIOA'IVITÉ. l/jQ
organisé n'est point affectueux, il ne vous aborde point le sourire sur les lèvres, il ne se réjouit pas de vous revoir, ne se chagrine pas d'être séparé depuis long-temps tie vous; il ne peut vivre en compagnie avec qui que ce soit, et il se brouille toujours, tant il est mauvais coucheur^ comme on dit vulgairement; il ne sait s'attacher à personne, court de femme en femme porter ses hommages pour satisfaire sa vanité, et se rit de la fidélité conjugale et (lu dévouement de l'amitié, traitant d'exaltation voisine de la folie ou de simplicité d'esprit ces exemples de vertu qui contribuent si puissamment au bonheur de la vie. Pour réfuter tout l'échafaudage de sophismes qu'un tel homme ne manquera pas d'entasser, il vous suffira de lui montrer de quels secours et de quelles jouissances il se prive en bannissant l'amitié de son existence, et quels désagréments^ quelles peines il se prépare par son inconstance et son humeur difficile.
11 faut aussi vous efforcer de modérer la disposition contraire, car, comme tous les excès, elle est nuisible. Celui qu une affectionivité trop vive domine, s'il éprouve quelquefois des jouissances inexprimables , rencontre trop de causes de douleurs; la privation de l'être qu'il aime est pour lui quelque chose d'insupportable et le rend malheureux; de là, la nostalgie chez les militaires éloiû^nés de leur oavs où les attachaient leurs af-
1 DO HABITATIVITE.
fections pour les personnes et pour les lieux; la moindre parole qui, seulement en apparence, blesse le sentiment d'affection, est de la part de la personne chérie un coup de poignard ; la moindre action de même nature met au supplice. Si lindifférence semble être une condition de longévité, rien n'abrège plus l'existence que les souffrances de cœur, que les blessures faites aux affections; elles bouleversent toutes les fonctions chez celui qui n'a pas, comme on dit, assez de force d'âme pour y résister; elles agitent la circulation et provoquent des maladies du cœur; elles dérangent la digestion, les sécrétions; elles détériorent la nutrition et conduisent au marasme et à l'étisie ; enfin elles empêchent les travaux intellectuels et troublent la raison. La physiologie commande donc à l'homme de s'élever, par l'intelligence et la volonté, au-dessus de cet empire anarchique des affections, et le meilleur moyen d'y arriver, c'est de s'adresser aux facultés, dont l'action, loin de favoriser celles de l'attachement comme l'amativité, la philogéniture, la bienveillance, etc., en détournent au contraire, comme celles de l'ordre, de l'observation des faits et de leur classification, de la circonspeclion, des mathématiques et de la réflexion.