CIRCONSPECTION
il ne lui est pas prouvé qu'elle ne puisse pas avoir des suites fâcheuses; s'il en avait cru son impulsion primitive, il aurait agi, et peut-être aurait-il bien fait; peut-être aura-t-il lieu de se repentir de son inaction, mais le résultat dernier était trop incertain pour s'y abandonner sans inquiétude.
Vivre toujours dans l'hésitation^ entre le désir de faire et la crainte d'agir, c'est un véritable supplice, c'est celui des hommes à circonspection exubérante.
Dans les affaires, ces sortes de gens ne donnent point de réponses positives , si ce n'est au dernier moment ; ce n'est qu'à la dernière extrémité qu'on obtient d'eux une solution définitive, et souvent ce qu'on croyait arrêté et conclu e*t encore remis en question, débattu de nouveau , et quelquefois résolu dans un sens opposé à la première fois. On croira souvent à une intention rusée qui n'existe réellement pas. Surtout gardez- vous de rien projeter pour l'avenir de concert avec eux; car au moment convenu vous trouveriez tout changé, et il vous faudrait renoncer à l'espérance dont vous vous étiez long-temps bercé.
En médecine, les hommes à circonspection extrême poussée jusqu'à la versatilité, jusqu'au scepticisme , jusqu'à la fatale manie de l'expectation dans toutes les maladies, passent pour des
1 88 ciRcOxVspEcnoiv.
médecins sages, et cependant l'excès de circonspection n'est pas moins nuisible aux malades que son défaut! Certainement un malade peut être la victime de létourderie ou de la lé£;èreté d'un médecin; mais combien de fois ne doit-il pas l'aggravation de l'affection dont il est atteint à riiésitation du praticien qui attend, pour agir, que le mal soit plus apparent, que la nécessité d'agir soit plus im« périeuse, c'est-à-dire que la maladie, légère d'ab ord, soit devenue grave et peut-être mortelle.
Principiis oLsla, iero ineùicina paialur, Ciim mala per longas invaluere moras ,
a dit Ovide en parlant de l'amour; que le médecin trop circonspect n'oublie pas la vérité de ces vers appliqués aux maladies du corps.
L'inégalité d'oroanisation dont nous nous occupons conduit encore à la mélancolie, à l'hypocondrie et jusqu'au suicide, pour peu qu'elle coïncide avec le défaut de l'amour de la vie et quelques unes des circonstances que nous avons vues porter à la destruction de soi-même. L'homme est alors méfiant de tout ce qui l'entoure: il se méfie de ses parents, de ses amis; il voit partout des ennemis acharnés à lui nuire ; sa vie n'est qu'une suite de perplexités déplorables, c'en est fait de l'équilibre de la santé; aux maux imaginaires s'ajoutent bien-
CIRCONSPFCTIOX. iSg
tôt des maux qui ne sont que trop réels , et ks malheureux finissent par la gastro-entérite chronique ou par l'aliénation mentale.
Ne confondez pas avec ce caractère essentiellfmentdubitatifet hésitant, le changement d'opinion et de résolution des personnes à volonté faible ou à connaissances bornées qui changent, non parce qu'elles craignent que leur première détermination n'ait de mauvaises suites, mais parce qu'elles ignoraient les avantages de la seconde, non parce qu'elles veulent ce qui sera le plus avantageux ou le plus convenable, mais parce qu'elles ne savent pas ■vouloir. Tandis que chez les premières personnes ]eur versatilité venait d'elles-mêmes, chez les secondes, elle vient de l'extérieur; celles-ci changent parce qu'on les fait changer, celles-là parce qu'elles le veulent ; il semble que dans les deux cas ce soit la circonspection qui détermine le changement, mais ]a circonspection spontanée et individuelle dans l'un , et dans l'autre la circonspection empruntée, la circonspection d'autrui.
Cette faculté poussée à l'excès ote souvent aux autres tout le mérite de leur spontanéité. Une calamité publique arrive, elle réclame de tel citoyen un sacrifice d'intérêt; cet homme , naturellement bienveillant et libéral , est prêt à l'accorder. Mais voici qu'une circonspection exagérée vient retenir son bras et suspendre l'acte de dévouement:
ipO CIRt;ONSPICTÎON.
puis un retour de bienveillance l'emporte, et le sacrifice est consommé. Cependant il est trop tard pour que l'action paraisse généreuse; dans ce mouvement de fluctuation , elle a perdu la moitié de sa valeur, elle est attribuée au calcul, et la reconnaissance en est rarement le prix.
Quelqu'un est en danger, on peut le sauver si Ton ne perd pas un instant ; la circonspection vous fait balancer, vous laissez s ecou-ler quelques moments; et lorsque votre décision arrive, il n'est plus temps, la victime est perdue.
Il est facile de concevoir une infinité d'autres circonstances où la spontanéité des actes fait leur principal mérite , et où la circonspection excessive empêche l'homme d'accomplir sa destinée.
J'ai vu des hommes riches de facultés intellectuelles qui tenaient enfouis ces trésors par excès de circonspection , s'empressant toujours de détruire par le feu ce qu'ils venaient de tracer sur le papier, de peur de n'être pas compris , de se compromettre ou d'être méconnus.
Remarquez bien qu'ici je parle de la circonspection excessive, c'est-à-dire de celle qui vous fait balancer ou vous arrête , non parce qu'il y a une raison suffisante, mais parce que c'est son habitude ou plutôt sa manie d'hésiter préventivement, d'hésiter avant tout motif d'hésitation, et je dirai plus, malgré toute nécessité d'agir.
CIRCONSPECTlOîs. 19!
La régie est donc ici facile à tracer; elle se déduit de la puissance primitive et fondamentale de la circonspection; en-deçà, an-delà, il y a mal et désordre. Le but de notre faculté est de suspendre l'élan de notre activité et même de l'arrêter s'il y a lieu, dans l'intérêt de l'organisme , c'est-à-dire de toutes les autres facultés. Elle n'atteint pas ce but, si elle laisse compromettre l'existence ou la liberté de îios nombreux besoins, par trop fie précipitation; elle le dépasse, si elle empêche leur développement par une retenue exagérée.
Sa combinaison avec la sécrétivité donîieun caractère extrêmement difGcile à deviner. La ruse, sans la circonspection, est grossière et facile à découvrir; avec la circonspection, elle échappe aux pièges qui lui sont tendus pour la dévoiler; mais elle devient tout-à-fait insaisissable, lorsqu'une forte intelligence s'y joint. C'est le prototype de la diplomatie monarchique.
Nous ne terminerons pas sans rappeler l'observation de M. Broussais, que presque tous les grands hommes, tous ceux qui ont gouverné quelque temps les masses , tous ceux qui ont eu une notable infliience sur leurs concitoyens, sont remarquables par le développement de la cu'conspection sur leurs têtes.
iga AMOUR-PROPRE.
3" Amoiir-jyropre (i).
L'amour-propre est l'a/7/;ro/>afiyîZe de Spiirzheim, la vanité, l'ambition, l'amour de la gloire de Gall; c'est un sentiment qui nous rend sensibles à l'éloge et au blàme, qui nous inspire le désir de la distinction, nous stimule pour en obtenir, et devient par là un des principaux mobiles de nos actions. Il fait naître en nous toutes sortes d'ambitions, suivant qu'il est dirigé par une raison plus ou moins élevée , depuis celle des rubans et de la laveur des cours jusqu'à celle de la gloire et des vertus les plus pures. Donnez peu d'intelligence et beaucoup d'amour-propre, et vous aurez, cliez la femme, la passion de la parure, des bijoux, du luxe, de la coquetterie; chez l'iiomme, celle des honneurs, des titres, des dignités, des habits brodés, des croix, des chevaux, des équipages , etc ; chez les deux la vanité^ un vif désir de faire parler de soi , d'acquérir de la réputation à tout prix, de fréquenter les grands, les personnes marquantes, les princes et les roisj une jouissance inexprimable à
(i) Si noire ouvrage était un traité dogmatique de phrënologie , nous expliquerions pourquoi, contrairement aux autres phrénologistcs , nous préférons l'expression amour-propre eus autres dénominations ; nous nous bornerons à dire ici que nous l'adoptons parce qu'elle nous semble correspondre le mieux au finlimtnl primitif, à la faculté fondamentale, telle qu'on la rencontre, par exemple, chez les enfants.
AMOUR-PROPllF. 198
être flatté, caressé, loué publiquement, à obtenir des égards et des témoignages de respect ; et souvent un penchant à l'intrigue et à la basse adulation. Que si, au contraire, avec un amour-propre marqué , il y a beaucoup d'intelligence et de sentiments moraux, alors l'homme sent le besoin de développer ouvertement les facultés dont il est doué; il profite de toutes les occasions de déployer sa force, son esprit, sa moralité ; il tient à acquérir une bonne réputation, il vise au succès par des moyens honorables, il veut mériter, avec leurs suffrages, l'estime de ses semblables, et vojis le voyez toujours sur la brèche, disposé à défendre les principes qu'il a adoptés, les institutions qu'il croit bonnes, et les hommes qu'il honore. Il ne rejette pas toujours les honneurs et les dignités, mais il ne s'abaisse à aucune concession pour les obtenir, et il est toujours prêt à en faire le généreux sacrifice.
Ainsi , autant l'influence de notre faculté était blâmable dans le premier cas, autant elle est honorable dans celui-ci. L'amour-propre peut donc s'appliquer à des objets dignes comme à des objets indignes de notre considération^ suivant que nous sommes d'ailleurs plus ou moins heureusement organisés. De combien d'avares n'ouvre-t-il pas la bourse, de combien de guerriei-s n'enflamme-t-il pas le courage , de combien desava)its ne soutient-
t94 AMotJR-PROPRE.
il pas les travaux, de combien d'artistes et de poètes ne léveiiie-t-il pas l'inspiration?
Il peut aussi, sans aller jusqu'à rabaisser notre dignité, causer par son excès de fâcbeux résultats. Ainsi . c'est lui qui nous rend tellement susceptibles, que nous trouvons une offense dans la moindre parole équivoque; que nous ne pouvons pas, sans colère ou sans douleur profonde, supporter la plus légère critique; que nous supposons toujours notre mérite méconnu, et que nous ne pouvons jamais satisfaire notre ambition. Ainsi, par notre faute, nous troublons notre existence, nous rendons le développement de nos facultés l'occasion d'autant de peines etde tourments qu'elles auraient pu l'être de plaisir et de satisfaction. Ou bien nous commes sans cesse enclins à la colère , et nous nous exposons à ses terribles effets, ou nous nous laissons entraîner à la tristesse , à la mélancolie , et nous finissons par tomber dans la misanthropie ou l'aliénation mentale. Tous ces résultats sont fréquents, et doivent nous avertir de bonne heure de nous défier des suggestions de notre amour-propre, de nous habituer à souffrir la critique et de nous tenir en garde contre la louange.
Il faut le faire dès le jeune âge, alors que l'émulation est l'un des mobiles les plus ordinaires et les plus efficaces de nos actions, et c'est à nos mai-
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très d'en diriger habilement l'emploi pour qu'elle n'élève pas trop haut notre amour-propre et qu'elle ne fasse pas naître en nous la vanité si nous réussissons , la mélancolie si nous sommes dépassés. Dès l'enfance encore, la susceptibilité dont nous nous occupons engendre en nous la jalousie, tourment de tous les âges , qui empoisonne tous les moments de notre existence, qui conduit plus d'un enfant au tombeau, et rend plus d'un homme aussi coupable que malheureux.
On ne saurait trop s'efforcer de diminuer en nous le sentiment de l'amour-propre , quand il vient ainsi troubler notre existence et se mêler à toutes nos actions; ou plutôt il faut chercher à le diriger vers un but louable, notre amélioration et celle de nos semblables ; notre honneur alors sera bien placé, et c'est à bon droit que nous serons satisfaits de nous-mêmes. Cependant si l'excès de cette faculté entraîne de si fâcheux inconvénients, son défaut n'en est pas exempt. Il faut avouer que l'éducation a bien peu d'influence sur l'enfiînt dénué d'amour-propre : heureux si ses penchants le portent d'ailleurs au bien , car autrement on le ferait difficilement rougir de ses fautes. Insensible aux récompenses comme aux punitions, il sera sourd k tous les conseils. L'homme ainsi organisé ne recherche point la gloire, qui n'est pour lui qu'une fumée; il ne comprend rien à l'indignation
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qu'excite en nous un mot qui porte atteinte à notre honneur, et se rit de notre susceptibilité; il dédaigne l'opinion des hommes. Étranger à toute ambition, même à celle de faire du bien, il ne se renferme que trop souvent dans un froid égoïsme, et laisse stériles les plus belles facultés dont il a été doué, s'il ne s'abandonne pas indifféremment à tous ses penchants, peu soucieux du qu'en dira t-on. Autant la sotte vanité est pitoyable, autant l'indifférence que nous signalons ici est malheureuse; tandis que la véritable modestie , qui a d'ailleurs besoin d'être secondée par un certain degré d'estime de soi , s'élève au-dessus de ces deux travers de l'esprit et les écrase de toute la supériorité du mérite réel. Une modestie bien entendue ne consiste pas à se retirer toujours en arrière, à fuir toujours la publicité; elle sait se mettre en avant quand l'occasion en vaut la peine , et prendre sa place quand elle a la conviction qu'elle peut être utile.
C'est ainsi que nous entendons l'emploi de l'amour-propre , pour le plus grand bien de l'organisme et par respect pour nos lois physiologiques.
4° Estime de soi.
Cette faculté correspond à celle que Gall désigne sous les noms d'orgueil, hauteur, fierté, amour
lîSTlME DE SOI. ÏQ'J
de l'autorité, élévation, bonne opinion de soimême. Son action primitive et fondamentale est de nous dornier le sentiment de notre valeur personnelle, sentiment qui n'est conforme à la réalité que dans certaines conditions , c'est-à-dire quand il est en rapport harmonique avec les autres fonctions. S'il est relativement trop fort, l'opinion que nous aurons de nous même sera exagérée; s'il est au contraire trop faible, nous n'aurons pas la conscience de nos moyens ; ce sera un mal dans les deux cas.
Lorsque le développement est normal, il est facile de s'en apercevoir, non seulement à la conformation harmonique de l'encéphale, mais encore à une conduite généralement empreinte de dignité. Nous savons tenir le rang qui nous convient; nous ne cherchons à abaisser personne , mais nous ne souffrons pas que l'on tente de nous abaisser. Nous avons de la fierté et point d'orgueil; nous n'entreprenons que ce que nous pouvons achever, mais nous n'hésitons pas à nous mettre en avant quand il le faut pour commencer; et si, dans une réunion d'hommes, nous sommes réellement digne de commander, une fausse modestie ne nous empêche pas de prendre en main les rênes du commandement; et, chef improvisé, nous nous rendons utile à ceux qui avaient besoin d'être dirigés.
ïgS ESTIME DE SOI.
C'est un puissant levier à opposer aux impulsions basses et viles qui nous dégraderaient à nos propres yeux, lorsque toutefois l'éducation de ce sens a été bien faite, qu'il a contracté de bonnes habitudes et qu'il est éclairé par l'intelligence ; car il peut être abusé, induit en erreur, au point de nous égarer jusqu'à placer notre point d'honneur dans l'accomplissement des plus grands crimes. C'est encore ce sentiment, conjointement avec la fermeté, qui nous rend le joug de la tyrannie insupportable et nous pousse irrésistiblement à l'indépendance. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'il n'y a pas de grand œuvre exécuté sans un développement suffisant de l'estime de soi : c'est une faculté utile aux autres facultés, nécessaire à l'ensemble des fonctions cérébrales. •"**
Quand elle manque d'énergie, la plupart des autres facultés semblent aussi en manquer , surtout celles dont le caractère est excentrique; ce n'est pas alors seulement de la modestie , c'est de l'humilité, c'est quelquefois l'absence de toute dignité. Un homme dans cette position fait souvent pitié , car ou le voit se laisser déprimer au-dessous de sa valeur réelle; on souffre pour lui, et l'on croit qu'il doit souffrir de cette position inférieure; jl n'en est rien , car il ne sent pas le germe de cette dignité qui nous relève à nos propres yeux ; il
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subit toute es|Dèce d'abaissement sans se révolter , et traite d'exaltés et de fous ceuji qui sacrifient tout à leur indépendance.
Il faut s'étudier à réveiller de bonne heure, chez un enfant que caractériseraient de telles dispositions , les idées de grandeur et d'héroïsme , et lui en offrir les images les plus brillantes. Quel homme ne comprendra pas qu'il faut être pénétré de la puissance d'une faculté pour la mettre en action, et que le défaut d'estimede soi vous prive d'une infinité d'avantages que rien ne peut suppléer, car rien ne saurait remplacer une libre spontanéité.
Oui , il faut de l'estime de soi à l'homme qui veut être quelque chose , qui veut agir , qui veut déployer ses facultés, qui veut recnplir dignement sa njission humanitaire , c'est-à-dire à tout homme qui n'est ni malade ni en délire, à tout homme raisonnable enfin. Nous avons déjà vu que, sans être en excès, il pouvait être dévié d'une bonne direction naturelle, et que poussé par de fausses idées , par le sophisme et par de mauvaises habitudes, il pouvan conduire à de condamnables actions; le remède es- alors dans l'emploi des autres facultés. Mais s'il y a réellement excès d'estime de soi , vous voyez l'homaje qui n'a pas été éclairé sur l'imperfection de son organisation , entraîné à son insu à la suffisance, à la présomption, à linsoleticç 5 au dédain, à la plus insupportable
200 7STIME UE SOI.
arrogance. Tous ces défauts nuisent au succès de nos entreprises, à raccomjDlissement de nos volontés, car nous finissons j3ar déplaire à tout le monde , et nous ne rencontrons plus partout qu'opposition ; le ridicule, puis l'aversion s'attachent à nous, bientôt nous ne pouvons plus vivre qu'avec nousmêmes. Le sentiment cYorgueil^ trop actif dans quelques têtes exaltées, conduit souvent à la folie, et les monomanies orgueilleuses sont, avec les vaniteuses , incontestablement les plus multipliées. Bien avant d'en être arrivés là , nous étions déjà traités de fous dans le monde; c'était un avertissement utile.
Ce n'est pas seulement l'ignorance, c'est aussi l'orgueil qui empêche l'homme de reconnaître ses défauts, ses faiblesses, les imperfections de son caractère ; et quand il croit avoir à se plaindre du monde, s'il commençait par s'en prendre à luimême, avant de s'en prendre à l'extérieur, il trouverait souvent la vérité, et ferait disparaître bien des obstacles à son boidieur.
Tels sont les déplorables résultats de l'excès d'estime de soi; c'est un obstacle au cours régulier de notre vie; c'est une cause de chocs et d'oppositions continuelles , de désunions et de haines implacables : c'est un mal qu'il faut guérir à tout prix. Il suffira d'exposer ces résultats pour faire comprendre la nécessité de se corriger; les parents
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obligeront leurs enfants à se servir eux-mêmes, et à respecter, dans leurs serviteurs, riionneur et la probité qui les relèvent tle leur position infime, car la valeur d'un liomme est dans son caractère et non dans sa fortune. Le vrai mérite a sa fierté, mais il n'a point d'orgueil; il n'a besoin d'abaisser personne, ni ceux qui sont au-dessous de lui, car il les domine sans le vouloir et sans qu'ils s'en aperçoivent, ni ceux qui sont au-dessus, car il est du petit nombre de ceux qui ont assez de valeur personnelle pour les comprendre et les apprécier. Le vrai mérite sait que quelque instruit, quelque habilequ'ilsoit,il s'en fautqu'il soit complet^qu'ilpeut encore s'élever plus haut qu'il n'est placé; que le mépris qu'il fait des autres l'empêche de s'améliorer , et qu'il trouvera souvent dans le bon sens vulgaire ce qu'il aurait vainement cherché dans les sommités sociales. S'il est de bonne foi , et il le sera quand on lui aura fourni la conviction de son genre d'organisation, l'homme , dominé par l'estime de soi, conviendra avec lui-même qu'il est naturellement disposé à s'admirer , à s'attribuer plus d'importance (ju'il n'en a, et que, pour être dans le vrai , c'est-à-dire dans sa force , il faut qu'il rabatte de son orgueil. Et sa conviction entraînant sa volonté, il se réformera , sinon complètement, du moins de manière à n'être plus la dupe aveugle d'une passion vicieuse; et s'il corn-